15 août 2026

La bataille de Gaulle [1940-1944]

La Bataille de Gaulle est un diptyque cinématographique français réalisé par Antonin Baudry : Résistance (premier film) et Liberté (deuxième film).

Partie 1 – Résistance [1940-1942]


Le film se déroule selon une optique géopolitique, aspect qui m’a le plus frappé et que j’estime le plus marquant. Les relations internationales sont polarisées sur les controverses impliquant la France et l’Angleterre, et, à certains moments, les États-Unis d’Amérique.

Les acteurs qui interprètent Charles de Gaulle, Winston Churchill et Franklin Delano Roosevelt démontrent une grande habileté et une grande finesse dans la représentation des rivalités qui les opposent. Ils capturent parfaitement l’essence de ces personnages historiques, que ce soit au niveau de leur apparence, de leur gestuelle ou de leur discours.

La figure centrale du film est évidemment le général de Gaulle, animé d’une foi profonde envers la valeur intrinsèque de son pays. Par ailleurs, l’Empire français (le second d’un point de vue historique) joue un rôle important, alors que l’Empire britannique (beaucoup plus imposant) est minimisé, voire ignoré. – Les séquences se déroulant au Tchad et au Cameroun sont sommaires et peu réalistes. Elles manquent de crédibilité.

La résistance du général de Gaulle se concentre certainement sur l’Allemagne, mais ce film n’est pas explicitement anti-allemand. Avec une détermination sans faille, il s’efforce de libérer le territoire français. Cependant, sa résistance est principalement dirigée contre le régime collaborationniste de Vichy, reconnu par les Alliés. Cette détermination inébranlable guide toutes ses démarches diplomatiques et ses relations avec ses collaborateurs.

Un bref passage met en scène Jean Moulin, qui décide de se rendre en France pour unir et commander les différents groupes de résistance. Cependant, c’est surtout une manifestation étudiante sur la Place de l’Étoile qui illustre cette résistance intérieure. Le jeune Fernand Bonnier de La Chapelle y prend part. Ses gestes ultérieurs servent de fil conducteur sur la résistance intérieure.

Dans l’ensemble, la situation intérieure française est ignorée, notamment les privations, les dénonciations, les arrestations, les déportations, etc. Le régime de Vichy est décrié pour sa capitulation et sa collaboration avec l’ennemi, et non pour les répercussions sociales de cette dictature d’extrême droite pour l’ensemble de la population.

Un film sur la Seconde Guerre mondiale comporte assurément des combats militaires. Voyons trois exemples.

L’épisode où un char d’assaut allemand attaque la voiture du général peut sembler surprenant. En effet, le général donne des instructions au conducteur de la voiture pour qu’il tourne le volant dans une direction ou une autre afin d’éviter les tirs du char. Le fait que le général de Gaulle ait été un éminent théoricien de l’arme blindée confère une pertinence particulière à cet événement.

Les îles Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire français depuis le 16e siècle, sont au cœur d’un enjeu lié à la flotte française. Cependant, l’importance des communications (radio et câble transatlantique) est curieusement négligée, alors que c’est aussi un point de tension majeur pour le président américain.

La bataille de Bir Hakeim occupe une place centrale dans le film. Elle illustre les positions stratégiques divergentes de la France, de l’Angleterre et des États-Unis. Le plan de cette bataille est montré à quelques reprises, et ce passage historique est bien rendu, avec des avions et des chars d’assaut détruits, mais sans en imposer au rythme du récit ; des blessés et des tués, d’une manière réaliste, mais sans voyeurisme (pas d’images sanguinaires). Des scènes émouvantes, mais sans sensationnalisme.

Un mot sur la vie privée du général de Gaulle. À Londres, sa vie familiale est évoquée discrètement, avec la présence de sa femme Yvonne et de leur fille Anne ; les deux autres enfants du couple ne figurent pas dans le film.

Je trouve ce film captivant et à plusieurs égards instructif.

Partie 2 – Liberté [1943-1944]

Un commentaire sur le deuxième film sera ajouté au mois de septembre 2026.

Références

Films

La bataille de Gaulle / Partie 1 [1940-1942] – Résistance [L’Âge de fer] – (Wikipédia)
La bataille de Gaulle / Partie 2 [1943-1944] – Liberté [J’écris ton nom] – (Wikipédia)

Réalisateur

[ 1 ] – Les 20 ans d’Antonin Baudry, scénariste de BD (Sophie Blitman, L’Étudiant, 5 septembre 2013)
[ 2 ] – Antonin Baudry (94), La brièveté de l’existence (Dossier : Trajectoires | Magazine N°704, Avril 2015 / La Jaune et la Rouge)
[ 3 ] – Antonin Baudry, le cinéaste qui libère de Gaulle (Samuel Blumenfeld, Le Monde, 31 mai 2026) – [Extrait]
[ 4 ] – Le récit détaillé de la vie géniale d’Antonin Baudry (Sabine Euverte, Palace Scope, 15 juillet 2026)
[ 5 ] – Réalisateur Antonin Baudry (Numéro Magazine)
[ 6 ] – Entrevue avec Antonin Baudry pour le film La bataille de Gaulle (Laurie Dufresne, Société Radio-Canada, 5 août 2026 – Audio : 13 min)
[ 7 ] – De Gaulle au cinéma : un héros d’abord seul et moqué (Entrevue avec Bérénice Vila, coscénariste et directrice artistique, Simon Abkarian, comédien principal, Antonin Baudry, réalisateur, Société Radio-Canada, 7 août 2026 – Audio : 16 min)
[ 8 ] – La bataille de Gaulle : le pari fou d’un général isolé (Charles Rioux, avec les informations de Louis-Philippe Ouimet, Société Radio-Canada, 13 août 2026 – Audio : 7 min)
[ 9 ] – Antonin Baudry [Abel Lanzac] – (Wikipédia)

Image

Le commandant des forces françaises libres, le général Charles de Gaulle, assis à son bureau à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale – (Ministry of Information Photo Division Photographer, Imperial War Museums, entre 1939 et 1945) – (Commons Wikimedia)

Distribution

Immina Films

Articles connexes

Quai d’Orsay / Chroniques diplomatiques [ 2025 ]
Cinéma critique / Ludvic Moquin-Beaudry [ 2017 ]
Tout sur le cinéma [ 2012 ]
Scénario | Syd Field [ 2011 ]

Historiographie

Une sélection d’articles sur Charles de Gaulle et la Seconde Guerre mondiale diffusés sur la plateforme Érudit, un consortium formé de l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université du Québec à Montréal. Le classement des articles suit l’ordre chronologique des publications.

[ 1 ] – La prise de Saint-Pierre-et-Miquelon par les forces de la France libre : Noël 1941 (William Hanna, Revue d’histoire de l’Amérique française, Volume 16, numéro 3, décembre 1962 / Érudit)
[ 2 ] – Les Écrits militaires de Charles de Gaulle : Essai d’analyse thématique (Pierre Messmer et Alain Larcan ; compte rendu de Pierre-Gerlier Forest, Études internationales, Volume 18, Numéro 2, 1987 / Érudit)
[ 3 ] – Pétain et de Gaulle dans la presse québécoise entre juin 1940 et novembre 1942 (Robert Arcand, Revue d’histoire de l’Amérique française, Volume 44, numéro 3, hiver 1991 / Érudit)
[ 4 ] – La France et le Canada, d’une après-guerre à l’autre (1918-1944) (Philippe Prévost ; compte rendu par Jacques Portes, Revue d’histoire de l'Amérique française, Volume 48, numéro 4, printemps 1995, p. 581–582 / Érudit)
[ 5 ] – L’opinion des Canadiens français envers le général Charles de Gaulle et le maréchal Philippe Pétain : 1940-1946 (Fabrice Mosseray, Bulletin d’histoire politique, Volume 3, numéro 3-4, été 1995, p. 168-177 / Érudit)
[ 6 ] – Singularité du pétainisme québécois (Yves Lavertu, Bulletin d’histoire politique, Volume 3, numéro 3-4, été 1995, p. 178–183 / Érudit)
[ 7 ] – L’effort de guerre des éditeurs: l’Arbre et Fides, entre de Gaulle et Pétain (Jacques Michon, Bulletin d’histoire politique, Volume 3, numéro 3-4, été 1995, p. 341–349)
[ 8 ] – La France et le Canada d’une après-guerre à l’autre (1918-1944) (Philippe Prévost ; compte rendu par Pierre Savard, Études d’histoire religieuse, Volume 62, 1996, p. 96–99 / Érudit)
[ 9 ] – Les Canadiens français et la politique française durant la Deuxième Guerre mondiale : une historiographie en évolution (Jenny-Louise Sexton, Bulletin d’histoire politique, Volume 6, numéro 3, printemps 1998, p. 142–146 / Érudit)
[ 10 ] – La presse québécoise d'expression française face au procès du maréchal Pétain, 1945 (Lise Quirion, Bulletin d’histoire politique, Volume 7, numéro 2, hiver 1999, p. 43–58 / Érudit)
[ 11 ] – Le Québec entre Pétain et de Gaulle. Vichy, la France libre et les Canadiens français 1940-1945 (Éric Amyot ; compte rendu par Éric Bédard, Bulletin d’histoire politique, Volume 9, numéro 1, automne 2000, p. 216–218 / Érudit)
[ 12 ] – Le Québec entre Pétain et de Gaulle. Vichy, la France libre et les Canadiens français, 1940-1945 (Éric Amyot ; compte rendu par Pierre Lanthier, Revue d’histoire de l'Amérique française, Volume 55, numéro 2, automne 2001, p. 241–244 / Érudit)
[ 13 ] – 1939-1945 : Sillery entre dans la Résistance (Frédéric Smith, Histoire Québec, Volume 14, Numéro 1, 2008 / Érudit)
[ 14 ] – Les Canadiens français et la défaite de la France (Sébastien Vincent, Bulletin d’histoire politique, Volume 19, numéro 3, printemps 2011, p. 146–160 / Érudit)
[ 15 ] – Une lettre du journaliste Louis Francoeur au général Charles de Gaulle (7 septembre 1940) – (Mathieu Noël, Mens, Volume 13, numéro 1, automne 2012, p. 123-130 / Érudit)
[ 16 ] – « La France appelle votre secours ». Québec et la France libre 1940-1945 (Frédéric Smith ; compte rendu par Marc Bergère, Globe, Volume 15, numéro 1-2, 2012, p. 349–351/ Érudit)
[ 17 ] – « La France appelle votre secours » : Québec et la France libre, 1940-1945 (Frédéric Smith ; compte rendu par Yvan Lamonde, Recherches sociographiques, Volume 53, numéro 3, septembre–décembre 2012, p. 686–687 / Érudit)
[ 18 ] – « La France appelle votre secours » : Québec et la France libre, 1940-1945 (Frédéric Smith ; compte rendu par Magali Deleuze, Mens, Volume 13, numéro 2, printemps 2013, p. 108–111 / Érudit)
[ 19 ] – Propagande gaulliste et front intérieur : action et rayonnement du Comité France libre de Québec (Frédéric Smith, Bulletin d’histoire politique, Volume 21, numéro 3, printemps-été 2013, p. 67–82 / Érudit)
[ 20 ] – Par rapport au monde : la dimension internationale comme point de ralliement entre la Résistance intérieure et le général de Gaulle (1940-1944) – (Vincent Houle, Thèse déposée à l’Université de Montréal, juillet 2016 / Document référencé sur Érudit)
[ 21 ] – Élargissement d’échelles et nouveaux regards sur la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale (Vincent Houle, Cahiers d’histoire, Volume 35, numéro 1, automne 2017, p. 107–129 / Érudit)

09 août 2026

À la poursuite de l’horizon / Jean-René Roy


La science est la démarche intellectuelle pour comprendre et expliquer le monde, explorer et définir le réel de la nature et la nature du réel.

La connaissance nous amène à un horizon sans cesse fuyant, inatteignable par définition, qui nous rappelle l’impossibilité de tout connaître.

Avant-propos

Dans l’avant-propos de son nouveau livre, l’astrophysicien québécois Jean-René Roy indique que ses années d’expérience à Hawaï et au Chili ont inspiré sa réflexion sur la naissance et l’évolution des idées en sciences. Après avoir formulé plusieurs questions qui motivent les recherches actuelles de millions de chercheurs et chercheuse dans le monde, il présente succinctement les thèmes abordés dans les neuf chapitres de son livre.

Aperçu

Voyons un aperçu de chaque chapitre en notant le thème abordé (titre et citation), quelques exemples d’explorations scientifiques et les noms de scientifiques à l’origine de l’évolution des idées en sciences.

[ 1 ] – L’ameublement du monde : «La science étudie les phénomènes pour établir la nature des choses et définir l’architecture et l’ameublement du monde. La démarche se fait par la convergence et le choc des concepts ainsi que par l’usage d’instruments […].» (p. 1)

* La structure de la matière : les éléments (Empédocle, Antoine et Marie Paulze Lavoisier, Dimitri Mendeleïev).
* La génétique : la parenté de tous les êtres vivants (Charles Darwin, Gregor Mendel).

[ 2 ] – Convergence pour la connaissance du monde : «La science affecte comment va le monde, mais ce dernier détermine souvent les chemins que prend la science. La nature bidirectionnelle de cette synergie est importante.» (p. 29)

* L’invention du caractère mobile d'imprimerie typographique (Johannes Gutenberg).
* Les grandes expéditions scientifiques : les nouveaux instruments de navigation (Pierre Louis Maupertuis, Charles de La Condamine, Louis Antoine de Bougainville; Carl von Linné, James Cook, Alexander von Humboldt, Charles Darwin).
* La naissance de la géologie moderne : comprendre la géomorphologie (James Hutton, Charles Lyell, Georges Cuvier; John Strachey, William Smith).
* La machine à vapeur : la révolution industrielle (Denis Papin, Christiaan Huygens; Thomas Newcomen, James Watt, Sadi Carnot).
* La radioastronomie : la réception et la détection des ondes radioélectriques (James Clerk Maxwell, Heinrich Hertz; Karl Jansky, Grote Reber; Stanley Hey; Bernard Lovell).

[ 3 ] – Leçon d’échafaudage : «L’histoire montre que l’explication du monde a souvent emprunté des avenues erronées, douteuses ou labyrinthites.» (p. 69)

* Le mouvement des planètes : un archétype du développement d’un grand concept scientifique (Eudoxe de Cnide, Arismaque de Samos, Claude Ptolémée d’Alexandrie; Nicolas Copernic, Johannes Kepler, Isaac Newton, William et Caroline Herschel; Jacobus Kapteyn, Karl Schwarzschild; Bertil Lindblad, Jan Oort).

[ 4 ] – Qu’est-ce qui fait qu’une théorie scientifique marche ? : «Rien ne permet de déclarer qu’une hypothèse oui une théorie sont correctes lorsqu’elles sont proposées.» (p. 93)

* La cosmologie contemporaine : l’expansion de l’Univers (Georges Lemaître, Fred Hoyle, Thomas Gold, Hermann Bondi; George Gamow, Ralph Alpher, Robert Herman; Robert Dicke, Arno Penzias, Robert Wilson).
* La reconnaissance des causes de maladies infectieuses et virales : miasmes, germes, microbes, bactéries, virus (Hippocrate de Kos; Antoni van Leeuwenhoek, Robert Koch; Adolf Mayer, Dimitri Ivanovski, Martin Beijerinck; Edward Jenner, Louis Pasteur, Zhang Yong-Zhen, Edward Holmes, Katalin Karikò, Drew Weissman).
* La tectonique des plaques : les mouvements de la croûte terrestre (Abraham Ortelius; Alfred Wegener, Arthur Holmes, Jack Oliver, Stanley K. Runcorn, Edward A. Irving, John Tuzo Wilson).

[ 5 ] – Intermède : à propos de l’hypothèse anthropique : «Le principe anthropique (PA) tente de répondre à la question en mettant de l’avant des considérations statistiques sur la probabilité de l’apparition de la vie et de notre existence dans l’univers.» (p. 123)

* La version «forte» : prédestination de la vie consciente et intelligente dans l’Univers (Pierre Teilhard de Chardin, John D. Barrow, Frank Tipler).
* La version «faible» : l’évolution de l’Univers permet aux observateurs de naître (Brandon Carter).
* Le consensus chez les scientifiques et philosophes : notre espèce est le résultat de phénomènes contingents et d’événements aléatoires (Jérôme Lalande; Helge Kragh, Martin Gardner; Suzy Collin-Zahn, Christiane Vilain).

[ 6 ] – Rôles de l’image dans la découverte scientifique : «Les scientifiques de tous les domaines ont inventé des techniques d’illustrations pour assembler de colossales quantités d’informations numériques et les visualiser, créant ainsi ce que j’appelle des images pour l’esprit.» (p. 149)

* Une découverte scientifique par l’image : l’ADN (Rosalin Franklin, Raymond Gosling; James Warson, Francis Crick, Maurice Wilkins; Max Perutz, John Kendrew).
* L’image des portfolios scientifiques : atlas (World Atlas of Clouds), guides (Les oiseaux du Québec, Les oiseaux du Québec et des Maritimes), flores (Flore laurentienne, Flore nordique du Québec et du Labrador, Curieuses histoires des plantes du Canada, Petite flore forestière du Québec).

[ 7 ] – La notion de beauté en science, gage de vérité ou mirage ? : «Il est aisé d’être d’accord avec Umberto Eco : la notion de beauté est relative aux cultures et à l’époque considérée.» (p. 173)

* La variété des formes (Ernst Haeckel, D’Arcy Wentworth Thompson, Georges-Louis Leclercde Buffon).
* La démarche esthétique (Francic Crick; Subrahmanyan Chandrasekhar, Francis Bacon, Werner Heisenberg, Ricard Freynman, Dmitri Mendeleïev; Leonhard Euler, Henri Pointcaré).
* Le point de vue critique (Lisa Randall, Yves Gingras, Sabine Hossenfelder, Gerard 't Hooft).

[ 8 ] – Sens et portée des mots en science : «Les historiens et les philosophes des sciences nous rappellent que les concepts et les mots pour les décrire ont évolué au fil du temps […].» (p. 190)

* Trois exemples : masse, mouvement, évolution (Le Petit Robert, Merriam-Webster, Oxford English Dictionary; Dictionnaire historique de la langue française).

[ 9 ] – Insaisissable ignorance : «Il y a la connaissance de la nature, mais aussi la nature de la connaissance.» (p. 209)

* Considérations sous différents angles (Nicolas Copernic; Daniel R. DeNicola, Yves Gingras, Bruno Latour, Christian Baumgarten).

Compléments

Dédié à la mémoire de Hubert Reeves (1932-2023), l’ouvrage de Jean-René Roy est complété par un épilogue, une annexe (La propagande par l’image scientifique), les remerciements, la bibliographie et un index. La table des matières est placée au début du livre.

Appréciation

Ce survol illustre le caractère encyclopédique de l’ouvrage, dont l’écriture est limpide et la lecture instructive.

Plusieurs passages sont aussi didactiques, par exemple L’image, moteur de découverte (p. 140-145) et L’image qui fait comprendre (p. 160-162).

Par ailleurs, les renvois d’un chapitre à l’autre, les notes infrapaginales et les références biographiques suscitent des lectures ultérieures pour approfondir les thèmes abordés, les concepts scientifiques en évolution et les biographies des scientifiques marquants.

Référence

Roy, Jean-René. – À la poursuite de l’horizon. Naissance de et évolution des idées en sciences. – Québec : Les Presses de l’Université Laval (PUL), 2024. – XVI, 247 p. – ISBN 978-2-7663-0475-2. – [Citations liminaires : p. 69, XV]. – [Extrait, Table des matières]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : à venir ; 500 R.

Image

Stephan’s Quintet (NIRCam and MIRI Composite Image) – Stephan’s Quintet, Hickson Compact Group (HCG) 92, NGC 7318A, NGC 7318B, NGC 7319, NGC 7320 / July 12, 2022 / Credit Image : NASA, ESA, CSA, STScI. – Cette image est reproduite et légendée dans le livre de Jean-René Roy, p. 99.

Articles connexes

Trente images révélant l’Univers / Jean-René Roy
La Terre dans l’espace / Jean-René Roy

02 août 2026

L’intelligence artificielle dans l’arène géopolitique


Dans son essai L’intelligence artificielle dans l’arène géopolitique, le chercheur Jean-François Gagné présente la politisation de l’intelligence artificielle (IA) où différentes visions des grandes puissances s’affrontent. Cette orientation est spécifiée dans l’introduction de l’opuscule, tout comme l’importance et l’évolution technologique de l’IA.

L’exposé est développé en quatre parties. Voyons succinctement les sujets abordés dans ces chapitres, sans étayer les arguments de l’auteur.

[ 1 ] – Un monde en mutation – La remise en question de l’ordre post-Guerre froide provoque un haut niveau d’imprévisibilité dans les relations internationales. Trois changements illustrent cette nouvelle réalité : la fragilité des chaînes d’approvisionnement, la montée en puissance de la Chine, la naissance de nouveaux empires numériques.

[ 2 ] – Les ambitions des grandes puissances – Les gouvernements considèrent l’IA comme le principal déterminant de l’équilibre des puissances. Les implications, les risques et les dimensions sociales sont soulignés dans chacun de ces volets : les exploits technologiques, la prospérité économique, la supériorité militaire.

[ 3 ] – Les stratégies nationales – Bien qu’ayant certains points communs sur l’IA, les grandes puissances ont des visions divergentes, opposées : «L’approche américaine est centrée sur l’entreprise, la chinoise sur l’État, l’européenne sur l’individu.»

[ 4 ] – La gouvernance mondiale – Trois scénarios sont envisagés et détaillés : la continuité du chacun pour soi, la division du monde en blocs régionaux, une gouvernance mondiale au service du bien commun.

La bibliographie compte 14 références, dont plusieurs sont en libre accès sur la Toile.

Appréciation

Cette synthèse sur l’IA considérée comme un enjeu géopolitique est remarquable. On y trouve des clés pour décoder l’actualité internationale et mieux comprendre le monde actuel.

Références

Livre

Gagné, Jean-François. – L’intelligence artificielle dans l’arène géopolitique. – Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal (PUM), 2026. – 64 p. – (Collection Le monde en poche). – ISBN 978-2-7606-5514-0. – [Citations : p. 8, 22, 43, 23]. – BAnQ : 327.1028563 G135i 2026.

Recension

L’intelligence artificielle, nouvelle arène des puissances mondiales (Hélène Ganzmann, UdeMnouvelles, 10 avril 2026)

Auteur

Jean-François Gagné (Université de Montréal)

Image

Carte politique du monde (Commons Wikimedia, Canuckguy et autres, 12 novembre 2006)

Article connexe

Ressources documentaires sur l’intelligence artificielle

Sur la Toile

A) Ressources référencées dans la bibliographie

AI Nationalism(s): Global Industrial Policy Approaches to AI (AI Now Institute, 12 mars 2024)

The Hamilton Index (Meghan Ostertag, Information Technology & Innovation Foundation, 6 mai 2026)

Digital Empires: The Global Battle to Regulate Technology (Anu Bradford, Oxford University Press, 21 septembre 2023)

The evolution of artificial intelligence (AI) spending by the U.S. government (Jacob Larson, James S. Denford, Gregory S. Dawson et Kevin C. Desouza, Brookings, s26 mars 2024)

The 2026 AI Index Report (Yolanda Gil et Raymond Perrault, The Stanford Institute for Human-Centered AI, avril 2026) – (PDF)

Conflict trends: A global overview, 1946–2025 (Siri Aas Rustad, Peace Research Institute Oslo) – (PRIO)

The state of AI in 2025: Agents, innovation, and transformation (Alex Singla, Alexander Sukharevsky, Bryce Hall, Lareina Yee et Michael Chui, McKinsey & Company, 5 novembre 2025) – (Audio)

SIPRI Yearbook 2026 (Stockholm International Peace Research Institute, Oxford University Press) (PDF en français, 8 juin 2026)

B) Ressources complémentaires

Aperçu de la Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle du Canada : L’IA pour tous (ISDE, Gouvernement fédéral du Canada, 24 juillet 2026)

La Chine rallie 29 pays à son projet de nouvel ordre mondial de l’IA afin de contrer les États-Unis (Célia Séramour, L’Usine digitale, 20 juillet 2026)

AI Watch: Global regulatory tracker - United States (White & Case, 30 juin 2026)

Domaines d'action (Commission européenne, 3 juin 2026)

Carte commentée. Rivalités des grandes puissances (Pascal Orcier, Institut FMES, 12 décembre 2025)

La géopolitique de l’intelligence artificielle : régulation et puissance (Karim Benyekhlef et Jie Zhu, Lex-Electronica, Volume 29, numéro 1, 2024 / Érudit)

Actualité

Intelligence artificielle : l’illusion du contrôle (Éditorial, Le Monde, 4 août 2026)

25 juillet 2026

Plantes urbaines du Québec

Un nouveau livre pour identifier 70 espèces communes dans nos villes : Plantes urbaines du Québec. Un ouvrage publié par Martine Lapointe, aux Éditions NaturAT, dans la collection Carnets nature.

Cette nouvelle ressource botanique constitue un guide pratique pour les amateurs de la nature sauvage en ville. En voici les principaux éléments :

– le format poche
– la reliure à anneaux
– le classement des espèces selon la couleur de leurs fleurs
– les nombreuses photos
– les symboles significatifs
– les descriptions captivantes
– les illustrations sur la morphologie des plantes.

Soulignons la richesse des informations documentaires :

– la préface du biologiste Roger Larivière
– l’introduction : plantes adventistes et rudérales, pollinisateurs, couleurs, importance de connaître les plantes urbaines
– la morphologie des plantes : parties, texture de la tige, types de feuilles, inflorescences, parties d’une fleur
– les symboles utilisés pour l’identification des plantes : cycle de vie, origine, période de floraison, mellifère, habitats de prédilection
– la bibliographie : livres et sites
– le glossaire : plus de 50 définitions
– l’index (8 pages)
– et deux pages pour les annotations personnelles du lecteur.

Exemple

À titre d’exemple, présentée à la page 78, la fiche sur l’Asclépiade commune [photo ci-dessus] :

– la mise en page exemplaire facilitant la consultation rapide d’un grand nombre d’informations pour identifier l’espèce sur le terrain;

– partie liminaire : fleurs roses; noms français, anglais et scientifique, nom de sa famille botanique, symboles visuels (sol végétalisé récemment perturbé);

– photographies (générale, soie en encart) et symboles visuels (plante vivace, indigène: floraison en juin et juillet-août; espèce visitée par les abeilles);

– troisième partie : description textuelle (tige, feuilles, fleurs, fruit); hôte de prédilection, soie des graines, propriétés, surnom.

Références

Livre

Lapointe, Martine. – Plantes urbaines du Québec : 70 espèces communes. – Rouyn-Noranda (Québec) : Éditions NaturAT, 2026. – 124 p. – (Collection Carnets nature). – ISBN 978-2-9822-4071-1. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : en traitement; en commande.

Autrice

Martine Lapointe est botaniste, photographe et technologue en foresterie. Depuis 35 ans, elle œuvre en enseignement universitaire à l’Université Laval. (4e page de couverture)

Martine Lapointe, collectionneuse de plantes et grande donatrice (Manon Plante, ULaval nouvelles, 10 octobre 2024)

Image

Asclépiade commune (Asclepias syriaca, Apocynaceae) © Claude Trudel, Le monde en images, CCDMD)

Article connexe

Guide de la flore urbaine / Roger Latour

19 juillet 2026

Atlas des origines de l’homme

«Nous sommes aujourd’hui les seuls représentants du genre Homo sur cette terre, mais il ne faut pas oublier les autres humanités qui se sont côtoyées avant nous, ont vécu aussi à nos côtés, avec lesquelles nous nous sommes métissés.»

L’atlas de l’archéologue et préhistorien Romain Pigeaud présente une synthèse sur «l’histoire de l’humanité actualisée avec toutes les dernières découvertes et enrichie de plus de 50 cartes, chronologies et illustrations».

Les textes sont regroupés sous 23 dossiers :

L’homme, ce primate
Une origine africaine
Les australopithèques
Paranthropes et premiers hommes
Homo ergaster
Premières sorties d’Afrique
Plusieurs méthodes de datation
Vers Néandertal
La dernière glaciation
Néandertal, si loin, si proche
Cro-Magnon, Homo sapiens fossile
Étranges humains
Tactiques et stratégies
36 000 années en Europe
Des comportements symboliques
Dans les profondeurs des cavernes
Au milieu des forêts postglaciaires
Vers un nouveau monde
Des paysages modifiés
Et le métal vint…
Le bel âge du bronze
Pour l’autre monde
Richesses et pouvoir.

Les exposés sont à la fois fascinants et instructifs.

La mise en page est exemplaire. À titre d’exemple, la structure du deuxième dossier :

– titre : Une origine africaine
– introduction
– sections : L’aventure des primates, Le buisson originel, Des paysages plus ouverts, L’étude des fossiles anciens, un vrai sacerdoce, Nommer les fossiles humains, un exercice difficile
– illustration : Crâne de Sahelandthropus tchadensis (Toumaï)
– encadrés : À savoir, Quelques chiffres
– carte légendée : Lieux de découvertes des premiers hominines
– résumé : À retenir.

Citons deux extraits de la conclusion, la première sur l’humanité, la seconde sur les scientifiques :

«L’immense majorité des humains ont vécu, d’abord par itinérance, puis, fixés sur un territoire, dans la douceur de vivre du sédentaire.»

«Le préhistorien et les archéologues de toutes périodes confondues enrichissent notre patrimoine. […] Cet atlas en porte témoignage.»

L'ouvrage est complété par une bibliographie, alors que le sommaire suit la page d'introduction.

Cette publication est rééditée annuellement.

Référence

Livre

Pigeaud, Romain. – Atlas / Les origines de l’homme. – Cartes par Mélanie Marie. – Ouvrage révisé par Jean-Jacques Hublin (Collège de France, membre de l’Institut) et Olivier Lemercier (Université Paul-Valéry). – Revue annuelle, édition 2026. – Paris : Les Éditions du Sens, 2026. – 128 p. – (Questions clés sciences). – ISSN 2265-6677. – ISBN 979-10-311-3380-5. – [Citations : Introduction, p. 5; Conclusion, p. 125].

Auteur

Romain Pigeaud (Hominidés)

Image

Olduvai (Mike Krüger, Commons Wikimedia, 26 janvier 2011 – Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International)

Cette photo est reproduite dans Atlas des origines de l’homme, sous le dossier Paranthropes et premiers hommes, avec cette légende : «Les gorges d’Olduvai, en Tanzanie, berceau de la recherche sur les origines de l’homme» (p. 24).

Actualité

ADN mystérieux identifié: deux ancêtres inconnus dans le génome humain (Nela Heidner, euronews, 1er août 2026)

12 juillet 2026

La fabuleuse histoire du monde végétal


Les plantes nous fournissent 98 % de l’air que nous respirons et au moins 80 % de notre alimentation, dont elles constituent depuis la nuit des temps le pilier le plus important.

Dans l’introduction de son livre, le généticien et ethnobotaniste Alain Bonjean relate les circonstances l’ayant amené à s’intéresser au monde des plantes, puis ses études en botanique et ses nombreuses contributions professionnelles depuis le tournant du 21e siècle.

Les chapitres peuvent ainsi être regroupés :

Généralités

1 – Qu’est-ce qu’un végétal ?
2 – Comment reconnaître un végétal
3 – Des végétaux presque partout

Les débuts de l’humanité

4 – L’importance des plantes sauvages avant les débuts de l’agriculture
5 – Conséquences de l’apparition des foyers d’agriculture au Néolithique

Les plantes cultivées

6 – Mondialisation progressive de la flore cultivée entre l’âge du bronze et le XXe siècle
7 – La mutation industrielle récente des usages des plantes cultivées
8 – Des plantes et des hommes

Le contexte actuel

9 – Importance fondamentale de la biodiversité
10 – Menaces et enjeux mondiaux liés au végétal
11 – Diverses raisons de continuer à promouvoir le végétal et de rester optimiste.

Les derniers chapitres relèvent plus de la prospective que de l’histoire, mais ils sont tout aussi intéressants que les chapitres précédents.

Le volume est complété par une Bibliographie choisie (références regroupées par chapitre). Le livre ne contient pas d’index, mais les pages des encadrés sont indiquées dans la Table des matières. Par contre, il n’y a pas de liste des illustrations (tableaux, graphiques, cartes, photos).

L’auteur considère son ouvrage comme un livre de culture générale sur le végétal.

Commentaires

L’écriture de l’ouvrage est fluide et le texte bien structuré. La lecture des exposés est instructive et captivante. Toutefois, la pâleur des notes infrapaginales incite à les ignorer.

Soulignons également la mise en page remarquable et le contenu didactique des nombreuses illustrations, des encadrés thématiques, et des biographies de scientifiques. À titre d’exemple :

Les lichens, p. 23-25 / La sensitive (Mimosa pudica), p. 57 / L’arabette des Dames (Arabidopsis thaliana), p. 72-73 / Le chanvre-cannabis (Cannabis sativa), p. 104-106 / Cartes mondiales des foyers d’agriculture, p. 106-109 / L’échange colombien, p. 134-138 / La maca andine (Lepidium meyenii), p. 141-142 / La patate douce (Ipomoea batatas), p. 143-146 / Norman Borlaug et la Révolution verte (blé ‘Norin 10’; Triticum aestivum), p. 153-156 / L’anthropocène, p. 174-175 / Le végétarisme, p. 196-199 / Robert Fortune et les thés de Chine [Camellia sinensis], p. 199-206 / Kathleen Drew-Baker et la culture des macroalgues (Porphyra umbilicalis), p. 206-209 / Yuan Longping et le riz hybride chinois [Oryza sativa], p. 211-214 / La cameline (Camelina sativa). P. 216-221 / Les vertus du végétal pour une bonne santé physique et mentale, p. 298-302.

Les jugements de l’auteur exprimés sur des sujets controversés reflètent le point de vue d’un généticien entrepreneur.

Références

Livre

Bonjean, Alain. – La fabuleuse histoire du monde végétal. – Paris : Les Belles Lettres, 2025. – 326 p. – ISBN 978-2-251-45755-0. – [Citations : p. 32, 304]. – BAnQ : 580.9 B7158f 2025.

Blogue

Les chroniques du végétal (Notes et réflexions d’Alain Bonjean)

Image

Patate douce à chair blanche (Ipomoea batatas, Convolvulaceae) – Photo tirée de l’album Plantes en Amérique latine et aux Antilles © Claude Trudel, Le monde en images, CCDMD.

Sur la Toile

Plantes alimentaires
Plantes traditionnelles
Albums botaniques

05 juillet 2026

Les sciences sous ma loupe / Yves Gingras


Alors que les sciences sont omniprésentes dans le monde contemporain, il importe d’avoir un esprit critique dans ce contexte. C’est le point de vue privilégié par Yves Gingras dans son nouveau livre Les sciences sous ma loupe, un recueil présentant une sélection de 70 articles (2008-2025).

Recueil

Les articles sont regroupés en cinq parties (nombre d’articles) : Sciences et méthodes (16), Sciences et société (23), Modes de production des savoirs (16), Rhétoriques de l’excellence (6) et Sciences et culture (9).

La majorité des textes sélectionnés ont été publiés dans la revue Pour la Science. Le premier article est tiré du livre Qu’est-ce que la science…pour vous? (Marc Sylberstein, dir.). Les autres textes ont été publiés dans ces journaux et périodiques : Argument, L’actualité, La Conversation, Le Devoir, Le Mouton Noir, Philo & Cie, Savoir/agir.

Les sujets abordés sont circonscrits, et les exposés sont succincts.

Aperçu

L’introduction situe l’ouvrage dans le contexte mondial techno-scientifique. Les textes de «critique de science» du recueil abordent diverses facettes de la science, y compris des polémiques, manipulations et exagérations. Notons ce commentaire perspicace en fin d’introduction : «En somme, un sain scepticisme s’impose face aux scientifiques qui, paradoxalement, sont parfois moins rationnels qu’ils ne devraient l’être quand leurs intérêts sont en jeu.»

Les textes reproduits dans la première partie précisent plusieurs notions dans un contexte scientifique, par exemple : science, connaissance, raison suffisante, observer, méthode scientifique, concept, modèle, objet, doute, empirisme, expliquer, anomalie, échec, convention, contexte de découverte et contexte de justification, science participative. Retenons la définition de la science selon l’auteur : la science, c’est «rendre raison des phénomènes par des causes naturelles».

La deuxième partie présente des controverses sociales relatives à des énoncés ou découvertes scientifiques, par exemple : prix Nobel, croyances, religions, particularismes, ressources matérielles, statistiques, données probantes, incertitudes, comité d’éthique, expert et ex-pair, judiciarisation, fraude, laboratoires gouvernementaux de recherche et de développement, politisation des vaccins, patriotisme, collaborations internationales, propagande.

La troisième partie analyse divers modes de production, de publication et de subvention des recherches scientifiques, par exemple : évaluation par les pairs, gestion des revues savantes, prépublications, analyse bibliométrique, collectivisation de la recherche, loterie pour les ressources, oligopole des grands éditeurs, science ouverte, obsession des citations, syndicalisation des postdocs, republications, coconstruction, ralentissement.

La quatrième partie cible des rhétoriques portant sur l’innovation et l’excellence, par exemple : novlangue, culte de l’innovation, loi des rendements décroissants, indice h, classements des universités.

La cinquième partie porte notamment sur des controverses sociales impliquant la science, par exemple : image de la science, sondages, manipulations, recherche scientifique en action, responsabilité scientifique, mouvement technocratique, recherche fondamentale, associations scientifiques, morale, ignorance stratégique.

La conclusion souligne l’importance d’acquérir une culture scientifique minimale. À cet égard, Yves Gingras énumère et explique six grands principes sous-tendus par ce principe fondamental : «les seules explications considérées comme scientifiques sont celles qui font intervenir des phénomènes naturels».

Le livre est complété par les remerciements de l’auteur, l’origine des textes et la table des matières.

Références

♦ Livre

Gingras, Yves. – Les sciences sous ma loupe. – Montréal : Boréal, 2026. – 340 p. – ISBN 978-2-7646-2918-5. – [Citations : p. 11, 19, 322]. – [Remarque : le renvoi indiqué à la page 129 doit se lire voir le chapitre 31]. – [Extrait et table des matières]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : 501 G4926s 2026.

♦ Auteur

Yves Gingras (biographie, professeur) – UQÀM

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Lever du Soleil, le 13 juin 2026 © Claude Trudel

Article connexe

Histoire des sciences au Québec

Sur la Toile

♦ Entrevues

Autour d’une œuvre / Notre invité Yves Gingras (Animation Guillaume Lamy, Savoir média, 2025, vidéo 45 min) – Yves Gingras – Autour d’une œuvre (YouTube)

Plaidoyer pour une culture scientifique critique avec Yves Gingras (Sophie-Andrée Blondin, 8 février 2026, audio 14 min, Société Radio-Canada)

Entrevue avec Yves Gingras sur "Les sciences sous ma loupe" (Jean-Paul Moreau, Unique FM, 5 avril 2026, audio 22:17 min)

♦ Compte rendu

Yves Gingras, Les Sciences sous ma loupe (William R. Shea, Revue d’histoire des sciences, 4 mai 2026, 2026/1, Tome 79, p. 176-178)

♦ Sujet / Évaluation

L’évaluation est-elle une science? (Yves Gingras, Éditions Science et bien commun, 2021)

♦ Sujet / Republication

The Curious Case of Max Planck retracted papers / When past scientific practices meet contemporary publishing norms (Yves Gingras et Mahdi Khelfaoui, arXiv, 17 mai 2026, révision 20 mai 2026) – [Versions HTLM et PDF]

Why have papers by one of history’s most famous physicists been retracted? (Sam Kean, Science, 26 juin 2026)

Why did this journal retract two 1940s papers by Max Planck? (Jennifer Ouellette, Ars Technica, 28 juin 2026 )

Springer Nature a rétracté deux articles du physicien Max Planck pour de mauvaises raisons (Martin Clavey, Next, 29 juin 2026)

Quand un algorithme censure un Nobel (Mathieu Perreault, La Presse, 9 juillet 2026)

28 juin 2026

Les Vikings


Le livre de Pierre Baudui intitulé Les vikings compte six chapitres encadrés par une introduction et une conclusion. Il est complété par une bibliographie. L’exposé, comme dans les autres volumes de l’encyclopédie Que sais-je?, est très dense.

L’Introduction porte sur l’étymologie de viking, la chronologie de l’âge viking, les sources écrites, les fouilles archéologiques et les différentes approches disciplinaires de la période viking.

Les deux premiers chapitres se caractérisent par leur approche structurale : la société, d’une part, et les marins, marchands et guerriers, d’autre part. Carte 1 – La Scandinavie, VIIe-Xe siècle (p. 9).

Le premier chapitre, intitulé Des sociétés en mouvement, présente la géographie physique et humaine (démographie) de la Scandinavie, les activités économiques (agriculture, élevage, commerce), les premiers centres urbains, l’ordre social hiérarchisé (esclaves, hommes libres, aristocratie), l’émergence des royaumes scandinaves, les croyances et valeurs des Scandinaves.

Le deuxième chapitre, intitulé Marins, marchands et guerriers, présente les navires marchands et guerriers, le monde de la navigation et les traits spécifiques aux marchands et guerriers. Une synthèse critique sur les origines du phénomène viking récapitule ces deux premiers chapitres.

Les trois suivants se caractérisent par leur approche chronologie en fonction de trois aires géographiques : Europe occidentale, Atlantique nord, Europe orientale.

Le troisième chapitre, portant sur l’Europe du Nord-Ouest, comprend deux parties : les raids et l’implantation des Scandinaves, en deux vagues, puis l’étude des impacts des établissements scandinaves en Normandie, en Angleterre, en Écosse et en Irlande. Carte 2 – L’expansion viking en Occident (p. 51).

Le quatrième chapitre décrit les circonstances favorables à l’exploration et la colonisation des terres de l’Atlantique nord (progrès de la construction navale et de la navigation, motivations des colons), et les sources documentaires sur ces régions. Dans un deuxième temps, les colonisations spécifiques à ces régions sont relatées : Féroé, Islande, Groenland et Vinland. Plusieurs passages ont trait à l’historiographie de ces colonies. Carte 3 – La découverte et la colonisation des terres de l’Atlantique nord (p. 76).

Le cinquième chapitre porte sur Les routes de l’Orient : étymologie Rhos / Rus’, le contexte différent de celui de l’Europe occidentale, les anciennes relations entre les peuples des rives de la Baltique, l’expansion scandinave en Europe orientale et le commerce oriental (y compris avec le Moyen-Orient et l’Asie centrale), la naissance de la Rus’ (controverses sur la formation de l’État russe depuis le 18e siècle). Carte 4 – L’Europe orientale, IXe-Xe siècle (p. 96).

Le sixième chapitre porte sur La fin de l’âge viking qui coïncide avec la centralisation monarchique et la conversion des pays scandinaves au christianisme.

La Conclusion souligne quelques conséquences majeures de l’expansion viking : les migrations en marge de l’écoumène européen, les échanges commerciaux, la rencontre des cultures et la construction d’identités en Scandinavie. Par ailleurs, l’auteur analyse la fascination actuelle envers l’épopée viking, en concluant avec cette mise en garde : «[…] la figure des vikings peut être détournée à des fins idéologiques pour nourrir des discours ou servir des projets politiques.»

Les références de la Bibliographie indicative sont ainsi regroupées : Pour une vue d’ensemble, Les peuples scandinaves et leur expansion, Sur des points plus précis, Par zones géographiques.

Référence

Baudui, Pierre. – Les vikings. – Quatrième édition mise à jour. – Paris : Presses universitaires de France (PUF) / Humensis, 2024. – 128 p. – (Collection Que sais-je?, n° 1188). – ISBN 978-2-7154-2880-5. – [Citation : p. 122]. – [Le mot viking, nom propre ou commun, au singulier ou au pluriel est écrit sans majuscule initiale dans ce livre.] – BAnQ : 948.022 B343v 2024.

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Vue de L’Anse aux Meadows (Gordon Leggett, 27 août 2022, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0) – La découverte et l’exploration du Vinland sont décrites aux pages 85-86 du livre de Pierre Baudui.

21 juin 2026

Antonín Dvořák (1841-1904)


Écrire la vie d’Antonín Dvořák, c’est avant tout parler de ses œuvres. […] Dans ce livre, le sens chronologique adopté sera non pas celui des dates de création des œuvres mais de celles de leur composition.

La biographie du célèbre compositeur tchèque, par Martin Mirabel, compte neuf chapitres encadrés par une introduction, Ouverture – Un soir de première à Carnagie Hall, et une conclusion, Finale – L’héritage de Dvořák.

L’écriture de l’auteur est remarquable, tant pour son style que pour la richesse de son vocabulaire et les vives descriptions des œuvres de Dvořák.

Le contexte historique, les relations familiales, éducatives et professionnelles servent de décor à la gestation, la production et la présentation des compositions de Dvořák.

Tout au long du récit, l’auteur met en relief la personnalité du musicien, ses liens avec sa famille, ses amis musiciens et ses éditeurs. Les comparaisons avec les autres grands compositeurs classiques, contemporains et devanciers de Dvořák, sont nombreuses.

Martin Mirabel consacre une grande partie de son exposé à la Symphonie du Nouveau Monde et à son contexte historique (Un soir de première à Carnagie Hall, p. 13-19; À la conquête du Nouveau Monde, p. 133-153).

L’ouvrage est complété par cinq annexes :

– Repères chronologiques
– Repères bibliographiques (Sur Dvořák, Écrits de musiciens, Ouvrages généraux)
– Repères discographiques (Musique de chambre, Musique concertante, Musique symphonique, Musique vocale)
– Index des noms de personnes
– Index des œuvres de Dvořák (Symphonies, Concertos, Oratorios, cantates, messes, Œuvres vocales, Opéras, Œuvres pour piano, Musique de chambre, Musique orchestrale, Poèmes symphoniques).

Référence

Mirabel, Martin. – Antonin Dvořák. – Préface de Martha Argerich. – Arles / Paris : Actes Sud, 2024. – 203 p. – ISBN 978-2-330-19491-8. – [Citations : p. 16, 19]. – BAnQ : 927.8 D988m 2024.

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Photograph of Antonín Dvořák in 1882 (Photographer unknown, Commons Wikimedia) – Une reproduction similaire est affichée sur la page de couverture du livre de Martin Mirabel.

Ressources

Les œuvres de Dvořák sont disponibles dans les Bibliothèques de Montréal, à la Grande Bibliothèque de BAnQ et sur la Toile.

À titre d’exemple :

Description et recommandation de Martin Mirabel (p. 151) :

Concerto pour violoncelle en si mineur, op. 104 (Jacqueline Du Pré, 26 novembre 1967; audio, 45:18 min)

« L’orchestre y joue le rôle du chœur antique et le soliste celui du protagoniste. La mort affronte la vie, la souffrance se transmute en gloire. De toutes les interprétations, celle de Jacqueline du Pré se distingue par la fièvre et l’urgence qu’on y sent. »

Commentaire

Le Concerto pour violoncelle de Dvořák par Jacqueline Du Pré et Sergiu Celibidache (Radio-France / France Musique / Disques de légende, 13 avril 2022; audio, 18:00 min)

16 juin 2026

Trois pas vers le sud


Le forgeron sait que son ouvrage touche à sa fin quand son regard ne se fixe plus sur l’aurore.



Précédé d’une dédicace, de trois épigraphes (Homère, Spinoza, Platon) et d’une table, le roman Trois pas vers le sud de Miquel de Palol compte dix parties titrées par des segments textuels en italique. C’est le premier volume du cycle du Troiacord.



Le segment initial de la première phrase du récit : Si les Troyens peuvent voir le fils de Ménèce avec des armes si brillantes. Il initie un incipit à caractère géométrique. Le plan des environs de la basilique gothique Santa María del Mar, dans le quartier du Born à Barcelone, fait l’objet d’une randonnée descriptive. Puis cette promenade se transforme en scénographie où des personnes convergent. Soudain. Au milieu, un tir, un seul. Gabriel.

Un seul personnage est identifié dans cette première partie du roman, alors qu’une constellation de personnages entre en scène au cours de la partie suivante. Alors que la première partie est spatiale et actuelle, la deuxième est temporelle et circonstanciée : Dans l’immédiat, Hier soir, Il y a quelques jours, Trois jours après, Pour le moment, Samedi, Deux mois, Hier soir. Le narrateur (protagoniste) signale au lecteur que l’heure est venue d’assister à la plus spectaculaire des comédies, celle de la régénération. L’affaire du camée révèle les relations et les liens familiaux entre plusieurs personnages, tandis que le narrateur trace un portrait exhaustif d’Augusta.

À 100 km de Barcelone – Au cours de la troisième et de la quatrième partie du récit, l’entraînement du double de Gabriel se déroule au massif des Guilleries. En deux phases : la déconstruction; l’éducation. Après avoir raconté et oublié sa vie sous contrainte, Damià Retxa s’approprie celle de Gabriel van Egmont. En parallèle, le protagoniste et ses complices spéculent sur le déroulement et l’importance de la mission projetée. Un long monologue du narrateur permet aussi de relier ces péripéties aux épisodes des parties antérieures.

Barcelone – Cinquième partie : Des bataillons en marche, agités / Damià Retxa mis à l’épreuve dans son rôle au cours d’une réunion du conseil d’administration de l’entreprise et de rencontres sociales. En plus, des figurants surgis de son existence antérieure. Plusieurs dialogues et didascalies sont notés comme dans une pièce de théâtre.

Double révélation problématique dans la partie suivante, l’une concernant l’entreprise, l’autre le passé de Damià. Le narrateur trace un portrait exhaustif d’Hyaline.

Massif des Guilleries – L’éphémère illusion du moi / Damià épluche frénétiquement certaines vidéos et pose moult questions, sans obtenir de réponses satisfaisantes.

Barcelone – Phrase initiale de la huitième partie : « Et tout est vain. Ou il n’y a rien qui nous console, encore moins Damià. » Révélation sur des relations mafieuses, suivies de deux rencontres. Pendant la réunion du conseil d’administration, en présence d’invités étrangers, Damià excelle dans son rôle en présentant son projet Troiacord. Mais, un peu plus tard, au cours d’une rencontre sociale, il s’effondre en pleurant à chaudes larmes.

Un ange sans nom et sans visage / Un nouveau narrateur, l’avocat travaillant depuis peu dans l’entreprise où le protagoniste fut auparavant président du conseil d’administration. La scène de l’échange du prisonnier Gabriel contre des documents est actualisée, l’avocat ayant pour mission la remise de papiers au représentant des ravisseurs.

Gabriel, non ! Gabriel… en écho au premier assassinat.

Appréciation

Le style d’écriture est remarquable, mais la trame du récit circulaire est alambiquée.

Les auteurs et les ouvrages classiques cités dans le roman, ainsi que les discussions philosophiques, sont innombrables. Le lectorat visé par l’auteur est apparemment celui des érudits. Tout ça est bagatelle.

Référence

Palol, Miquel de. – Trois pas vers le sud. – Le Troiacord I. – Double bande pentagonale à vingt voix sur l’écliptique du dodécaèdre. – Traduit du catalan par François-Michel Durazzo. – Paris et Veules-les-Roses : Éditions Zulma, 2024. – 200 p. – (Collection Z). – ISBN 979-10-387-0235-6. – [Citations : p. 20, 15, 20, 21, 349, 394]. – Bibliothèque de Montréal et BAnQ : PAL Miq tr v.1 ; Palol P181t.

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Basilique Sainte-Marie-de-la-Mer de Barcelone (Jordiferrer, Wikipédia, CC BY-SA 4.0)

Critiques

Trois pas vers le sud / Miquel de Palol (Babelio)

06 juin 2026

Cartographier la Nouvelle-France / Jean-François Palomino


L’étude des cartes doit faire une large place aux contextes sociaux, économiques, culturels et politiques ainsi qu’aux pouvoirs intellectuels et imaginaires de l’objet.

Avant-propos (4 pages)

Après avoir souligné la popularité des anciennes cartes géographiques, Jean-François Palomino formule ainsi le but de sa nouvelle publication : « […] faire comprendre comment et pourquoi on a cartographié l’Amérique du Nord française et expliquer toute la complexité derrière l’opération cartographique et ses motivations. »

Introduction (23 pages)

L’auteur évoque les multiples usages des cartes tout au long de l’histoire de la Nouvelle-France. Il présente ensuite une historiographie sur l’avancement des connaissances géographiques en Amérique et les différentes formes de cartographie examinées dans ce livre. Enfin, il résume les sept chapitres thématiques de son ouvrage en mettant en relief les contributions marquantes des figures de proue dans leur contexte respectif.

Récit

Le style d’écriture et la structure narrative des chapitres favorisent l’appréhension du texte et la compréhension de la démarche originale de l’auteur : titre évocateur, introduction, développement en plusieurs sections, récapitulation.

Tout au long de l’exposé, les explications relatives aux multiples sources explorées (dont les sources autochtones), aux relations interpersonnelles, aux contextes géopolitiques et aux diverses techniques cartographiques utilisées, sont captivantes et limpides.

Les contributions cartographiques novatrices et marquantes de plusieurs personnages sont soulignées et décrites, notamment celles de Samuel de Champlain, Jean Baptiste Louis Franquelin, Robert de Villeneuve, Gédéon de Catalogne, Jean Deshayes et Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry.

Les contextes relatifs aux productions cartographiques sont omniprésents. En voici quelques exemples :

○ le renouvellement de la pratique cartographique par l’explorateur et colonisateur Samuel de Champlain (1603-1632);

○ les deux portraits de la Nouvelle-France à la cour, dont les enjeux sont contradictoires : la vision d’une colonie compacte et la vision impériale expansionniste (1663-1684);

○ le projet sur les limites de la Nouvelle-France formulé par le cartographe Jean Baptiste Louis Franquelin et la carte de l’Amérique du Nord que celui-ci dresse en 1688;

○ la carrière houleuse et productive de l’ingénieur Robert de Villeneuve en Nouvelle-France (1685-1689, 1691-1692);

○ la genèse de l’œuvre cadastrale de l’arpenteur Gédéon de Catalogne visant à favoriser l’harmonie sociale, dont les travaux sont achevés en 1709 (et le mémoire afférent en 1712);

○ les circonstances exceptionnelles ayant rendu possible l’imposante cartographie scientifique du fleuve Saint-Laurent par l’astronome, mathématicien et hydrographe Jean Deshayes (1685-1686, 1702-1706);

○ le Dépôt des cartes, plans et journaux de la Marine créé en 1720, et la construction longue et méthodique de la cartographie du fleuve Saint-Laurent;

○ les sources utilisées par Jacques-Nicolas Bellin pour la production de sa carte de l’océan Atlantique (1738) et ses cartes et plans insérés dans l’ouvrage de Pierre-François-Xavier de Charlevoix consacré à la Nouvelle-France (1744).

Les communications triangulaires entre les cartographes de terrain, les administrateurs coloniaux et les autorités métropolitaines sont présentées, analysées et décortiquées. Ces exposés éclairent l’évolution contrastée du savoir géographique pendant les deux premiers siècles de l’histoire de la Nouvelle-France.

Conclusion (15 pages)

Retenons quelques points relatifs à la genèse complexe des cartes et plans de la Nouvelle-France.

L’abondance des sources cartographiques et textuelles favorise l’analyse des échanges entre les différents acteurs et auteurs de cette vaste documentation.

Une institutionnalisation de la cartographie de la Nouvelle-France se met progressivement en place pendant le 17e siècle. À cet égard, les exemples liés à Robert de Villeneuve, Jean Deshayes, Jean Baptiste Louis Franquelin, ainsi qu’à des officiers de la marine et des ingénieurs militaires sont cités.

Une certaine routinisation de l’activité cartographique émerge, notamment à Québec, comme le démontrent la pratique archivistique locale et les cartes de Franquelin et de Chaussegros de Léry.

L’intérêt des autorités de l’État pour les savoirs géographiques sur la Nouvelle-France, aussi bien dans la colonie qu’en France, est variable, souvent en considération de contraintes budgétaires. Par exemple, des innovations de Villeneuve, Chaussegros de Léry et Franquelin restent sans suite.

Jean-François Palomino formule ainsi le bilan de son essai : « De cette longue exploration de la cartographie de la Nouvelle-France, on retient que l’acquisition des connaissances territoriales dans la longue durée s’est avérée un processus discontinu, partiellement cumulatif, avec des fondements sociaux et politiques hétérogènes et des raisonnements intellectuels tout aussi hétérogènes, voire contradictoires. »

Appréciation

Fruit de plusieurs années de travail et agencé d’une façon exemplaire, le livre Cartographier la Nouvelle-France s’avère une ressource documentaire exceptionnelle!

Les chercheurs, professeurs et étudiants pourront consulter les nombreuses notes infrapaginales, la bibliographie exhaustive (sources et études), l’index général et l’index des cartes pour repérer et approfondir leurs sujets d’intérêt et d’investigation.

Par ailleurs, les talents d’écrivain et de communicateur de Jean-François Palomino rendent la lecture du récit accessible au grand public.

Références

Livre

Palomino, Jean-François. – Cartographier la Nouvelle-France. Le savoir géographique au service de l’État (1534-1744). – Montréal : Les Éditions du Boréal, 2026. – 432 p. + hors-texte de 40 p. [80 documents cartographiques en couleur]. – ISBN 978-2-7646-2828-7. – [Citations : p. 20 ; 8, 15 et 25, 367]. – [Extraits, dont la Table des matières]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : à venir.

Sources cartographiques en ligne (bibliographie, p. 373-383) :

Liste des cartes mentionnées dans Cartographier la Nouvelle-France, Boréal, 2026. – Borealis UQAM [en bas de page, cocher et télécharger le fichier au format PDF pour accéder aux hyperliens des cartes numérisées]. – [Adresse substituée à celle indiquée dans le livre, p. 12 et 373].

Auteur

Jean-François Palomino (UQÀM)
Jean-François Palomino (BAnQ)

Carte

1715 – De la Grande Rivière de Canada appellée par les Européens de St. Laurens (Jean Deshayes)

« En 1715, l’éditeur Nicolas de Fer n’apporte que peu de changements à la première version de la carte [1700], réutilisant la même plaque gravée. » (Jean-François Palomino, Cartographier la Nouvelle-France, p. 273)

Biographies

Dictionnaire biographique du Canada (DBC)
Dictionnaire de l’histoire de France (DHF)

01 juin 2026

Meurtres et mystères en Nouvelle-France


La Revue d’histoire de la Nouvelle-France présente un dossier instructif et captivant intitulé Meurtres et mystères.

Les titres des articles de ce dossier sont éloquents (auteurs) :

Marie Pournin de La Faye, une mystérieuse fondatrice de Montréal (Dominique Deslandres)

Otchipamy, mousquetaire autochtone ? (Frédéric Dagenais)

Qui a tué François Pougnet ? (Alice Aubin-Mercier)

L’affaire Jean Aubuchon ou le mystère de la chambre jaune de la Nouvelle-France (Félix Tremblay-Chabot).

Ces textes sont le fruit d’une démarche pédagogique : «Ce dossier présente les résultats d’une expérience pédagogique singulière : des étudiantes et étudiants de l’Université de Montréal, invités à se transformer en enquêteurs du passé. Guidé par leur professeure Dominique Deslandres, ils ont exploré les registres judiciaires du bailliage de Montréal, redonnant voix aux habitantes et habitants de la ville du XVIIe siècle.»

Les auteurs témoignent de leurs recherches à partir de documents de première source. Ils formulent plusieurs hypothèses à la suite de ces investigations pour éclaircir leurs enquêtes. Leurs conclusions sont astucieuses, pertinentes et nuancées.

Les exposés sont abondamment illustrés. À titre d’exemple, en lien avec l’article de Dominique Deslandres :

– Plan de l’Hôtel-Dieu de Montréal
– Extrait de l’acte de baptême de Marie Pournin, 31 juillet 1622
– Acte de mariage de Jacques Testard et de Marie Pournin, 24 novembre 1659
– Lettre de Marie Pournin, 2 octobre 1666
– Recensement du Canada, 1666.

Chaque article est complété par des références bibliographiques.

Ces textes permettent de découvrir des documents d’archives, tout comme les procédures judiciaires en Nouvelle-France. Une introduction fascinante sur de multiples facettes de la vie des Montréalaises et Montréalais à cette époque.

Référence

Revue de la Nouvelle-France. – « Dossier Meurtres et mystères ». – Québec : Les Éditions du Septentrion, N° 7, décembre 2025. – ISBN 978-2-89791-670-1. – ISNN 2816-9972. – P. 16-63. – [Citation : p. 17].

La revue peut être consultée au niveau 2 de la Grande Bibliothèque, et sa version numérique est accessible depuis le site Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Cartes

Montréal, 1665
Montréal, 1684
Montréal, 1685 (Carte ci-dessus)

18 mai 2026

Le charme des tulipes au printemps


Images

Les photos ont été prises au Jardin botanique de Montréal, le 16 mai 2026, dans le jardin d’accueil, le jardin de la Paix et le jardin des plantes vivaces.

Photos © Claude Trudel, 2026.

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Sur la Toile

Jardin botanique de Montréal

17 mai 2026

Quand l’algorithme décide


Le livre de Steve Jacob et Sébastien Brousseau, intitulé Quand l’algorithme décide, est sous-titré L’État, l’IA et nous.

Cette citation de l’introduction en précise le but et le contenu :

À une époque où les questions de justice sociale et d’inclusion occupent une place centrale dans nos sociétés, il est essentiel de comprendre comment l’IA peut être utilisée par les organismes publics pour concevoir et fournir des services publics justes, équitables et exempts de discrimination. Pour y parvenir, il est nécessaire de décoder les biais algorithmiques. C’est à cela que nous nous employons dans cet ouvrage.

Structure

Les parties préliminaires :

Préface du protecteur du citoyen Marc-André Down (3 pages)
Table des matières
Liste des encadrés (6) et des figures (2)
Remerciements
Introduction : Cet algorithme pourrait vous gâcher la vie ! (18 pages)

Les trois chapitres du volume :

L’intelligence artificielle dans le secteur public (34 pages)
Décryptons les biais algorithmiques (46 pages)
Pistes d’action pour une administration numérique sans discrimination (29 pages)

Les parties complémentaires :

Conclusion (5 pages)
Annexe : Grille de réflexion sur l’utilisation des algorithmes dans le secteur public (4 pages)
Bibliographie (17 pages)

Aperçu

Ce petit livre de 175 pages est à la fois un ouvrage d’information, de réflexion et d’action. Les exposés sont limpides et les exemples nombreux. L’ouvrage s’adresse principalement aux responsables politiques, aux membres de la fonction publique et à toutes les personnes soucieuses de l’avenir des services publics.

Quelques exemples de sujets abordés dans l’ouvrage :

Définition du mot algorithme
Cas d’utilisation de l’IA dans le secteur public : éducation, emploi, fiscalité, immigration, justice, sécurité, santé
Définition de biais algorithmiques
Comment apparaissent les biais algorithmiques
Principaux types de biais algorithmiques : descriptions exemplifiées de ces biais au cours des quatre étapes du pipeline de l’IA
Plan d’action pour éviter les discriminations : les cinq pièges à éviter
Publier des informations détaillées dans un registre public des algorithmes
Les dimensions techniques et humaines de la Grille de réflexion sur l’utilisation des algorithmes dans le secteur public

Terminons cette présentation sommaire par ces propos formulés par les auteurs dans la conclusion de l’ouvrage :

Notre analyse met en évidence le fait que l’équité et la justice sont des caractéristiques des systèmes sociaux, plutôt des propriétés intrinsèques aux outils technologiques. […] Le principal défi que doivent relever les organisations publiques souhaitant utiliser l’IA réside dans la compréhension, l’identification, l’atténuation ou la suppression des biais d’une manière réfléchie et responsable.

Appréciation

Fruit de recherches approfondies, comme l’illustrent les références dans les exposés et la bibliographie exhaustive, ce livre de référence pourra s’avérer utile, voire indispensable, à tous les décideurs et décideuses. C’est une synthèse remarquable dont toutes les citoyennes et tous les citoyens ont intérêt à prendre connaissance.

Un super guide théorique et pratique !

Référence

Jacob, Steve; Brousseau, Sébastien. – Quand l’algorithme décide. L’État, l’IA et nous. – Préface du protecteur du citoyen Marc-André Down. – Québec : Presses de l’Université Laval (PUL), 2025. – xvi, 159 p. – ISBN 978-2-7663-0724-1. – [Citations : p. 6, 133-134]. – BAnQ : 351.028563 J158q 2025.

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09 mai 2026

La Grande Révolte en Angleterre


Les souvenirs enfouis peuvent remonter à la surface. Ce qui n’est que de l’histoire pour un individu est une vivace et persistante réalité pour un autre.

Un roman policier à caractère historique, par Paul Doherty.

Une citation tirée des Lettres de John Ball est insérée au début de chacune des cinq parties du polar.

Aperçu

Une délégation italienne est logée depuis quelques jours à l’hôtellerie des Dominicains, située en bordure de la Tamise. Elle comprend Matteo Fieschi, procureur général de l’ordre des Dominicains, frère Alberic, âgé de 35 ans, ancien chevalier au service des Visconti de Milan et secrétaire du procureur général, frère Cassian et frère Isidore, deux jeunes dominicains, assistants du procureur général.

Avec étonnement, le 12 juin 1381, Alberic est trouvé mort dans sa chambre d’hôte, une longue dague plantée près du cœur. Aussitôt, le prieur Anselm confie l’enquête à Athelstan, dominicain et curé de la paroisse de Saint-Erconwald à Southwark. Les circonstances de l’assassinat s’avèrent mystérieuses : aucun signe de résistance chez la victime, des documents confidentiels disparus et le huis clos de la pièce. Quelques heures plus tard, Athelstan échappe à deux tentatives de meurtre.

Dans les annales de l’Angleterre, cette journée est identifiée à la révolte des paysans et à leurs alliés dans la capitale. Inspirés par le prêtre John Ball, plusieurs insurgés veulent renverser l’ancien ordre. Dirigés par Wat Tyler, des rebelles assaillent le prieuré et demandent à inspecter le prieuré de fond en comble. Anselm refuse net. Les rebelles se retirent, mais Tyler avise Athelstan de la disparition de ses paroissiens.

Tous ces événements se déroulent sous le règne de Richard II, âgé de 14 ans, alors que son pouvoir royal est convoité par Jean de Gand, duc de Lancastre. Et la mission diplomatique de la délégation italienne s’insère dans ce contexte conflictuel.

Ce sont là quelques épisodes relatés dans la première partie du récit. Ils connaîtront de multiples développements dans les parties suivantes. Comment Athelstan va-t-il résoudre les différents meurtres et l’énigme de la mort d’Édouard II, le grand-père de Richard II ?

Remarque

Paul Doherty, romancier et professeur d’histoire médiévale, encadre son récit par deux notes.

La Note historique porte sur l’histoire tumultueuse de la famille royale anglaise à l’époque des rois Édouard II (1307-1327), Édouard III (1327-1377) et Richard II (1377-1399).

Le sort mystérieux d’Édouard II, la révolte des paysans et le personnage John Ferrour font l’objet de la Note de l’auteur qui s’achève ainsi : « Finalement, les romans historiques reflètent souvent une réalité bien ancrée dans les faits plutôt que dans la fiction. »

Références

Doherty, Paul. – La Grande Révolte. – Traduit de l’anglais par Christiane Poussier et Nelly Markovic. – Paris : Éditions 10/18, 2018 © 2016. – 331 p. – (Collection Grands détectives). – ISBN 978-2-264-07221-4. – [Citations : p. 49, 331]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : DOH Pau gr  ; Doherty D6557g.

Révolte des paysans anglais (Wikipédia)

Image

John Ball encourageant les rebelles de Wat Tyler (Artiste inconnu, dans les Chroniques de Jean Froissart, vers 1470 / British Library, Commons Wikimedia)

Plan de Londres


Carte de Londres en 1381 : A - Clerkenwell ; B - Prieuré Saint-Jean ; C - Smithfield ; D - Prisons de la Fleet et de Newgate ; E - Hôtel de Savoie ; F - Temple (en) ; G - Blackfriars ; H - Aldgate ; I - Mile End ; J - Westminster ; K - Southwark ; L - Prison de Marshalsea ; M - London Bridge ; N - Tour de Londres.

Carte de Londres en 1381 – (8 mai 2013, CC BY-SA 3.0, Wikipédia)

Oiginal plan by William R. Shepherd (1871 - 1934); vectorisation by Grandiose; additional work by hchc2009 — Travail personnel basé sur : Map of London, 1300.svg et Plan of London in 1300.jpg; additional detail after Marjorie B. Honeybourne’s map of London under Richard II, 1940. – Map of the British city of London in around 1381.

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01 mai 2026

Guide illustré des monastères du Mont Athos


Le superbe livre encyclopédique de Sotiris Kadas, réédité à plusieurs reprises, contient trois grandes parties.

La partie initiale présente un aperçu général sur le Mont Athos : le site géographique, l’histoire depuis ses origines mythiques, le monachisme (origine, histoire et formes), la situation actuelle des monastères en activité (dénominations, administration, catégories, dépendances), le gouvernement, la vie des moines (prière, travail, nourriture) et la capitale administrative Karyes.

La deuxième partie, la plus volumineuse, concerne les vingt monastères en activité. À titre d’exemple, attardons-nous au monastère de la Grande Lavra, le plus important du Mont Athos. Le chapitre dédié à ce premier monastère relate son histoire, la description de l’église principale et des autres bâtiments, sa bibliothèque et son trésor.

Athanase l’Athonite fonde le monastère en 963. Grâce au soutien des empereurs byzantins, le monastère connaît une période de prospérité jusqu’au 14e siècle. Après un long déclin consécutif aux attaques des pirates, la situation se rétablit à la fin du 17e siècle. Pendant la domination ottomane, le monastère est aidé par les patriarches, les princes des pays danubiens et les tsars de Russie.

L’église principale est de style byzantin composite. Ses murs sont ornés de fresques du peintre crétois Théophane. Dans l’une des deux chapelles latérales se trouve le tombeau d’Athanase l’Athonite. Une quinzaine d’autres chapelles sont présentes dans l’enceinte du monastère.

Le trésor, qui contient de nombreux objets précieux, ainsi que la bibliothèque sont abrités dans le même bâtiment. La bibliothèque contient 2 046 manuscrits et plus de 10 000 livres imprimés. C’est la plus riche du Mont Athos.

La troisième partie est consacrée à la culture : l’architecture, la sculpture, la peinture, la peinture monumentale, les icônes portatives, les miniatures de manuscrits, les œuvres d’art mineur, les vêtements sacerdotaux et les étoffes brodées d’or.

Dans sa conclusion, l’auteur souligne l’importance primordiale du Mont Athos pour la nation grecque et l’Église orthodoxe.

Le livre compte 132 illustrations et 2 cartes : La presqu’île du Mont Athos, Les monastères du Mont Athos. Une bibliographie multilingue complète l’ouvrage.

Ce volume de référence est particulièrement intéressant pour ses récits historiques et ses reproductions iconographiques.

Références

● Livre

Kadas, Sotiris. – Mont Athos : guide illustré des vingt monastères. – Traduction par Krista Zoula-Laumonier. – Athènes : Ekdotike Athenon S.A., 1989. – 199 p. 

● Note

L’édition originale en grec est disponible à la Bibliothèque des lettres et sciences humaines de l’Université de Montréal / Étage 6 – Collection générale, Cote DR 741 A8 K33 :

Titre : To ʼAgion oros : ta monastēria kai ʼoi thēsauroi tous
Auteur : Sōtērēs Kadas
Édition : Athēna : Ekdotikē Athēnōn, 1979.

● Auteur

Né en Grèce en 1940. – Archéologue. – Docteur de la Faculté de théologie (Département de pastorale) de l’Université Aristote de Thessalonique (en 1984). – Source : BnF.

● Site

Mont Athos, la Sainte Montagne (Assemblée des évêques orthodoxes de France, AEOF)

● Remarque

La collection de la Grande Bibliothèque de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) contient plusieurs livres relatifs aux monastères du Mont Athos.

Image

L’église principale (katholikon) de la Grande Lavra au Mont Athos (Dimboukas sur en.wikipedia, 28 avril 2006).

Dans le livre de Sotiris Kadas, une photo similaire est affichée à la page 144 (Architecture), tandis que les pages 34-41 portent spécifiquement sur le Monastère de la Grande Lavra.

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Art paléochrétien et byzantin

Sur la Toile

Mont Athos (Gouvernment de la Grèece)
Mont Athos (Photos des monastères et informations touristiques)