19 septembre 2026

Griffintown / Marie Hélène Poitras


Le jour se lève sur Griffintown après le temps de survivance, les mois de neige et de dormance.

Le roman de Marie Hélène Poitras compte six chapitres, incluant des récits mis en abyme. Le style de l’autrice est dynamique. Les phrases sont ciselées, les personnages bien campés et les lieux décrits d’une façon captivante. La structure du récit est remarquable, les récits en abyme permettant d’approfondir les péripéties et leur contexte historique.

Voici un aperçu du chapitre initial.

La botte

On revient toujours à Griffintown, là où la rédemption est encore possible. On y meurt parfois aussi. Les bottes aux pieds, de préférence. […] Comme les cochers, les chevaux qui échouent à Griffintown traînent plusieurs vies derrière eux. On les prend tels qu’ils sont. C’est pour eux aussi, bien souvent, le cabaret de la dernière chance.

Le chapitre nous introduit dans le monde des cochers et des chevaux du Vieux-Montréal, dont l’écurie est située dans Griffintown. Il nous révèle un monde traditionnel aujourd’hui disparu : L’âge d’or est révolu, tout le monde le sait. […] Un jour – et ce jour approche –, cette tradition et tout le legs de connaissances cochères qui l’accompagne disparaîtront.

Les personnages sont graduellement introduits dans le récit. Leurs portraits sont à la fois élaborés et saisissants : Paul Despatie, le propriétaire de l’écurie, et Billy, le palefrenier, qui hivernent à l’écurie, puis les cochers John, Evan, Grande Folle, Indien, Christian, Gerry, Roger, Joe, Georges, Lloyd, Robert, Georges, et Rôdeur.

À ces anciens cochers, de retour pour la nouvelle saison estivale, se joignent quelques pieds-tendres, des apprentis ayant suivi des cours à l’Institut d’hôtellerie pour devenir cochers, dont Marie, une cavalière en manque de chevaux. Après la visite de l’écurie, peu y resteront.

Les chevaux, de différentes races, sont aussi décrits avec minutie, par exemple : Jackie, Maggie, Garden Lou; Poney, Pearl, Champion, Magesté, Lucky; Sunny, Lady, Cheyenne, Rambo, Belle Starr.

Enfin, les commissionnaires, au service des cochers, et l’usurier, surnommé la Mouche, sont aussi partie prenante du monde des cochers.

Soudain, le drame : la disparition subite de Paul Despatie, la découverte inopinée d’une de ses bottes, puis celle tragique de son cadavre près du ruisseau une semaine plus tard. Deux balles au cœur. Un meurtre.

Le commentaire du narrateur : On a liquidé le patron. L’ordre des choses, jusque-là immuable, vient d’être renversé. Il y aura des questions d’honneur à soupeser, peut-être une vengeance à orchestrer et probablement un message à décoder. Les hommes de chevaux vont devoir rétablir la justice ou s’en fabriquer une et l’imposer.

Les chapitres suivants (récits en abyme) :

La deuxième botte (Le cheval fondateur)
La conquête (Le Rôdeur, Le dernier Irlandais, L’homme qui avait croisé un Windigo, Ray le pendu)
Du plomb dans l’œil (La crinoline, Errances du cow-boy solitaire)
Dernier hennissement avant la fuite (Le prétendant, La Rose au cou cassé)
Le chœur de la rédemption.

Appréciation

Une histoire touchante, dramatique. Un monde de misère, de souffrance, de survivance. Un témoignage fictif, mais mémorable, sur le monde des hommes de chevaux à jamais disparu.

Référence

Poitras, Marie Hélène. – Griffintown. – Québec (Québec) : Éditions Alto, 2013. – 210 p. – ISBN 978-2-89694-132-2. – [Citation : p. 13, 15, 17, 17, 18, 41]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : POI Mar gr ; Poitras P757g.

Image

Griffintown © Claude Trudel, 6 août 2025.

Critiques

Griffintown / Extrait du roman Griffintown, par Marie Hélène Poitras, avec l’aimable autorisation des éditions Alto [p. 13-17] (L’actualité)

Marie Hélène Poitras : une pied-tendre dans la ville (Chantal Guy, La Presse, 15 avril 2012)

Griffintown (Éric Dumais, La Bible urbaine, 12 juin 2012)

Marqueuse de parole (Pierre-Paul Ferland, Lectures critiques VI, Observatoire de l’imaginaire contemporain, 2013)

Marie Hélène Poitras remporte le prix France-Québec pour son roman Griffintown (Société Radio-Canada, 24 octobre 2013)

Griffintown, de Marie Hélène Poitras (Société Radio-Canada, 12 mai 2016)

Expériences contemporaines du temps dans les fictions québécoises / Le western et l’expérience du temps dans Griffintown de Marie Hélène Poitras et À la recherche de New Babylon de Dominique Scali (Voix et Images, Volume 44, numéro 2 (131), hiver 2019, p. 13–24 © Université du Québec à Montréal, 2019)

Griffintown (Babelio)

07 septembre 2026

Histoires d’épaves (1636-1761)

Attention ! Observez le voilier échoué sur les rochers du cap Brûlé :


Les découvertes d’une soixantaine d’épaves datant de l’époque de la Nouvelle-France sont relatées par Dave Noël, historien et journaliste au quotidien Le Devoir.

Dans son introduction, l’auteur explique son intérêt pour l’archéologie subaquatique depuis son adolescence, lors de la découverte de l’Elizabeth & Mary dans l’estuaire du Saint-Laurent, en 1994. Il souligne aussi avoir été fasciné par Le Secret de La Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge d’Hergé.

Les vicissitudes des épaves sont ensuite abordées : dispersion de l’ossature d’un bateau à voile, bois recouvert de sédiments, canons alourdis par les concrétions, pillage par les chasseurs de trésors, etc.

En parallèle, il évoque les difficultés de la navigation au temps de la marine à voile dans le golfe et sur le fleuve Saint-Laurent, les récits des survivants des naufrages, le nombre élevé d’épaves remontant à la Guerre de la Conquête, l’épisode mythique de la frégate Atalante commandée par Jean Vauquelin.

Les récits, racontés par ordre chronologique, contiennent une ou des illustrations (carte, dessin, photo), parfois un encadré thématique, une fiche signalétique (nom et type du navire, armement, équipage et passagers, commandant), et des notes infrapaginales. L’ouvrage est complété par un glossaire, les remerciements et une bibliographie exhaustive.

J’ai particulièrement aimé les récits dédiés à ces épaves : Corossol (1693), la flotte de Walker (1711), Chameau (1725), Éléphant (1729), les bateaux plats (1752).

Tous ces récits captivent l’intérêt envers un passé maritime insoupçonné et l’archéologie subaquatique. Ils suscitent aussi la curiosité d’en apprendre davantage à partir des nombreuses références citées dans la bibliographie.

Référence

Noël, Dave. – Histoires d’épaves, de la Petite Hermine à l’Auguste (1536-1761). – Montréal : Boréal, 2026. – 214 p. – ISBN 978-2-7646-2937-6. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ :  910.45209 ; 910.4520971 N766h 2026.

Carte

1729 – Éléphant – Carte figurative du promt secours envoyé par l’ordres de Monseigneur le Mr de Beauharnois,... gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté dans tout l’estendue de la Nouvelle France, au vaisseau du Roy l’Eléphant, le 2 Sepbre 1729 / dessigné par Mahier, à Québec le 15 octobre 1729. – (Source : gallica.bnr.fr / Bibliothèque nationale de France) – Un détail de cette carte est affiché dans les Histoires d’épaves (p. 99) : l’Éléphant est illustré sur les rochers du cap Brûlé formant un îlot au milieu du chenal (p. 95).

Sur la Toile

Archéologie subaquatique (Gouvernement fédéral du Canada) – (Vidéo avec Marc-André Bernier, 2:37 min)

Atlas subaquatique : le patrimoine submergé du fleuve Saint-Laurent (Répertoire du patrimoine culturel du Québec)

30 août 2026

La disparition de Rita Sinclair


C’est la couverture de livre qui a d’abord retenu mon attention : une ancienne photographie du belvédère du mont Royal et le titre du livre sur un fond de couleur vieux rose. Puis une présentation de l’intrigue sur la quatrième de couverture. Enfin, la curiosité de découvrir des aspects méconnus de la métropole au début du 20e siècle m’a incité à lire ce polar.

Le roman

La disparition de Rita Sinclair de l’autrice Céline Beaudet, aux Éditions Québec Amérique, est assurément un roman policier. Mais c’est aussi un roman social, voire un roman engagé et féministe.

L’intrigue policière

14 mai 1912 – Un nouveau départ

L’intrigue du roman policier fait l’objet de la première partie du prologue. François Arbour, constable à Sainte-Anne-de-Bellevue, rencontre le détective Édouard Lavergne pour l’aider à résoudre la disparition de Rose Sinclair. Cette jeune étudiante est inscrite en demi-pension à la nouvelle école normale du Collège Macdonal de l’Université McGill. Elle est la fille du banquier Herbert Sinclair, qui réside dans le quartier du Mille carré doré. Pour des motifs similaires, le père de Rose et le principal du collège, James Wilson Robertson, souhaitent une enquête rapide et discrète.

La seconde partie du prologue porte sur Édouard Lavergne. Sous la direction de Silas Carpenter, Lavergne travaille au Bureau des détectives du service de police de Montréal. Suite à l’abolition de ce bureau, en janvier 1912, Lavergne perd son emploi. Son père, le juge Aimé Lavergne, l’aide à s’établir à son compte dans l’édifice Salaberry situé au coin sud-est de l’intersection des rues Sherbrooke Est et Saint-Denis. Ayant surtout des contrats d’enquêtes routinières sur des affaires conjugales, Édouard Lavergne accepte volontiers l’offre imprévue de François Arbour.

La dimension sociale

Le récit se déroule sur une vingtaine de chapitres, un bon nombre portant exclusivement sur des entretiens interpersonnels et des causes sociales, dont celles-ci : les inégalités sociales, les suffragettes, la promotion des parcs et terrains de jeux, la lutte contre la tuberculose, la mortalité infantile, l’hygiène publique, l’urbanisme, l’éducation traditionnelle des jeunes filles, les fabiens, l’emprise de l’Église catholique, l’émancipation des femmes, l’alimentation déficiente des enfants pauvres, les campagnes de propreté, etc.

La vie montréalaise au début du 20e siècle est largement présente dans le roman, notamment chez la haute bourgeoisie anglophone de l’ouest de la métropole. À titre d’exemple : les propriétés à Sainte-Anne-de-Bellevue et Senneville, les nouvelles tours à logements sur l’avenue du Parc, certains restaurants, les magasins de luxe, le Collège Macdonald (Université McGill), les associations de bienfaisance, les voyages à l’étranger, les soins de santé privés, l’aménagement paysager de terrains privés, etc.

La documentation

L’autrice documente la dimension sociale de son roman, à la fin du livre, sous un chapitre complémentaire intitulé Histoire et fiction : quelques précisions. Les critiques, citées ci-dessous, soulignent aussi le caractère documentaire du livre.

Référence

Beaudet, Céline. – La disparition de Rose Sinclair. – Montréal : Québec Amérique, 2026. – 208 p. – ISBN 978-2-7644-5728-3. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : roman québécois ; Beaudet B3732d.

Image

Women’s residence, Macdonald College (Sainte-Anne-de-Bellevue, entre 1903 et 1913) – (BAnQ)

Sur la Toile

La disparition de Rose Sinclair (Céline Beaudet) (Avis de lecture – Polars et romans noirs, blogue littéraire de Michel Roberge, août 2026)

Enquêter dans les silences du Montréal de 1912 / La disparition de Rose Sinclair (Michaël Grégoire, Le Carnet, 4 juillet 2026)

«C'est un roman féministe, historique, avec une intrigue policière» : Céline Beaudet s'intéresse à la disparition la fille d'un riche banquier dans son deuxième roman (Frédérique De Simone, TVA nouvelles, 6 juin 2026)

La disparition de Rose Sinclair (Babielo)

23 août 2026

L’enfer du commissaire Ricciardi


Le style d’écriture de Maurizio De Giovanni suscite l’intérêt et captive l’attention, avant même de s’attarder à l’intrigue. C’est le trait marquant du roman policier L’enfer du commissaire Ricciardi. Outre la structure magistrale du récit, les portraits des personnages sont saisissants et les scènes dramatiques sont relatées d’une façon émouvante, bouleversante, pathétique.

Aperçu

L’auteur italien confie son récit romanesque à un narrateur anonyme et omniscient.

Le polar compte 71 chapitres non titrés. Voici un aperçu des cinq premiers que j’intitule ainsi : La chute du professeur, Au môle de l’Immacolatella, Un cœur brisé, La vraie chaleur, Luigi Alfredo Ricciardi. Bien sûr, sans parler de l’intrigue policière.

[ 1 ] – La chute du professeur

«Le professeur tombe.»

Cette phrase correspond au premier paragraphe de l’incipit. Tel un leitmotiv, elle est reprise plusieurs fois au cours du récit. Comme d’autres romans policiers débutent par un meurtre, on peut présumer que le professeur est victime d’un crime.

Pendant la chute de la victime, qui se déroule a une vitesse vertigineuse, le narrateur décrit les réactions réflexes du corps : les bras qui s’écartent, la respiration instinctive, les yeux qui se ferment et la grimace anticipant l’impact au sol. Ces faits sont accompagnés d’informations circonstancielles : l’été, le soir, le bref corps à corps qui a causé la chute du professeur, l’a défenestré. Il s’agit bien d’un assassinat.

Mais la plus grande partie du chapitre décrit un tableau cérébral fragmentaire imaginé par le narrateur : «Le professeur tombe et, pendant sa chute, ses pensées se brisent en mille petits morceaux, des éclairs de conscience […].» Ces fragments apportent de multiples informations sur la vie du professeur. C’est un conférencier éloquent, un pédiatre n’aimant pas les enfants, un gynécologue-obstétricien, un chirurgien fier de sa personne et de son rang social, riche et prétentieux, bosseur, titulaire d’une chaire de médecine, marié ayant un fils et une maîtresse, et âgé de plus de 50 ans.

Le chapitre compte cinq pages, mais le drame relaté a duré «à peine plus de deux secondes après que les pieds du professeur ont quitté le plancher, vingt-deux mètres plus haut». C’est dire l’habileté et le talent de l’auteur à composer cette narration.

Bilan – On ignore l’identité du professeur, mais on connaît sa personnalité et sa profession, la marque de sa voiture, et le prénom de sa maîtresse logée dans un appartement tout neuf dans un quartier opulent de Naples. De l’assassin, on sait uniquement qu’il est assez fort pour attaquer, empoigner et défenestrer sa victime.

[ 2 ] – Au môle de l’Immacolatella

Sans lien apparent avec le chapitre précédent, le deuxième chapitre se déroule dans le port, au départ d’un paquebot. Dans ce contexte émotif où des gens quittent pour l’Amérique et d’autres les regardent partir, deux enfants conversent sur les motifs des émigrants et sur l’éventualité de leur hypothétique et future émigration. Les portraits de ces enfants, non identifiés, sont saisissants.

«Il avait douze ans mais en affichait bien une centaine dans le regard, les mains noires et abîmées qui apprenaient le métier, le corps maigre et nerveux enveloppé dans une veste usée et maintes fois retournée qui avait appartenu on ne sait plus à qui, on ne sait plus quand. Elle avait onze ans, mais une bonne centaine autour de sa bouche, serrée pour cacher sa fatigue et retenir ses larmes, le nez étroit sur des lèvres fines, les sourcils froncés sur sa détermination à survivre.»

À la fin du chapitre, cette volonté murmurée par la fille : « Je serai heureuse.»

[ 3 ] – Un cœur brisé

Première phrase : «Je serai heureuse, pensa Enrica.»

Une transition astucieuse, mais intrigante. Ce monologue révèle que le récit du chapitre précédent est en abîme, tout en dévoilant, semble-t-il, le prénom de la fille.

Sur le pont d’un bateau, après une peine amoureuse, la jeune femme Enrica se demande si elle a bien fait de fuir la ville de Naples. Les péripéties évoquées dans le chapitre 3 ont trait aux sentiments ressentis envers l’homme dont elle était amoureuse, au cours des derniers mois.

Les autres personnages : les parents d’Enrica; Rosa, tante et gouvernante de l’homme convoité; la femme fréquentée par l’homme convoité; le directeur de l’Institut où Enrica avait obtenu son diplôme pour devenir enseignante.

[ 4 ] – La vraie chaleur

Le récit en crescendo sur la chaleur crée l’atmosphère pesante dans laquelle baigne l’intrigue du roman. Sa rédaction est exemplaire. À titre d’exemple, ces citations discontinues, dont la dernière renvoie au titre du polar :

Une fois l’an, dans cette ville, arrive la chaleur, une vraie chaleur.
La chaleur, la vraie chaleur, ne survient pas à l’improviste.
Le premier jour de chaleur, le soleil fait une apparition redoutée.
Au fur et à mesure que les heures passent, le soleil se fait toujours plus féroce.
La chaleur, la vraie, ne dure pas longtemps et, sauf exception, ces quelques jours arrivent entre le début et le milieu du mois de juillet
.
La chaleur, la vraie chaleur, vient de l’enfer.

[ 5 ] – Luigi Alfredo Ricciardi

C’est l’entrée en scène du commissaire. Le début de l’enquête policière.

Référence

De Giovanni, Maurizio. – L’enfer du commissaire Ricciardi. – Traduit de l’italien par Odile Rousseau. – Payot & Rivages, 2020. – 510 p. – (Rivages/Noir, n° 1086). – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : DEG Mau en ; De Giovanni D3179e. – [Citations : Chapitre 1, p. 9, 9, 13 ; Chapitre 2, p. 14, 19 ; Chapitre 3, p. 20 ; Chapitre 4, p. 26, 27, 27, 28, 31, 32].

Image

Photo du port de Naples (Wolfgang Moroder, Commons Wikimedia, 30 octobre 2016, CC-BY 2.5)

15 août 2026

La bataille de Gaulle [1940-1944]

La Bataille de Gaulle est un diptyque cinématographique français réalisé par Antonin Baudry : Résistance (premier film) et Liberté (deuxième film).

Partie 1 – Résistance [1940-1942]


Le film se déroule selon une optique géopolitique, aspect qui m’a le plus frappé et que j’estime le plus marquant. Les relations internationales sont polarisées sur les controverses impliquant la France et l’Angleterre, et, à certains moments, les États-Unis d’Amérique.

Les acteurs qui interprètent Charles de Gaulle, Winston Churchill et Franklin Delano Roosevelt démontrent une grande habileté et une grande finesse dans la représentation des rivalités qui les opposent. Ils capturent parfaitement l’essence de ces personnages historiques, que ce soit au niveau de leur apparence, de leur gestuelle ou de leur discours.

La figure centrale du film est évidemment le général de Gaulle, animé d’une foi profonde envers la valeur intrinsèque de son pays. Par ailleurs, l’Empire français (le second d’un point de vue historique) joue un rôle important, alors que l’Empire britannique (beaucoup plus imposant) est minimisé, voire ignoré. – Les séquences se déroulant au Tchad et au Cameroun sont sommaires et peu réalistes. Elles manquent de crédibilité.

La résistance du général de Gaulle se concentre certainement sur l’Allemagne, mais ce film n’est pas explicitement anti-allemand. Avec une détermination sans faille, il s’efforce de libérer le territoire français. Cependant, sa résistance est principalement dirigée contre le régime collaborationniste de Vichy, reconnu par les Alliés. Cette détermination inébranlable guide toutes ses démarches diplomatiques et ses relations avec ses collaborateurs.

Un bref passage met en scène Jean Moulin, qui décide de se rendre en France pour unir et commander les différents groupes de résistance. Cependant, c’est surtout une manifestation étudiante sur la Place de l’Étoile qui illustre cette résistance intérieure. Le jeune Fernand Bonnier de La Chapelle y prend part. Ses gestes ultérieurs servent de fil conducteur sur la résistance intérieure.

Dans l’ensemble, la situation intérieure française est ignorée, notamment les privations, les dénonciations, les arrestations, les déportations, etc. Le régime de Vichy est décrié pour sa capitulation et sa collaboration avec l’ennemi, et non pour les répercussions sociales de cette dictature d’extrême droite pour l’ensemble de la population.

Un film sur la Seconde Guerre mondiale comporte assurément des combats militaires. Voyons trois exemples.

L’épisode où un char d’assaut allemand attaque la voiture du général peut sembler surprenant. En effet, le général donne des instructions au conducteur de la voiture pour qu’il tourne le volant dans une direction ou une autre afin d’éviter les tirs du char. Le fait que le général de Gaulle ait été un éminent théoricien de l’arme blindée confère une pertinence particulière à cet événement.

Les îles Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire français depuis le 16e siècle, sont au cœur d’un enjeu lié à la flotte française. Cependant, l’importance des communications (radio et câble transatlantique) est curieusement négligée, alors que c’est aussi un point de tension majeur pour le président américain.

La bataille de Bir Hakeim occupe une place centrale dans le film. Elle illustre les positions stratégiques divergentes de la France, de l’Angleterre et des États-Unis. Le plan de cette bataille est montré à quelques reprises, et ce passage historique est bien rendu, avec des avions et des chars d’assaut détruits, mais sans en imposer au rythme du récit ; des blessés et des tués, d’une manière réaliste, mais sans voyeurisme (pas d’images sanguinaires). Des scènes émouvantes, mais sans sensationnalisme.

Un mot sur la vie privée du général de Gaulle. À Londres, sa vie familiale est évoquée discrètement, avec la présence de sa femme Yvonne et de leur fille Anne ; les deux autres enfants du couple ne figurent pas dans le film.

Je trouve ce film captivant et à plusieurs égards instructif.


Partie 2 – Liberté [1943-1944]


Dans le second film, le général Charles de Gaulle (Simon Abkarian) et les principaux personnages gagent en profondeur, notamment le général Philippe Leclerc de Hauteclocque (Niels Schneider), Jean Moulin (Félix Kysyl), le président Franklin Delano Roosevelt (Campbell Scott) et le général Dwight David Eisenhower (Daniel Betts).

Les moments clés internationaux sont bien rendus. Ils sont présentés dans une perspective géopolitique mettant en valeur la détermination et les défis politiques du général de Gaulle, par exemple lors de ses rencontres avec Churchill, Roosevelt et Eisenhower. En parallèle, sur le plan militaire, soulignons le déroulement des batailles de Koufra, de Fezzan, et de Paris pendant lesquelles le général Leclerc joue un rôle déterminant.

La résistance et les rivalités politiciennes françaises sont présentées avec habileté. Elles sont bien intégrées dans la trame de l’histoire, notamment au cours des épisodes sur la formation du Gouvernement provisoire de la République française. Les séquences dédiées aux actions cruciales et périlleuses de Jean Moulin sont remarquables. Par contre, la longue scène du tabassage de ce héros de la Résistance fait dans le sensationnalisme sanguinaire.

Les scènes de la libération de Paris sont réalistes, chaleureuses, à l’échelle humaine. La récitation du leitmotiv J’écris ton nom, de Paul Éluard, pendant ces scènes de délivrance est éloquente et illustre avec finesse le titre du film : Liberté.

Une reconstitution historique magistrale !

Références

● Films

La bataille de Gaulle / Partie 1 [1940-1942] – Résistance [L’Âge de fer] – (Wikipédia)
La bataille de Gaulle / Partie 2 [1943-1944] – Liberté [J’écris ton nom] – (Wikipédia)

● Réalisateur

[ 1 ] – Les 20 ans d’Antonin Baudry, scénariste de BD (Sophie Blitman, L’Étudiant, 5 septembre 2013)
[ 2 ] – Antonin Baudry (94), La brièveté de l’existence (Dossier : Trajectoires | Magazine N°704, Avril 2015 / La Jaune et la Rouge)
[ 3 ] – Antonin Baudry, le cinéaste qui libère de Gaulle (Samuel Blumenfeld, Le Monde, 31 mai 2026) – [Extrait]
[ 4 ] – Le récit détaillé de la vie géniale d’Antonin Baudry (Sabine Euverte, Palace Scope, 15 juillet 2026)
[ 5 ] – Réalisateur Antonin Baudry (Numéro Magazine)
[ 6 ] – Entrevue avec Antonin Baudry pour le film La bataille de Gaulle (Laurie Dufresne, Société Radio-Canada, 5 août 2026 – Audio : 13 min)
[ 7 ] – De Gaulle au cinéma : un héros d’abord seul et moqué (Entrevue avec Bérénice Vila, coscénariste et directrice artistique, Simon Abkarian, comédien principal, Antonin Baudry, réalisateur, Société Radio-Canada, 7 août 2026 – Audio : 16 min)
[ 8 ] – La bataille de Gaulle : le pari fou d’un général isolé (Charles Rioux, avec les informations de Louis-Philippe Ouimet, Société Radio-Canada, 13 août 2026 – Audio : 7 min)
[ 9 ] – Antonin Baudry [Abel Lanzac] – (Wikipédia)

● Images

[ 1 ] – Le commandant des forces françaises libres, le général Charles de Gaulle, assis à son bureau à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale – (Ministry of Information Photo Division Photographer, Imperial War Museums, entre 1939 et 1945) – (Commons Wikimedia)

[ 2 ] – Foule sur les Champs-Elysées pour célébrer la libération de Paris – (Jack Downey, U.S. Office of War Information, 26 août 1944) – (Wikimedia Commons)

● Distribution

Immina Films

Articles connexes

Quai d’Orsay / Chroniques diplomatiques [ 2025 ]
Cinéma critique / Ludvic Moquin-Beaudry [ 2017 ]
Tout sur le cinéma [ 2012 ]
Scénario | Syd Field [ 2011 ]

Historiographie

Une sélection d’articles sur Charles de Gaulle et la Seconde Guerre mondiale diffusés sur la plateforme Érudit, un consortium formé de l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université du Québec à Montréal. Le classement des articles suit l’ordre chronologique des publications.

[ 1 ] – La prise de Saint-Pierre-et-Miquelon par les forces de la France libre : Noël 1941 (William Hanna, Revue d’histoire de l’Amérique française, Volume 16, numéro 3, décembre 1962 / Érudit)
[ 2 ] – Les Écrits militaires de Charles de Gaulle : Essai d’analyse thématique (Pierre Messmer et Alain Larcan ; compte rendu de Pierre-Gerlier Forest, Études internationales, Volume 18, Numéro 2, 1987 / Érudit)
[ 3 ] – Pétain et de Gaulle dans la presse québécoise entre juin 1940 et novembre 1942 (Robert Arcand, Revue d’histoire de l’Amérique française, Volume 44, numéro 3, hiver 1991 / Érudit)
[ 4 ] – La France et le Canada, d’une après-guerre à l’autre (1918-1944) (Philippe Prévost ; compte rendu par Jacques Portes, Revue d’histoire de l'Amérique française, Volume 48, numéro 4, printemps 1995, p. 581–582 / Érudit)
[ 5 ] – L’opinion des Canadiens français envers le général Charles de Gaulle et le maréchal Philippe Pétain : 1940-1946 (Fabrice Mosseray, Bulletin d’histoire politique, Volume 3, numéro 3-4, été 1995, p. 168-177 / Érudit)
[ 6 ] – Singularité du pétainisme québécois (Yves Lavertu, Bulletin d’histoire politique, Volume 3, numéro 3-4, été 1995, p. 178–183 / Érudit)
[ 7 ] – L’effort de guerre des éditeurs: l’Arbre et Fides, entre de Gaulle et Pétain (Jacques Michon, Bulletin d’histoire politique, Volume 3, numéro 3-4, été 1995, p. 341–349)
[ 8 ] – La France et le Canada d’une après-guerre à l’autre (1918-1944) (Philippe Prévost ; compte rendu par Pierre Savard, Études d’histoire religieuse, Volume 62, 1996, p. 96–99 / Érudit)
[ 9 ] – Les Canadiens français et la politique française durant la Deuxième Guerre mondiale : une historiographie en évolution (Jenny-Louise Sexton, Bulletin d’histoire politique, Volume 6, numéro 3, printemps 1998, p. 142–146 / Érudit)
[ 10 ] – La presse québécoise d'expression française face au procès du maréchal Pétain, 1945 (Lise Quirion, Bulletin d’histoire politique, Volume 7, numéro 2, hiver 1999, p. 43–58 / Érudit)
[ 11 ] – Le Québec entre Pétain et de Gaulle. Vichy, la France libre et les Canadiens français 1940-1945 (Éric Amyot ; compte rendu par Éric Bédard, Bulletin d’histoire politique, Volume 9, numéro 1, automne 2000, p. 216–218 / Érudit)
[ 12 ] – Le Québec entre Pétain et de Gaulle. Vichy, la France libre et les Canadiens français, 1940-1945 (Éric Amyot ; compte rendu par Pierre Lanthier, Revue d’histoire de l'Amérique française, Volume 55, numéro 2, automne 2001, p. 241–244 / Érudit)
[ 13 ] – 1939-1945 : Sillery entre dans la Résistance (Frédéric Smith, Histoire Québec, Volume 14, Numéro 1, 2008 / Érudit)
[ 14 ] – Les Canadiens français et la défaite de la France (Sébastien Vincent, Bulletin d’histoire politique, Volume 19, numéro 3, printemps 2011, p. 146–160 / Érudit)
[ 15 ] – Une lettre du journaliste Louis Francoeur au général Charles de Gaulle (7 septembre 1940) – (Mathieu Noël, Mens, Volume 13, numéro 1, automne 2012, p. 123-130 / Érudit)
[ 16 ] – « La France appelle votre secours ». Québec et la France libre 1940-1945 (Frédéric Smith ; compte rendu par Marc Bergère, Globe, Volume 15, numéro 1-2, 2012, p. 349–351/ Érudit)
[ 17 ] – « La France appelle votre secours » : Québec et la France libre, 1940-1945 (Frédéric Smith ; compte rendu par Yvan Lamonde, Recherches sociographiques, Volume 53, numéro 3, septembre–décembre 2012, p. 686–687 / Érudit)
[ 18 ] – « La France appelle votre secours » : Québec et la France libre, 1940-1945 (Frédéric Smith ; compte rendu par Magali Deleuze, Mens, Volume 13, numéro 2, printemps 2013, p. 108–111 / Érudit)
[ 19 ] – Propagande gaulliste et front intérieur : action et rayonnement du Comité France libre de Québec (Frédéric Smith, Bulletin d’histoire politique, Volume 21, numéro 3, printemps-été 2013, p. 67–82 / Érudit)
[ 20 ] – Par rapport au monde : la dimension internationale comme point de ralliement entre la Résistance intérieure et le général de Gaulle (1940-1944) – (Vincent Houle, Thèse déposée à l’Université de Montréal, juillet 2016 / Document référencé sur Érudit)
[ 21 ] – Élargissement d’échelles et nouveaux regards sur la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale (Vincent Houle, Cahiers d’histoire, Volume 35, numéro 1, automne 2017, p. 107–129 / Érudit)

09 août 2026

À la poursuite de l’horizon / Jean-René Roy


La science est la démarche intellectuelle pour comprendre et expliquer le monde, explorer et définir le réel de la nature et la nature du réel.

La connaissance nous amène à un horizon sans cesse fuyant, inatteignable par définition, qui nous rappelle l’impossibilité de tout connaître.

Avant-propos

Dans l’avant-propos de son nouveau livre, l’astrophysicien québécois Jean-René Roy indique que ses années d’expérience à Hawaï et au Chili ont inspiré sa réflexion sur la naissance et l’évolution des idées en sciences. Après avoir formulé plusieurs questions qui motivent les recherches actuelles de millions de chercheurs et chercheuse dans le monde, il présente succinctement les thèmes abordés dans les neuf chapitres de son livre.

Aperçu

Voyons un aperçu de chaque chapitre en notant le thème abordé (titre et citation), quelques exemples d’explorations scientifiques et les noms de scientifiques à l’origine de l’évolution des idées en sciences.

[ 1 ] – L’ameublement du monde : «La science étudie les phénomènes pour établir la nature des choses et définir l’architecture et l’ameublement du monde. La démarche se fait par la convergence et le choc des concepts ainsi que par l’usage d’instruments […].» (p. 1)

* La structure de la matière : les éléments (Empédocle, Antoine et Marie Paulze Lavoisier, Dimitri Mendeleïev).
* La génétique : la parenté de tous les êtres vivants (Charles Darwin, Gregor Mendel).

[ 2 ] – Convergence pour la connaissance du monde : «La science affecte comment va le monde, mais ce dernier détermine souvent les chemins que prend la science. La nature bidirectionnelle de cette synergie est importante.» (p. 29)

* L’invention du caractère mobile d'imprimerie typographique (Johannes Gutenberg).
* Les grandes expéditions scientifiques : les nouveaux instruments de navigation (Pierre Louis Maupertuis, Charles de La Condamine, Louis Antoine de Bougainville; Carl von Linné, James Cook, Alexander von Humboldt, Charles Darwin).
* La naissance de la géologie moderne : comprendre la géomorphologie (James Hutton, Charles Lyell, Georges Cuvier; John Strachey, William Smith).
* La machine à vapeur : la révolution industrielle (Denis Papin, Christiaan Huygens; Thomas Newcomen, James Watt, Sadi Carnot).
* La radioastronomie : la réception et la détection des ondes radioélectriques (James Clerk Maxwell, Heinrich Hertz; Karl Jansky, Grote Reber; Stanley Hey; Bernard Lovell).

[ 3 ] – Leçon d’échafaudage : «L’histoire montre que l’explication du monde a souvent emprunté des avenues erronées, douteuses ou labyrinthites.» (p. 69)

* Le mouvement des planètes : un archétype du développement d’un grand concept scientifique (Eudoxe de Cnide, Arismaque de Samos, Claude Ptolémée d’Alexandrie; Nicolas Copernic, Johannes Kepler, Isaac Newton, William et Caroline Herschel; Jacobus Kapteyn, Karl Schwarzschild; Bertil Lindblad, Jan Oort).

[ 4 ] – Qu’est-ce qui fait qu’une théorie scientifique marche ? : «Rien ne permet de déclarer qu’une hypothèse oui une théorie sont correctes lorsqu’elles sont proposées.» (p. 93)

* La cosmologie contemporaine : l’expansion de l’Univers (Georges Lemaître, Fred Hoyle, Thomas Gold, Hermann Bondi; George Gamow, Ralph Alpher, Robert Herman; Robert Dicke, Arno Penzias, Robert Wilson).
* La reconnaissance des causes de maladies infectieuses et virales : miasmes, germes, microbes, bactéries, virus (Hippocrate de Kos; Antoni van Leeuwenhoek, Robert Koch; Adolf Mayer, Dimitri Ivanovski, Martin Beijerinck; Edward Jenner, Louis Pasteur, Zhang Yong-Zhen, Edward Holmes, Katalin Karikò, Drew Weissman).
* La tectonique des plaques : les mouvements de la croûte terrestre (Abraham Ortelius; Alfred Wegener, Arthur Holmes, Jack Oliver, Stanley K. Runcorn, Edward A. Irving, John Tuzo Wilson).

[ 5 ] – Intermède : à propos de l’hypothèse anthropique : «Le principe anthropique (PA) tente de répondre à la question en mettant de l’avant des considérations statistiques sur la probabilité de l’apparition de la vie et de notre existence dans l’univers.» (p. 123)

* La version «forte» : prédestination de la vie consciente et intelligente dans l’Univers (Pierre Teilhard de Chardin, John D. Barrow, Frank Tipler).
* La version «faible» : l’évolution de l’Univers permet aux observateurs de naître (Brandon Carter).
* Le consensus chez les scientifiques et philosophes : notre espèce est le résultat de phénomènes contingents et d’événements aléatoires (Jérôme Lalande; Helge Kragh, Martin Gardner; Suzy Collin-Zahn, Christiane Vilain).

[ 6 ] – Rôles de l’image dans la découverte scientifique : «Les scientifiques de tous les domaines ont inventé des techniques d’illustrations pour assembler de colossales quantités d’informations numériques et les visualiser, créant ainsi ce que j’appelle des images pour l’esprit.» (p. 149)

* Une découverte scientifique par l’image : l’ADN (Rosalin Franklin, Raymond Gosling; James Warson, Francis Crick, Maurice Wilkins; Max Perutz, John Kendrew).
* L’image des portfolios scientifiques : atlas (World Atlas of Clouds), guides (Les oiseaux du Québec, Les oiseaux du Québec et des Maritimes), flores (Flore laurentienne, Flore nordique du Québec et du Labrador, Curieuses histoires des plantes du Canada, Petite flore forestière du Québec).

[ 7 ] – La notion de beauté en science, gage de vérité ou mirage ? : «Il est aisé d’être d’accord avec Umberto Eco : la notion de beauté est relative aux cultures et à l’époque considérée.» (p. 173)

* La variété des formes (Ernst Haeckel, D’Arcy Wentworth Thompson, Georges-Louis Leclercde Buffon).
* La démarche esthétique (Francic Crick; Subrahmanyan Chandrasekhar, Francis Bacon, Werner Heisenberg, Ricard Freynman, Dmitri Mendeleïev; Leonhard Euler, Henri Pointcaré).
* Le point de vue critique (Lisa Randall, Yves Gingras, Sabine Hossenfelder, Gerard 't Hooft).

[ 8 ] – Sens et portée des mots en science : «Les historiens et les philosophes des sciences nous rappellent que les concepts et les mots pour les décrire ont évolué au fil du temps […].» (p. 190)

* Trois exemples : masse, mouvement, évolution (Le Petit Robert, Merriam-Webster, Oxford English Dictionary; Dictionnaire historique de la langue française).

[ 9 ] – Insaisissable ignorance : «Il y a la connaissance de la nature, mais aussi la nature de la connaissance.» (p. 209)

* Considérations sous différents angles (Nicolas Copernic; Daniel R. DeNicola, Yves Gingras, Bruno Latour, Christian Baumgarten).

Compléments

Dédié à la mémoire de Hubert Reeves (1932-2023), l’ouvrage de Jean-René Roy est complété par un épilogue, une annexe (La propagande par l’image scientifique), les remerciements, la bibliographie et un index. La table des matières est placée au début du livre.

Appréciation

Ce survol illustre le caractère encyclopédique de l’ouvrage, dont l’écriture est limpide et la lecture instructive.

Plusieurs passages sont aussi didactiques, par exemple L’image, moteur de découverte (p. 140-145) et L’image qui fait comprendre (p. 160-162).

Par ailleurs, les renvois d’un chapitre à l’autre, les notes infrapaginales et les références biographiques suscitent des lectures ultérieures pour approfondir les thèmes abordés, les concepts scientifiques en évolution et les biographies des scientifiques marquants.

Référence

Roy, Jean-René. – À la poursuite de l’horizon. Naissance de et évolution des idées en sciences. – Québec : Les Presses de l’Université Laval (PUL), 2024. – XVI, 247 p. – ISBN 978-2-7663-0475-2. – [Citations liminaires : p. 69, XV]. – [Extrait, Table des matières]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : à venir ; 500 R.

Image

Stephan’s Quintet (NIRCam and MIRI Composite Image) – Stephan’s Quintet, Hickson Compact Group (HCG) 92, NGC 7318A, NGC 7318B, NGC 7319, NGC 7320 / July 12, 2022 / Credit Image : NASA, ESA, CSA, STScI. – Cette image est reproduite et légendée dans le livre de Jean-René Roy, p. 99.

Articles connexes

Trente images révélant l’Univers / Jean-René Roy
La Terre dans l’espace / Jean-René Roy

02 août 2026

L’intelligence artificielle dans l’arène géopolitique


Dans son essai L’intelligence artificielle dans l’arène géopolitique, le chercheur Jean-François Gagné présente la politisation de l’intelligence artificielle (IA) où différentes visions des grandes puissances s’affrontent. Cette orientation est spécifiée dans l’introduction de l’opuscule, tout comme l’importance et l’évolution technologique de l’IA.

L’exposé est développé en quatre parties. Voyons succinctement les sujets abordés dans ces chapitres, sans étayer les arguments de l’auteur.

[ 1 ] – Un monde en mutation – La remise en question de l’ordre post-Guerre froide provoque un haut niveau d’imprévisibilité dans les relations internationales. Trois changements illustrent cette nouvelle réalité : la fragilité des chaînes d’approvisionnement, la montée en puissance de la Chine, la naissance de nouveaux empires numériques.

[ 2 ] – Les ambitions des grandes puissances – Les gouvernements considèrent l’IA comme le principal déterminant de l’équilibre des puissances. Les implications, les risques et les dimensions sociales sont soulignés dans chacun de ces volets : les exploits technologiques, la prospérité économique, la supériorité militaire.

[ 3 ] – Les stratégies nationales – Bien qu’ayant certains points communs sur l’IA, les grandes puissances ont des visions divergentes, opposées : «L’approche américaine est centrée sur l’entreprise, la chinoise sur l’État, l’européenne sur l’individu.»

[ 4 ] – La gouvernance mondiale – Trois scénarios sont envisagés et détaillés : la continuité du chacun pour soi, la division du monde en blocs régionaux, une gouvernance mondiale au service du bien commun.

La bibliographie compte 14 références, dont plusieurs sont en libre accès sur la Toile.

Appréciation

Cette synthèse sur l’IA considérée comme un enjeu géopolitique est remarquable. On y trouve des clés pour décoder l’actualité internationale et mieux comprendre le monde actuel.

Références

Livre

Gagné, Jean-François. – L’intelligence artificielle dans l’arène géopolitique. – Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal (PUM), 2026. – 64 p. – (Collection Le monde en poche). – ISBN 978-2-7606-5514-0. – [Citations : p. 8, 22, 43, 23]. – BAnQ : 327.1028563 G135i 2026.

Recension

L’intelligence artificielle, nouvelle arène des puissances mondiales (Hélène Ganzmann, UdeMnouvelles, 10 avril 2026)

Auteur

Jean-François Gagné (Université de Montréal)

Image

Carte politique du monde (Commons Wikimedia, Canuckguy et autres, 12 novembre 2006)

Article connexe

Ressources documentaires sur l’intelligence artificielle

Sur la Toile

A) Ressources référencées dans la bibliographie

○ AI Nationalism(s): Global Industrial Policy Approaches to AI (AI Now Institute, 12 mars 2024)

○ The Hamilton Index (Meghan Ostertag, Information Technology & Innovation Foundation, 6 mai 2026)

○ Digital Empires: The Global Battle to Regulate Technology (Anu Bradford, Oxford University Press, 21 septembre 2023)

○ The evolution of artificial intelligence (AI) spending by the U.S. government (Jacob Larson, James S. Denford, Gregory S. Dawson et Kevin C. Desouza, Brookings, s26 mars 2024)

○ The 2026 AI Index Report (Yolanda Gil et Raymond Perrault, The Stanford Institute for Human-Centered AI, avril 2026) – (PDF)

○ Conflict trends: A global overview, 1946–2025 (Siri Aas Rustad, Peace Research Institute Oslo) – (PRIO)

○ The state of AI in 2025: Agents, innovation, and transformation (Alex Singla, Alexander Sukharevsky, Bryce Hall, Lareina Yee et Michael Chui, McKinsey & Company, 5 novembre 2025) – (Audio)

○ SIPRI Yearbook 2026 (Stockholm International Peace Research Institute, Oxford University Press) (PDF en français, 8 juin 2026)

B) Ressources complémentaires

Aperçu de la Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle du Canada : L’IA pour tous (ISDE, Gouvernement fédéral du Canada, 24 juillet 2026)

La Chine rallie 29 pays à son projet de nouvel ordre mondial de l’IA afin de contrer les États-Unis (Célia Séramour, L’Usine digitale, 20 juillet 2026)

AI Watch: Global regulatory tracker - United States (White & Case, 30 juin 2026)

Domaines d'action (Commission européenne, 3 juin 2026)

Carte commentée. Rivalités des grandes puissances (Pascal Orcier, Institut FMES, 12 décembre 2025)

La géopolitique de l’intelligence artificielle : régulation et puissance (Karim Benyekhlef et Jie Zhu, Lex-Electronica, Volume 29, numéro 1, 2024 / Érudit)

Actualité

Intelligence artificielle : l’illusion du contrôle (Éditorial, Le Monde, 4 août 2026)

25 juillet 2026

Plantes urbaines du Québec

Un nouveau livre pour identifier 70 espèces communes dans nos villes : Plantes urbaines du Québec. Un ouvrage publié par Martine Lapointe, aux Éditions NaturAT, dans la collection Carnets nature.

Cette nouvelle ressource botanique constitue un guide pratique pour les amateurs de la nature sauvage en ville. En voici les principaux éléments :

– le format poche
– la reliure à anneaux
– le classement des espèces selon la couleur de leurs fleurs
– les nombreuses photos
– les symboles significatifs
– les descriptions captivantes
– les illustrations sur la morphologie des plantes.

Soulignons la richesse des informations documentaires :

– la préface du biologiste Roger Larivière
– l’introduction : plantes adventistes et rudérales, pollinisateurs, couleurs, importance de connaître les plantes urbaines
– la morphologie des plantes : parties, texture de la tige, types de feuilles, inflorescences, parties d’une fleur
– les symboles utilisés pour l’identification des plantes : cycle de vie, origine, période de floraison, mellifère, habitats de prédilection
– la bibliographie : livres et sites
– le glossaire : plus de 50 définitions
– l’index (8 pages)
– et deux pages pour les annotations personnelles du lecteur.

Exemple

À titre d’exemple, présentée à la page 78, la fiche sur l’Asclépiade commune [photo ci-dessus] :

– la mise en page exemplaire facilitant la consultation rapide d’un grand nombre d’informations pour identifier l’espèce sur le terrain;

– partie liminaire : fleurs roses; noms français, anglais et scientifique, nom de sa famille botanique, symboles visuels (sol végétalisé récemment perturbé);

– photographies (générale, soie en encart) et symboles visuels (plante vivace, indigène: floraison en juin et juillet-août; espèce visitée par les abeilles);

– troisième partie : description textuelle (tige, feuilles, fleurs, fruit); hôte de prédilection, soie des graines, propriétés, surnom.

Références

Livre

Lapointe, Martine. – Plantes urbaines du Québec : 70 espèces communes. – Rouyn-Noranda (Québec) : Éditions NaturAT, 2026. – 124 p. – (Collection Carnets nature). – ISBN 978-2-9822-4071-1. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : en traitement; en commande.

Autrice

Martine Lapointe est botaniste, photographe et technologue en foresterie. Depuis 35 ans, elle œuvre en enseignement universitaire à l’Université Laval. (4e page de couverture)

Martine Lapointe, collectionneuse de plantes et grande donatrice (Manon Plante, ULaval nouvelles, 10 octobre 2024)

Image

Asclépiade commune (Asclepias syriaca, Apocynaceae) © Claude Trudel, Le monde en images, CCDMD)

Article connexe

Guide de la flore urbaine / Roger Latour

19 juillet 2026

Atlas des origines de l’homme

«Nous sommes aujourd’hui les seuls représentants du genre Homo sur cette terre, mais il ne faut pas oublier les autres humanités qui se sont côtoyées avant nous, ont vécu aussi à nos côtés, avec lesquelles nous nous sommes métissés.»

L’atlas de l’archéologue et préhistorien Romain Pigeaud présente une synthèse sur «l’histoire de l’humanité actualisée avec toutes les dernières découvertes et enrichie de plus de 50 cartes, chronologies et illustrations».

Les textes sont regroupés sous 23 dossiers :

L’homme, ce primate
Une origine africaine
Les australopithèques
Paranthropes et premiers hommes
Homo ergaster
Premières sorties d’Afrique
Plusieurs méthodes de datation
Vers Néandertal
La dernière glaciation
Néandertal, si loin, si proche
Cro-Magnon, Homo sapiens fossile
Étranges humains
Tactiques et stratégies
36 000 années en Europe
Des comportements symboliques
Dans les profondeurs des cavernes
Au milieu des forêts postglaciaires
Vers un nouveau monde
Des paysages modifiés
Et le métal vint…
Le bel âge du bronze
Pour l’autre monde
Richesses et pouvoir.

Les exposés sont à la fois fascinants et instructifs.

La mise en page est exemplaire. À titre d’exemple, la structure du deuxième dossier :

– titre : Une origine africaine
– introduction
– sections : L’aventure des primates, Le buisson originel, Des paysages plus ouverts, L’étude des fossiles anciens, un vrai sacerdoce, Nommer les fossiles humains, un exercice difficile
– illustration : Crâne de Sahelandthropus tchadensis (Toumaï)
– encadrés : À savoir, Quelques chiffres
– carte légendée : Lieux de découvertes des premiers hominines
– résumé : À retenir.

Citons deux extraits de la conclusion, la première sur l’humanité, la seconde sur les scientifiques :

«L’immense majorité des humains ont vécu, d’abord par itinérance, puis, fixés sur un territoire, dans la douceur de vivre du sédentaire.»

«Le préhistorien et les archéologues de toutes périodes confondues enrichissent notre patrimoine. […] Cet atlas en porte témoignage.»

L'ouvrage est complété par une bibliographie, alors que le sommaire suit la page d'introduction.

Cette publication est rééditée annuellement.

Référence

Livre

Pigeaud, Romain. – Atlas / Les origines de l’homme. – Cartes par Mélanie Marie. – Ouvrage révisé par Jean-Jacques Hublin (Collège de France, membre de l’Institut) et Olivier Lemercier (Université Paul-Valéry). – Revue annuelle, édition 2026. – Paris : Les Éditions du Sens, 2026. – 128 p. – (Questions clés sciences). – ISSN 2265-6677. – ISBN 979-10-311-3380-5. – [Citations : Introduction, p. 5; Conclusion, p. 125].

Auteur

Romain Pigeaud (Hominidés)

Image

Olduvai (Mike Krüger, Commons Wikimedia, 26 janvier 2011 – Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International)

Cette photo est reproduite dans Atlas des origines de l’homme, sous le dossier Paranthropes et premiers hommes, avec cette légende : «Les gorges d’Olduvai, en Tanzanie, berceau de la recherche sur les origines de l’homme» (p. 24).

Actualité

ADN mystérieux identifié: deux ancêtres inconnus dans le génome humain (Nela Heidner, euronews, 1er août 2026)

12 juillet 2026

La fabuleuse histoire du monde végétal


Les plantes nous fournissent 98 % de l’air que nous respirons et au moins 80 % de notre alimentation, dont elles constituent depuis la nuit des temps le pilier le plus important.

Dans l’introduction de son livre, le généticien et ethnobotaniste Alain Bonjean relate les circonstances l’ayant amené à s’intéresser au monde des plantes, puis ses études en botanique et ses nombreuses contributions professionnelles depuis le tournant du 21e siècle.

Les chapitres peuvent ainsi être regroupés :

Généralités

1 – Qu’est-ce qu’un végétal ?
2 – Comment reconnaître un végétal
3 – Des végétaux presque partout

Les débuts de l’humanité

4 – L’importance des plantes sauvages avant les débuts de l’agriculture
5 – Conséquences de l’apparition des foyers d’agriculture au Néolithique

Les plantes cultivées

6 – Mondialisation progressive de la flore cultivée entre l’âge du bronze et le XXe siècle
7 – La mutation industrielle récente des usages des plantes cultivées
8 – Des plantes et des hommes

Le contexte actuel

9 – Importance fondamentale de la biodiversité
10 – Menaces et enjeux mondiaux liés au végétal
11 – Diverses raisons de continuer à promouvoir le végétal et de rester optimiste.

Les derniers chapitres relèvent plus de la prospective que de l’histoire, mais ils sont tout aussi intéressants que les chapitres précédents.

Le volume est complété par une Bibliographie choisie (références regroupées par chapitre). Le livre ne contient pas d’index, mais les pages des encadrés sont indiquées dans la Table des matières. Par contre, il n’y a pas de liste des illustrations (tableaux, graphiques, cartes, photos).

L’auteur considère son ouvrage comme un livre de culture générale sur le végétal.

Commentaires

L’écriture de l’ouvrage est fluide et le texte bien structuré. La lecture des exposés est instructive et captivante. Toutefois, la pâleur des notes infrapaginales incite à les ignorer.

Soulignons également la mise en page remarquable et le contenu didactique des nombreuses illustrations, des encadrés thématiques, et des biographies de scientifiques. À titre d’exemple :

Les lichens, p. 23-25 / La sensitive (Mimosa pudica), p. 57 / L’arabette des Dames (Arabidopsis thaliana), p. 72-73 / Le chanvre-cannabis (Cannabis sativa), p. 104-106 / Cartes mondiales des foyers d’agriculture, p. 106-109 / L’échange colombien, p. 134-138 / La maca andine (Lepidium meyenii), p. 141-142 / La patate douce (Ipomoea batatas), p. 143-146 / Norman Borlaug et la Révolution verte (blé ‘Norin 10’; Triticum aestivum), p. 153-156 / L’anthropocène, p. 174-175 / Le végétarisme, p. 196-199 / Robert Fortune et les thés de Chine [Camellia sinensis], p. 199-206 / Kathleen Drew-Baker et la culture des macroalgues (Porphyra umbilicalis), p. 206-209 / Yuan Longping et le riz hybride chinois [Oryza sativa], p. 211-214 / La cameline (Camelina sativa). P. 216-221 / Les vertus du végétal pour une bonne santé physique et mentale, p. 298-302.

Les jugements de l’auteur exprimés sur des sujets controversés reflètent le point de vue d’un généticien entrepreneur.

Références

Livre

Bonjean, Alain. – La fabuleuse histoire du monde végétal. – Paris : Les Belles Lettres, 2025. – 326 p. – ISBN 978-2-251-45755-0. – [Citations : p. 32, 304]. – BAnQ : 580.9 B7158f 2025.

Blogue

Les chroniques du végétal (Notes et réflexions d’Alain Bonjean)

Image

Patate douce à chair blanche (Ipomoea batatas, Convolvulaceae) – Photo tirée de l’album Plantes en Amérique latine et aux Antilles © Claude Trudel, Le monde en images, CCDMD.

Sur la Toile

Plantes alimentaires
Plantes traditionnelles
Albums botaniques

05 juillet 2026

Les sciences sous ma loupe / Yves Gingras


Alors que les sciences sont omniprésentes dans le monde contemporain, il importe d’avoir un esprit critique dans ce contexte. C’est le point de vue privilégié par Yves Gingras dans son nouveau livre Les sciences sous ma loupe, un recueil présentant une sélection de 70 articles (2008-2025).

Recueil

Les articles sont regroupés en cinq parties (nombre d’articles) : Sciences et méthodes (16), Sciences et société (23), Modes de production des savoirs (16), Rhétoriques de l’excellence (6) et Sciences et culture (9).

La majorité des textes sélectionnés ont été publiés dans la revue Pour la Science. Le premier article est tiré du livre Qu’est-ce que la science…pour vous? (Marc Sylberstein, dir.). Les autres textes ont été publiés dans ces journaux et périodiques : Argument, L’actualité, La Conversation, Le Devoir, Le Mouton Noir, Philo & Cie, Savoir/agir.

Les sujets abordés sont circonscrits, et les exposés sont succincts.

Aperçu

L’introduction situe l’ouvrage dans le contexte mondial techno-scientifique. Les textes de «critique de science» du recueil abordent diverses facettes de la science, y compris des polémiques, manipulations et exagérations. Notons ce commentaire perspicace en fin d’introduction : «En somme, un sain scepticisme s’impose face aux scientifiques qui, paradoxalement, sont parfois moins rationnels qu’ils ne devraient l’être quand leurs intérêts sont en jeu.»

Les textes reproduits dans la première partie précisent plusieurs notions dans un contexte scientifique, par exemple : science, connaissance, raison suffisante, observer, méthode scientifique, concept, modèle, objet, doute, empirisme, expliquer, anomalie, échec, convention, contexte de découverte et contexte de justification, science participative. Retenons la définition de la science selon l’auteur : la science, c’est «rendre raison des phénomènes par des causes naturelles».

La deuxième partie présente des controverses sociales relatives à des énoncés ou découvertes scientifiques, par exemple : prix Nobel, croyances, religions, particularismes, ressources matérielles, statistiques, données probantes, incertitudes, comité d’éthique, expert et ex-pair, judiciarisation, fraude, laboratoires gouvernementaux de recherche et de développement, politisation des vaccins, patriotisme, collaborations internationales, propagande.

La troisième partie analyse divers modes de production, de publication et de subvention des recherches scientifiques, par exemple : évaluation par les pairs, gestion des revues savantes, prépublications, analyse bibliométrique, collectivisation de la recherche, loterie pour les ressources, oligopole des grands éditeurs, science ouverte, obsession des citations, syndicalisation des postdocs, republications, coconstruction, ralentissement.

La quatrième partie cible des rhétoriques portant sur l’innovation et l’excellence, par exemple : novlangue, culte de l’innovation, loi des rendements décroissants, indice h, classements des universités.

La cinquième partie porte notamment sur des controverses sociales impliquant la science, par exemple : image de la science, sondages, manipulations, recherche scientifique en action, responsabilité scientifique, mouvement technocratique, recherche fondamentale, associations scientifiques, morale, ignorance stratégique.

La conclusion souligne l’importance d’acquérir une culture scientifique minimale. À cet égard, Yves Gingras énumère et explique six grands principes sous-tendus par ce principe fondamental : «les seules explications considérées comme scientifiques sont celles qui font intervenir des phénomènes naturels».

Le livre est complété par les remerciements de l’auteur, l’origine des textes et la table des matières.

Références

♦ Livre

Gingras, Yves. – Les sciences sous ma loupe. – Montréal : Boréal, 2026. – 340 p. – ISBN 978-2-7646-2918-5. – [Citations : p. 11, 19, 322]. – [Remarque : le renvoi indiqué à la page 129 doit se lire voir le chapitre 31]. – [Extrait et table des matières]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : 501 G4926s 2026.

♦ Auteur

Yves Gingras (biographie, professeur) – UQÀM

Image

Lever du Soleil, le 13 juin 2026 © Claude Trudel

Article connexe

Histoire des sciences au Québec

Sur la Toile

♦ Entrevues

Autour d’une œuvre / Notre invité Yves Gingras (Animation Guillaume Lamy, Savoir média, 2025, vidéo 45 min) – Yves Gingras – Autour d’une œuvre (YouTube)

Plaidoyer pour une culture scientifique critique avec Yves Gingras (Sophie-Andrée Blondin, 8 février 2026, audio 14 min, Société Radio-Canada)

Entrevue avec Yves Gingras sur "Les sciences sous ma loupe" (Jean-Paul Moreau, Unique FM, 5 avril 2026, audio 22:17 min)

♦ Compte rendu

Yves Gingras, Les Sciences sous ma loupe (William R. Shea, Revue d’histoire des sciences, 4 mai 2026, 2026/1, Tome 79, p. 176-178)

♦ Sujet / Évaluation

L’évaluation est-elle une science? (Yves Gingras, Éditions Science et bien commun, 2021)

♦ Sujet / Republication

The Curious Case of Max Planck retracted papers / When past scientific practices meet contemporary publishing norms (Yves Gingras et Mahdi Khelfaoui, arXiv, 17 mai 2026, révision 20 mai 2026) – [Versions HTLM et PDF]

Why have papers by one of history’s most famous physicists been retracted? (Sam Kean, Science, 26 juin 2026)

Why did this journal retract two 1940s papers by Max Planck? (Jennifer Ouellette, Ars Technica, 28 juin 2026 )

Springer Nature a rétracté deux articles du physicien Max Planck pour de mauvaises raisons (Martin Clavey, Next, 29 juin 2026)

Quand un algorithme censure un Nobel (Mathieu Perreault, La Presse, 9 juillet 2026)

28 juin 2026

Les Vikings


Le livre de Pierre Baudui intitulé Les vikings compte six chapitres encadrés par une introduction et une conclusion. Il est complété par une bibliographie. L’exposé, comme dans les autres volumes de l’encyclopédie Que sais-je?, est très dense.

L’Introduction porte sur l’étymologie de viking, la chronologie de l’âge viking, les sources écrites, les fouilles archéologiques et les différentes approches disciplinaires de la période viking.

Les deux premiers chapitres se caractérisent par leur approche structurale : la société, d’une part, et les marins, marchands et guerriers, d’autre part. Carte 1 – La Scandinavie, VIIe-Xe siècle (p. 9).

Le premier chapitre, intitulé Des sociétés en mouvement, présente la géographie physique et humaine (démographie) de la Scandinavie, les activités économiques (agriculture, élevage, commerce), les premiers centres urbains, l’ordre social hiérarchisé (esclaves, hommes libres, aristocratie), l’émergence des royaumes scandinaves, les croyances et valeurs des Scandinaves.

Le deuxième chapitre, intitulé Marins, marchands et guerriers, présente les navires marchands et guerriers, le monde de la navigation et les traits spécifiques aux marchands et guerriers. Une synthèse critique sur les origines du phénomène viking récapitule ces deux premiers chapitres.

Les trois suivants se caractérisent par leur approche chronologie en fonction de trois aires géographiques : Europe occidentale, Atlantique nord, Europe orientale.

Le troisième chapitre, portant sur l’Europe du Nord-Ouest, comprend deux parties : les raids et l’implantation des Scandinaves, en deux vagues, puis l’étude des impacts des établissements scandinaves en Normandie, en Angleterre, en Écosse et en Irlande. Carte 2 – L’expansion viking en Occident (p. 51).

Le quatrième chapitre décrit les circonstances favorables à l’exploration et la colonisation des terres de l’Atlantique nord (progrès de la construction navale et de la navigation, motivations des colons), et les sources documentaires sur ces régions. Dans un deuxième temps, les colonisations spécifiques à ces régions sont relatées : Féroé, Islande, Groenland et Vinland. Plusieurs passages ont trait à l’historiographie de ces colonies. Carte 3 – La découverte et la colonisation des terres de l’Atlantique nord (p. 76).

Le cinquième chapitre porte sur Les routes de l’Orient : étymologie Rhos / Rus’, le contexte différent de celui de l’Europe occidentale, les anciennes relations entre les peuples des rives de la Baltique, l’expansion scandinave en Europe orientale et le commerce oriental (y compris avec le Moyen-Orient et l’Asie centrale), la naissance de la Rus’ (controverses sur la formation de l’État russe depuis le 18e siècle). Carte 4 – L’Europe orientale, IXe-Xe siècle (p. 96).

Le sixième chapitre porte sur La fin de l’âge viking qui coïncide avec la centralisation monarchique et la conversion des pays scandinaves au christianisme.

La Conclusion souligne quelques conséquences majeures de l’expansion viking : les migrations en marge de l’écoumène européen, les échanges commerciaux, la rencontre des cultures et la construction d’identités en Scandinavie. Par ailleurs, l’auteur analyse la fascination actuelle envers l’épopée viking, en concluant avec cette mise en garde : «[…] la figure des vikings peut être détournée à des fins idéologiques pour nourrir des discours ou servir des projets politiques.»

Les références de la Bibliographie indicative sont ainsi regroupées : Pour une vue d’ensemble, Les peuples scandinaves et leur expansion, Sur des points plus précis, Par zones géographiques.

Référence

Baudui, Pierre. – Les vikings. – Quatrième édition mise à jour. – Paris : Presses universitaires de France (PUF) / Humensis, 2024. – 128 p. – (Collection Que sais-je?, n° 1188). – ISBN 978-2-7154-2880-5. – [Citation : p. 122]. – [Le mot viking, nom propre ou commun, au singulier ou au pluriel est écrit sans majuscule initiale dans ce livre.] – BAnQ : 948.022 B343v 2024.

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Vue de L’Anse aux Meadows (Gordon Leggett, 27 août 2022, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0) – La découverte et l’exploration du Vinland sont décrites aux pages 85-86 du livre de Pierre Baudui.

21 juin 2026

Antonín Dvořák (1841-1904)


Écrire la vie d’Antonín Dvořák, c’est avant tout parler de ses œuvres. […] Dans ce livre, le sens chronologique adopté sera non pas celui des dates de création des œuvres mais de celles de leur composition.

La biographie du célèbre compositeur tchèque, par Martin Mirabel, compte neuf chapitres encadrés par une introduction, Ouverture – Un soir de première à Carnagie Hall, et une conclusion, Finale – L’héritage de Dvořák.

L’écriture de l’auteur est remarquable, tant pour son style que pour la richesse de son vocabulaire et les vives descriptions des œuvres de Dvořák.

Le contexte historique, les relations familiales, éducatives et professionnelles servent de décor à la gestation, la production et la présentation des compositions de Dvořák.

Tout au long du récit, l’auteur met en relief la personnalité du musicien, ses liens avec sa famille, ses amis musiciens et ses éditeurs. Les comparaisons avec les autres grands compositeurs classiques, contemporains et devanciers de Dvořák, sont nombreuses.

Martin Mirabel consacre une grande partie de son exposé à la Symphonie du Nouveau Monde et à son contexte historique (Un soir de première à Carnagie Hall, p. 13-19; À la conquête du Nouveau Monde, p. 133-153).

L’ouvrage est complété par cinq annexes :

– Repères chronologiques
– Repères bibliographiques (Sur Dvořák, Écrits de musiciens, Ouvrages généraux)
– Repères discographiques (Musique de chambre, Musique concertante, Musique symphonique, Musique vocale)
– Index des noms de personnes
– Index des œuvres de Dvořák (Symphonies, Concertos, Oratorios, cantates, messes, Œuvres vocales, Opéras, Œuvres pour piano, Musique de chambre, Musique orchestrale, Poèmes symphoniques).

Référence

Mirabel, Martin. – Antonin Dvořák. – Préface de Martha Argerich. – Arles / Paris : Actes Sud, 2024. – 203 p. – ISBN 978-2-330-19491-8. – [Citations : p. 16, 19]. – BAnQ : 927.8 D988m 2024.

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Photograph of Antonín Dvořák in 1882 (Photographer unknown, Commons Wikimedia) – Une reproduction similaire est affichée sur la page de couverture du livre de Martin Mirabel.

Ressources

Les œuvres de Dvořák sont disponibles dans les Bibliothèques de Montréal, à la Grande Bibliothèque de BAnQ et sur la Toile.

À titre d’exemple :

Description et recommandation de Martin Mirabel (p. 151) :

Concerto pour violoncelle en si mineur, op. 104 (Jacqueline Du Pré, 26 novembre 1967; audio, 45:18 min)

« L’orchestre y joue le rôle du chœur antique et le soliste celui du protagoniste. La mort affronte la vie, la souffrance se transmute en gloire. De toutes les interprétations, celle de Jacqueline du Pré se distingue par la fièvre et l’urgence qu’on y sent. »

Commentaire

Le Concerto pour violoncelle de Dvořák par Jacqueline Du Pré et Sergiu Celibidache (Radio-France / France Musique / Disques de légende, 13 avril 2022; audio, 18:00 min)

16 juin 2026

Trois pas vers le sud


Le forgeron sait que son ouvrage touche à sa fin quand son regard ne se fixe plus sur l’aurore.

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Précédé d’une dédicace, de trois épigraphes (Homère, Spinoza, Platon) et d’une table, le roman Trois pas vers le sud de Miquel de Palol compte dix parties titrées par des segments textuels en italique. C’est le premier volume du cycle du Troiacord.

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Le segment initial de la première phrase du récit : Si les Troyens peuvent voir le fils de Ménèce avec des armes si brillantes. Il initie un incipit à caractère géométrique. Le plan des environs de la basilique gothique Santa María del Mar, dans le quartier du Born à Barcelone, fait l’objet d’une randonnée descriptive. Puis cette promenade se transforme en scénographie où des personnes convergent. Soudain. Au milieu, un tir, un seul. Gabriel.

Un seul personnage est identifié dans cette première partie du roman, alors qu’une constellation de personnages entre en scène au cours de la partie suivante. Alors que la première partie est spatiale et actuelle, la deuxième est temporelle et circonstanciée : Dans l’immédiat, Hier soir, Il y a quelques jours, Trois jours après, Pour le moment, Samedi, Deux mois, Hier soir. Le narrateur (protagoniste) signale au lecteur que l’heure est venue d’assister à la plus spectaculaire des comédies, celle de la régénération. L’affaire du camée révèle les relations et les liens familiaux entre plusieurs personnages, tandis que le narrateur trace un portrait exhaustif d’Augusta.

À 100 km de Barcelone – Au cours de la troisième et de la quatrième partie du récit, l’entraînement du double de Gabriel se déroule au massif des Guilleries. En deux phases : la déconstruction; l’éducation. Après avoir raconté et oublié sa vie sous contrainte, Damià Retxa s’approprie celle de Gabriel van Egmont. En parallèle, le protagoniste et ses complices spéculent sur le déroulement et l’importance de la mission projetée. Un long monologue du narrateur permet aussi de relier ces péripéties aux épisodes des parties antérieures.

Barcelone – Cinquième partie : Des bataillons en marche, agités / Damià Retxa mis à l’épreuve dans son rôle au cours d’une réunion du conseil d’administration de l’entreprise et de rencontres sociales. En plus, des figurants surgis de son existence antérieure. Plusieurs dialogues et didascalies sont notés comme dans une pièce de théâtre.

Double révélation problématique dans la partie suivante, l’une concernant l’entreprise, l’autre le passé de Damià. Le narrateur trace un portrait exhaustif d’Hyaline.

Massif des Guilleries – L’éphémère illusion du moi / Damià épluche frénétiquement certaines vidéos et pose moult questions, sans obtenir de réponses satisfaisantes.

Barcelone – Phrase initiale de la huitième partie : « Et tout est vain. Ou il n’y a rien qui nous console, encore moins Damià. » Révélation sur des relations mafieuses, suivies de deux rencontres. Pendant la réunion du conseil d’administration, en présence d’invités étrangers, Damià excelle dans son rôle en présentant son projet Troiacord. Mais, un peu plus tard, au cours d’une rencontre sociale, il s’effondre en pleurant à chaudes larmes.

Un ange sans nom et sans visage / Un nouveau narrateur, l’avocat travaillant depuis peu dans l’entreprise où le protagoniste fut auparavant président du conseil d’administration. La scène de l’échange du prisonnier Gabriel contre des documents est actualisée, l’avocat ayant pour mission la remise de papiers au représentant des ravisseurs.

— Gabriel, non ! Gabriel… en écho au premier assassinat.

Appréciation

Le style d’écriture est remarquable, mais la trame du récit circulaire est alambiquée.

Les auteurs et les ouvrages classiques cités dans le roman, ainsi que les discussions philosophiques, sont innombrables. Le lectorat visé par l’auteur est apparemment celui des érudits. Tout ça est bagatelle.

Référence

Palol, Miquel de. – Trois pas vers le sud. – Le Troiacord I. – Double bande pentagonale à vingt voix sur l’écliptique du dodécaèdre. – Traduit du catalan par François-Michel Durazzo. – Paris et Veules-les-Roses : Éditions Zulma, 2024. – 200 p. – (Collection Z). – ISBN 979-10-387-0235-6. – [Citations : p. 20, 15, 20, 21, 349, 394]. – Bibliothèque de Montréal et BAnQ : PAL Miq tr v.1 ; Palol P181t.

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Basilique Sainte-Marie-de-la-Mer de Barcelone (Jordiferrer, Wikipédia, CC BY-SA 4.0)

Critiques

Trois pas vers le sud / Miquel de Palol (Babelio)

06 juin 2026

Cartographier la Nouvelle-France / Jean-François Palomino


L’étude des cartes doit faire une large place aux contextes sociaux, économiques, culturels et politiques ainsi qu’aux pouvoirs intellectuels et imaginaires de l’objet.

Avant-propos (4 pages)

Après avoir souligné la popularité des anciennes cartes géographiques, Jean-François Palomino formule ainsi le but de sa nouvelle publication : « […] faire comprendre comment et pourquoi on a cartographié l’Amérique du Nord française et expliquer toute la complexité derrière l’opération cartographique et ses motivations. »

Introduction (23 pages)

L’auteur évoque les multiples usages des cartes tout au long de l’histoire de la Nouvelle-France. Il présente ensuite une historiographie sur l’avancement des connaissances géographiques en Amérique et les différentes formes de cartographie examinées dans ce livre. Enfin, il résume les sept chapitres thématiques de son ouvrage en mettant en relief les contributions marquantes des figures de proue dans leur contexte respectif.

Récit

Le style d’écriture et la structure narrative des chapitres favorisent l’appréhension du texte et la compréhension de la démarche originale de l’auteur : titre évocateur, introduction, développement en plusieurs sections, récapitulation.

Tout au long de l’exposé, les explications relatives aux multiples sources explorées (dont les sources autochtones), aux relations interpersonnelles, aux contextes géopolitiques et aux diverses techniques cartographiques utilisées, sont captivantes et limpides.

Les contributions cartographiques novatrices et marquantes de plusieurs personnages sont soulignées et décrites, notamment celles de Samuel de Champlain, Jean Baptiste Louis Franquelin, Robert de Villeneuve, Gédéon de Catalogne, Jean Deshayes et Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry.

Les contextes relatifs aux productions cartographiques sont omniprésents. En voici quelques exemples :

○ le renouvellement de la pratique cartographique par l’explorateur et colonisateur Samuel de Champlain (1603-1632);

○ les deux portraits de la Nouvelle-France à la cour, dont les enjeux sont contradictoires : la vision d’une colonie compacte et la vision impériale expansionniste (1663-1684);

○ le projet sur les limites de la Nouvelle-France formulé par le cartographe Jean Baptiste Louis Franquelin et la carte de l’Amérique du Nord que celui-ci dresse en 1688;

○ la carrière houleuse et productive de l’ingénieur Robert de Villeneuve en Nouvelle-France (1685-1689, 1691-1692);

○ la genèse de l’œuvre cadastrale de l’arpenteur Gédéon de Catalogne visant à favoriser l’harmonie sociale, dont les travaux sont achevés en 1709 (et le mémoire afférent en 1712);

○ les circonstances exceptionnelles ayant rendu possible l’imposante cartographie scientifique du fleuve Saint-Laurent par l’astronome, mathématicien et hydrographe Jean Deshayes (1685-1686, 1702-1706);

○ le Dépôt des cartes, plans et journaux de la Marine créé en 1720, et la construction longue et méthodique de la cartographie du fleuve Saint-Laurent;

○ les sources utilisées par Jacques-Nicolas Bellin pour la production de sa carte de l’océan Atlantique (1738) et ses cartes et plans insérés dans l’ouvrage de Pierre-François-Xavier de Charlevoix consacré à la Nouvelle-France (1744).

Les communications triangulaires entre les cartographes de terrain, les administrateurs coloniaux et les autorités métropolitaines sont présentées, analysées et décortiquées. Ces exposés éclairent l’évolution contrastée du savoir géographique pendant les deux premiers siècles de l’histoire de la Nouvelle-France.

Conclusion (15 pages)

Retenons quelques points relatifs à la genèse complexe des cartes et plans de la Nouvelle-France.

L’abondance des sources cartographiques et textuelles favorise l’analyse des échanges entre les différents acteurs et auteurs de cette vaste documentation.

Une institutionnalisation de la cartographie de la Nouvelle-France se met progressivement en place pendant le 17e siècle. À cet égard, les exemples liés à Robert de Villeneuve, Jean Deshayes, Jean Baptiste Louis Franquelin, ainsi qu’à des officiers de la marine et des ingénieurs militaires sont cités.

Une certaine routinisation de l’activité cartographique émerge, notamment à Québec, comme le démontrent la pratique archivistique locale et les cartes de Franquelin et de Chaussegros de Léry.

L’intérêt des autorités de l’État pour les savoirs géographiques sur la Nouvelle-France, aussi bien dans la colonie qu’en France, est variable, souvent en considération de contraintes budgétaires. Par exemple, des innovations de Villeneuve, Chaussegros de Léry et Franquelin restent sans suite.

Jean-François Palomino formule ainsi le bilan de son essai : « De cette longue exploration de la cartographie de la Nouvelle-France, on retient que l’acquisition des connaissances territoriales dans la longue durée s’est avérée un processus discontinu, partiellement cumulatif, avec des fondements sociaux et politiques hétérogènes et des raisonnements intellectuels tout aussi hétérogènes, voire contradictoires. »

Appréciation

Fruit de plusieurs années de travail et agencé d’une façon exemplaire, le livre Cartographier la Nouvelle-France s’avère une ressource documentaire exceptionnelle!

Les chercheurs, professeurs et étudiants pourront consulter les nombreuses notes infrapaginales, la bibliographie exhaustive (sources et études), l’index général et l’index des cartes pour repérer et approfondir leurs sujets d’intérêt et d’investigation.

Par ailleurs, les talents d’écrivain et de communicateur de Jean-François Palomino rendent la lecture du récit accessible au grand public.

Références

Livre

Palomino, Jean-François. – Cartographier la Nouvelle-France. Le savoir géographique au service de l’État (1534-1744). – Montréal : Les Éditions du Boréal, 2026. – 432 p. + hors-texte de 40 p. [80 documents cartographiques en couleur]. – ISBN 978-2-7646-2828-7. – [Citations : p. 20 ; 8, 15 et 25, 367]. – [Extraits, dont la Table des matières]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : à venir.

Sources cartographiques en ligne (bibliographie, p. 373-383) :

Liste des cartes mentionnées dans Cartographier la Nouvelle-France, Boréal, 2026. – Borealis UQAM [en bas de page, cocher et télécharger le fichier au format PDF pour accéder aux hyperliens des cartes numérisées]. – [Adresse substituée à celle indiquée dans le livre, p. 12 et 373].

Auteur

Jean-François Palomino (UQÀM)
Jean-François Palomino (BAnQ)

Carte

1715 – De la Grande Rivière de Canada appellée par les Européens de St. Laurens (Jean Deshayes)

« En 1715, l’éditeur Nicolas de Fer n’apporte que peu de changements à la première version de la carte [1700], réutilisant la même plaque gravée. » (Jean-François Palomino, Cartographier la Nouvelle-France, p. 273)

Biographies

Dictionnaire biographique du Canada (DBC)
Dictionnaire de l’histoire de France (DHF)