BAnQ : visions pour une institution phare
À l’occasion des vingt ans de la plus grande institution culturelle du Québec, les auteurs et autrices Guylaine Beaudry, Lise Bissonnette, Carol Couture, Gilles Gallichan, Marie D. Martel et Jean-François Palomino publient un ouvrage consacré à l’état et aux perspectives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Le livre, publié par Les Presses de l’Université de Montréal, se compose d’une introduction, de huit chapitres et de notices biographiques. Les chapitres contiennent des références infrapaginales.
Voici un aperçu de BAnQ : visions pour une institution phare.
Présentation (Lise Bissonnette, 5 pages)
La première présidente et directrice générale de BAnQ indique le but de la publication : proposer un ouvrage en forme de bilan critique, après la controverse impliquant la vente secrète du vaste jardin de la Grande Bibliothèque à l’Hydro-Québec. Un aperçu de l’ouvrage coopératif est ensuite exposé.
[ 1 ] – Une vie hors champ (Lise Bissonnette, 40 pages)
Après avoir rappelé le coup de force à l’encontre de BAnQ, l’autrice présente un bref historique des bibliothèques et archives nationales en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis d’Amérique et au Canada (gouvernement fédéral). Les parties suivantes portent sur les étapes menant à la création de BAnQ (acteurs, jalons législatifs et documents marquants), les réalisations de la nouvelle institution nationale (par exemple : direction de la recherche et de l’édition, expositions, publications, bourses de recherche) et leur récente disparition.
En conclusion, l’autrice évoque les possibilités d’une refondation de BAnQ, compte tenu des ressources humaines et matérielles disponibles, si une volonté pouvait germer.
[ 2 ] – La mémoire et la documentation : BAnQ dans l’histoire du Québec (Gilles Gallichan et Jean-François Palomino, 17 pages)
Les auteurs retracent les grandes étapes historiques menant à la création et au rayonnement de BAnQ : les bibliothèques parlementaires dans la première moitié du 19e siècle, la Bibliothèque Saint-Sulpice dans la première moitié du 20e siècle, la Société des Dix fondée en 1935, la création de la Bibliothèque nationale, de la Grande Bibliothèque, puis la fondation de BAnQ regroupant trois institutions (bibliothèque et archives nationales, bibliothèque publique).
Plusieurs grandes réalisations de BAnQ sont ensuite citées : la direction de la recherche et de l’édition; la publication de périodiques, de livres et d’articles; la présentation de conférences captivantes et d’expositions prestigieuses; l’attribution de bourses de recherche; la numérisation, l’océrisation et la conservation de centaines de milliers de documents patrimoniaux accessibles en ligne.
En conclusion, après ce panégyrique, les auteurs soulignent l’importance vitale de BAnQ pour la préservation, la sauvegarde, la promotion et l’accès à notre patrimoine documentaire, ainsi que pour son rôle déterminant dans le secteur des bibliothèques et de l’information. En notre époque d’obscurantisme politique, «une bibliothèque nationale est un axe de lumière et de savoir.»
[ 3 ] – Les budgets de fonctionnement et d’investissement de BAnQ : progression, stagnation ou réduction ? (Carol Couture, 8 pages)
L’auteur analyse les budgets de fonctionnement et d’investissement pour la période 2005-2025. Pour la période 2015-2025, il présente un tableau statistique sur l’évolution des ressources financières allouées à BAnQ et un graphique à barres sur les budgets de fonctionnement de BAnQ. Le bilan de cette étude factuelle s’avère critique.
Compte tenu du définancement effectif de BAnQ et du contexte politico-économique actuel, l’auteur soulève de vives inquiétudes quant à la gestion de l’ensemble de l’institution et à la pérennité des missions fondamentales de BAnQ.
[ 4 ] – Entre réalité et discours : une décennie de transformations, 2014-2024 (Marie D. Martel, 32 pages)
L’autrice analyse cette décennie sous deux angles complémentaires : les données permettant de mesurer les transformations de BAnQ et les orientations définies par les directions successives. L’étude des statistiques aboutit à ce constat : «recul du présentiel, progression du numérique, cycles d’érosion et de relance des ressources, recomposition de la médiation et du rayonnement». Les discours des directions de BAnQ, face à ces réalités, sont contrastés. Bien souvent, les orientations formulées correspondent peu ou pas aux réalités révélées par les données.
En conclusion, l’autrice préconise la refondation de BAnQ en entreprenant ces quatre chantiers : mesurer les indices probants, réinvestir la présence et la médiation de proximité, redéployer les ressources professionnelles, réaffirmer le mandat de BAnQ comme bibliothèque de recherche. En plus, clarifier explicitement le sens de société apprenante.
[ 5 ] – Les Archives nationales du Québec et la Loi sur les archives : une contribution essentielle à la constitution de la mémoire du Québec (Carol Couture, 21 pages)
Le texte de l’auteur est rédigé sous un mode impératif. Après un bref rappel sur l’intégration des AnQ à BAnQ et sur les missions et contributions de la Direction générale des archives, l’auteur constate le manque de vision du gouvernement et de son soutien financier. La loi sur les archives de 1983 est ensuite abordée : historique et mise en place, politique de gestion des archives, application incitative plutôt que coercitive, impacts sur la discipline archivistique et la profession d’archiviste. Enfin, l’auteur souligne l’obligation et l’urgence d’une nouvelle loi sur les archives, ainsi que le manque d’implication des décideurs politiques et responsables administratifs à cet égard.
[ 6 ] – Un bateau amiral sans boussole (Guylaine Beaudry, 33 pages)
Ce chapitre porte sur les missions fondamentales de l’institution en répondant à cette question de base : «À quoi servent une bibliothèque et des archives nationales?» Après avoir rappelé les raisons d’être des bibliothèques et des archives nationales, l’autrice aborde d’une façon détaillée les moyens requis pour remplir les missions de ces institutions (par exemple : catalogage, médiation, coopération, direction, services centraux). Elle distingue ces missions de celles de la Grande Bibliothèque et des bibliothèques publiques. Les volets suivants sont développés : les projets de collaboration entre les bibliothèques de tous types (plusieurs manquements soulignés), le développement des collections de publications et des fonds d’archives, les moyens des collections (statistiques sur les dépenses d’acquisitions).
L’autrice rappelle que contribuer à l’éducation de la société constitue une mission fondamentale des bibliothèques. La ressource BANQ Éducation est soulignée, mais plusieurs autres aspects sont déplorables : la suppression des expositions, l’absente de formation professionnelle continue, l’absence d’activités de littératie numérique (informatique de base, intelligence artificielle), le déclin des entrées physiques à la Grande Bibliothèque (fermée le lundi, accès limité les autres jours).
Suite à ces constats, les parties suivantes sont prospectives et mobilisatrices : «À la lecture de la planification stratégique, on s’étonne du silence quant aux objectifs de développement pour l’institution portant sur les missions fondamentales.» Les sujets suivants sont abordés : les défis du numérique (en particulier pour les documents à archiver, l’utilisation de l’intelligence artificielle et l’infrastructure informatique), la vocation de la Bibliothèque Saint-Sulpice, le leadership stratégique, la formation aux médias et l’alphabétisation des adultes, les coupes budgétaires qui compromettent les missions de l’institution nationale.
En conclusion, l’autrice affirme que «BAnQ dispose d’atouts considérables pour façonner une certaine manière de penser, d’exercer et d’honorer ses missions. […] Le potentiel de transformation est réel – il ne reste qu’à l’activer.»
[ 7 ] – Bibliothécaire et archiviste, des professions pivots entre science, compétences et valeurs (Marie D. Martel, 18 pages)
Plusieurs volets professionnels sont abordés par l’autrice, en évoquant notamment R. David Lankes, Andrew Abbott et Donald A. Schön :
– la dimension sociale assumée par les spécialistes de l’information dans le contexte de l’accroissement des inégalités sociales et de l’émergence de l’intelligence artificielle;
– la contestation de la juridiction professionnelle des bibliothécaires et des archivistes par des acteurs externes et internes;
– les compétences professionnelles précisées dans les référentiels de l’American Library Association et de la Fédération des milieux documentaires;
– les valeurs professionnelles synthétisées dans les codes d’éthique des grandes associations, par exemple ceux de l’Association des archivistes de Québec et de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec.
[ 8 ] – Ignorer l’expertise des archivistes et bibliothécaires : une dérive politique (Carol Couture, 8 pages)
L’auteur remet en question les nominations politiques ou partisanes à la direction d’organismes ou d’institutions publiques, comme ce fut le cas, par exemple, pour la nomination de la présente direction à BAnQ.
Dans un monde en profonde mutation, l’auteur souligne la pertinence et l’importance de désigner des professionnels compétents et expérimentés pour occuper les plus hauts postes de direction dans les bibliothèques et les centres d’archives du Québec.
Référence
Collectif. – BAnQ : visions pour une institution phare. – Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal (PUM), 2026. – 198 p. – (Collection Champ libre). – ISBN 978-2-7606-5542-3. – [Citations : écrites en italiques ou insérées entre guillemets]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : en commande ; 027.5714 B2195 2026.
Image
Grande Bibliothèque © Claude Trudel, Le monde en images, CCDMD.
La Grande Bibliothèque est une conception des firmes Patkau Architects de Vancouver, Croft-Pelletier de Québec et Gilles Guité de Montréal. Les murs de l’édifice comptent 6200 lamelles de verre trempé. La sculpture Espace fractal (2005) a été créée par Jean-Pierre Morin.
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