26 septembre 2026

La France sous l’Occupation [1940-1944]


Les Éditions du Cerf viennent de publier une synthèse historique remarquable : La France sous l’Occupation, par Henry Rousso, dans la collection La Bibliothèque à remonter le temps. Le volume est illustré par Agatha Magherini.

C’est un livre de référence. Ainsi, le contenu et la mise en page visent à présenter les éléments essentiels sur l’Occupation de la France, de 1940 à 1944, d’une façon claire et concise.

Une brève chronologie (1939-1945) et l’introduction précèdent les neuf chapitres de l’ouvrage.

Six points sont traités dans l’introduction : l’importance historique de la Seconde Guerre mondiale et les forces en présence; l’Occupation d’une grande partie de la France et le régime de Vichy; le général de Gaulle, la France libre et la Résistance; la guerre civile entre collaborateurs et résistants; la vie quotidienne; questions auxquelles ce livre fournit des réponses. Chaque point, pouvant contenir plus d’un paragraphe, est signalé par un rectangle gris.

Voici les grands thèmes abordés dans les différents chapitres.

1 – La débâcle : la situation de la France dans le monde en 1939, la première phase de la Seconde Guerre mondiale, surnommée la «drôle de guerre », la défaite militaire de la France en quelques semaines, l’exode de la population.

Citation : «Au total, près de 8 millions de personnes, soit environ un Français sur cinq, fuient dans le plus grand désordre.»

2 – Pétain et la mise à mort de la République : l’armistice et ses conséquences, le vote des pleins pouvoirs à Pétain et l’instauration de sa dictature.

3 – L’occupation nazie et le nouveau régime de Vichy, 1940-1942 : le régime collaborateur avec les occupants, l’instauration de la «Révolution nationale», la répression des résistants et la persécution des Juifs.

4 – Vivre et survivre au quotidien : la survivance éprouvante et précaire de la population; la vie culturelle.

5 – Les débuts de la Résistance : les réseaux, mouvements et partis (résistance intérieure); la France libre sous la direction du général de Gaulle (résistance extérieure).

6 – Dans la guerre totale nazie, 1942-1944 : la collaboration du régime de Vichy favorisant l’exploitation des ressources et des travailleurs français au bénéfice de l’Allemagne.

7 – Une guerre civile : les résistants face aux fascistes au pouvoir.

8 – La Libération et la victoire, 1944-1945 : les débarquements des Alliés, le rétablissement de la République, la fin du régime de Vichy et l’épuration.

9 – Après la guerre : l’évolution de l’historiographie de la période de l’Occupation.

Une bibliographie sélective complète l’ouvrage : des livres d’Alya Aglan, Nicolas Beaupré, Julian Jackson, Laurent Joly (dir), Robert O, Paxton et Henry Rousso, ainsi que la série Un Village français.

Références

Livre

Rousso, Henry. – La France sous l’Occupation. – Illustrations par Agatha Magherini, – Paris : Les Éditions du Cerf, 2026. – 127 p. – (Collection La Bibliothèque à remonter le temps). – ISBN 978-2-204-16205-0. – [Citations : p. 21, 123]. – BAnQ : 944.0816 R867f 2026.

Auteur

Henry Rousso (Wikipédia).

Entrevue

La France sous l’Occupation : de la débâcle de 1940 à la mémoire de Vichy (Entrevue avec Henry Rousso, animée par Ornella Blanc-Monaldi, Grands entretiens, Storiavoce; audio, 1:00:20)

Image

Drapeau nazi flottant sur l’Arc de Triomphe, Tour Eiffel à l’arrière-plan (en 1940, Les Musées de la Ville de Paris / Musée de la Libération de Paris - musée du Général Leclerc - musée Jean Moulin) – [Une image similaire, datée du 14 juin 1940, figure sur la couverture du livre.]

Article connexe

La bataille de France [1940-1944] (Diptyque cinématographique du réalisateur Antonin Baudry)

19 septembre 2026

Griffintown / Marie Hélène Poitras


Le jour se lève sur Griffintown après le temps de survivance, les mois de neige et de dormance.

Le roman de Marie Hélène Poitras compte six chapitres, incluant des récits mis en abyme. Le style de l’autrice est dynamique. Les phrases sont ciselées, les personnages bien campés et les lieux décrits d’une façon captivante. La structure du récit est remarquable, les récits en abyme permettant d’approfondir les péripéties et leur contexte historique.

Voici un aperçu du chapitre initial.

La botte

On revient toujours à Griffintown, là où la rédemption est encore possible. On y meurt parfois aussi. Les bottes aux pieds, de préférence. […] Comme les cochers, les chevaux qui échouent à Griffintown traînent plusieurs vies derrière eux. On les prend tels qu’ils sont. C’est pour eux aussi, bien souvent, le cabaret de la dernière chance.

Le chapitre nous introduit dans le monde des cochers et des chevaux du Vieux-Montréal, dont l’écurie est située dans Griffintown. Il nous révèle un monde traditionnel aujourd’hui disparu : L’âge d’or est révolu, tout le monde le sait. […] Un jour – et ce jour approche –, cette tradition et tout le legs de connaissances cochères qui l’accompagne disparaîtront.

Les personnages sont graduellement introduits dans le récit. Leurs portraits sont à la fois élaborés et saisissants : Paul Despatie, le propriétaire de l’écurie, et Billy, le palefrenier, qui hivernent à l’écurie, puis les cochers John, Evan, Grande Folle, Indien, Christian, Gerry, Roger, Joe, Georges, Lloyd, Robert, Georges, et Rôdeur.

À ces anciens cochers, de retour pour la nouvelle saison estivale, se joignent quelques pieds-tendres, des apprentis ayant suivi des cours à l’Institut d’hôtellerie pour devenir cochers, dont Marie, une cavalière en manque de chevaux. Après la visite de l’écurie, peu y resteront.

Les chevaux, de différentes races, sont aussi décrits avec minutie, par exemple : Jackie, Maggie, Garden Lou; Poney, Pearl, Champion, Magesté, Lucky; Sunny, Lady, Cheyenne, Rambo, Belle Starr.

Enfin, les commissionnaires, au service des cochers, et l’usurier, surnommé la Mouche, sont aussi partie prenante du monde des cochers.

Soudain, le drame : la disparition subite de Paul Despatie, la découverte inopinée d’une de ses bottes, puis celle tragique de son cadavre près du ruisseau une semaine plus tard. Deux balles au cœur. Un meurtre.

Le commentaire du narrateur : On a liquidé le patron. L’ordre des choses, jusque-là immuable, vient d’être renversé. Il y aura des questions d’honneur à soupeser, peut-être une vengeance à orchestrer et probablement un message à décoder. Les hommes de chevaux vont devoir rétablir la justice ou s’en fabriquer une et l’imposer.

Les chapitres suivants (récits en abyme) :

La deuxième botte (Le cheval fondateur)
La conquête (Le Rôdeur, Le dernier Irlandais, L’homme qui avait croisé un Windigo, Ray le pendu)
Du plomb dans l’œil (La crinoline, Errances du cow-boy solitaire)
Dernier hennissement avant la fuite (Le prétendant, La Rose au cou cassé)
Le chœur de la rédemption.

Appréciation

Une histoire touchante, dramatique. Un monde de misère, de souffrance, de survivance. Un témoignage fictif, mais mémorable, sur le monde des hommes de chevaux à jamais disparu.

Référence

Poitras, Marie Hélène. – Griffintown. – Québec (Québec) : Éditions Alto, 2013. – 210 p. – ISBN 978-2-89694-132-2. – [Citation : p. 13, 15, 17, 17, 18, 41]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : POI Mar gr ; Poitras P757g.

Image

Griffintown © Claude Trudel, 6 août 2025.

Critiques

Griffintown / Extrait du roman Griffintown, par Marie Hélène Poitras, avec l’aimable autorisation des éditions Alto [p. 13-17] (L’actualité)

Marie Hélène Poitras : une pied-tendre dans la ville (Chantal Guy, La Presse, 15 avril 2012)

Griffintown (Éric Dumais, La Bible urbaine, 12 juin 2012)

Marqueuse de parole (Pierre-Paul Ferland, Lectures critiques VI, Observatoire de l’imaginaire contemporain, 2013)

Marie Hélène Poitras remporte le prix France-Québec pour son roman Griffintown (Société Radio-Canada, 24 octobre 2013)

Griffintown, de Marie Hélène Poitras (Société Radio-Canada, 12 mai 2016)

Expériences contemporaines du temps dans les fictions québécoises / Le western et l’expérience du temps dans Griffintown de Marie Hélène Poitras et À la recherche de New Babylon de Dominique Scali (Voix et Images, Volume 44, numéro 2 (131), hiver 2019, p. 13–24 © Université du Québec à Montréal, 2019)

Griffintown (Babelio)

07 septembre 2026

Histoires d’épaves (1636-1761)

Attention ! Observez le voilier échoué sur les rochers du cap Brûlé :


Les découvertes d’une soixantaine d’épaves datant de l’époque de la Nouvelle-France sont relatées par Dave Noël, historien et journaliste au quotidien Le Devoir.

Dans son introduction, l’auteur explique son intérêt pour l’archéologie subaquatique depuis son adolescence, lors de la découverte de l’Elizabeth & Mary dans l’estuaire du Saint-Laurent, en 1994. Il souligne aussi avoir été fasciné par Le Secret de La Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge d’Hergé.

Les vicissitudes des épaves sont ensuite abordées : dispersion de l’ossature d’un bateau à voile, bois recouvert de sédiments, canons alourdis par les concrétions, pillage par les chasseurs de trésors, etc.

En parallèle, il évoque les difficultés de la navigation au temps de la marine à voile dans le golfe et sur le fleuve Saint-Laurent, les récits des survivants des naufrages, le nombre élevé d’épaves remontant à la Guerre de la Conquête, l’épisode mythique de la frégate Atalante commandée par Jean Vauquelin.

Les récits, racontés par ordre chronologique, contiennent une ou des illustrations (carte, dessin, photo), parfois un encadré thématique, une fiche signalétique (nom et type du navire, armement, équipage et passagers, commandant), et des notes infrapaginales. L’ouvrage est complété par un glossaire, les remerciements et une bibliographie exhaustive.

J’ai particulièrement aimé les récits dédiés à ces épaves : Corossol (1693), la flotte de Walker (1711), Chameau (1725), Éléphant (1729), les bateaux plats (1752).

Tous ces récits captivent l’intérêt envers un passé maritime insoupçonné et l’archéologie subaquatique. Ils suscitent aussi la curiosité d’en apprendre davantage à partir des nombreuses références citées dans la bibliographie.

Référence

Noël, Dave. – Histoires d’épaves, de la Petite Hermine à l’Auguste (1536-1761). – Montréal : Boréal, 2026. – 214 p. – ISBN 978-2-7646-2937-6. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ :  910.45209 ; 910.4520971 N766h 2026.

Carte

1729 – Éléphant – Carte figurative du promt secours envoyé par l’ordres de Monseigneur le Mr de Beauharnois,... gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté dans tout l’estendue de la Nouvelle France, au vaisseau du Roy l’Eléphant, le 2 Sepbre 1729 / dessigné par Mahier, à Québec le 15 octobre 1729. – (Source : gallica.bnr.fr / Bibliothèque nationale de France) – Un détail de cette carte est affiché dans les Histoires d’épaves (p. 99) : l’Éléphant est illustré sur les rochers du cap Brûlé formant un îlot au milieu du chenal (p. 95).

Sur la Toile

Archéologie subaquatique (Gouvernement fédéral du Canada) – (Vidéo avec Marc-André Bernier, 2:37 min)

Atlas subaquatique : le patrimoine submergé du fleuve Saint-Laurent (Répertoire du patrimoine culturel du Québec)