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31 octobre 2008

La part du mort (Yasmina Khadra)

J’ai choisi ce roman policier de Khadra parce que c’était le seul disponible. Les nombreux autres exemplaires des œuvres de cet auteur algérien étaient tous empruntés, en réservation ou en traitement. C’est dire la popularité du commandant Mohammed Moulessehoul. La couleur des tranches de mon exemplaire confirme d’ailleurs cette popularité.

Ne perdons plus de temps, allons lire et découvrir l’un des auteurs les plus importants d’aujourd’hui.

Lecture complétée. En deux jours!

Un roman policier, certes, mais aussi un roman politique dénonçant les dérives d’un régime autoritaire. Un roman où l’auteur témoigne de son attachement et de son affection pour Bab el Oued, Alger et l’Algérie.

L’intrigue se déroule en 1988, mais les décennies précédentes sont souvent évoquées.

Le roman contient trois parties.

La première partie compte onze chapitres. Elle se caractérise par un style sarcastique et humoristique. On y découvre le cadre général de l’intrigue, ainsi que les principaux personnages du roman. Ceux-ci sont décrits avec beaucoup de détails pittoresques.

La partie médiane compte neuf chapitres. Le héros du roman, le commissaire Brahim Llob, partage son enquête avec la journaliste et historienne Soria Karadash. Les épisodes nous permettent de découvrir l’Algérie profonde, ainsi que la période trouble de la Guerre d’indépendance.

La partie finale compte quatre chapitres. Le dénouement de l’histoire est l’occasion de réflexions politico-philosophiques de la part du narrateur et de certains de ses personnages.

Après ma lecture, je me suis rappelé cette phrase du narrateur (p. 33) : Il n’est pire enfer qu’un mouroir hanté de vivants.

Ce livre captivant est plaisant à lire, tout particulièrement pour son style, ses figures, son vocabulaire.

Ce roman a obtenu le prix du Meilleur polar francophone 2004 et le prix Beur FM 2005.

Référence

Khadra, Yasmina. – La part de la mort : une enquête du commissaire Llob. – Paris : Gallimard, 2005. – 426 p. – (Folio Policier). – ISBN 2-07-030515-5. – Cote BAnQ : Khadra K451p.

Sur la Toile

Yasmina Khadra (Site officiel)
Police algérienne (Site officiel)
Portail de l’Algérie (Wikipédia)

21 décembre 2006

Le romancier Leonardo Padura

Nestor Ponce présente la carrière et l’œuvre de Leonardo Padura Fuentes dans le contexte historique du roman policier cubain.

La première partie de l’article retrace les grandes étapes de la carrière de Padura, né à La Havane, en 1955. La deuxième partie souligne les caractéristiques du roman policier cubain depuis 1877 jusqu’à nos jours. Les deux parties suivantes sont consacrées à la tétralogie de Padura : Passé parfait, Vents de carême, Électre à La Havane et L’autone à Cuba.

Une bibliographie des livres de Padura traduits en français complète l’article.

Référence : Ponce, Nestor. - "Leonardo Padura et le roman policier cubain". - 813, les amis de la littérature policière. – No 96 (mars 2006). – ISSN 0751-3876. – P. 5-11.

29 janvier 2009

La corrida de l’amour

Grandes consommatrices et égéries de la culture masculine, les femmes n’ont jamais obtenu la réciproque, au point que chaque génération de critiques ou de journalistes distraits ou mal informés s’étonne et se scandalise à chaque époque de la popularité du roman d’amour, pour l’oublier aussitôt. Or le roman d’amour a plus de 200 ans et il les a traversés sans heurt et sans changer ses éléments essentiels.

L’étude du roman Harlequin par un groupe de recherche de l’UQAM, sous la direction de Julia Bettinotti, est instructive et captivante. Elle porte sur le texte même du roman Harlequin.

L’étude compte sept volets :

1. – Les Entreprises Harlequin
2. – Les personnages
3. – Le point de vue
4. – Les espaces et le temps
5. – Scénario et motifs
6. – La confrontation polémique
7. – Le mariage

L’ouvrage est complété par une bibliographie et des annexes.

L’analyse est claire et ses éléments bien synthétisés. Voyons deux exemples :

«Ainsi, le roman Harlequin s’ouvre invariablement sur la rencontre de l’héroïne et du héros, pour se refermer sur leur mariage. Entre ces deux pôles, s’imbriquent la confrontation polémique, la séduction et la révélation de l’amour.» (Scénario et motifs, p. 67)

«La confrontation polémique est propre au roman Harlequin. Elle connaît un formidable développement, un déroulement spectaculaire : elle envahit chaque page. […] Elle est au roman d’amour ce qu’est le cadavre au roman policier : son principe, son générateur, sa matière, sa spécificité, son départ et son élan.» (La confrontation polémique, p. 89)

La conclusion est aussi incisive :

«Les caractéristiques propres à la réalité que vivent les femmes sont on ne peut plus présentes dans le roman Harlequin. Elles font partie de leur dimension cognitive, de leur connaissance du monde, et elles sont un facteur important de la compréhension et d’une juste appréciation du texte. […] Loin d’être un roman d’amour, ce type de texte montre avant tout les peurs, les frustrations et la difficulté d’être femme dans un monde masculin, et illustre dans son ensemble la même situation que les analyses féministes dénoncent.» (p. 106-107, 109)

J’ai lu ce livre après avoir écouté, en baladodiffusion, une conférence de Jean-Yves Mollier sur la culture de masse. Au cours de son exposé, ce professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Versailles a rendu un vibrant hommage à Julia Bettinotti et à son étude sur le roman Harlequin.

Référence

Bettinotti, Julia, dir. – La corrida de l’amour : le roman Harlequin. – Montréal : UQAM, 1986. – 161 p. – ISBN 2-82276-027-5. – Cote BAnQ : 809.385 C825co 1986. – [Citation liminaire : p. 14].

Réédition :

Bettinotti, Julia, dir. – La corrida de l’amour : le roman Harlequin. – Montréal : XYZ, 1990. – 151 p. – ISBN 2-8926-1026-5. – Cote BAnQ : 809.385 C825 1990.

Sur la Toile

Département d’études littéraires (UQAM)

Éditions Harlequin (France)

En France, il se vend un Harlequin toutes les 3 secondes! […] Plus de 50 millions de lectrices dans le monde lisent des romans Harlequin, dans 26 langues.

Mollier, Jean-Yves. – La naissance de la culture de masse dans le monde aux XIXe et XXe siècles. – Montréal : BAnQ, 10 juin 2008. – (Baladodiffusion).

05 juillet 2015

Voleurs d’enfants | Maryse Rouy


Le roman policier de Maryse Rouy se déroule dans la capitale française, à l’époque du Moyen Âge. Au début du roman, Voleurs d’enfants, l’auteure affiche un Plan reconstitué de Paris en 1380. Le lecteur désireux d’explorer cette ville plus en profondeur pourra consulter dans Gallica le plan ci-dessus dressé par Nicolas de La Mare, en 1383.

La liste des personnages suit la présentation du plan simplifié de Paris. Ces personnages sont regroupés sous six volets: Prieuré de Neubourg, Maison d’Anceny (maîtres et personnel), Prévôté de Paris, Maison Despréaux (maîtres et personnel), Maison Thillay, Les Joyeux Corneurs, Autres personnages.

Le récit compte trente-quatre chapitres. En complément, un glossaire et une notice de l’auteure sur ses sources documentaires, dont Le Journal d’un bourgeois de Paris (entre 1405 et 1449).

Cette entrée en matière est empruntée à celle composée pour le Meurtre à l’hôtel Despréaux, le premier roman des Chroniques de Gervais d’Anceny.

Le chapitre initial des Voleurs d’enfants débute par un drame: l’enlèvement d’un bébé, plus précisément le rapt de Colin, petit-fils de Gervais. Les autres personnages avec lesquels le lecteur est déjà familier sont mis en scène, dont Guillebert Coudrier, Philippe d’Annecy et son épouse Mariette. La récapitulation des faits survenus dans le roman précédant sert de transition entre les deux polars.

Le roman présente le portrait de deux classes sociales, celle des bourgeois et celle des truands. Ainsi, les péripéties se déroulent chez des marchands et dans les bas-fonds de Paris. L’intrigue est mince, pour ne pas dire quasi inexistante. Les canevas répétitifs des événements et dialogues sont innombrables. Seuls les derniers chapitres contiennent une certaine tension narrative.

La lecture du roman est agréable pour son style et son vocabulaire, mais les longueurs inutiles enlèvent pratiquement tout intérêt envers l’histoire racontée. Il s’agit d’un roman social plus que policier. L’auteure sera-t-elle en mesure de rehausser la tension dramatique propre à un polar dans le prochain tome des Chroniques de Gervais d’Anceny?

Référence

Rouy, Maryse. - Voleurs d’enfants. Les Chroniques de Gervais d’Anceny. Roman. - Montréal: Druide, 2015. - (Collection Reliefs). - 306p. - ISBN 978-2-89711-177-9. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: Rouy 2015 et Rouy R872v.

Carte

1383 - Paris - Cinquieme Plan de la Ville de Paris, son accroissement, et sa Quatrième Clôture commencée sous Charles V l’an 1367 et finie sous Charles VI l’an 1383. Tiré des Devis et Marchez faits avec les Ouvriers, des Procez Verbaux de Toises et receptions des Ouvrages des Comptes rendus par ceux qui en eurent la conduite. De la Chronique M.S. de St. Denis et d'autres Titres et Manuscrits qui sont conservez en la Chambre des Comptes et dans les Bibliothèques / Par M.L.C.D.L.M. ; A. Coquart del. et sculp. / Nicolas de La Mare, cartographe / Antoine Coquart, dessinateur et graveur - (Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)

Sur la Toile

Crimes au Moyen Âge (Marie-Frédérique Desbiens, Le Devoir, 7 mars 2015)

Article connexe

Meurtre à l’hôtel Despréaux | Maryse Rouy

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Livres numériques gratuits

Le répertoire Anciennes cartes géographiques recense les meilleures collections numériques d'anciennes cartes géographiques en libre accès, des ressources connexes, une sélection de documents cartographiques et une bibliographie. Les documents recensés dans les collections peuvent souvent être redimensionnés, imprimés ou téléchargés. Selon des modalités diverses, ils peuvent parfois être aussi libres de droits.

La Grammaire de la carte présente les principaux éléments de la carte en vue de favoriser l’observation, l’étude ou l’analyse d’anciennes cartes géographiques: définition, support, contour, cartouche, orientation, grille, projection, échelle, toponymie, topographie, légende, illustration, commentaire, carton, thème. Compléments: cinq synthèses, liste des cartes, bibliographie, notice sur l’auteur.

Ce recueil regroupe une sélection de comptes rendus littéraires. Les auteurs de ces œuvres de fiction sont originaires de plusieurs continents et pays. Les exposés sont généralement brefs, mais certaines analyses sont très développées. Une ou des références bibliographiques complètent les commentaires. Une table des matières interactive permet d’accéder directement aux auteurs et livres désirés.

24 août 2025

Le mort du chemin des Arsène


On avait trouvé le cadavre d’un homme dans le salon de sa maison du chemin des Arsène, à L’Étang-du-Nord.

Le roman policier de Jean Lemieux se déroule aux îles de la Madeleine. La plupart des épisodes ont lieu sur l’île du Cap aux meules. Le chemin des Arsène est situé à proximité de L’Étang-du-Nord. Le lecteur peu familier avec la géographie de l’archipel pourra consulter les cartes référencées ci-dessous.

Le polar compte 32 chapitres ainsi regroupés : Dimanche, 25 août 2002 (16 chapitres), Lundi, 26 août 2002 (14 chapitres), Mercredi, 11 septembre 2002 (2 chapitres). Cette chronologie laisse entrevoir un récit serré dans un court laps de temps. Effectivement, les péripéties surviennent, se multiplient et se complexifient au cours de 48 heures, de la découverte d’un mort sur le chemin des Arsène à la résolution du meurtre. Les deux derniers chapitres peuvent être considérés comme un épilogue.

Les nombreux personnages sont bien typés. Les dialogues sont précis, directs et saisissants. Les descriptions des lieux et des paysages sont évocatrices. Les rebondissements et les retournements sont étonnants et contrastés. Le style dynamique de l’écriture tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

S’il écrivait quelque chose, ce serait un roman, l’histoire d’un homme qui avait perdu son âme. Ou qui l’avait regagnée? Dans cette galerie de personnages, il manquait un témoin important : la victime.

Une histoire fascinante sur le monde artistique des îles de la Madeleine, le milieu policier de l’archipel, les insulaires d’origine acadienne et, d’une façon générale, la condition humaine.

Références

Livre

Lemieux, Jean. – Le mort du chemin des Arsène. – 3e édition. – Montréal : Québec Amérique, 2024 © 2009, 2016. – (Collection qa). – 409 p. – ISBN 978-2-7644-5523-4. – [Citations : p. 17, 346] – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : Lemieux L5542m.

Prix Arthur-Ellis du roman policier en langue française – Prix de création littéraire de la Ville de Québec – Prix du Salon du livre de Québec – Prix des abonnés de la Bibliothèque de Québec, fiction.

Cartes

Îles de la Madeleine. – Québec : Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, Service de la recherche socio-économique, Direction de la planification, 1977. – Échelle : 1/50 000. – Remarque : le chemin des Arsène est indiqué sur cette carte géographique.

Îles-de-la-Madeleine. – Québec : Direction générale du domaine territorial. Service de la cartographie, Ministère de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme, Commission de développement touristique des Îles-de-la-Madeleine, 1983. – Échelle : 1/100 000. – Remarque : carte topographique.

Image

L’Étang-du-Nord © Daniel Bellemare, Le monde en images, CCDMD.

26 juillet 2019

Le gardien de phare / Camillia Läckberg


Son cœur frétilla comme toujours quand l’île apparaissait et qu’elle voyait la petite maison et le phare, blanc et fier, dressé vers le ciel bleu. Elle était encore trop loin pour voir la couleur de la maison, mais elle se rappelait sa nuance gris clair et les menuiseries blanches. Et les roses trémières qui poussaient devant le mur le plus abrité. C’était son refuge, son paradis. Son île. Gråskär.

Un roman captivant. Un polar certes, mais aussi un roman psychosocial et fantastique.

Un roman policier

Le livre débute par une cascade de péripéties, sans lien apparent entre elles, par exemple une fuite éperdue, des funérailles et un projet de rénovation immobilier.

Première séquence (deux pages) - Le narrateur plonge le lecteur dans une scène de crime: une femme, les mains ensanglantées, fuit avec son fils vers Fjällbacka. Ils rejoignent en toute vitesse la petite île de Gråskär.

Deuxième séquence (une page) - Des funérailles se déroulent dans l’église de Fjällbacka autour d’un cercueil blanc. Une cérémonie silencieuse et douloureuse.

Troisième séquence (une page et demie) - Devant les membres du conseil municipal, le maire de Fjällbacka se félicite de la prochaine inauguration officielle de Badis, tout en ignorant son directeur financier qui cherche à attirer son attention.

Plusieurs autres péripéties se déroulent ainsi au cours du premier chapitre. Beaucoup de personnages qui tous occuperont un rôle majeur tout au long du récit.

Un roman psychosocial

La dimension psychosociale du roman est déterminante. Le narrateur décrit d’une façon exhaustive les sentiments et les passions des protagonistes, variables selon les circonstances et les actions auxquelles ils sont mêlés. Les dialogues, les discussions de groupe et les monologues sont omniprésents.

Les interactions familiales sont approfondies, à tous les niveaux: couple, parents-enfants, parenté. Ces observations sont insérées dans le récit d’une façon d’autant plus remarquable que le roman met en scène une dizaine de couples, tous différents les uns des autres. Il en est de même pour les relations professionnelles entre les personnages, en particulier pour les policiers.

Le lecteur pourra aussi apprécier la manière dont les problèmes sociaux s’insèrent naturellement dans l’histoire. Ces phénomènes contemporains ne sont pas particuliers à la Suède, mais assez répandus dans les sociétés occidentales.

Un roman fantastique

À plusieurs reprises, des personnages qualifient l’île de Gråskär d’île aux Esprits. Les chapitres du roman ne sont pas titrés, sauf ceux qui correspondent à un récit secondaire. Tous écrits en italique, ces nombreux chapitres en abyme sont intitulés Fjällbacka 1870, puis Fjällbacka 1871. N’en disons pas plus. Laissons plutôt aux Esprits le soin de se manifester en temps et lieu.

Le rythme du récit tient en haleine le lecteur tout au long du roman.

Référence

Läckberg, Camillia. - Le gardien de phare. - Traduction par Lena Grumbach. - Paris: Actes Sud, 2013. - 462p. - (Actes noirs). - ISBN 978-2-3300-1896-2. - [Citation, p. 10]. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: LAC et Läckberg L141g.

Photo

Rose trémière © Claude Trudel 2018 (Le monde en images)

Sur la Toile

Camilla Läckberg (Biographie)
Camillia Läckberg (Site de l’auteure)
[Suède] - Beauté criminelle sur la Côte Ouest (Site touristique)

07 septembre 2025

Le masque de Dimitrios / Eric Ambler


Préface et note de l’éditeur

La réédition du célèbre roman est préfacée par l’éditeur Olivier Cohen. Intitulée Le retour d’Eric Ambler, la préface présente une rencontre de l’éditeur avec l’auteur du Masque de Dimitrios en 1978, une biographie succincte d’Eric Ambler, puis les caractéristiques et l’actualité des œuvres de l’écrivain britannique.

La note apporte cette précision : la traduction de Gabriel Veraldi révisée par Patricia Doaz contient des passages remaniés ainsi que d’autres qui avaient été coupés. Cette réédition est ainsi plus conforme au texte d’origine.

Incipit

Thèse et protagoniste (deux pages).

Neuf paragraphes :

[ 1 ] – Le narrateur rappelle les propos du moraliste français Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort (1740-1794) sur le hasard : «Un Français nommé Chamfort, qui aurait dû être mieux inspiré, a dit que le hasard était un sobriquet de la providence.»

[ 2 ] – Le narrateur réfute ce point de vue : «C’est là un de ces aphorismes commodes, fabriqués pour nier une vérité déplaisante : le hasard joue un rôle important, sinon prédominant, dans les affaires humaines.» Toutefois, il reconnaît que le hasard peut agir avec une certaine cohérence : «L’histoire de Dimitrios Makropoulos en est un bon exemple.»

[ 3 ] – Le narrateur esquisse les séquences majeures de cette histoire exemplaire : Latimer apprend l’existence de Dimitrios et voit le cadavre de Dimitrios (chapitre 1), consacre plusieurs semaines à reconstituer la vie de Dimitrios (chapitres 2-13) et survit grâce à un criminel (chapitres 14-15).

[ 4 ] – Le narrateur reprend sa réflexion sur le hasard, puis formule cette déduction conclusive : «Le choix de Latimer comme instrument ne pouvait être fait que par un idiot.»

[ 5 ] – Le narrateur présente la carrière du protagoniste Charles Latimer, maître de conférences en économie politique et auteur de trois ouvrages : une étude sur Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), le Programme de Gotha (1875), et un ouvrage exposant les implications économiques du livre Le Mythe du vingtième siècle (1930) d’Alfred Rosenberg (1893-1946).

[ 6 ] – Le narrateur explique la circonstance ayant mené Latimer à devenir écrivain de romans policiers : «Ce fut peu après la fin des corrections de cet ouvrage [Le Mythe du vingtième siècle], et dans l’espoir de chasser la dépression engendrée par la philosophie du prophète national-socialiste, qu’il écrivit son premier roman policier.»

[ 7 ] – Le narrateur cite les titres des premiers polars de Latimer, mentionne sa démission de l’université pour se consacrer à sa nouvelle carrière d’écrivain, puis son départ vers une destination soleil pour compléter son cinquième roman.

[ 8 ] – Le narrateur indique que Latiner passe un an à Athènes, puis quitte pour Istanbul après avoir achevé son sixième roman.

[ 9 ] – Le narrateur tire le rideau et plonge le lecteur dans l’action, sans dévoiler quoi que ce soit sur Dimitrios : «Ce fut là, et par le colonel Haki, que pour la première fois il entendit parler de Dimitrios.»

Les liaisons entre les paragraphes et entre les chapitres sont exemplaires, aussi bien dans l’incipit que dans l’ensemble du roman.

Observations

Le roman est publié en 1939.

L’histoire se déroule après la Grande Guerre, plus précisément de 1922 à 1938.

Le thème du hasard est omniprésent dans le roman.

Les portraits sont saisissants, en particulier celui du protagoniste. La personnalité de Latimer est constante tout au long du récit : un intellectuel détaché de la réalité, spéculant sur différentes hypothèses, introspectif et hésitant sur des décisions à prendre; un homme passionné de recherches (livresques), imbu de morale.

Les écrits tiennent une place significative dans le roman : les publications citées dans l’incipit, les rapports, lettres et autres documents reproduits au cours de l’histoire en témoignent.

Le titre du volume trouve son explication dans le chapitre intitulé Le masque de Dimitrios, le concept «masque» faisant l’objet de son paragraphe initial.

Épilogue

La dernière page du roman peut être considérée comme un épilogue. Depuis Paris, dans le train de l’Orient-Express qui le ramène en Orient, Latimer décide de poursuivre son métier d’écrivain, en suivant la recette traditionnelle qui a fait sa réputation, mais en y ajoutant un peu d’humour.

Les dernières phrases. Le retour à la normale après ses nombreuses et dangereuses péripéties : «Bientôt Belfort. Deux jours de voyage encore. Il devait absolument avoir imaginé une intrigue avant l’arrivée. Le train s’enfonça dans un tunnel.»

Un romancier au diapason de ses lectrices et lecteurs : oublier la réalité du monde… pour s’évader; s’évader… pour échapper aux réalités du monde.

Quelques citations

S’il n’y avait eu le hasard du transfert du colonel Haki à la police secrète, rien de l’aurait jamais relié à cette insignifiante affaire. (p. 55)

Dans une civilisation mourante, le prestige politique n’appartient pas au profond diagnosticien mais à l’habile charlatan. C’est la distinction accordée à la médiocrité par l’ignorance. (p. 79)

Je l’ai senti, perçu comme un homme, pas comme un cadavre, comme… un élément d’un système social en décomposition, pas comme un cas isolé… (p. 84)

Depuis qu’elle existe, la finance internationale a provoqué des révolutions pour protéger ses intérêts. (p. 92)

Le capitalisme international gouverne la terre par le papier, mais l’encre dont il se sert est du sang humain ! (p. 93-94)

Si cela n’était pas aussi dangereux, on en rirait. Mais la méthode est claire. La propagande commence par des mots, qui bientôt se transforment en actes. Quand les mensonges ne reposent sur aucun fait réel, il faut en créer de toutes pièces. (p. 280)

Référence

Ambler, Eric. – Le masque de Dimitrios. – Traduit de l’anglais par Gabriel Veraldi. – Édition révisée par Patricia Doaz. – Préface et note d’Olivier Cohen. – Paris : Éditions de l’Olivier, 2024 © 1939. – 288 p. – (Collection Points, n° P441) – ISBN 979-10-414-1862-6. – [Citation : p. 283, 15, 16]. – [Extrait]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : AMB Eri ma ; Ambler A493m.

Image

Istanbul (Plan d’ensemble de la ville de Constantinople, Société anonyme ottomane d’études et d’entreprises urbaines, 1922) – (Wikipedia Commons)

Sur la Toile

Articles

[ 1 ] – Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort (1740-1794) : Biographie (Wikipédia) - Biographie (Scribe+)

[ 5 ] – Articles dans Wikipédia : Pierre-Joseph Proudhon - Programme de Gotha - Alfred Rosenberg

Critiques

Eric Ambler : du monde aux Balkans (Le Masque de Dimitrios) (Dominique Bry, 18 mars 2024)
Embrouilles sur le Bosphore (Claude Grimal, 2 mars 2024)

The Mask of Dimitrios / Eric Ambler with an introduction by Robert Harris (1939, 1999)
Dangerous games (Thomas Jones, The Guardian, 6 juin 2009)
A Point of View : The enduring relevance of Eric Ambler’s spy novels (BBC News, 23 août 2015)
A Coffin for Dimitrios: Analysis of Major Characters (Eugene S. Lardon, EBSCO, 2021)
The Mask of Dimitrios (fullybooked2017, Classics revisited, 12 septembe 2023)
A Coffin for Dimitrios (Blogue de Jordan M. Poss, 7 mars 2024)

30 septembre 2010

La Tempête (Juan Manuel de Prada)


Lecture de la 4e page de couverture…

Trois motifs m’ont incité à emprunter ce roman : son caractère policier, son jeune auteur espagnol et le tableau La Tempête de Giorgione.

De plus, une lecture antérieure a suscité ma curiosité, celle d’un roman passionnant de Jacques Desautels, Le quatrième roi mage : une enquête à Venise. L’intrigue policière de ce roman québécois porte notamment sur l’interprétation de l’Assomption du Titien.

Je vais maintenant lire le roman La tempête afin d’en présenter un aperçu sur ce blogue.

Lecture du roman…

La Tempête est un roman sans mesure, romantique dans la plus large acceptation du terme et violemment opposé au réalisme, bien qu’il admette des modes d’expression largement usités. (Avertissement de l’auteur, p. 12)

L’incipit situe le narrateur à Venise, confronté à l’agonie d’un homme ensanglanté alors qu’il est venu dans cette ville pour résoudre une énigme artistique. D’où ces débuts de phrases répétitifs :

Il est difficile et obscène…
Il est difficile et pénible…
Il est difficile et inquiétant…
Il est difficile et fâcheux…
Il est difficile et désespérant…
Il est difficile et fatidique…


Suivent une description sommaire de La Tempête de Giorgione et quelques-unes de ses interprétations.

Lecture complétée…

Un roman descriptif et narcissique. La première moitié contient peu de dialogues et peu d’actions. La seconde est davantage policière. Plus de rythme, de tension. L’intrigue est dénouée dans l’avant dernier chapitre, les réminiscences du narrateur occupant le chapitre conclusif.

Le style incantatoire de l’incipit se retrouve au chapitre 6 :

Une pluie furibonde et universelle…
Il pleuvait sur les canaux…
il pleuvait sur les ruelles…
Il pleuvait avec fracas et démesure…
il pleuvait sur les églises…
Il tombait une pluie…
La pluie qui tombait…


Et ce leitmotiv au chapitre final :

Bien des visages s’éloignent et se précipitent dans la fosse commune de l’oubli, mais pas celui de Chiara.

Un roman imaginatif qui se lit rapidement.

Références

Desautels. Jacques. – Le quatrième roi mage : une enquête à Venise. – Montréal : Quinze, 1993. – 281 p. – ISBN 2-89026-424-6. – Cote BAnQ : Desautels D442q. – [Prix Robert-Cliche 1993 et Prix Molson du roman de l’Académie des lettres du Québec 1993].

Prada, Juan Manuel de. – La Tempête. – Traduit de l’espagnol par Gabriel Iaculli. – Paris : Seuil, 2000. – 317 p. – ISBN 2-02-035413-6. – Cote RBM (Bibliothèque Rosemont) : PRA. – [Prix Planeta 1997].

Salvy, Gérard-Julien. - «La Tempête. L’affaire n’était peut-être pas si compliquée… Giorgione. Vers 1477 – 1510». – Cent énigmes de la peinture. – Paris : Hazan, 2009. – 359 p. – ISBN 978-2-7541-0352-7. – P. 98-101. – Cote BAnQ : 750.11 S1861c 2009.

Settis, Salvatore. – L'invention d'un tableau : "La Tempête" de Giorgione. – Trad. de l'italien par Olivier Christin. – Paris : Minuit, 1987. – 161 p. – (Le Sens commun). – ISBN 2-7073-1132-4. – Cote BAnQ : 759.5 G499sec 1987.

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La Tempête (1507) - Giorgione (Wikipédia)

26 octobre 2025

Le secret de Van Gogh / Éric Mercier


Dans la librairie Jasmin, située sur la ligne verte du métro, à la station Berri-UQÀM, la couverture du roman policier attire mon attention. Le portrait de Vincent Van Gogh. Le titre du livre. Le petit collant publicitaire : Prix des lecteurs, sélection 2025. Je lis la quatrième page de couverture, qui est captivante. Enfin, je lis une note au début de l’ouvrage : « À propos de l’auteur ». J’achète.



Le roman porte sur deux enquêtes reliées, mais parallèles : l’enquête sur le meurtre d’un riche homme d’affaires à la retraite et la recherche des propriétaires successifs de la peinture des Arlésiennes en promenade, un tableau peint à quatre mains par Paul Gauguin (1848-1903) et Vincent Van Gogh (1853-1890).

L’ouvrage compte plusieurs personnages, dont les deux principaux sont le commandant Frédéric Vicaux, qui fait partie de la Brigade criminelle de Paris, et sa compagne, l’historienne de l’art Anne Naudin.

Le roman est encadré par deux textes originaux : une lettre de Van Gogh à Gauguin, en date du 3 octobre 1888; un extrait du Registre des patients, rédigé par le Dr Théophile Peyron, daté du 9 mai 1889. Le premier texte constitue le prologue, le second suit l’épilogue.

Les 80 chapitres sont répartis en trois parties : L’oreille tranchée (1-25), La tuerie de Vitrolles (26-44) et John May (45-80). Une vingtaine de chapitres sont titrés Anne : 10, 14, 18, 24, 28, 32, 34, 36, 41, 43, 47, 49, 51, 59, 61, 63, 65, 67, 69, 70, 73. Cette distinction souligne les enquêtes parallèles des deux protagonistes.



Le premier chapitre se concentre sur l’assassinat d’un tueur à gages lors d’une opération policière. Les trois chapitres suivants relatent les rebondissements de cette affaire. La dernière ligne du chapitre 80 fait écho à ce fait divers.

L’enquête sur l’assassinat d’un riche homme d’affaires, commis dans le 17e arrondissement de Paris, débute au chapitre 5. Citons la scène de crime décrite par Vicaux : «Autour de nous, des flashs crépitent. Des techniciens glanent des indices – poils, peau, cheveux, terre, fibres textiles – et les glissent dans de petits sacs de plastique numérotés. Sans oublier bien évidemment la quête d’empreintes digitales à l’aide de poudre dactyloscopique et celle d’ADN. La routine.»

C’est un exemple représentatif des descriptions concises et précises qui fourmillent dans le récit.  Les brefs et colorés portraits sont aussi un des traits caractéristiques du roman : «L’homme qui vient de nous ouvrir semble avoir autour de quarante-cinq ans. Maigre comme un danseur anorexique, il se tient légèrement voûté. Le fardeau de son existence serait-il si lourd à porter ? Pour le reste, des cheveux brun foncé, gras et bouchés. Des yeux bleu vif évoquant ceux d’un husky, seule concession aux lois de l’hérédité. Des lèvres fines. Une dentition crénelée. Une cicatrice ancienne sur un menton carré comme une boîte de chaussures. Le tout logé sur un visage au teint crayeux typique des gens qui fument trop.»

Les dialogues sont vifs, quelques fois tranchants lors d’interrogatoires serrés. Ils dynamisent le récit, tout en révélant la personnalité des personnages. Bien sûr, ils sont essentiels au processus d’écriture, au déroulement de l’histoire.



Outre l’intrigue policière, le roman plonge la lectrice ou le lecteur dans le monde de l’art. Le lien entre le meurtre et l’implication de Anne, au sujet des Arlésiennes en promenade, se noue d’ailleurs dès le chapitre 9. Les informations sur les artistes, les œuvres marquantes, la peinture, les matériaux et les styles, entre autres, sont étayées avec minutie. De plus, les méandres du commerce des œuvres artistiques, en France comme à l’étranger, sont dévoilés au fur et à mesure de l’évolution de l’histoire.

La vie des couples et des familles, des protagonistes comme d’autres personnages, occupe une place significative tout au long du roman. La lectrice ou le lecteur qui aime connaître les sentiments des personnages sauront apprécier cette dimension du roman.

Référence

Mercier, Éric. – Le secret de Van Gogh. – Paris : Les Éditions de La Martinière (EDLM) / HarperCollins, 2025 © 2024. – 347 p. – (HarperCollins Poche, n° 705 Noir). – [Citations : p. 33, 60-61]. – Prix des lecteurs, sélection 2025. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : Nouveauté ; Mercier M5552s.

Image

Portrait de l’artiste (Van Gogh) – (Wikipédia)

17 septembre 2016

Le chef-d’œuvre de Roberto Arlt

LES SEPT FOUS

J’ai fini par poser les yeux sur Les sept fous après avoir franchi quatre seuils: la chronique journalistique éponyme par le même auteur; la Présentation par Jean-Marie Saint-Lu; la Préface par Julio Cortázar; l’Avant-propos par les traducteurs Isabelle et Antoine Berman. Aussi bien dire que je détenais les clés du roman avant même d’en commencer la lecture.

La chronique Les sept fous a été publiée dans le quotidien El Mundo, à Buenos Aires, le 27 novembre 1929. Elle illustre bien la verve et le style du célèbre écrivain argentin Roberto Arlt. La présentation du roman Les sept fous est introduite avec ingéniosité, le chroniqueur citant un de ses lecteurs soucieux de savoir si ça vaut la peine de l’acheter. Face à cette mentalité mercantile, Arlt décide de raconter gracieusement l’intrigue de son roman. Après cette mise en scène, l’auteur présente son livre sous quatre thèmes: le temps (trois jours) et les personnages (vingt, dont sept centraux); l'intrigue (simple); les aspects (psychologique, policier, fantaisiste); les actions et la vie intérieure des personnages. Enfin, la conclusion (synthèse, position de l’auteur, lectorat). Cette présentation succincte et organique du roman m’a incité à l’emprunter à la Grande Bibliothèque.

Dans sa présentation, Jean-Marie Saint-Lu compare cette œuvre de Roberto Arlt (1900-1942) à des œuvres de Jorge Luis Borges (1899-1986), Ricardo Güiraldes (1886-1927), Juan Carlos Onetti (1909-1994) et Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (1821-1881). Il situe aussi le vocabulaire, le style d’écriture, les thématiques et les personnages d’Arlt dans le contexte social des années 1920 en Argentine.

Dans sa préface écrite en 1981, sous la dictature militaire, Julio Cortázar explique les traits caractéristiques et la portée sociale de l’écriture de son singulier concitoyen: «Le chef-d’œuvre de Roberto Arlt est un roman en deux parties: Les sept fous et Les lance-flammes. […] Les personnages, cliniquement fous ou délirants, assument collectivement leur destin de boucs émissaires d’une société corrompue que Arlt attaque avec une férocité qui n’épargne aucune classe sociale, aucune profession, aucun idéal.»

Dans leur avant-propos, les traducteurs Isabelle et Antoine Berman abordent la difficulté de traduire Les sept fous tout en formulant une critique envers l’écriture originale de Roberto Arlt: «Au risque de parfois choquer le lecteur, nous avons inflexiblement maintenu, sans craindre de forcer le français, le système des images, des associations, des dérives verbales qui est le cœur de l’écriture de Arlt.»

Après avoir parcouru ces préliminaires, j’ai lu Les sept fous. À plusieurs égards, un livre prémonitoire. Citons quelques exemples: la quête d’un sens de la vie, les crises d’angoisse, les considérations sur la propagande et l’instauration d’une dictature, l’exploitation des démunis, le sentiment de l’absurde, la vénalité des politiciens, les projets d’attentats terroristes, l’utilisation des gaz asphyxiants, l’endoctrinement des jeunes, le train aveugle vers l’inconnu, etc. Un livre d’une très grande actualité. Signalons aussi les nombreuses intrusions du narrateur (commentateur, mémorialiste, chroniqueur) dans le cours du récit. Les chapitres sont titrés et très courts. Ils ne sont pas numérotés et le livre ne contient pas de table des matières.

LES LANCE-FLAMMES

Suite à ma lecture du roman Les sept fous, j’ai emprunté Les lance-flammes. J’ai lu ce livre après avoir franchi deux nouveaux seuils, deux écrits de Roberto Arlt: la chronique journalistique Comment écrit-on un roman publiée dans le quotidien El Mundo, à Buenos Aires, le 14 octobre 1931; la préface du roman intitulée Paroles d’auteur.

À l’image de sa chronique sur Les sept fous, celle sur Les lance-flammes débute par une anecdote. Puis Arlt compare deux types d’écrivains, ceux qui sont méthodiques et ceux qui sont intuitifs. Se classant résolument dans cette seconde catégorie, Arlt explique ensuite son processus littéraire, plus précisément le travail des ciseaux. Il conclut son bref exposé par cette remarque concernant les auteurs, méthodiques ou désordonnés: «La seule chose qu’on est en droit d’exiger de sa personne, c’est de ne pas nous ennoyer.»

Dans ses brèves Paroles d’auteur, Arlt exprime d’abord sa satisfaction: «Avec Les lance-flammes prend fin le roman Les sept fous. Je suis content d’avoir eu la volonté de travailler, dans des conditions assez défavorables, pour terminer une œuvre qui exigeait solitude et recueillement.» Ensuite, il répond aux critiques décriant son style. Enfin, il conclut son plaidoyer sur un ton résolument confiant envers la littérature argentine: «L’avenir est triomphalement à nous.»

Aux thèmes déjà signalés pour Les sept fous, ajoutons ceux-ci: la solitude, l’angoisse, la haine, l’ennui, la souffrance et la tristesse. Dans l’un et l’autre des romans, la ville de Buenos Aires en construction / déconstruction est décrite avec minutie et moult figures de style. À la limite, le lecteur pourrait parcourir ces récits en s’attardant uniquement à cette description exemplaire.

CONCLUSION

La postface (2009) par Ricardo Piglia, dans les Dernières nouvelles de Buenos Aires, porte d’abord sur le rejet du style de Roberto Arlt par ses contemporains: « Il est difficile de trouver dans l’histoire de notre littérature un exemple plus clair d’incompréhension et d’aveuglement.» Dans un deuxième temps, Piglia analyse les traits marquants et la portée des chroniques journalistiques de Roberto Arlt.

Après avoir évoqué l’étude remarquable des œuvres Les sept fous et Les lance-flammes par Rose Corral, dans El obsesivo circular de la ficción (1992), Piglia conclu ainsi son exposé: «Innovant et surprenant, ce livre permet de fixer la vision, toujours actuelle et toujours renouvelée, avec laquelle Roberto Arlt a transformé notre perception du réel.»

Références

Arlt, Roberto. - Les sept fous. - Traduit par Isabelle et Antoine Berman. - Présentation par Jean-Marie Saint-Lu. Préface par Julio Cortázar (traduite par Annie Morvan). Avant-propos des traducteurs. - Paris: Seuil, 1994 © 1929. - x (ii), 290p. - (Roman, n° R634). - ISBN 2-02-015946-5. - [Citations, p 11, 16]. - BAnQ: Arlt A725s.

Arlt, Roberto. - Les lance-flammes. - Traduit par Lucien Mercier. - Paris: Belfond, 2011 © 1931. - 374p. - ISBN 978-2-7144-5023-4. - [Citations, p. 7]. - BAnQ: Arlt A725L.

Arlt, Roberto. - Dernières nouvelles de Buenos Aires. - Présenté et traduit par Antonia Garcia Castro, avec une postface de Ricardo Piglia. - Paris: Asphalte, 2015 © 1928-1942. - 196p. - ISBN 978-2-91867-57-2. - [Chroniques Les sept fous, p. 65-68, et Comment écrit-on un roman, p. 69-72]. - [Citations, p. 72, 188, 192]. - BAnQ: 800 A.

Carte

1936 - Ville et environs de Buenos Aires - Nuevo plano de la ciudad de Buenos Aires. Guia Peuser del viajero / J. Peuser (Buenos Aires). - Source: Gallica / Bibliothèque nationale de France (BnF)

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Buenos Aires (1516-1996)
L’Argentine par les textes

25 avril 2026

Le monastère hanté / Robert Van Gulik

Quand la foudre détruit une maison et tue ses habitants, faites-vous comparaître la foudre devant votre tribunal ?

Une enquête du célèbre juge Ti

Une violente tempête surprend le juge Ti en pleine montagne, avec ses femmes, ses servantes et son lieutenant Tao Gan. Ils se réfugient alors au Monastère du nuage matinal.

Au cours de son bref séjour dans ce monastère taoïste, le juge Ti va en profiter pour enquêter sur les décès suspects de trois femmes survenus récemment en ce lieu. De fil en aiguille, il va aussi enquêter sur la mort mystique de l’ancien père abbé.



Les particularités du polar sont typiques des romans du prolifique écrivain néerlandais Robert Van Gulik (1910-1967) :

– un plan en relief du monastère et la liste des personnages, en début d’ouvrage;

– des intrigues nombreuses et bien ficelées;

– un titre descriptif pour chaque chapitre; par exemple :

Mystérieux conciliabule dans une vieille tour; le juge Ti voit une femme nue à travers une fenêtre qui n’existe pas

– des illustrations de l’auteur dans le style chinois; par exemple : 

Le juge Ti et Tao Gan dans la resserre

– des vers intégrés au récit; par exemple ce poème de Tsong Li :

Vraies amours, fausses amours,
Amours d’hier ou de toujours…
Plus et moins,
Ça va très bien.
Que le Ciel nous garde
De moins et moins.

– le taoïsme comparé au confucianisme; par exemple, selon le sage taoïste Souen Ming :

Le taoïsme prend les choses à l’endroit où Confucius les a laissées ! Le confucianisme explique comment l’homme doit se conduire dans une société bien faite. Le taoïsme, lui, nous montre les rapports qui existent entre l’homme et l’Univers… rapports dont l’ordre social n’est qu’un aspect.

Une Note et la Table sont ajoutées après le récit.



La lecture de ce roman policier est fort agréable.

Référence

Livre

Van Gulik, Robert. – Le monastère hanté (Les Nouvelles Enquêtes du juge Ti). – Traduit de l’anglais par Roger Guerbet. – Avec huit illustrations de l’auteur dans le style chinois. – Paris : Éditions 10/18, 1984 © 1963. – 183 p. – (Collection Grands détectives). – ISBN 978-2-264-00608-0. – [Citations : p. 167, 11, 28, 54, 69]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : VAN Rob mo ; Van Gulik V253m.

Auteur

Robert van Gulik (Wikipédia)

Image

Yin et Yang (Wikimedia)

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Le romancier Robert van Gulik
Le roman policier chinois
Le crime de Lotus-d’or

06 mai 2013

En plein cœur

Un roman policier de Louise Penny, une auteure anglo-canadienne. Le titre original : Still Life. Le récit se déroule à Three Pines, un village des Cantons-de-l’Est.


Le chapitre initial fourmille de personnages. L’incipit en présente trois : Jane Neal, trouvée morte, l’inspecteur-chef Armand Gamache et son adjoint l’inspecteur Beauvoir, tous deux de la Sûreté du Québec.

La partie suivante nous ramène un peu avant le meurtre. Quelques épisodes anodins sont racontés : Jane rencontre une amie au bistro, trois garçons commettent une espièglerie, le dévoilement d’une toile de Jane et une réception chaleureuse à l’occasion de l’Action de grâce.

Au chapitre suivant, l’inspecteur-chef arrive sur le lieu du crime en compagnie de l’agente Yvette Nichol. Il débute son enquête en questionnant le témoin qui a découvert le cadavre de Jane dans un sentier forestier.

Le récit se poursuit avec des touches d’humour. N’en disons pas plus pour laisser aux lectrices et lecteurs le plaisir de découvrir les péripéties et le dénouement de ce polar. Ajoutons tout de même que l’intrigue est bien menée. Par ailleurs, le style d’écriture est fort agréable.

Référence

Penny, Louise. – En plein cœur. – Traduit par Michel Saint-Germain. – Montréal : Flammarion Québec, 2010. – 333p. – ISBN 978-2-89077-389-9. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : C PEN et C813.6 P416s F2011.

Sélectionné pour le Barry Award du meilleur roman policier de la décennie aux côté des Connely, Larsson, Lehane et Zafón.

Photo

Automne © Claude Trudel

Sur la Toile

Louise Penny (Site officiel de l’auteure)

08 juin 2018

La revanche du petit juge / Mimmo Gangemi

L’ambulance trouva la mort et s’en retourna à vide à l’hôpital. La ville fut prise de frénésie, des policiers accoururent de toutes parts, des journalistes et des visages connus de la télévision locale vinrent fixer la scène, une grande foule de curieux se pressa devant la porte, des sirènes déchirèrent la nuit.

Calabre. Il y a ce meurtre. Il y en aura d’autres. Bien sûr. C’est un roman policier. Mais ce n’est pas seulement cela qui en fait l’intérêt. C’est plutôt le récit, plus précisément le style oral du narrateur, qui accapare le lecteur. La traduction y est aussi sûrement pour quelque chose.

Les portraits pittoresques abondent, au grand plaisir du lecteur. Beaucoup d’interrogatoires et d’introspections. Les palabres, les échanges colorés, les métaphores, tout comme les monologues intérieurs, occupent même une place prédominante. En plus, de multiples péripéties. Des événements parfois surprenants, étonnants, saisissants.

L’histoire commence, évidemment, par le chapitre initial. Le narrateur y présente le personnage don Mico Rota: sa résidence, son ultime ambition, son ascendance sociale, ses traits de caractère et sa situation problématique. Le tout est raconté avec beaucoup d’humour.

Le narrateur, toujours aussi pince-sans-rire, introduit dans les chapitres suivants d’autres personnages, dont les amis et joueurs de poker Giorgio Maremmi, Alberto Lenzi et Lucio Cianci Faraone. S’ajoutent ensuite des personnages impliqués dans l’enquête consécutive au premier meurtre du polar. Le lecteur découvre tour à tour les personnalités, ainsi que les vies personnelles, familiales et professionnelles de tous ces personnages. Leurs descriptions sont captivantes, souvent même très amusantes.

Laissons maintenant au lecteur le soin de déchiffrer par lui-même les dessous rocambolesques et dramatiques de la société italienne à travers ce premier roman policier de Mimmo Gangemi.

Référence

Gangemi, Mimmo. - La revanche du petit juge. - Traduit de l’italien par Christophe Mileschi [professeur de littérature italienne contemporaine à l’université de Nanterre]. - Paris: Seuil, 2016 © 2009. - 401p. - (Points, n° P4285). - ISBN 978-2-02-117762-6. - [Citation, p. 32]. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: 858 GANG.R et Gangemi G1973r.

27 août 2006

Le roman policier chinois

Dans sa préface aux Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti, le diplomate hollandais Robert Van Gulik présente ainsi les traits spécifique du roman policier chinois :

Les romans policiers chinois possèdent cinq caractéristiques principales qui nous sont parfaitement étrangères.


- L’identité, les origines et le mobile du meurtrier sont connus dès le début du récit.

- Le recours au surnaturel, aux fantômes et aux démons est omniprésent.

- Les détails, les digressions et les citations intégrales de textes officiels prolifèrent.

- Les personnages abondent : leur nombre peut atteindre plus de deux cents noms.

- L’exécution du coupable est racontée jusque dans ses détails les plus macabres.

Référence : Van Gulik , Robert. - Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti. – Paris : Christian Bourgeois Éditeur, 1987. – 312 p. – ISBN 2-267-00497-6. – [Citation : p. 10]. - Cote BAnQ : Van Gulik V253t.

Photo : Jardin du Lac de rêve © Claude Trudel 2001.

23 décembre 2016

Un loup solitaire


Neige gelée, grand froid. Le cœur de l’hiver.
Un des premiers jours de janvier 2006, un loup solitaire venu de Norvège traverse la frontière invisible et passe en Suède par la vallée de Vauldalen.

C’est ainsi que débute le roman policier Le Chinois, de l’écrivain suédois Henning Mankell. Et tout le chapitre initial retrace le parcours de ce loup solitaire jusqu’au petit village de Hesjövallen, au sud du lac Hansesjön (carte ci-dessus), dans la région du Hälsingland (Suède). Dès cet incipit, l’auteur captive l’intérêt et retient l’attention du lecteur.

La scène des crime est horrible: dix-neuf cadavres, dont dix-huit affreusement mutilés.

Le polar comprend quatre parties aux titres énigmatiques et datés: Le silence (2006), Négros et chinetoques (1863), Le ruban rouge (2006), Les colonisateurs (2006). Une épigraphe précède chaque partie, la première est un extrait du Code de procédure pénale, plus précisément le serment d’un juge, et les trois autres citations (1935, 1944, 1963) sont de Mao Zedong.

Chacune de ces parties contient deux sections aux titres évocateurs: L’épitaphe, Le juge; La route de Canton, La plume et la pierre; Les Rebelles, Mah-jong; Écorce arrachée par des éléphants et Chinatown, Londres. Trente-neuf chapitres, au total.

Le roman est complété par un épilogue et une postface.

Une structure architecturale, géométrique, cérébrale. En tout, près de six cents pages.

L’enquête policière constitue la trame principale du roman, mais plusieurs quêtes personnelles traversent le récit. Celui-ci se déroule dans le temps, bien sûr, mais aussi dans l’espace. À titre d’exemple, deux extraits relatifs à la cartographie. Le premier porte sur une carte à petite échelle, le second sur une carte à très petite échelle:

1° «Brigitta Roslin alla chercher un atlas routier de la Suède. Elle ouvrit une carte générale. Le Hälsingland se trouvait encore plus au nord qu’elle ne l’avait imaginé. Elle n’arriva pas à situer Hesjövallen. Le village était si insignifiant qu’il ne figurait même pas sur la carte.»

2° «En regardant la carte du monde, San mesura l’étendue du voyage qu’il avait effectué avec son frère. »

Bien d’autres documents cartographiques seront consultés par des personnages du roman, en quête d’orientation vers et dans des lieux qui leur sont inconnus.

Les personnages ont beaucoup de profondeur. Certains événements historiques marquants les mettent aussi en valeur, dont la construction inhumaine et meurtrière du premier transcontinental américain.

Au milieu du roman, surgit furtivement un nouveau personnage, le Chinois, surnom éponyme du titre du polar. Dès lors, celui-ci se transforme en roman historique où les bouleversements dans la Chine contemporaine occupent la place centrale. Cette longue séquence en abîme saura plaire au lecteur intéressé à la dialectique maoïste et au développement du capitalisme depuis le 19e siècle.

Sans dévoiler l’intrigue de l’histoire, ces quelques notes de lecture témoignent de la diversité thématique exprimée dans ce polar enlevant.

Le loup avait continué vers l’est, passé Nävjarna, traversé le Ljusnan gelé à Kårböle, avant de disparaître de nouveau dans les forêts désertes.

Référence

Mankell, Henning. - Le Chinois. - Traduit du suédois par Rémi Cassaigne. - Paris: Seuil, 2013 © 2008. - 569p. - (Points, n° P2936). - [Citations, p. 11, 95, 199, 565]. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: MAN et Mankell M2789c.

Carte

Sud du lac Hansesjön (Suède) - Source: OpenStreetMap, sous licence Creative Commons paternité - partage à l’identique 2.0 (CC-BY-SA) « © les contributeurs d’OpenStreetMap ».

19 juillet 2019

Le retour du professeur de danse / Henning Mankell


[ Les ombres ne l'avaient jamais quitté. ]

Le retour du professeur de danse, un roman policier du célèbre écrivain suédois Henning Mankell (1948-2015). Les péripéties sont ainsi segmentées:

- Prologue (décembre 1945)
- Première partie / Härjedalen (octobre-novembre 1999)
- Deuxième partie / L’homme de Buenos Aires (octobre-novembre 1999)
- Troisième partie / Les cloportes (novembre 1999)
- Épilogue / Inverness (avril 2000)
- Postface / Göteborg (septembre 2000).

Ces séquences indiquent que la plus grande partie des actions se déroulent en parallèle, l’une portant sur l’assassinat d’un dénommé Herbert Martin et l’autre sur le meurtrier dénommé Fernando Hereira.

L’enquête policière est menée par Gioseppe Larsson, aidé par Stefan Lindman, un policier en congé de maladie. Parmi les personnages féminins, on retrouve deux fortes personnalités: Elsa Berggren et Veronica Morin.

Tout comme les personnages sont bien typés, les lieux sont décrits avec minutie, en particulier les bâtiments, les routes et les paysages.

Le récit se déroule dans le contexte de la persistance / renaissance du mouvement nazi en Suède, d'où de nombreux aller-retour entre la Seconde Guerre mondiale et l’actualité contemporaine.

La lecture du roman est agréable, mais plusieurs passages sont d’une violence inouïe. Par ailleurs, certains indices mis en évidence par le narrateur sont invraisemblables, tel le papier griffonné par un policier laissé à la vue des clients d’un hôtel.

Référence

Mankell, Henning. - Le retour du professeur de danse. - Paris: Seuil, 2006. - 411p. - ISBN 978-2-0205-2296-6. - [Citation, p. 19]. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: MAN Hen re GC et Mankell M2789r.

Image

Photo © Claude Trudel 2019

La Collection de Claude Trudel compte plusieurs milliers de photos prises au Jardin botanique de Montréal. Les photos originales ont une résolution de 2048 x 1152 pixels, mais elles sont aussi disponibles aux formats 320 x 180 pixels, 800 x 450 pixels, 1024 x 576 pixels et 1920 x 1080 pixels. Les photos peuvent être vues individuellement ou en diaporama. Elles peuvent aussi être envoyées au format carte postale virtuelle.

Article connexe

Un loup solitaire (Henning Mankell)

12 décembre 2008

L’inconnue du Musée de l’Homme (Jacques Milliez)

Une Coréenne est tuée sur une terrasse du Musée de l’Homme…

Ce roman policier se déroule à Paris (9 chapitres), Séoul (8), Nantes (2), Rome (1) et Loctudy (1). Les principaux protagonistes sont deux amis de longue date, le journaliste Marc Cour et le commissaire Pierre Jasmin. L’enquête officielle du policier est concomitante aux investigations parallèles du journaliste. Les déplacements de celui-ci, en Asie comme en Europe, s’effectuent à une vitesse vertigineuse…

La lecture du roman est agréable. Mais l’intrigue policière est mince. Elle sert de prétexte à l’auteur pour exposer ses connaissances sur le Musée de l’Homme, les cellules souches, le clonage, la pensée de Teilhard de Chardin et les logiciels de jeu communautaire (ex. : StarCraft et Second Life). Face à ses lecteurs francophones, l’auteur rend un éloge dithyrambique à la langue anglaise…

Le ton du roman est résolument professoral, trahissant en cela le métier de son auteur. Les sujets scientifiques traités sont intéressants, mais leur description freine constamment le déroulement de l’intrigue.

Bref, un livre à l’eau de rose, un polar sans conviction romanesque.

Référence

Milliez, Jacques. – L’inconnue du Musée de l’Homme. – Paris : Éditions du Masque, 2008. – 223 p. – (Romans d’aventures, n° 2514). – ISBN 978-2-7024-3412-3. – Cote BAnQ : Milliez M6542i.

22 janvier 2025

Ouragans tropicaux / Leonardo Padura


C’est comme les ouragans tropicaux : ils passent, ils font un max de dégâts et puis ils s’en vont, ils se perdent

Un double récit, le second étant en abyme. La Havane au début du 21e siècle, au moment de la visite du président américain Obama et du groupe rock britannique Rolling Stones. La Havane au début du 20e siècle, au lendemain de la Guerre d’indépendance.

Un roman policier, certes, mais aussi un roman de mœurs. Plusieurs meurtres survenus dans les quartiers malfamés de la capitale cubaine. Multiples scènes sanglantes. Dialogues et monologues intérieurs souvent crus.

Les portraits des protagonistes et des personnages sont nombreux et saisissants. Les descriptions de la ville, des quartiers, des maisons et des sites sont captivantes. Les contextes historiques sont rapportés avec pertinence.

Les intrigues et péripéties s’enchaînent à un rythme accéléré. Les relations interpersonnelles sont inattendues, intrigantes ou soutenues, tout comme les ruptures sont parfois étonnantes et perturbatrices. Les dénouements sont conséquents, mais tragiques.

Des réflexions insérées tout au cours des récits interpellent le lecteur.

Bref, un polar étonnant !

Référence

Padura, Leonardo. – Ouragans tropicaux : une enquête de Mario Conde. – Traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis. – Paris : Éditions Métailié, 2024 © 2023. – 503 p. – (Policier Point, n° P6283). – ISBN 979-10-414-1523-6. – [Citation, p. 440]. – Bibliothèques de Montréal : PAD Leo ou. – BAnQ : Padura P125o.

Image

Arbre corail, Jatropha multifida, Euphorbiaceae. – Photo tirée de l’album Plantes en Amérique latine et aux Antilles © Claude Trudel 2025, Le monde en images, CCDMD.

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Le romancier Leonardo Padura
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Sur la Toile

[Attention : critiques révélant le contenu du roman]

2023 09 07 – Rentrée littéraire : "Ouragans tropicaux ", la mort d’un "salopard" ou le voyage au bout de la désillusion d’une Cuba sclérosée (Mohamed Berkani, France Télévisions)

2023 09 10 – « Ouragans tropicaux », de Leonardo Padura : LE romancier contemporain cubain, immanquable! (Alain Marciano, Benzinemag)

2023 11 04Les illusions perdues des Cubains : entretien avec Leonardo Padura, par Sonia Dayan-Herzbrun (En attendant Nadeau)

2023 12 16 – «Ouragans tropicaux»: La Havane, aller-retour (Christian Desmeules, Le Devoir)

2023 12 20 – Leornado Padura son nouveau livre Ouragans Tropicaux (Damien Aubel, Tranfuge)

19 avril 2015

Meurtre à l’hôtel Despréaux | Maryse Rouy


Le roman policier de Maryse Rouy se déroule dans la capitale française, à l’époque du Moyen Âge. Au début du roman, Meurtre à l’hôtel Despréaux, l’auteure affiche un Plan reconstitué de Paris en 1380. Le lecteur désireux d’explorer cette ville plus en profondeur pourra consulter dans Gallica le plan ci-dessus dressé par Nicolas de La Mare, en 1383.

La liste des personnages suit la présentation du plan simplifié de Paris. Ces personnages sont regroupés sous six volets: Prieuré de Neubourg, Maison Despréaux (maîtres et personnel), Maison d’Anceny (maîtres et personnel), Prévôté de Paris, Les Joyeux Corneurs, Autres personnages.

Le récit compte trente chapitres suivis par un épilogue. En complément, un glossaire et une notice de l’auteure sur ses sources documentaires, Le livre des Fais et bonnes meurs du sage roy Charles V (1404), de Christine de Pisan (1364-v1430), et Le Journal d’un bourgeois de Paris (entre 1405 et 1449).

Le cadre géographique et historique étant établi, parlons du polar sans toutefois dévoiler son intrigue. Le chapitre initial contient une double entrée en matière: un monologue de Mathilde Despréaux au sujet de son fils Simon arrêté pour meurtre, le dialogue de Gervais d’Anceny avec son ami Godefroi au prieuré de Neubourg. Monologue et dialogue concernent une affaire de meurtre. Dès lors, le lecteur est intrigué.

Dans le chapitre suivant, le lecteur apprend pour qui et pourquoi Gervais d’Anceny devient chroniqueur, d’où le sous-titre du roman: Les Chroniques de Gervais d’Anceny. Il découvre également comment surgit une nouvelle enquête qui semble devoir s’avérer plutôt banale.

La double intrigue est ensuite racontée différemment. L’intrigue principale est rendue par une lecture à Godefroi des péripéties de l’enquête par l’oblat Gervais. L’autre se déroule en dialogues entre différents personnages.

Outre les péripéties racontées par Gervais, le roman convie le lecteur à découvrir les règles monastiques d’un prieuré normand et la vie quotidienne à Paris: aliments, métiers, costumes, logements, moyens de transport, mœurs, loisirs, salubrité, police et justice, etc. Le tout avec le vocabulaire de l’époque.

Plus le lecteur parcoure le récit, plus les rebondissements se multiplient. Et le dénouement…

Référence

Rouy, Maryse. - Meurtre à l’hôtel Despréaux. Les Chroniques de Gervais d’Anceny. Roman. - Montréal: Druide, 2014. - (Collection Reliefs). - 292p. - ISBN 978-2-89711-141-0. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: Rouy 2014 et Rouy R872m.

Carte

1383 - Paris - Cinquieme Plan de la Ville de Paris, son accroissement, et sa Quatrième Clôture commencée sous Charles V l’an 1367 et finie sous Charles VI l’an 1383. Tiré des Devis et Marchez faits avec les Ouvriers, des Procez Verbaux de Toises et receptions des Ouvrages des Comptes rendus par ceux qui en eurent la conduite. De la Chronique M.S. de St. Denis et d'autres Titres et Manuscrits qui sont conservez en la Chambre des Comptes et dans les Bibliothèques / Par M.L.C.D.L.M. ; A. Coquart del. et sculp. / Nicolas de La Mare, cartographe / Antoine Coquart, dessinateur et graveur - (Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)

Sur la Toile

Une plongée saisissante dans ce 14ème siècle tourmenté (Christiane Dubreuil, Info-Culture, 18 octobre 2014)

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10 juin 2008

La nuit de St.-Pauli (Frank Göhre)

Le roman de Frank Göhre se déroule à Hambourg, plus précisément dans le quartier occidental de cette grande ville d’Allemagne du Nord. Les personnages, le niveau de langage, les mœurs et les lieux du récit nous donnent un bon aperçu de ce quartier chaud de la ville hanséatique.

Le livre n’est pas vraiment un roman policier. C’est plutôt une trame sociale décrite au cours d’une nuit typique dans un quartier mal famé. Le roman est construit comme un saucisson en tranches. Les chapitres se suivent sans suite ou avec des liens anecdotiques.

Chaque chapitre porte le prénom d’un personnage et l’indication du laps de temps où se déroulent les événements : Johnny, Le Frison, Manfred, Karin, Sven, Dorit, Rasta Robby, Timo, Roberta, Fedder.

Les intrigues sont échevelées et touffus de personnages, mais permettent d’explorer la société et l’urbanisme d’un quartier hambourgeois.

Le roman se termine en queue de poisson…

Référence

Göhre, Frank. – La nuit de St.-Pauli. – Traduit de l’allemand par Patrick Kermann. – Paris : Gallimard, 1996. – 186 p. – (Série noire). – ISBN 2-07-049479-0. – Cote BAnQ : Göhre G614n.