06 juin 2026

Cartographier la Nouvelle-France / Jean-François Palomino


L’étude des cartes doit faire une large place aux contextes sociaux, économiques, culturels et politiques ainsi qu’aux pouvoirs intellectuels et imaginaires de l’objet.

Avant-propos (4 pages)

Après avoir souligné la popularité des anciennes cartes géographiques, Jean-François Palomino formule ainsi le but de sa nouvelle publication : « […] faire comprendre comment et pourquoi on a cartographié l’Amérique du Nord française et expliquer toute la complexité derrière l’opération cartographique et ses motivations. »

Introduction (23 pages)

L’auteur évoque les multiples usages des cartes tout au long de l’histoire de la Nouvelle-France. Il présente ensuite une historiographie sur l’avancement des connaissances géographiques en Amérique et les différentes formes de cartographie examinées dans ce livre. Enfin, il résume les sept chapitres thématiques de son ouvrage en mettant en relief les contributions marquantes des figures de proue dans leur contexte respectif.

Récit

Le style d’écriture et la structure narrative des chapitres favorisent l’appréhension du texte et la compréhension de la démarche originale de l’auteur : titre évocateur, introduction, développement en plusieurs sections, récapitulation.

Tout au long de l’exposé, les explications relatives aux multiples sources explorées, aux relations interpersonnelles, aux contextes géopolitiques et aux diverses techniques cartographiques utilisées, sont captivantes et limpides.

Les contributions cartographiques novatrices et marquantes de plusieurs personnages sont soulignées et décrites, notamment celles de Samuel de Champlain, Jean Baptiste Louis Franquelin, Robert de Villeneuve, Gédéon de Catalogne, Jean Deshayes et Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry.

Les contextes relatifs aux productions cartographiques sont omniprésents. En voici quelques exemples :

○ le renouvellement de la pratique cartographique par l’explorateur et colonisateur Samuel de Champlain (1603-1632);

○ les deux portraits de la Nouvelle-France à la cour, dont les enjeux sont contradictoires : la vision d’une colonie compacte et la vision impériale expansionniste (1663-1684);

○ le projet sur les limites de la Nouvelle-France formulé par le cartographe Jean Baptiste Louis Franquelin et la carte de l’Amérique du Nord que celui-ci dresse en 1688;

○ la carrière houleuse mais productive de l’ingénieur Robert de Villeneuve en Nouvelle-France (1685-1689, 1691-1692);

○ la genèse de l’œuvre cadastrale de l’arpenteur Gédéon de Catalogne visant à favoriser l’harmonie sociale, dont les travaux sont achevés en 1709 (et le mémoire afférent en 1712);

○ les circonstances exceptionnelles ayant rendu possible l’imposante cartographie scientifique du fleuve Saint-Laurent par l’astronome, mathématicien et hydrographe Jean Deshayes (1685-1686, 1702-1706);

○ le Dépôt des cartes, plans et journaux de la Marine créé en 1720, et la construction longue et méthodique de la cartographie du fleuve Saint-Laurent;

○ les sources utilisées par Jacques-Nicolas Bellin pour la production de sa carte de l’océan Atlantique (1738) et ses cartes et plans insérés dans l’ouvrage de Pierre-François-Xavier de Charlevoix consacré à la Nouvelle-France (1744).

Les communications triangulaires entre les cartographes de terrain, les administrateurs coloniaux et les autorités métropolitaines sont présentées, analysées et décortiquées. Ces exposés éclairent l’évolution contrastée du savoir géographique pendant les deux premiers siècles de l’histoire de la Nouvelle-France.

Conclusion (15 pages)

Retenons quelques points relatifs à la genèse complexe des cartes et plans de la Nouvelle-France.

L’abondance des sources cartographiques et textuelles favorise l’analyse des échanges entre les différents acteurs et auteurs de cette vaste documentation.

Une institutionnalisation de la cartographie de la Nouvelle-France se met progressivement en place pendant le 17e siècle. À cet égard, les exemples liés à Robert de Villeneuve, Jean Deshayes, Jean Baptiste Louis Franquelin, ainsi qu’à des officiers de la marine et des ingénieurs militaires sont cités.

Une certaine routinisation de l’activité cartographique émerge, notamment à Québec, comme le démontrent la pratique archivistique locale et les cartes de Franquelin et de Chaussegros de Léry.

L’intérêt des autorités de l’État pour les savoirs géographiques sur la Nouvelle-France, aussi bien dans la colonie qu’en France, est variable, souvent en considération de contraintes budgétaires. Par exemple, des innovations de Villeneuve, Chaussegros de Léry et Franquelin restent sans suite.

Jean-François Palomino formule ainsi le bilan de son essai : « De cette longue exploration de la cartographie de la Nouvelle-France, on retient que l’acquisition des connaissances territoriales dans la longue durée s’est avérée un processus discontinu, partiellement cumulatif, avec des fondements sociaux et politiques hétérogènes et des raisonnements intellectuels tout aussi hétérogènes, voire contradictoires. »

Appréciation

Fruit de plusieurs années de travail et agencé d’une façon exemplaire, le livre Cartographier la Nouvelle-France s’avère une ressource documentaire exceptionnelle!

Les chercheurs, professeurs et étudiants pourront consulter les nombreuses notes infrapaginales, la bibliographie exhaustive (sources et études), l’index général et l’index des cartes pour repérer et approfondir leurs sujets d’intérêt et d’investigation.

Par ailleurs, les talents d’écrivain et de communicateur de Jean-François Palomino rendent la lecture du récit accessible au grand public.

Références

Livre

Palomino, Jean-François. – Cartographier la Nouvelle-France. Le savoir géographique au service de l’État (1534-1744). – Montréal : Les Éditions du Boréal, 2026. – 432 p. + hors-texte de 40 p. [80 documents cartographiques en couleur]. – ISBN 978-2-7646-2828-7. – [Citations : p. 20 ; 8, 15 et 25, 367]. – [Extraits, dont la Table des matières]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : à venir.

Sources cartographiques en ligne (bibliographie, p. 373-383) :

Liste des cartes mentionnées dans Cartographier la Nouvelle-France, Boréal, 2026. – Borealis UQAM [en bas de page, cocher et télécharger le fichier au format PDF pour accéder aux hyperliens des cartes numérisées]. – [Adresse substituée à celle indiquée dans le livre, p. 12 et 373].

Auteur

Jean-François Palomino (UQÀM)
Jean-François Palomino (BAnQ)

Carte

1715 – De la Grande Rivière de Canada appellée par les Européens de St. Laurens (Jean Deshayes)

« En 1715, l’éditeur Nicolas de Fer n’apporte que peu de changements à la première version de la carte [1700], réutilisant la même plaque gravée. » (Jean-François Palomino, Cartographier la Nouvelle-France, p. 273)

Biographies

Dictionnaire biographique du Canada (DBC)
Dictionnaire de l’histoire de France (DHF)