16 juin 2026

Trois pas vers le sud


Le forgeron sait que son ouvrage touche à sa fin quand son regard ne se fixe plus sur l’aurore.



Précédé d’une dédicace, de trois épigraphes (Homère, Spinoza, Platon) et d’une table, le roman Trois pas vers le sud de Miquel de Palol compte dix parties titrées par des segments textuels en italique. C’est le premier volume du cycle du Troiacord.



Le segment initial de la première phrase du récit : Si les Troyens peuvent voir le fils de Ménèce avec des armes si brillantes. Il initie un incipit à caractère géométrique. Le plan des environs de la basilique gothique Santa María del Mar, dans le quartier du Born à Barcelone, fait l’objet d’une randonnée descriptive. Puis cette promenade se transforme en scénographie où des personnes convergent. Soudain. Au milieu, un tir, un seul. Gabriel.

Un seul personnage est identifié dans cette première partie du roman, alors qu’une constellation de personnages entre en scène au cours de la partie suivante. Alors que la première partie est spatiale et actuelle, la deuxième est temporelle et circonstanciée : Dans l’immédiat, Hier soir, Il y a quelques jours, Trois jours après, Pour le moment, Samedi, Deux mois, Hier soir. Le narrateur (protagoniste) signale au lecteur que l’heure est venue d’assister à la plus spectaculaire des comédies, celle de la régénération. L’affaire du camée révèle les relations et les liens familiaux entre plusieurs personnages, tandis que le narrateur trace un portrait exhaustif d’Augusta.

À 100 km de Barcelone – Au cours de la troisième et de la quatrième partie du récit, l’entraînement du double de Gabriel se déroule au massif des Guilleries. En deux phases : la déconstruction; l’éducation. Après avoir raconté et oublié sa vie sous contrainte, Damià Retxa s’approprie celle de Gabriel van Egmont. En parallèle, le protagoniste et ses complices spéculent sur le déroulement et l’importance de la mission projetée. Un long monologue du narrateur permet aussi de relier ces péripéties aux épisodes des parties antérieures.

Barcelone – Cinquième partie : Des bataillons en marche, agités / Damià Retxa mis à l’épreuve dans son rôle au cours d’une réunion du conseil d’administration de l’entreprise et de rencontres sociales. En plus, des figurants surgis de son existence antérieure. Plusieurs dialogues et didascalies sont notés comme dans une pièce de théâtre.

Double révélation problématique dans la partie suivante, l’une concernant l’entreprise, l’autre le passé de Damià. Le narrateur trace un portrait exhaustif d’Hyaline.

Massif des Guilleries – L’éphémère illusion du moi / Damià épluche frénétiquement certaines vidéos et pose moult questions, sans obtenir de réponses satisfaisantes.

Barcelone – Phrase initiale de la huitième partie : « Et tout est vain. Ou il n’y a rien qui nous console, encore moins Damià. » Révélation sur des relations mafieuses, suivies de deux rencontres. Pendant la réunion du conseil d’administration, en présence d’invités étrangers, Damià excelle dans son rôle en présentant son projet Troiacord. Mais, un peu plus tard, au cours d’une rencontre sociale, il s’effondre en pleurant à chaudes larmes.

Un ange sans nom et sans visage / Un nouveau narrateur, l’avocat travaillant depuis peu dans l’entreprise où le protagoniste fut auparavant président du conseil d’administration. La scène de l’échange du prisonnier Gabriel contre des documents est actualisée, l’avocat ayant pour mission la remise de papiers au représentant des ravisseurs.

Gabriel, non ! Gabriel… en écho au premier assassinat.

Appréciation

Le style d’écriture est remarquable, mais la trame du récit circulaire est alambiquée.

Les auteurs et les ouvrages classiques cités dans le roman, ainsi que les discussions philosophiques, sont innombrables. Le lectorat visé par l’auteur est apparemment celui des érudits. Tout ça est bagatelle.

Référence

Palol, Miquel de. – Trois pas vers le sud. – Le Troiacord I. – Double bande pentagonale à vingt voix sur l’écliptique du dodécaèdre. – Traduit du catalan par François-Michel Durazzo. – Paris et Veules-les-Roses : Éditions Zulma, 2024. – 200 p. – (Collection Z). – ISBN 979-10-387-0235-6. – [Citations : p. 20, 15, 20, 21, 349, 394]. – Bibliothèque de Montréal et BAnQ : PAL Miq tr v.1 ; Palol P181t.

Image

Basilique Sainte-Marie-de-la-Mer de Barcelone (Jordiferrer, Wikipédia, CC BY-SA 4.0)

Critiques

Trois pas vers le sud / Miquel de Palol (Babelio)