Les grandes cartes secrètes de l’histoire
Le livre Les grandes cartes secrètes de l’histoire est en quelque sorte le catalogue d’une exposition organisée à la British Library, par Tom Harper, Nick Dykes et Magdalena Peszko : «Secret Maps : How They Conceal and Reveal the Word».
Introduction
L’introduction présente le but de l’ouvrage : «Ce livre relate comment, au cours des six derniers siècles, s’est tissé le lien entre cartes et secret dans la culture occidentale. […] Le contexte présidant au secret est la clé pour comprendre les cartes secrètes dans la triple dimension d’images, d’objets et de vecteurs de sens.»
Moyen Âge
La partie suivante, intitulée Secret et cartes du Moyen Âge à l’aube de l’époque moderne, porte sur ces publications : le Secretatum Secretorum (Secret des secrets), du 8e siècle, l’un des textes les plus lus au Moyen Âge portant notamment sur l’astrologie; le Liber secretorum Fidelis Crucis super Terrae Sanctae recuperatione et conservatione (Livre des secrets à l’intention des fidèles croisés sur la récupération et le maintien de la Terre sacrée) achevé en 1321, par Marino Sanudo Torsello, à des fins militaires; le traité de navigation The Seaman’Secrets (Les Secrets du matin), daté de 1594, par John Davis, préconisant l’usage des sciences et de la technologie; les Dell’Arcano del Mare (Les secrets de la mer), un ouvrage publié en plusieurs volumes, en 1646, mais dont les informations furent compilées par Robert Dudley à partir de 1620. Les organisateurs de l’exposition résument ainsi la portée historique de ces publications : «Les conceptions médiévales du secret ont exercé une influence remarquablement durable.»
Cartes commentées
Le corps de l’ouvrage compte quatre parties : 1. Secrets d’Empire, 2. Secrets d’État, 3. Le secret au sein des sociétés, 4. Vie privée. Voyons deux exemples : le planisphère Salviati commenté dans la première partie, et des représentations contemporaines de la face cachée de la Lune abordées dans la troisième partie.
Exemple 1 – Une diplomatie pas si secrète : le planisphère de Salviati, v. 1525
Au début des Temps modernes, le Portugal et l’Espagne préservent jalousement les secrets cartographiques liés à leurs explorations maritimes. Toutefois, afin de s’assurer de l’appui de la papauté en vue du partage des territoires situés dans le Pacifique, l’Espagne remet au cardinal Giovanni Salviati (1490-1553), nonce papal, un planisphère levant le secret des Moluques. Mais ce fut en vain, le traité de Saragosse (1529), sanctionné par le pape Clément VII (1478-1534), accorde ces îles au Portugal.
Exemple 2 – Les secrets de la face cachée de la Lune, 1797 et 1961
Durant plus de 30 ans, John Russell (1745–1806) réalise quelque 180 croquis et dessin de la surface visible de la Lune. Sa représentation de la Lune, dénommée Selenographia, est achevée en 1797. Cette réalisation marqua un tournant dans l’histoire de la cartographie de la Lune.
La face cachée de la Lune fut photographiée pour la première fois par la sonde soviétique Luna 3. Les images de cette expédition furent rassemblées sur un globe lunaire en 1961. Des limites techniques avaient empêché de capter l’ensemble de la face cachée de la Lune. Cette représentation lacunaire alimenta des spéculations envers l’URSS susceptible de retenir des informations. C’est finalement en 1967 que la sonde Luna 4 livra l’entièreté de la face cachée de la Lune. Depuis lors, la face cachée de la Lune est sans mystère.
Compléments
La carte liminaire est reproduite dans la conclusion, avec ce commentaire : «Contrairement à la sphère de Google Earth, la mystérieuse carte anonyme «Le Monde dans une tête d’un fou», datant d’environ 1589 et qui reproduit la carte du monde d’Ortelius sous la forme d’un fou ou d’un bouffon, offre plusieurs significations possibles […].»
La dernière phrase de l’ouvrage est ainsi formulée : «… la morale de cette histoire pourrait être que les cartes secrètes résident dans la subjectivité de celui ou de celle qui les regardent.»
Outre la conclusion, des notes, une bibliographie, un index et des remerciements complètent le livre.
Appréciation
Ce livre contient un très grand nombre de reproductions cartographiques commentées. Les analyses de ces documents, les notes documentaires et la bibliographie sélective incitent à poursuivre l’étude en profondeur de ces cartes, plans et globes. Par ailleurs, l’index favorise un repérage rapide des illustrations et sujets dans l’ensemble du livre.
Référence
Harper, Tom; Dykes, Nick; Peszko, Magdalena. – Les grandes cartes secrètes de l’histoire. – Traduction par Sylvie Deraime et Valentine Palfrey. – Grenoble (France) : Glénat, 2025. – 240 p. – ISBN 978-2-344-07169-4. – [Citations : p. 7, 15, 21, 180, 230, 231]. – [Une diplomatie pas si secrète : le planisphère de Salviati, v. 1525, p.30-33]. – [Les secrets de la face cachée de la Lune, 1797 et 1961, p. 180-183)]. – BAnQ : 526.09074 H2956g 2025.
Cet ouvrage accompagne l’exposition de la Britsh Library intitulée «Secret Maps : How They Conceal and Reveal the Word» organisée par Tom Harper, Nick Dykes et Magdalena Peszko, à Londres, du 20 octobre 2025 au 18 janvier 2026. (p. 4)
Images
O caput elleboro dignum [Monde dans une tête de fou] (1590) – (Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Planisphère Salviati (1526) – Giovanni Salviati – (Nuño García de Toreno, Commons Wikimedia)
Face cachée de la Lune (1797) – Moon globe 12-inch in diameter on libration stand, by John Russell, R.A., London, England, 1797. Known as ‘Selenographia’, the globe shows the nearside of the Moon visible from Earth. It has a mechanical mounting which demonstrates lunar libration, and which also features a miniature terrestrial globe. – (The Science Museum Group, CC BY-NC-SA 4.0)
Face cachée de la Lune (1961) – Lunar globe, 10-inch diameter, Russian, 1961-64. Shows features not seen before on the normally hidden far side of moon. Scale 1:13 600 000. Prepared by P. K. Shternberg, State Astronomical Institute, Moscow, Soviet Union (Russia). – (The Science Museum Group, CC BY-NC-SA 4.0)



