04 avril 2026

Les algorithmes / Aurélie Jean


Un algorithme est littéralement un ensemble d’opérations structurées et hiérarchisées selon une certaine logique, destinées à être exécutées dans l’objectif de répondre à une question ou de résoudre un problème.



Le livre d’Arélie Jean sur les algorithmes est publié dans la collection encyclopédique Que sais-je? Comme d’autres livres de cette collection, celui-ci constitue une synthèse rédigée par une spécialiste du sujet traité.

Après avoir passé en revue les algorithmes antiques et leurs utilisations, l’autrice aborde les algorithmes modernes et contemporains : les algorithmes explicites, computationnels et implicites. Au cours de son exposée, l’autrice raconte les faits marquants de l’histoire des ordinateurs et de l’informatique.

Trois autres chapitres portent sur la naissance de l’intelligence artificielle, la nouvelle ère algorithmique et l’explicabilité algorithmique.

Le chapitre sur l’intelligence artificielle aborde notamment la signification problématique de l’expression « intelligence artificielle », la théorie et l’évolution des intelligences artificielles.

Le chapitre sur la nouvelle ère algorithmique porte sur la collecte croissante et le traitement des données, l’évolution des ordinateurs et leur capacité grandissante de calcul, les modèles de langage, les enjeux scientifiques, technologiques et sociaux du développement algorithmique.

L’explicabilité algorithmique, abordée au dernier chapitre, porte sur la compréhension de la logique de fonctionnement d’un algorithme par un calcul et de son interprétation donnant un sens au résultat du calcul. Les trois phases de conception algorithmique sont expliquées et distinguées de la transparence algorithmique.

Terminons ce survol par cette citation tirée de la conclusion : « ce livre est une sorte de manuel de navigation dans ce monde en perpétuel mouvement. » Ce manuel de navigation incite notamment ses lecteurs / utilisateurs à maîtriser les mathématiques et les statistiques qui font partie intégrante de la science algorithmique.

Une courte bibliographie complète cette synthèse, mais plusieurs autres ouvrages de référence sont cités dans le texte et les notes infrapaginales.

Référence

Jean, Aurélie. – Les algorithmes. – Paris : Éditions Humensis, 2024. – 128 p. – (Collection Que sais-je?, n° 4264). – ISBN 978-2-7154-1664-2. – [Citations : p. 22, 123]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : 518.1 JEA ; 518.1 J432a 2024.

Image

Algorithme PGCD (Algorithme d’Euclide pour la détermination du plus grand commun diviseur de deux entiers naturels) – (Wattcle, Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International, Commons Wipimedia)

L’algorithme d’Euclide ou calcul du PGCD est expliqué aux pages 10-13 du livre d’Aurélie Jean. Le schéma de l’algorithme figure à la page 12.

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29 mars 2026

Vers la paix perpétuelle


Les Éditions Hatier ont réédité l’opuscule Vers la paix perpétuelle d’Emmanuel Kant (1724-1804). Le livre compte deux parties. La première contient le texte intégral publié en 1795. La seconde présente un dossier complémentaire exhaustif.

Texte (73 pages)

Après la justification du titre de son ouvrage, Kant intitule ainsi la première section de son écrit : Les articles préliminaires en vue de la paix perpétuelle entre les États. Ensuite, la seconde section est intitulée Les articles définitifs de la paix perpétuelle entre les États. Deux suppléments et deux appendices complètent les propos de l’auteur.

Les sections, suppléments et appendices sont suivis des Notes de Kant, alors que les notes infrapaginales du volume sont celles des traducteurs et du philosophe français Michaël Fœssel.

Les lignes du texte d'Emmanuel Kant sont numérotées, de 1 à 1957.

Dossier (78 pages)

Le Dossier comprend plusieurs chapitres rédigés par Michaël Fœssel, sauf le chapitre L’auteur et le contexte rédigé par Ole Habsen-Løve :

L’architecture de l’œuvre

L’auteur et le contexte

— Repères biographiques
— Tableau chronologique

Thèmes et problématiques

— Avant-propos
— Le statut philosophique de la paix
— La paix et le droit
— Déclarer la paix
— La paix dans l’histoire
— Le droit et la politique
— Conclusion

Outils complémentaires

— Glossaire
— Bibliographie.

Aujourd’hui

Vers la paix perpétuelle : une œuvre philosophique d’actualité.

Dossier complémentaire : un guide pédagogique remarquable.

Référence

Kant, Emmanuel. – Vers la paix perpétuelle (Projet philosophique, 1795). – Texte intégral. – Traduction originale par Éric Blondel, Jean Greisch, Ole Habsen-Løve et Théo Leydenbach. – Analyse par Michaël Foessel. – Paris : Hatier, 2007. – 160 p. – (Collection Classiques & Cie Philosophie / Hatier poche, n° 409). – ISBN 978-2-218-92709-6. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : 327.172 K [c2001] ; 172.42 K1677g 2007.

Image

Rosier floribunda (Rosa ‘Moondance’, Rosaceae), Jardin botanique de Montréal © Claude Trudel, Le monde en images, CCDMD.

Carte du monde en 1795

A Map of the World from the best Authorities (Mathew Carey, 1795) – (Library of Congress, Geography and Map Division) :

21 mars 2026

813, une aventure d’Arsène Lupin


Un classique ayant pour auteur Maurice Leblanc (1864-1941).

Pourquoi lire les classiques (Italo Calvino) : « Toute relecture d’un classique est une découverte, comme la première lecture. »

Aperçu

Attardons-nous au chapitre initial : Le massacre.

L’histoire se déroule au Palace-Hôtel de Paris. Une quinzaine de personnages entrent en scène, dont ceux-ci : le multimillionnaire Rudolf Kesselbach, son secrétaire Chapman et son domestique Edwards; le chef de la sûreté Lenormand et l’inspecteur de police Gourel; Arsène Lupin (bien sûr); Dolorès Amonti; le juge d’instruction Formerie et le médecin légiste; le directeur de l’hôtel et le domestique Gustave Beudot; les clients Reverdat, Giacomini et Parbury.

Le récit est presque tout en dialogue, d’où son dynamisme. Les personnages sont clairement définis et les décors sont esquissés. Les péripéties s’enchaînent rapidement. L’illustration du premier meurtre est saisissante. Cet assassinat et les suivants, suscitant moult interrogations, justifient le titre du chapitre.

Édition critique

La nouvelle édition d’Adrien Goetz est enrichie par une Préface et une Note sur l’édition, insérées avant le roman, et un Dossier ajouté après le récit.

Préface (29 pages)

Adrien Goetz situe l’oeuvre de Maurice Leblanc, dont ses publications dédiées à Arsène Lupin, dans le contexte littéraire et politique de son époque, soit de la fin du 19e siècle au début du 20e siècle. Le style de l’auteur est notamment caractérisé.

Note sur l’édition (2 pages)

« 813 est paru d’abord en feuilleton dans Le Journal de mars à mai 1910; puis la même année, en un volume, aux Éditions Pierre Lafitte. Le texte que nous publions est celui de l’édition Pierre Lafitte parue en 1917. […] Nous reprenons quelques illustrations de l’édition de 1917, par Marcel Lecoultre, qui accompagnent certains passages marquant de l’intrigue. »

Dossier complémentaire :

Chronologie (24 pages)

La chronologie (1814-2023) contient les dates importantes de la vie de Maurice Leblanc, mais aussi celles d’Arsène Lupin.

Bibliographie (5 pages)

La bibliographie compte quatre sections : Éditions de 813, Éditions complètes des « Aventures d’Arsène Lupin », Ouvrages critiques, Articles critiques.

Notice (9 pages)

La notice compte deux sections : À héros multiforme, ouvrage multiforme; Le feuilleton, antichambre du roman. La première section porte sur les éditions successives du roman, tandis que la seconde souligne les caractéristiques des feuilletons très populaires au début de 20e siècle. Les années de publication sont indiquées et les tirages successifs sont chiffrés.

Notes (31 pages)

Les notes relèvent les variantes du récit d’une édition à l’autre, apportent des précisions historiques (faits, personnages, lieux), mentionnent des sources littéraires, précisent le sens de certains termes, etc.

La Table des matières est insérée à la fin du volume.

Commentaire

La plume de Maurice Leblanc est vive et captivante, mais plusieurs péripéties du polar sont invraisemblables. Par ailleurs, loin d’être un gentleman cambrioleur, le protagoniste est souvent égocentrique, arrogant, manipulateur, cruel ou sadique.

Les textes d’Adien Goetz sont instructifs et fort intéressants.

Références

Leblanc, Maurice. – 813. – Édition d’Adrien Goetz. – Paris : Éditions Gallimard, 2025. – 618 p. – (Folio classique, n° 7568). – ISBN 978-2-07-308381-4. – [Citation : p. 37-38]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : LEB Mau hu J ; Leblanc L445h.

Calvino, Italo. – Pourquoi lire des classiques. – Traduit de l’italien par Jean-Paul Maganaro et Christophe Mileschi. – Paris : Gallimard, 2023 © 2018 [2002]. – 416 p. – (Folio, n° 6431). – ISBN 978-2-07-045115-9. – [Citation : p. 10]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : 809 CAL (2018).

Glinoer, Anthony. – Les classiques littéraires. Introduction à une sociologie. – Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal (PUM) : 2025. – 150 p. – (Espace littéraire). – ISBN 978-2-7606-5259-0. – BAnQ : 801.3 G561c 2025.

Image

Arsène Lupin - 813 - affiche de Poulbot (Commons Wikimedia)

Sur la Toile

« Arsène Lupin a les qualités du héros de roman populaire… sans être monolithique » (Jacques Derouard, spécialiste de Maurice Leblanc, Le Monde, 8 avril 2021)

Maurice Leblanc (Bibliothèque numérique, TV5 Monde)

Maurice Leblanc (Balladodiffusions, Radio-France)

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Romans policiers

14 mars 2026

Le micro-âge / Liu Cixin


Au point de départ, insérons le récit de science-fiction Le micro-âge dans la trame cosmique.

L’Univers est âgé de 13,8 milliards d’années. Le Système solaire s’est formé il y a environ 4,5 milliards d’années. La vie sur la Terre est apparue il y a quelque 4,3 milliards d’années. L’humain actuel résulte d'une longue évolution qui s’étend sur plusieurs millions d’années. Les premières civilisations ont émergé en Mésopotamie, en Égypte, dans la vallée de l’Indus et en Chine il y a quelques milliers d’années.



Le Précurseur savait maintenant qu’il était le dernier être humain dans l’Univers.

L’élément perturbateur à l’origine de l’histoire est la prévision d’un bref flash d’énergie qui conduirait à la perte d’environ 5 % de la masse solaire. Les astrophysiciens avaient calculé que cet événement se produirait 18 millénaires plus tard.

Deux siècles après cette prévision, l’humanité envoie une mission spatiale chargée de trouver une autre planète habitable propice à la civilisation. Les sept membres de l’équipage du vaisseau interstellaire sont appelés Précurseurs. Au retour de l’expédition, après un voyage de 23 ans dans l’espace, sans réponse à ses messages envoyés à la Terre, un seul Précurseur avait survécu. En temps terrestre, cela correspondait à 25 000 ans.

La Terre était noir et blanc.

Telle lui apparut la Terre au moment de son positionnement orbital. Soudain, le Précurseur reçoit un signal vidéo. À partir de là, lorsqu’il aperçoit l’image d’une ville, l’histoire change de trajectoire…

La nouvelle de science-fiction, publiée au début du 21e siècle, compte six parties. Les paragraphes précédents portent sur la première partie et l’amorce de la deuxième partie.

Liu Cixin, une fois de plus, nous présente une histoire enlevante, riche d’imprévus et d’informations scientifiques.

Références

Livre

Liu Cixin. – « Le micro-âge », dans L’Équateur d’Einstein. – Nouvelles complètes 1. – Édition préparée sous la direction de Gwennaël Gaffric. – Paris : Actes Sud, 2025 © 2022. – 649 p. – (Collection Babel, n° 2015). – ISBN 978-2-330-18850-4. – Pages 251-294; première publication originale en chinois : 2001. – [Citation : p. 253]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : LIU Cix no v.1 ; Liu L7832e.

Auteur

Liu Cixin (Wikipédia)

Image

Sun Emits a Solstice CME (NASA)

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Avec ses yeux / Liu Cixin
L’Instituteur du village / Liu Cixin

07 mars 2026

Quatuor / Anna Enquist


J’ai choisi ce livre sur une étagère de romans policiers.
Pourquoi ?
Le titre.
L’image de la page de couverture.
Le résumé de la quatrième page de couverture.



Le programme télévisé habituel s’est interrompu pour cette émission spéciale, illustrée par les reporters de correspondants chevronnés.

Le roman compte 49 chapitres.

Pendant sa lecture, en particulier aux chapitres 7, 10, 21, 27, 31, 36 et 37, le lecteur peut anticiper une intrigue policière. Mais celle-ci se déroule seulement au cours des dix derniers chapitres.

Alors, force est de constater que ce roman a un caractère plus sociologique que policier. Sa lecture est agréable, mais le lecteur attend longtemps avant « qu’il se passe quelque chose ».

Ces thèmes récurrents constituent l’essentiel du récit : l’accident mortel de deux enfants et le deuil de leurs parents, le désintérêt général de la société envers la musique classique, l’abandon de l’État-providence à la faveur de l’idéologie néolibérale (en particulier dans les domaines de la santé, de la culture et des œuvres sociales), les politiciens, le sort des aînés.

Les dialogues et les introspections sur ces sujets sont innombrables. À titre d’exemple : La musique a perdu son importance, on ne l’enseigne plus et il y a longtemps que l’apprentissage d’un instrument ne fait plus partie des l’éducation des enfants. Les écoles de musique ont été fermées, les orchestres dissous, les formations professionnelles se meurent. Et tout le monde s’en moque.

Des pièces musicales jouées par le quatuor au cours des péripéties : Le Quatuor des dissonances de Mozart, L’Art de la fugue de Bach, Le Quatuor à cordes n° 12 en fa majeur de Dvořák, Le Quatuor en sol mineur de Mozart, La Jeune Fille et la Mort de Schubert, Le Quatuor en ré mineur de Mozart.

Deux personnages sont présents du premier au dernier chapitre : Reinier Van Aalst, ancien professeur de musique et violoniste virtuose à la retraite, aidé par le jeune Djamil, joueur de soccer captivé par la musique classique. Les deux donnent sens au récit, comme en témoignent le chapitre initial et les dernières phrases du récit.

Référence

Enquist, Anna. – Quatuor. – Traduit du néerlandais par Emmanuelle Tardif. – Paris : Actes Sud, 2018. – 303 p. – (Collection Babel, n° 1508). – ISBN 978-2-330-08720-3. – [Citation : p. 240, 21, 7, 303]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : ENQ Ann qu ; Enquist E594q.

Image

Canaux d’Amsterdam © 2010, Marianne Quenneville-Dumont, Le monde en images, CCDMD.

Cette scène urbaine, prise sous un angle différent, est reproduite sur la page de couverture du livre Quatuor.

01 mars 2026

L’intelligence artificielle


Encadré par une introduction générale et l’index, le livre des auteurs Stephanie Diamond, Luca Massaron et John Paul Mueller, dans la collection Pour les nuls des Éditions First, compte vingt chapitres ainsi regroupés :

Partie 1 – Introduction à l’IA
Partie 2 – L’IA, comment ça marche ?
Partie 3 – Prendre la mesure de nos interactions quotidiennes avec l’IA
Partie 4 – Utiliser l’IA dans des applications industrielles et matérielles
Partie 5 – Se pencher sur l’avenir de l’IA
Partie 6 – Les dix commandements

Dans l’introduction générale, les auteurs rappellent l’omniprésence de l’IA dans les médias et plusieurs de nos activités quotidiennes. Ils soulignent aussi l’originalité de leur ouvrage : « Contrairement à bien d’autres ouvrages sur ce sujet, celui-ci vous révèle aussi la vérité sur les limites que rencontrent les applications de l’IA. » Un survol du contenu et des modes de consultation du livre sont ensuite présentés.

Objectifs – Des objectifs généraux sont énoncés au début de chaque partie, tandis que des objectifs spécifiques sont affichés dans un encadré au début de chaque chapitre. Ces objectifs débutent par un verbe d’action, par exemple : découvrir, comprendre, utiliser, définir, cerner, considérer, obtenir, rechercher, etc.

Aperçu – Passons en revue les sujets abordés dans les différents chapitres tout s’attardant à quelques exposés particuliers.

Partie I – Introduction à l’IA

Généralités – Les quatre chapitres de cette partie portent respectivement sur ces notions de base : l’intelligence, les données, les algorithmes et le matériel. Les éléments constitutifs de ces notions sont repris et développés dans les parties ultérieures.

Le Chapitre 1 aborde ces points : la définition, l’histoire, les applications et la surestimation des possibilités de l’IA.
Les auteurs soulignent qu’il existe plusieurs définitions de l’intelligence. Ils notent que la notion d’intelligence recouvre notamment les activités mentales suivantes : apprentissage, raisonnement, compréhension, perception de la vérité, vision des liens, prise en compte du sens, distinction entre les faits et les opinions. Ils définissent chacune de ces activités, en apportant cette précision : « l’intelligence suit souvent un processus qu’un système informatique peut imiter dans le cadre d’une simulation. »

La présentation du tableau Les différents types d’intelligence humaine et leur simulation par l’IA, inspiré du psychologue Howard Gardner (Harvard), est particulièrement captivante. Chacun des huit types d’intelligence humaine est comparé au potentiel de simulation par l’IA :

– créative : aucun potentiel
– intrapersonnelle : aucun potentiel
– naturaliste : aucun potentiel
– linguistique : potentiel faible
– interpersonnelle : potentiel faible à modéré
– visuelle-spatiale : potentiel modéré
– corporelle-kinesthésique : potentiel modéré à élevé
– logique-mathématique : potentiel élevé.

Les correspondances entre les types d’intelligence humaine et leur potentiel de simulation par l’IA font aussi l’objet de descriptions comparatives détaillées. Par la suite, les auteurs formulent ce constat : « […] la première idée qu’il est important de comprendre est que l’IA n’a pas grand-chose à voir avec l’intelligence humaine. »

Le Chapitre 2 porte sur les données : l’omniprésence des données, l’impact des grandes données, les sources des données structurées et non structurées, l’adaptation des données à des besoins spécifiques, la détection des cinq types de données incorrectes, les limites de l’acquisition des données et les problèmes de sécurité des données (dont celui des ordinateurs zombies).

Les auteurs identifient, décrivent et évaluent les cinq types de données incorrectes : les données mensongères, les omissions volontaires, les erreurs de perspective, les biais et le cadre de référence.

Le Chapitre 3 étudie la relation entre les données et les algorithmes en vue d’accomplir une tâche utile, ainsi que le rôle des systèmes experts, de l’apprentissage automatique, de l’apprentissage profond et d’applications de jeux compétitifs. Des phases marquantes de l’IA sont présentées dans ce chapitre.

Un algorithme classique est une procédure constituée d’une série d’étapes servant à trouver une solution à un problème dans un temps fini. Les structures de données utilisées par l’algorithme sont principalement l’arborescence et le graphe.

Les auteurs présentent plusieurs exemples d’algorithmes, dont ceux-ci : l’approximation du minimax appliquée au jeu de morpion [tic-tac-toc], le système expert MYCIN (diagnostiquer des maladies), l’apprentissage automatique d’AlphaGo (jeu de go).

Le Chapitre 4 présente l’évolution du matériel spécialisé dont dépend l’IA : le matériel standard (la structure de l’ordinateur personnel promu par John von Neumann en 1946) et ses défauts, l’ajout du processeur graphique (GPU); le processeur d’apprentissage profond (DLP); les technologies de pointe (informatique neuromorphique, processus quantiques); l’intégration de capteurs avancés.

Encadré : « Toute avancée se fonde sur quelque chose qui l’a précédée. Il est donc important d’étudier l’histoire des découvertes, car cela permet de cerner le chemin suivi et de mettre en lumière d’autres chemins prometteurs : ceux qui n’ont pas encore été suivis. »

Partie 2 – L’IA, comment ça marche ?

Le Chapitre 5 explique l’analyse des données et son importance, puis l’apprentissage automatique (définition, fonctionnement, usages, limites) et les trois grandes catégories d’apprentissage automatique (apprentissage supervisé, non supervisé, par renforcement).

« Dans l’apprentissage automatique, l’apprentissage est purement mathématique et il se termine par l’association de certains intrants à certains extrants. »

Le Chapitre 6 étudie le fonctionnement d’algorithmes d’apprentissage automatique que l’IA peut utiliser pour apprendre à partir de données, en vue de prendre des décisions et d’élaborer des prédictions. Plusieurs formules mathématiques sont démontrées, dont celles de Thomas Bayes (probabilité) et de Claude Shannon (entropie).

Les cinq principales familles algorithmiques sont décrites : les systèmes symbolistes, connexionistes, évolutionnaires, bayésiens et analogiques.

Le Chapitre 7 porte sur l’apprentissage profond, un type d’apprentissage automatique qui utilise des réseaux neuronaux complexes. Ceux-ci sont le principal algorithme de la tribu des connexionistes. Les points abordés : l’historique des réseaux de neurones, les résultats des réseaux neuronaux convolutifs et les défis de l’image.

Encadré : « Ce qui est essentiel de retenir, c’est qu’en fait, l’apprentissage profond ne consiste pas à comprendre quoi que ce soit. Il consiste à utiliser un nombre considérable d’exemples pour en tirer des correspondances à partir de statistiques et de règles mathématiques. »

Partie 3 – Prendre la mesure de nos interactions quotidiennes avec l’IA

Le Chapitre 8 présente un aperçu de l’IA générative [IAGen] issue des modèles d’apprentissage profond. Les différentes composantes de cette technologie révolutionnaire sont expliquées, dont le réseau neuronal récurrent, la conversion en jetons, le plongement lexical, les modèles d’autoattention, le test de Turing, les grands modèles de langue, les agents conversationnels, les réseaux antagonistes génératifs. La création de textes et d’images, ainsi que les implications sociétales de l’IAGen sont aussi abordées. Un chapitre long et majeur.

Le Chapitre 9 détaille des utilisations courantes dans les applications informatiques reliées aux corrections et suggestions. Une troisième section porte sur les erreurs potentielles de l’IA. Les avantages de l’IA sont soulignés, de même que certaines utilisations frauduleuses, comme le piratage et le vol d’identité.

Le Chapitre 10 porte sur l’automatisation des processus courants pour assurer plus de sécurité dans le domaine des industries, compte tenu des problèmes d’ennui éprouvés par les humains effectuant un travail répétitif. Les dix niveaux d’automatisation sont détaillés.

Le Chapitre 11 traite des nouveaux modes de communication susceptibles de favoriser l’échange des idées : émoticônes et émojis, traductions linguistiques, réseaux sociaux, etc.

Partie 4 – Utiliser l’IA dans des applications industrielles et matérielles

Les utilisations de l’IA dans les domaines de la santé, des robots, des drones et des véhicules autonomes sont présentées dans cette partie, avec de nombreux exemples.

Le Chapitre 12 explique comment l’IA peut répondre à de nombreux besoins médicaux. Quelques-uns des moyens exemplifiés : les moniteurs mobiles de surveillance, la thérapie par les jeux, le port d’un exosquelette, les prothèses, les nouvelles méthodes d’analyse et de diagnostic, la robotique (téléprésence, procédures chirurgicales), l’automatisation (gestion des données, tester des médicaments). Les implications de l’utilisation de l’IA par les professionnels de la santé sont aussi abordées, notamment au niveau de la formation et de l’adaptation aux changements dans l’exercice de leur métier.

Le Chapitre 13 rappelle les robots évoqués dans des récits de fiction par Karel Čapek et Isaac Asimov, décrit les capacités des trois types de robots (bras mécanique, manipulateur, humanoïde) et spécifie les composantes d’un robot.

Le Chapitre 14 traite des drones destinés au grand public ou utilisés à des fins militaires, commerciales et industrielles. Les avancées actuelles et les perspectives d’innovations sont illustrées par de multiples exemples, notamment dans le domaine militaire. Les problèmes de confidentialité et de protection des données sont aussi soulevés.

« Les armes autonomes pourraient bien être l’enjeu d’une nouvelle course aux armements qui changerait à jamais la conduite des guerres. »

Le Chapitre 15 brosse un panorama de la conduite automobile par une IA : l’historique, les six niveaux d’autonomie, les impacts sur la vie quotidienne, les attentes irréalistes, les aspects techniques, dont les capteurs.

Partie 5 – Se pencher sur l’avenir de l’IA

Le Chapitre 16 porte sur le développement d’applications qui ne mènent nulle part : « Les sections qui suivent décrivent des solutions dans lesquelles l’IA ne peut pas fonctionner pour la simple raison qu’il s’agit d’une technologie, et non d’une personne. » Le chapitre aborde aussi les hivers de l’IA en 1974-1980 et 1987-1993 : causes, conséquences et opportunités.

Le Chapitre 17 escompte un avenir radieux pour l’humanité, avec moult hypothèses futuristes, selon une approche optimiste et jovialiste.

Le Chapitre 18 décrit l’exploration et l’exploitation de l’espace, de nos jours comme dans le futur. Par exemple, l’extraction des minéraux est développée.

Partie 6 – Les dix commandements

Le Chapitre 19 postule le crédo des auteurs : «Une technologie n’est utile que dans la mesure où elle apporte une contribution substantielle à la société. Cependant, cette contribution doit être accompagnée d’une forte incitation financière, sinon les investisseurs s’en détourneront. »

Quelques exemples cités dans le domaine médical, les technologies industrielles et l’espace.

Le Chapitre 20 cite dix exemples d’échecs de l’IA.

Quelques brèves citations sur la nature de l’IA : « La faculté de compréhension est innée chez les humains, mais les IA en sont totalement dépourvues. […] Malgré l’apparence éventuelle du contraire, une IA travaille uniquement avec des nombres. […] Une IA peut analyser des données, mais elle ne peut pas produire un jugement moral ou éthique. »

Compléments

Ce livre de vulgarisation scientifique ne contient pas de bibliographie. Par contre, tout au long de l’ouvrage, des adresses Internet sont référencées en lien avec des notions exposées. De plus, certains passages nécessitent une maîtrise approfondie des mathématiques. La table des matières détaillée, insérée en début d’ouvrage, et l’index s’avèrent des outils de repérage utiles pour trouver / retrouver des informations spécifiques.

Appréciation

Un livre fort intéressant, notamment pour les informations contenues dans les deux premières parties.

Référence

Diamond, Stephanie; Massaron, Luca, Mueller, John Paul. – L’intelligence artificielle. – 3e édition. – Traduction de l’anglais par Marc Rozenbaum. – Paris : Éditions First, 2025. – xiv-405 p. – (Collection Pour les nuls). – ISBN 978-2-4120-9744-1. – [Citations : p. 2, 9, 12, 75, 98, 143, 292, 326, 377, 386, 387, 388]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : 006.3 DIA ; 006.3 D5378i 2025.

Note

Exemple cité – La date de l’automatisation ancestrale, soit une organisation de travail à la chaîne, est 1574 et non 1104 (page 217). – (Arsenal de Venise)

Image

Internal view of UNIVAC I (Alejandro Quintanar, 2016 07 16, Wikimedia Commons, CC-BY-SA-4.0)

« L’UNIVAC I (UNIVersal Automatic Computer I) est le premier ordinateur commercial réalisé aux États-Unis. Il a été créé par J. Presper Eckert et John Mauchly, déjà à l'origine de l’ENIAC et du BINAC. Avant que d’autres machines ne sortent dans la même série, l’UNIVAC I était tout simplement appelé UNIVAC. Le premier ordinateur est livré à l’United States Census Bureau le 30 mars 1951 et mis en service le 14 juin. » (Wikipédia)

Synthèse graphique


Taxonomie de l’intelligence artificielle (Bureau d’appui et d’innovation pédagogique – Polytechnique Montréal / Bibliothèque de Polytechnique Montréal, sous licence CC BY 4.0)

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22 février 2026

Proies / Andrée A. Michaud

Les abords de la Brûlée, du plus loin qu’on se souvienne, constituaient une retraite idéale pour qui voulait s’éloigner de son quotidien et goûter la fraîcheur que permettent les rivières.

Dès la première séquence du chapitre initial, le narrateur omniscient révèle les fondements de l’histoire. Ce prologue concerne les premières journées du drame, qui se déroule dans une ambiance de plus en plus oppressante, à la manière d’Edgar Allan Poe. Par la suite, de nouveaux rebondissements surviennent et l’histoire se complexifie, devenant encore plus captivante.

Aperçu

Le polar compte sept parties subdivisées en séquences et segments. Voici un aperçu des quatre premiers jours du récit.

I – La Brûlée

Mardi 18 août – Trois ados vont camper en forêt, sur le plateau surmontant la Brûlée : Abe, Jude et Alex. Au cours de leurs conversations, il se racontent des épouvantes, des cauchemars. Puis, soupçonnant la présence d’un voyeur, une atmosphère appesantie leur cause une nuit d’insomnie et de peur. Les jours suivants, pendant qu’ils circulent en forêt, d’autres indices renouvellent leur crainte. Le vendredi matin 21 août, en soulevant l’ouverture de sa tente, Alex voit la silhouette d’un homme masqué, en tenue de camouflage, armé d’une carabine.

II – La foire

Vendredi 21 août – Un double récit : les préparatifs et le déroulement de la foire agricole annuelle au village Rivière-Brûlée, d’une part, la traque des jeunes par le chasseur, d’autre part. Par temps orageux, l’inquiétude des parents des ados au cours de la fête, d’un côté, l’angoisse des campeurs apeurés, de l’autre côté. Les segments sont entrecroisés et l’intensité du récit s’amplifie d’un épisode à l’autre. La tension devient de plus en plus extrême. Elle provoque même des délires chez les ados et le chasseur.

III – La rivière au nom d’animal

Vendredi soir 21 août – Avec effroi, le chasseur constate la mort d’Abe qu’il avait blessée et ligotée quelques heures auparavant. Désemparé, pour se sortir du pétrin, il va quérir au village l’aide de son grand ami. L’histoire prend dès lors un nouveau tournant…

Appréciation

Un roman psychologique et policier d’une très grande intensité. Le style d’écriture est remarquable, en particulier pour certaines phrases très longues, les dialogues indirects et la segmentation de l’histoire en de courts épisodes. Les nombreux commentaires du narrateur, tant sur les personnages que sur les événements, amplifient l’atmosphère singulière du récit.

Référence

Michaud, Andrée A. – Proies. – Montréal : Québec Amérique, 2025 © 2022. – 374 p. – (Collection qa). – ISBN 978-2-7644-5520-3. – [Citation : p. 12]. – Prix Moussa Konaté du polar francophone et Prix Rivages des libraires.

Image

Paysage laurentien © Claude Trudel, Le monde en images, CCDMD.

14 février 2026

Fougères et plantes alliées


Un album affichant plus de 100 photos prises au Jardin botanique de Montréal, complété par un répertoire de ressources documentaires.

Ce livre numérique gratuit peut être téléchargé depuis ces plateformes :

Apple, Barnes & Noble, Fable, Fnac, Hugendubel, Indigo, Kobo, Smashwords, Thalia, Vivlio.

Présentation

Les photos affichées dans l’album Fougères et plantes alliées ont été prises au Jardin botanique de Montréal, dans la Serre des fougères, le Jardin du sous-bois et le Jardin des Premières-Nations. Elles donnent un aperçu de la diversité et de la richesse des collections végétales du Jardin botanique de Montréal.

Les espèces sélectionnées sont des Ptéridophytes : fougères et plantes alliées (lycopodes, prêles, sélaginelles). Ces plantes vasculaires ont la particularité de se reproduire par des spores.

Chaque espèce photographiée est ainsi identifiée : nom vernaculaire en français, nom vernaculaire en anglais, nom scientifique en latin (genre et épithète spécifique et, s’il y lieu, sous-espèce ou variété), nom scientifique de la famille botanique en latin. Les noms scientifiques sont écrits en italiques.

Les données sur les espèces proviennent des étiquettes du Jardin botanique de Montréal, sauf certains noms vernaculaires anglais. Des synonymes sont insérés entre crochets. Les noms scientifiques des familles sont uniformisés d’après la base de données Plants of the World Online.

Les espèces sélectionnées sont originaires de tous les continents, sauf de l’Antarctique. Les espèces indigènes au Québec sont spécifiées d’après la Base de données des plantes vasculaires du Canada.

L’album photos est complété par des références (bases de données, sites et livres botaniques), un index des familles botaniques et un index des noms latins. Les numéros indiqués dans les index correspondent à la numérotation des espèces affichées.

Ce livre peut être reproduit d’une façon identique à des fins éducatives non commerciales.

Image

Phégoptère du hêtre (Phegopteris connectilis, Aspleniaceae) © Claude Trudel

Article connexe

Albums botaniques

08 février 2026

L’île des âmes / Piergiorgio Pulixi


Une enquête d’Eva et Mara

«En Sardaigne, le silence est presque une religion. L’île est composée de distances infinies et de silences ancestraux qui ont quelque chose de sacré. […] Partout règne un silence pénétrant. L’homme ne cherche pas à dominer la nature, car il la craint. C’est une peur inscrite dans son sang, fille d’époques révolues.»

Prologue

«Des cinq policiers affectés à l’enquête sur le meurtre de Dolores Murgia, je suis la seule encore en vie. […] Il est de ma responsabilité de finir le travail, même si tout le monde semble avoir oublié Dolores et les autres filles.»

Le récit compte 130 chapitres regroupés sous trois parties : Le jour des Morts (1-55), Le vent et le destin (56-111), Terre mauvaise (112-130).

I – Le jour des Morts

Le chapitre initial est saisissant. Il se situe en Sardaigne, dans les montagnes de la Barbagia, plus précisément dans la vallée d’Aratu. L’épisode se déroule un soir de novembre, en 1961. Attiré par l’odeur de sang humain, un jeune chien quitte promptement son maître, un enfant qu’il vient de réveiller par son grognement. Le chien, puis l’enfant qui l’a rejoint découvrent le cadavre d’une femme dans une antique construction en pierres. Tout à coup, un géant masqué surgit des entrailles du temple. Il met le feu au cadavre, les flammes se répandant ensuite au maquis. L’enfant, accompagné de son chien, retourne dans son lit. Il continuera d’être tourmenté par la femme au masque bovin pour le restant de ses jours.

Le style d’écriture, la richesse du vocabulaire, les portraits notables des personnages et les descriptions minutieuses des lieux rendent bien compte de l’atmosphère lugubre et mystérieuse du récit. À titre d’exemple, citons les expressions relatives au géant : silhouette gigantesque, antique divinité forestière, dieu-animal, être à l’aspect humain, quoique cyclopéen, géant, ogre, démon.

Aux chapitres 2 à 5, des policiers entrent en scène.
Sardaigne méridionale, octobre 2016.
Questure [préfecture de police] de Cagliari, bureau de la section Homicides et violences aux personnes, nouvelle et expérimentale Unité des crimes non élucidés.
Moreno Barrali, inspecteur en chef de la police d’État.
Mara Rais, inspectrice en chef.
Giacomo Farci, commissaire en chef.
Eva Croce, enquêtrice spécialisée dans les sectes et meurtres rituels (de Milan, mutée en Sardaigne).
Les situations personnelles de ces personnages et leurs relations interpersonnelles sont présentées dans des contextes conflictuels.

Après avoir lu ces chapitres, le lecteur peut observer de nouveau la couverture du livre et comprendre l’à-propos d’un personnage masqué à tête de bœuf étendu par terre et des flamants roses au milieu d’un plan d’eau.

Les protagonistes, les lieux et l’ambiance sont révélés. Le récit se poursuit et les événements s’entrecroisent tout au long de cette première partie. La plupart des chapitres portent sur les introspections des personnages et, sous forme de dialogues, sur des informations relatives à l’époque nuragique. Seuls quelques chapitres concernent directement des meurtres, dont le dernier intitulé Sanctuaire nuragique de Santa Vittoria, Serri. Sans surprise, en lien avec le prologue : la découverte du cadavre de Dolores Murgia.

II – Le vent et le destin

Là, l’enquête policière surgit et les investigations sont menées à fond de train. Alors que la partie précédente avait un caractère sentimental et didactique, la deuxième partie du roman est assurément d’une vive intensité poignante. Les épisodes dramatiques et les bouleversements stupéfiants se multiplient, notamment des suicides suspects. Au cours du récit, la révélation d’un lien avec le meurtre rituel relaté au chapitre 1.

III – Terre mauvaise

Le dénouement de l’enquête policière est surprenant. Celui du récit en abyme, relaté tout au long du roman, en de nombreux chapitres, au cœur de la Barbagia supérieure, est confondant.

A una bida nche l’ant ispèrdida in sa nurra de su notte. Custa morte est creschende li lugore a sa luna. Abba non naschet si sàmbene non paschet. *

Épilogue

Les ultimes réflexions et décisions d’Eva Croce, en échos aux propos du prologue. La dernière conversation téléphonique avec sa collègue Mara Rais, préfigurant des retrouvailles.

Appréciation

Outre ses qualités littéraires, déjà soulignées, ce roman suscite la découverte de la Sardaigne, de ses villes, villages et paysages, mais aussi de la préhistoire et de l’histoire des Sardes.

Référence

Pulixi, Piergiorgio. – L’île des âmes. – Traduit de l’italien par Anatole Pons-Reumaux. – Paris : Éditions Gallmeister, 2022. – 557 p. – (Collection Totem, n° 214). – ISBN 978-2-35178-842-4. – [Citations : p. 23; 11, 12; 20 et 551]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : PUL Pie il ; Pulixi P981i.

* Note

Cette prière est citée deux fois dans le roman :

Sous un lourd masque de bois, la voix caverneuse du géant récita une sorte de prière adressée aux astres : [texte de la prière, p. 20]. La traduction de la troisième phrase est ainsi formulée, p. 22 : «L’eau pour naître doit de sang se repaître…»

2° [texte de la prière récitée par Bastianu Ladu, p. 551], récita-t-il en levant les yeux vers le ciel noir de nuages.]

Traduction et interprétation par intelligence artificielle

Ce texte est rédigé en sarde, une langue romane parlée en Sardaigne. Il s’agit d’un extrait poétique ou lyrique au ton sombre et philosophique.

Voici une traduction et une explication de sa signification :

Traduction en français

«Une vie, ils l’ont perdue dans la noirceur de la nuit.
Cette mort fait grandir la lumière sur la lune.
L’eau ne naît pas si le sang ne nourrit pas.»

Signification et interprétation

Le texte utilise des métaphores fortes et contrastées (vie/mort, lumière/nuit, eau/sang) pour explorer des thèmes universels de sacrifice et de renaissance :

La perte tragique : La première phrase établit un événement tragique, la perte d’une vie dans l’obscurité.

La transformation de la mort : La deuxième phrase introduit un paradoxe : la mort n’est pas une fin absolue, mais une source d’énergie ou de lumière (elle «fait grandir la lumière sur la lune»).

Le cycle de la vie et du sacrifice : La dernière phrase conclut par une affirmation existentielle profonde : la pureté de la vie (l’eau) ne peut émerger sans la violence ou le sacrifice (le sang versé).

Le message général suggère qu’il y a un prix à payer pour l’existence, la croissance ou la rédemption, et que la tragédie et le sacrifice sont des éléments nécessaires du cycle de la vie.

Image

Rupestre M. Ortobene (Max.oppo, Commons Wikimedia, CC BY-SA 3.0) – Nuoro (Wikipedia, Wikipédia)

Sur la Toile

Sardaigne

Carte géographique de la Sardaigne (OpenStreetMap)
Portail de la Sardaigne

Préhistoire

La Sardaigne préhistorique (Jonathan Ozcelebi, Sources)
Découvrez la Sardaigne / La route des nuraghes (Petit Futé)
Culture nuragique

Sites particuliers

Fonni (rivière Aratu)
Nuraghe
Visite du Sanctuaire nuragique de Santa Vittoria (plan et photos)
Santa Vittoria di Serri : le début des fouilles
Tombes des géants

01 février 2026

Une histoire de la Rome antique


SPQR
Histoire de l’ancienne Rome

C’est une chose importante que la Rome antique. [...] Deux mille ans plus tard, elle continue de soutenir l’édifice de la politique et de la culture occidentales, de façonner ce que nous écrivons, notre vision du monde et la place que nous y occupons.

L’œuvre de l’historienne britannique Mary Beard couvre le premier millénaire de l’histoire romaine, de la fondation légendaire de Rome en 753 av. J.-C. à 212, alors que la citoyenneté romaine à part entière est décrétée pour tout habitant libre de l’empire.

Précédée par des cartes géographiques et suivie de compléments, son histoire de la Rome antique est ainsi agencée : prologue, récit en 12 chapitres, épilogue.

Les chapitres regroupent les trois périodes historiques de Rome : Royaume (II-III), République (I, IV-VIII), Empire (IX-XII). Les deux premières périodes sont relatées d’une façon chronologique, tandis que la troisième période fait l’objet d’une étude transversale. Plus d’une centaine d’illustrations accompagnent les exposés.

Les cartes : L’ancienne Rome et ses voisins, Le paysage de Rome, L’Italie romaine, La ville de Rome durant la période impériale (plan du Forum romain en annexe). Les compléments : Bibliographie, Remerciements, Crédits des illustrations, Index.

L’ouvrage bénéficie de la traduction exemplaire du texte anglais par Simon Duran.

Prologue

Mary Beard souligne l’importance de l’histoire de la Rome antique dès les premières lignes de son ouvrage citées ci-dessus. Elle illustre cette assertion par quelques exemples : l’assassinat de César comme modèle de tous les tyrannicides, l’organisation du territoire impérial romain, certaines conceptions de la liberté, de la citoyenneté et de l’impérialisme, une partie de notre vocabulaire politique, des adages et idiotismes, la popularité de l’Énéide de Virgile.

Le renouveau de l’historiographie de la Rome antique est ensuite abordé en soulignant la publication novatrice de l’Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain d’Edward Gibbon, ainsi que les récentes fouilles archéologiques et découvertes de nouveaux documents manuscrits.

L’autrice précise ainsi le but de son ouvrage : L’histoire de Rome continue de s’écrire, et n’a jamais cessé de s’écrire. […] En d’autres termes, l’histoire romaine est un travail toujours en cours. Ce livre représente ma contribution à ce vaste programme; il propose ma vision de l’importance du sujet. Elle précise que son livre s’intéresse plus spécifiquement à l’histoire de l’expansion et aux raisons de la longévité de la Rome antique. Cette approche personnelle est reprise et développée dans l’épilogue.

La signification du sigle SPQR, dont l’origine remonte au temps de Cicéron : Senatus Populusque Romanus, soit en français le Sénat et le peuple romain.

Récit

Le chapitre liminaire porte sur un moment aussi crucial que dramatique qui se déroule à la fin de la période républicaine : la conjuration de Catilina, en 63 av. J.-C., dont un épisode est figuré ci-dessus par le peintre Cesare Maccari.

Intitulé L’heure de gloire de Cicéron, ce chapitre saisissant est typique de la démarche historique, méthodologique et didactique de Mary Beard. Comme les chapitres suivants, il compte plusieurs sous-titres : SPQR, 63 av. J.-C.; Cicéron contre Catilina; Au Sénat; Triomphe – et humiliation; Chroniquer les événements; Une autre version de l’histoire; Notre Catilina ? Huit illustrations accompagnent l’exposé.

Pourquoi Mary Beard commence-t-elle son histoire de la Rome antique par cet événement, plutôt que de relater d’abord l’origine de Rome ? Qui sont les protagonistes et quels sont les groupes en présence ? Quel est le moment décisif de l’histoire ? Comment évaluer la victoire de Cicéron et la fin de Catilina ? Quelles sont les sources documentaires du récit ? Peut-on formuler une autre interprétation de l’histoire ? Pourquoi cet événement est-il rappelé jusqu’à nos jours, tel un écho récurrent ? Ces questions sont formulées presque textuellement par l’historienne. Ses réponses sont éloquentes.

À titre d’exemple, citons ce passage sur l’actualité du sujet de ce chapitre : La ferme réaction de Cicéron – débouchant sur des exécutions sommaires – illustrait dans sa forme la plus brutale une problématique qui continue, encore aujourd’hui, de nous troubler. Est-il légitime d’éliminer des « terroristes » en s’affranchissant du cadre légal ? Jusqu’où peut-on aller dans le sacrifice des libertés publiques au nom de la sécurité nationale ?

Ce chapitre initial annonce la période impériale et introduit la période royale. À cet égard, il reflète bien les transitions remarquables d’un chapitre à l’autre que présente Mary Beard. L’analyse critique des sources documentaires est aussi exemplaire, tant pour les écrits anciens que pour les découvertes archéologiques.

Les chapitres suivants :

Période royale : Au commencement, Les rois de Rome
Période républicaine : Le grand bond en avant, Un monde plus vaste, De nouvelles politiques, De l’empire aux empereurs, Le front intérieur
Période impériale : Les métamorphoses d’Auguste, Quatorze empereurs, Possédants et démunis, Rome hors de Rome.

Ces chapitres décrivent les rouages des institutions à travers le temps. Par ailleurs, les chapitres Le front intérieur et Possédants et démunis, ainsi que des passages d’autres chapitres, portent sur la société, les classes sociales et la vie quotidienne à Rome, en Italie et dans l’Empire romain.

Épilogue

L’historienne conclut son ouvrage en deux temps : l’importance de l’an 212 et sa vision de l’histoire de la Rome antique.

L’importance de l’an 212 est soulignée sous deux aspects : les conséquences de la décision révolutionnaire de l’empereur Caracalla accordant la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’empire; la crise générale du IIIe siècle menant à l’effondrement du modèle augustinien. C’est un tournant dans l’histoire : Durant son second millénaire, Rome fut en fait un nouvel État dissimulé sous un ancien nom.

Mary Beard témoigne ensuite de son intérêt soutenu pour l’étude de la Rome antique: J’ai passé une bonne partie des cinquante dernières années de ma vie avec les « Romains du premier millénaire ». [1965-2015 / Ses recherches et ses réflexions sont donc contemporaines des nombreuses interventions militaires américaines sur plusieurs continents, dont les guerres du Vietnam et d’Irak.]

Sa conclusion : Il n’existe pas de modèle romain que nous pourrions simplement suivre. […] Mais je suis de plus en plus convaincue que nous avons une quantité immense de choses à apprendre – aussi bien sur nous-mêmes que sur notre passé – en nous confrontant à l’histoire des Romains, à leur poésie et à leur prose, à leurs controverses et leurs raisonnements.

Bibliographie

La bibliographie commentée est exhaustive (33 pages). La première section présente une bibliographie générale sur ces thèmes : littérature ancienne, textes des inscriptions et des papyrus; études historiques récentes, références générales (dictionnaires, cartographie, guide touristique). La seconde section présente des bibliographies particulières pour l’épilogue, chacun des chapitres et l’épilogue. Fait à noter : la bibliographie originale a été reformulée pour y introduire des références rédigées en français, grâce à l’aide de Beatrice Lietz.

Exemples d’ouvrages généraux cités dans la première section : Bibliotheca classica selecta (BCS) et Itinera electronica pour les textes latins; Hodoi Elektronikai pour les textes grecs; Centre for the Study of Ancient Documents (CSAD) pour l’épigraphie grecque et romaine; Orbis – The Stanford Geospatial Network Model of the Roman World pour la simulation d’itinéraires à travers le monde romain.

Appréciation

Une œuvre magistrale à tous points de vue !

Références

Livre

Beard, Mary. – SPQR. Histoire de l’ancienne Rome [Titre original : SPQR. A History of Ancient Rome © 2015]. – Traduit de l’anglais par Simon Duran. – Paris : Perrin, 2022 © 2016. – (Collection tempus, n° 864). – 724 p. – ISBN 978-2-262-09741-7. – [Citations : p. 13, 15, 24, 657, 661, 662]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : 937 BEA ; 937 B3684s 2016.

Autrice

Mary Beard (Wikipédia / Wikipedia)

Image

Conjuration de Catilina (Cesare Maccari, 1889, Wikimedia Commons)

Le tableau est reproduit et légendé aux pages 34-35. Il est commenté aux pages 33-39. Par ailleurs, le sujet du tableau fait l’objet du chapitre initial intitulé L’heure de gloire de Cicéron (p. 21-62).

Critiques

S.P.Q.R. : Histoire de l'ancienne Rome (Babielo)

Articles connexes

Cicéron / Stephan Zweig
Les Massacres du Triumvirat / Antoine Caron

24 janvier 2026

Le Bureau des affaires occultes


Le roman initial de la série Le Bureau des affaires occultes, par Éric Fouassier, se déroule en France à l’époque de la monarchie de Juillet (1830-1848).

Prologue – Un enfant de 12 ans est en fuite. Il trouve refuge dans un labyrinthe de glaces.

Double enquête

Valentin Venne, jeune inspecteur à la brigade des mœurs, est muté à la brigade de sûreté, sous l’autorité du commissaire Jules Flanchard. Sa mission : éclaircir le suicide du fils unique de Charles-Marie Dauvergne, tout nouveau député à la Chambre. Cette enquête a manifestement des implications politiques dans le contexte de l’avènement de Louis-Philippe, roi des Français.

La deuxième enquête de Valentin Venne, à caractère personnel, porte sur la traque d’un tueur en série qui s’en prend à des enfants. En lien avec les circonstances relatées dans le prologue, elle fait l’objet de plusieurs chapitres et de l’épilogue intitulés Journal de Damien : 4, 9, 15, 21, 27, 32, Épilogue.

Les péripéties sont parfois cousues de fils blancs. Le style d’écriture est plaisant, mais le roman aurait gagné à être abrégé pour soutenir davantage l’intérêt. Par contre, les portraits des personnages et les descriptions des liens sont bien rendus.

Dans la Note de l’auteur, à la fin du roman, Éric Fouassier spécifie le but de son roman et explique le choix de l’époque de la monarchie de Juillet pour le déroulement du récit.

Référence

Fouassier, Éric. – Le Bureau des affaires occultes. – Paris : Albin Michel, 2022. – 445 p. – (Collection Le Livre de poche, n° 36494). – ISBN 978-2-253-10772-9. – Bibliothèque de Montréal et BAnQ : FOU Eri bu v.1 et Fouassier F762b - v.1.

Image

Plan de la ville de Paris / Préfecture de police, rue de Jérusalem (A. M. Perrot, 1834) – (Commons Wikimedia)

17 janvier 2026

Comment tout finira / Katie Mack


Nous sommes une espèce tiraillée entre la conscience de son insignifiance fondamentale et la capacité de se projeter très au-delà de l’existence ordinaire, dans le néant, pour résoudre les mystères les plus fondamentaux du cosmos.

Le livre de Katie Mack, intitulé Comment tout finira (astrophysiquement parlant) comprend neuf chapitres, suivis des remerciements d’usage et d’un note biographique sur l’autrice :

1 – Introduction
2 – Du Bing Bang [Grand Boum] à nos jours

3 – Le Big Crunch [grand écrasement]
4 – La mort thermique [Big Freeze, Heat Death]
5 – Le Big Rip [grand déchirement]
6 – La désintégration du vide
7 – Le rebond [Big Bounce]

8 – L’avenir du futur
9 – Épilogue

Le survol de la table des matières laisse entrevoir la structure et les thèmes abordés dans l’ouvrage : une introduction sur le but et le contenu du livre, une rétrospective sur l’histoire de l’Univers; la fin du cosmos selon cinq modèles hypothétiques; des réflexions sur le devenir de l’Univers.

Une citation témoignant de l’approche didactique et du style de l’autrice :

Si l’on part de quelques supposés physiques assez élémentaires et raisonnables, il semble bien n’y avoir que trois avenirs possibles pour un univers en expansion, et tous sont relativement similaires à ce qui peut arriver à une balle qu’on lance en l’air.

Ce livre de vulgarisation scientifique ne contient pas de bibliographie, mais il compte 90 notes infrapaginales. Voici les pages des figures, non listées dans l’ouvrage:

1. - Temps de parcours de la lumière (31)
2. - Diagramme de la lumière se déplaçant dans l’espace-temps (35)
3. - Carte de l’Univers observable (43)
4. - Le spectre du corps noir dans le fond diffus cosmologique (46)
5. - Le fond diffus cosmologique (48)
6. - La frise chronologique du cosmos (61)
7. - Illustration de l’expansion cosmique (76)
8. - Illustration du décalage Dropper (77)
9. - Expansion cosmique et décalage vers le rouge (80)
10. - Univers ouvert, clos et plat et leur évolution au fil du temps (103)
11. - Le rayon de Hubble aujourd’hui et dans le futur (114)
12. - La taille apparente des galaxies lointaines (116)
13. - Densité de la matière, rayonnement et constance cosmologique dans le temps (127)
14. - Évolution de l’énergie noire (145)
15. - Chronologie du Big Rip (149)
16. - Échelle des distances cosmiques (154)
17. - Potentiel du champ de Higgs avec un état de faux vide (184)
18. - La bulle du vrai vide (187)
19. - Illustration de l’effet du passage d’une onde gravitationnelle (203).

Les livres sur la cosmologie sont intéressants, car il porte sur la compréhension de l’origine, de l’évolution et du devenir de l’Univers. À cet égard, celui de Katie Mack est représentatif.

Référence

Mack, Katie. – Comment tout finira (astrophysiquement parlant). – Traduit de l’américain par Anatole Muchnik. – Montréal : Éditions MultiMondes, 2022. – 171 p. – ISBN 978-2-89773-299-8. – [Citations : p. 16, 84]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : 523.19 MAC ; 523.19 ; 523.19 M1532c 2022.

Image

L’Univers observable – Représentation logarithmique de l’Univers observable avec quelques objets astronomiques remarquables (Pablo Carlos Budassi, Commons Wikimedia, CC BY-SA 4.0)

The Observable Universe – Cette image a été affichée sur le site Astronomy Picture of the Day (APOD), le 23 novembre 2025.

Sur la Toile

Katie Mack (Wikipédia)
Katherine (Katie) Mack, astrophysicist (site de l’autrice)

Un fort biais d'âge des supernovas bouleverse le modèle cosmologique standard (Éric Simon, Ça se passe là-haut, 13 novembre 2025) – (Audio, 19:14 min)

The Dark Energy Spectroscopic Instrument (DESI)

11 janvier 2026

Meurtres chez les Dominicains


Une troisième enquête du frère Athelstan et du coroner Cranston à l’époque de la guerre de Cent Ans (1337-1453), par l’écrivain britannique Paul Doherty.

Prologue – Deux frères sont assassinés dans l’église des Dominicains, au cœur d’un vaste domaine bordant la Tamise, au sud-ouest de Londres. Puis dans la seconde partie du prologue, un passage énigmatique : «L’homme se tenait au coin de la venelle immonde, située en face de St Erconwald, et fixait la masse sombre et lugubre de l’église.»

En l’an 1379

Comme le prologue, le chapitre initial compte deux séquences disjointes. D’abord, une réception somptueuse au palais de Savoie. Avant la fin du festin, le seigneur de Crémone, invité du régent Jean de Gand, duc de Lancastre, soumet à Cranston une vieille énigme : comment éclaircir les décès de quatre personnes mortes de terreur dans une chambre écarlate? Un huis clos insoluble : un défi piège lancé au coroner. Ensuite, le narrateur présente Athelstan, son chat Bonaventure, son cheval Philomel, son potager et une truie, son minable presbytère, son église délabrée, mais en rénovation, et ses paroissiens si typiques.

Le lecteur est dès lors confronté à six meurtres, deux survenus récemment à Londres et quatre perpétrés il y a longtemps en Lombardie. Puis, au chapitre suivant, la découverte d’un squelette découvert par des ouvriers sous l’autel en réparation. Des enquêtes prometteuses en perspective !

Laissons au lecteur le plaisir de suivre le récit des enquêtes criminelles et leurs résolutions.

Comme dans les aventures précédentes, ce polar fourmille d’épisodes hilarants et rocambolesques.

Références

Livre

Harding, Paul [Paul Doherty]. – Sacrilège à Blackfriars. Troisième des riches et navrantes aventures du frère Athelstan. – [Titre original : Murder Most Holy] – Traduit de l’anglais par Anne Bruneau et Christiane Poussier. – Paris : 10-18, 2000 © 1992. – 277 p. – (Collection Grands détectives). – [Citation : p. 12]. – ISBN 2-264-02826-2. – Bibliothèques de Montréal : HAR Pau sa.

Auteur

Paul Charles Doherty (Wikipédia)
Paul Doherty (site de l’auteur)

Image

Plan de Londres vers 1300 (Grandiose, Commons Wikimedia, CC BY-SA 3.0)

Sur la Toile

In brief – London in the late-Middle Ages (The History of London)

Londres et sa configuration monumentale (Jean-Philippe Genet)

Londres est-elle une capitale ? (Jean-Philippe Genet, Éditions de la Sorbonne, 2005)

Plan de Londres au XIIIe siècle (J. R. Green, Une Brève Histoire du Peuple Anglais, 1893)

03 janvier 2026

La conjuration de Dante


Un polar alambiqué, mais bien ficelé.
En prime, l’argot du milieu policier français.



Sur l’image composite de la couverture du livre, un cerveau.



Dès le début du chapitre initial, le lecteur est saisi par une machination étonnante et audacieuse :

Jeudi 4 avril 2024, Paris 5e, 2 h 54

«La place du Panthéon bruissait du ronronnement des rares véhicules qui glissaient rue Soufflot, en épousant les rondeurs de la montagne Sainte-Geneviève. […] Vingt-cinq mètres plus bas, dans les entrailles de l’humble colline, une opération commando se déroulait en silence.»

Le chapitre suivant ajoute un nouvel événement intrigant et déconcertant :

Jeudi 4 avril 2024, Paris 15e, 8 h 23

Sur le trottoir, un motard dépose subitement un individu inconscient au pied de Louise Vernay, commissaire de police au Viginum. En prononçant ces paroles mystérieuses : «Tous les couvercles seront levés, et d’au-dedans sortiront les cris des hérésiarques et des disciples de toute secte. Celui-ci souffrira comme les autres, depuis son tombeau brûlant. Pourrez-vous le sauver?»

Ces faits sont évoqués sur la 4e page de couverture.

Le décor est mis.

Au cours des premiers chapitres, notamment, les autopsies de cadavres, les dissections circonstanciées de cerveaux et les mutilations prégnantes de victimes sont nombreuses. Ces premiers chapitres sont saisissants, mais les suivants sont captivants. Toutefois, les multiples introspections de la protagoniste sont longues et répétitives.

Les connaissances scientifiques, médicales, littéraires et architecturales intégrées au récit sont étendues. D’un épisode à l’autre, les liens se tissent et se dévoilent petit à petit, malgré des rebondissements et retournements stupéfiants. Le lecteur suppute de plus en plus d’hypothèses sur l’identité des criminels et leur mobile plus ou moins avéré.



Les chapitres sont datés à la manière de certains romans de l’écrivain québécois Jean-Jacques Pelletier. Les chapitres portant sur les événements contemporains se déroulent en Europe : France, Italie, Belgique, Angleterre, Portugal, Suisse et Vatican. Mais plusieurs chapitres mis en abyme relatent des faits antérieurs survenus aux États-Unis d’Amérique, en Suède et au Portugal : 7 (Princeton, 1955), 10 (Philadelphie, 1955), 14 (Haverhill, 1907), 18 (Wichita, 1978); 22 (Stockholm, 1666); 30 (Sintra, 2017).

Référence

Papillon, Fabrice. – La conjuration de Dante. – Paris : Éditions du Seuil, 2025 © 2024. – (Points Thriller, n° P6371). – 517 p. – ISBN 979-10-414-2058-2. – [Citations : p. 9, 26]. – BAnQ : Papillon P216c.

Image

Castelo dos Mouros / Château des Maures (Diego Delso, Commons Wikimedia, CC BY-SA 4.0)

«Le soleil fondit derrière la ligne d’horizon, embrassant le ciel et l’océan d’un feu incandescent. Bientôt la nuit plongerait Sintra dans les ténèbres. Depuis la cime du château, l’obscurité naissante annonçait l’éclipse du monde des vivants et le sacre des défunts dont l’âme s’apprêtait à remonter les entrailles du parc.» (p. 247)

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