Une histoire de la Rome antique
SPQR
Histoire de l’ancienne Rome
C’est une chose importante que la Rome antique. [...] Deux mille ans plus tard, elle continue de soutenir l’édifice de la politique et de la culture occidentales, de façonner ce que nous écrivons, notre vision du monde et la place que nous y occupons.
L’œuvre de l’historienne britannique Mary Beard couvre le premier millénaire de l’histoire romaine, de la fondation légendaire de Rome en 753 av. J.-C. à 212, alors que la citoyenneté romaine à part entière est décrétée pour tout habitant libre de l’empire.
Précédée par des cartes géographiques et suivie de compléments, son histoire de la Rome antique est ainsi agencée : prologue, récit en 12 chapitres, épilogue.
Les chapitres regroupent les trois périodes historiques de Rome : Royaume (II-III), République (I, IV-VIII), Empire (IX-XII). Les deux premières périodes sont relatées d’une façon chronologique, tandis que la troisième période fait l’objet d’une étude transversale. Plus d’une centaine d’illustrations accompagnent les exposés.
Les cartes : L’ancienne Rome et ses voisins, Le paysage de Rome, L’Italie romaine, La ville de Rome durant la période impériale (plan du Forum romain en annexe). Les compléments : Bibliographie, Remerciements, Crédits des illustrations, Index.
L’ouvrage bénéficie de la traduction exemplaire du texte anglais par Simon Duran.
Prologue
Mary Beard souligne l’importance de l’histoire de la Rome antique dès les premières lignes de son ouvrage citées ci-dessus. Elle illustre cette assertion par quelques exemples : l’assassinat de César comme modèle de tous les tyrannicides, l’organisation du territoire impérial romain, certaines conceptions de la liberté, de la citoyenneté et de l’impérialisme, une partie de notre vocabulaire politique, des adages et idiotismes, la popularité de l’Énéide de Virgile.
Le renouveau de l’historiographie de la Rome antique est ensuite abordé en soulignant la publication novatrice de l’Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain d’Edward Gibbon, ainsi que les récentes fouilles archéologiques et découvertes de nouveaux documents manuscrits.
L’autrice précise ainsi le but de son ouvrage : L’histoire de Rome continue de s’écrire, et n’a jamais cessé de s’écrire. […] En d’autres termes, l’histoire romaine est un travail toujours en cours. Ce livre représente ma contribution à ce vaste programme; il propose ma vision de l’importance du sujet. Elle précise que son livre s’intéresse plus spécifiquement à l’histoire de l’expansion et aux raisons de la longévité de la Rome antique. Cette approche personnelle est reprise et développée dans l’épilogue.
La signification du sigle SPQR, dont l’origine remonte au temps de Cicéron : Senatus Populusque Romanus, soit en français le Sénat et le peuple romain.
Récit
Le chapitre liminaire porte sur un moment aussi crucial que dramatique qui se déroule à la fin de la période républicaine : la conjuration de Catilina, en 63 av. J.-C., dont un épisode est figuré ci-dessus par le peintre Cesare Maccari.
Intitulé L’heure de gloire de Cicéron, ce chapitre saisissant est typique de la démarche historique, méthodologique et didactique de Mary Beard. Comme les chapitres suivants, il compte plusieurs sous-titres : SPQR, 63 av. J.-C.; Cicéron contre Catilina; Au Sénat; Triomphe – et humiliation; Chroniquer les événements; Une autre version de l’histoire; Notre Catilina ? Huit illustrations accompagnent l’exposé.
Pourquoi Mary Beard commence-t-elle son histoire de la Rome antique par cet événement, plutôt que de relater d’abord l’origine de Rome ? Qui sont les protagonistes et quels sont les groupes en présence ? Quel est le moment décisif de l’histoire ? Comment évaluer la victoire de Cicéron et la fin de Catilina ? Quelles sont les sources documentaires du récit ? Peut-on formuler une autre interprétation de l’histoire ? Pourquoi cet événement est-il rappelé jusqu’à nos jours, tel un écho récurrent ? Ces questions sont formulées presque textuellement par l’historienne. Ses réponses sont éloquentes.
À titre d’exemple, citons ce passage sur l’actualité du sujet de ce chapitre : La ferme réaction de Cicéron – débouchant sur des exécutions sommaires – illustrait dans sa forme la plus brutale une problématique qui continue, encore aujourd’hui, de nous troubler. Est-il légitime d’éliminer des « terroristes » en s’affranchissant du cadre légal ? Jusqu’où peut-on aller dans le sacrifice des libertés publiques au nom de la sécurité nationale ?
Ce chapitre initial annonce la période impériale et introduit la période royale. À cet égard, il reflète bien les transitions remarquables d’un chapitre à l’autre que présente Mary Beard. L’analyse critique des sources documentaires est aussi exemplaire, tant pour les écrits anciens que pour les découvertes archéologiques.
Les chapitres suivants :
Période royale : Au commencement, Les rois de Rome
Période républicaine : Le grand bond en avant, Un monde plus vaste, De nouvelles politiques, De l’empire aux empereurs, Le front intérieur
Période impériale : Les métamorphoses d’Auguste, Quatorze empereurs, Possédants et démunis, Rome hors de Rome.
Ces chapitres décrivent les rouages des institutions à travers le temps. Par ailleurs, les chapitres Le front intérieur et Possédants et démunis, ainsi que des passages d’autres chapitres, portent sur la société, les classes sociales et la vie quotidienne à Rome, en Italie et dans l’Empire romain.
Épilogue
L’historienne conclut son ouvrage en deux temps : l’importance de l’an 212 et sa vision de l’histoire de la Rome antique.
L’importance de l’an 212 est soulignée sous deux aspects : les conséquences de la décision révolutionnaire de l’empereur Caracalla accordant la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’empire; la crise générale du IIIe siècle menant à l’effondrement du modèle augustinien. C’est un tournant dans l’histoire : Durant son second millénaire, Rome fut en fait un nouvel État dissimulé sous un ancien nom.
Mary Beard témoigne ensuite de son intérêt soutenu pour l’étude de la Rome antique: J’ai passé une bonne partie des cinquante dernières années de ma vie avec les « Romains du premier millénaire ». [1965-2015 / Ses recherches et ses réflexions sont donc contemporaines des nombreuses interventions militaires américaines sur plusieurs continents, dont les guerres du Vietnam et d’Irak.]
Sa conclusion : Il n’existe pas de modèle romain que nous pourrions simplement suivre. […] Mais je suis de plus en plus convaincue que nous avons une quantité immense de choses à apprendre – aussi bien sur nous-mêmes que sur notre passé – en nous confrontant à l’histoire des Romains, à leur poésie et à leur prose, à leurs controverses et leurs raisonnements.
Bibliographie
La bibliographie commentée est exhaustive (33 pages). La première section présente une bibliographie générale sur ces thèmes : littérature ancienne, textes des inscriptions et des papyrus; études historiques récentes, références générales (dictionnaires, cartographie, guide touristique). La seconde section présente des bibliographies particulières pour l’épilogue, chacun des chapitres et l’épilogue. Fait à noter : la bibliographie originale a été reformulée pour y introduire des références rédigées en français, grâce à l’aide de Beatrice Lietz.
Exemples d’ouvrages généraux cités dans la première section : Bibliotheca classica selecta (BCS) et Itinera electronica pour les textes latins; Hodoi Elektronikai pour les textes grecs; Centre for the Study of Ancient Documents (CSAD) pour l’épigraphie grecque et romaine; Orbis – The Stanford Geospatial Network Model of the Roman World pour la simulation d’itinéraires à travers le monde romain.
Appréciation
Une œuvre magistrale à tous points de vue !
Références
Livre
Beard, Mary. – SPQR. Histoire de l’ancienne Rome [Titre original : SPQR. A History of Ancient Rome © 2015]. – Traduit de l’anglais par Simon Duran. – Paris : Perrin, 2022 © 2016. – (Collection tempus, n° 864). – 724 p. – ISBN 978-2-262-09741-7. – [Citations : p. 13, 15, 24, 657, 661, 662]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : 937 BEA ; 937 B3684s 2016.
Autrice
Mary Beard (Wikipédia / Wikipedia)
Image
Conjuration de Catilina (Cesare Maccari, 1889, Wikimedia Commons)
Le tableau est reproduit et légendé aux pages 34-35. Il est commenté aux pages 33-39. Par ailleurs, le sujet du tableau fait l’objet du chapitre initial intitulé L’heure de gloire de Cicéron (p. 21-62).
Critiques
S.P.Q.R. : Histoire de l'ancienne Rome (Babielo)
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