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19 septembre 2026

Griffintown / Marie Hélène Poitras


Le jour se lève sur Griffintown après le temps de survivance, les mois de neige et de dormance.

Le roman de Marie Hélène Poitras compte six chapitres, incluant des récits mis en abyme. Le style de l’autrice est dynamique. Les phrases sont ciselées, les personnages bien campés et les lieux décrits d’une façon captivante. La structure du récit est remarquable, les récits en abyme permettant d’approfondir les péripéties et leur contexte historique.

Voici un aperçu du chapitre initial.

La botte

On revient toujours à Griffintown, là où la rédemption est encore possible. On y meurt parfois aussi. Les bottes aux pieds, de préférence. […] Comme les cochers, les chevaux qui échouent à Griffintown traînent plusieurs vies derrière eux. On les prend tels qu’ils sont. C’est pour eux aussi, bien souvent, le cabaret de la dernière chance.

Le chapitre nous introduit dans le monde des cochers et des chevaux du Vieux-Montréal, dont l’écurie est située dans Griffintown. Il nous révèle un monde traditionnel aujourd’hui disparu : L’âge d’or est révolu, tout le monde le sait. […] Un jour – et ce jour approche –, cette tradition et tout le legs de connaissances cochères qui l’accompagne disparaîtront.

Les personnages sont graduellement introduits dans le récit. Leurs portraits sont à la fois élaborés et saisissants : Paul Despatie, le propriétaire de l’écurie, et Billy, le palefrenier, qui hivernent à l’écurie, puis les cochers John, Evan, Grande Folle, Indien, Christian, Gerry, Roger, Joe, Georges, Lloyd, Robert, Georges, et Rôdeur.

À ces anciens cochers, de retour pour la nouvelle saison estivale, se joignent quelques pieds-tendres, des apprentis ayant suivi des cours à l’Institut d’hôtellerie pour devenir cochers, dont Marie, une cavalière en manque de chevaux. Après la visite de l’écurie, peu y resteront.

Les chevaux, de différentes races, sont aussi décrits avec minutie, par exemple : Jackie, Maggie, Garden Lou; Poney, Pearl, Champion, Magesté, Lucky; Sunny, Lady, Cheyenne, Rambo, Belle Starr.

Enfin, les commissionnaires, au service des cochers, et l’usurier, surnommé la Mouche, sont aussi partie prenante du monde des cochers.

Soudain, le drame : la disparition subite de Paul Despatie, la découverte inopinée d’une de ses bottes, puis celle tragique de son cadavre près du ruisseau une semaine plus tard. Deux balles au cœur. Un meurtre.

Le commentaire du narrateur : On a liquidé le patron. L’ordre des choses, jusque-là immuable, vient d’être renversé. Il y aura des questions d’honneur à soupeser, peut-être une vengeance à orchestrer et probablement un message à décoder. Les hommes de chevaux vont devoir rétablir la justice ou s’en fabriquer une et l’imposer.

Les chapitres suivants (récits en abyme) :

La deuxième botte (Le cheval fondateur)
La conquête (Le Rôdeur, Le dernier Irlandais, L’homme qui avait croisé un Windigo, Ray le pendu)
Du plomb dans l’œil (La crinoline, Errances du cow-boy solitaire)
Dernier hennissement avant la fuite (Le prétendant, La Rose au cou cassé)
Le chœur de la rédemption.

Appréciation

Une histoire touchante, dramatique. Un monde de misère, de souffrance, de survivance. Un témoignage fictif, mais mémorable, sur le monde des hommes de chevaux à jamais disparu.

Référence

Poitras, Marie Hélène. – Griffintown. – Québec (Québec) : Éditions Alto, 2013. – 210 p. – ISBN 978-2-89694-132-2. – [Citation : p. 13, 15, 17, 17, 18, 41]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : POI Mar gr ; Poitras P757g.

Image

Griffintown © Claude Trudel, 6 août 2025.

Critiques

Griffintown / Extrait du roman Griffintown, par Marie Hélène Poitras, avec l’aimable autorisation des éditions Alto [p. 13-17] (L’actualité)

Marie Hélène Poitras : une pied-tendre dans la ville (Chantal Guy, La Presse, 15 avril 2012)

Griffintown (Éric Dumais, La Bible urbaine, 12 juin 2012)

Marqueuse de parole (Pierre-Paul Ferland, Lectures critiques VI, Observatoire de l’imaginaire contemporain, 2013)

Marie Hélène Poitras remporte le prix France-Québec pour son roman Griffintown (Société Radio-Canada, 24 octobre 2013)

Griffintown, de Marie Hélène Poitras (Société Radio-Canada, 12 mai 2016)

Expériences contemporaines du temps dans les fictions québécoises / Le western et l’expérience du temps dans Griffintown de Marie Hélène Poitras et À la recherche de New Babylon de Dominique Scali (Voix et Images, Volume 44, numéro 2 (131), hiver 2019, p. 13–24 © Université du Québec à Montréal, 2019)

Griffintown (Babelio)

30 août 2026

La disparition de Rita Sinclair


C’est la couverture de livre qui a d’abord retenu mon attention : une ancienne photographie du belvédère du mont Royal et le titre du livre sur un fond de couleur vieux rose. Puis une présentation de l’intrigue sur la quatrième de couverture. Enfin, la curiosité de découvrir des aspects méconnus de la métropole au début du 20e siècle m’a incité à lire ce polar.

Le roman

La disparition de Rita Sinclair de l’autrice Céline Beaudet, aux Éditions Québec Amérique, est assurément un roman policier. Mais c’est aussi un roman social, voire un roman engagé et féministe.

L’intrigue policière

14 mai 1912 – Un nouveau départ

L’intrigue du roman policier fait l’objet de la première partie du prologue. François Arbour, constable à Sainte-Anne-de-Bellevue, rencontre le détective Édouard Lavergne pour l’aider à résoudre la disparition de Rose Sinclair. Cette jeune étudiante est inscrite en demi-pension à la nouvelle école normale du Collège Macdonal de l’Université McGill. Elle est la fille du banquier Herbert Sinclair, qui réside dans le quartier du Mille carré doré. Pour des motifs similaires, le père de Rose et le principal du collège, James Wilson Robertson, souhaitent une enquête rapide et discrète.

La seconde partie du prologue porte sur Édouard Lavergne. Sous la direction de Silas Carpenter, Lavergne travaille au Bureau des détectives du service de police de Montréal. Suite à l’abolition de ce bureau, en janvier 1912, Lavergne perd son emploi. Son père, le juge Aimé Lavergne, l’aide à s’établir à son compte dans l’édifice Salaberry situé au coin sud-est de l’intersection des rues Sherbrooke Est et Saint-Denis. Ayant surtout des contrats d’enquêtes routinières sur des affaires conjugales, Édouard Lavergne accepte volontiers l’offre imprévue de François Arbour.

La dimension sociale

Le récit se déroule sur une vingtaine de chapitres, un bon nombre portant exclusivement sur des entretiens interpersonnels et des causes sociales, dont celles-ci : les inégalités sociales, les suffragettes, la promotion des parcs et terrains de jeux, la lutte contre la tuberculose, la mortalité infantile, l’hygiène publique, l’urbanisme, l’éducation traditionnelle des jeunes filles, les fabiens, l’emprise de l’Église catholique, l’émancipation des femmes, l’alimentation déficiente des enfants pauvres, les campagnes de propreté, etc.

La vie montréalaise au début du 20e siècle est largement présente dans le roman, notamment chez la haute bourgeoisie anglophone de l’ouest de la métropole. À titre d’exemple : les propriétés à Sainte-Anne-de-Bellevue et Senneville, les nouvelles tours à logements sur l’avenue du Parc, certains restaurants, les magasins de luxe, le Collège Macdonald (Université McGill), les associations de bienfaisance, les voyages à l’étranger, les soins de santé privés, l’aménagement paysager de terrains privés, etc.

La documentation

L’autrice documente la dimension sociale de son roman, à la fin du livre, sous un chapitre complémentaire intitulé Histoire et fiction : quelques précisions. Les critiques, citées ci-dessous, soulignent aussi le caractère documentaire du livre.

Référence

Beaudet, Céline. – La disparition de Rose Sinclair. – Montréal : Québec Amérique, 2026. – 208 p. – ISBN 978-2-7644-5728-3. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : roman québécois ; Beaudet B3732d.

Image

Women’s residence, Macdonald College (Sainte-Anne-de-Bellevue, entre 1903 et 1913) – (BAnQ)

Sur la Toile

La disparition de Rose Sinclair (Céline Beaudet) (Avis de lecture – Polars et romans noirs, blogue littéraire de Michel Roberge, août 2026)

Enquêter dans les silences du Montréal de 1912 / La disparition de Rose Sinclair (Michaël Grégoire, Le Carnet, 4 juillet 2026)

«C'est un roman féministe, historique, avec une intrigue policière» : Céline Beaudet s'intéresse à la disparition la fille d'un riche banquier dans son deuxième roman (Frédérique De Simone, TVA nouvelles, 6 juin 2026)

La disparition de Rose Sinclair (Babielo)

23 août 2026

L’enfer du commissaire Ricciardi


Le style d’écriture de Maurizio De Giovanni suscite l’intérêt et captive l’attention, avant même de s’attarder à l’intrigue. C’est le trait marquant du roman policier L’enfer du commissaire Ricciardi. Outre la structure magistrale du récit, les portraits des personnages sont saisissants et les scènes dramatiques sont relatées d’une façon émouvante, bouleversante, pathétique.

Aperçu

L’auteur italien confie son récit romanesque à un narrateur anonyme et omniscient.

Le polar compte 71 chapitres non titrés. Voici un aperçu des cinq premiers que j’intitule ainsi : La chute du professeur, Au môle de l’Immacolatella, Un cœur brisé, La vraie chaleur, Luigi Alfredo Ricciardi. Bien sûr, sans parler de l’intrigue policière.

[ 1 ] – La chute du professeur

«Le professeur tombe.»

Cette phrase correspond au premier paragraphe de l’incipit. Tel un leitmotiv, elle est reprise plusieurs fois au cours du récit. Comme d’autres romans policiers débutent par un meurtre, on peut présumer que le professeur est victime d’un crime.

Pendant la chute de la victime, qui se déroule a une vitesse vertigineuse, le narrateur décrit les réactions réflexes du corps : les bras qui s’écartent, la respiration instinctive, les yeux qui se ferment et la grimace anticipant l’impact au sol. Ces faits sont accompagnés d’informations circonstancielles : l’été, le soir, le bref corps à corps qui a causé la chute du professeur, l’a défenestré. Il s’agit bien d’un assassinat.

Mais la plus grande partie du chapitre décrit un tableau cérébral fragmentaire imaginé par le narrateur : «Le professeur tombe et, pendant sa chute, ses pensées se brisent en mille petits morceaux, des éclairs de conscience […].» Ces fragments apportent de multiples informations sur la vie du professeur. C’est un conférencier éloquent, un pédiatre n’aimant pas les enfants, un gynécologue-obstétricien, un chirurgien fier de sa personne et de son rang social, riche et prétentieux, bosseur, titulaire d’une chaire de médecine, marié ayant un fils et une maîtresse, et âgé de plus de 50 ans.

Le chapitre compte cinq pages, mais le drame relaté a duré «à peine plus de deux secondes après que les pieds du professeur ont quitté le plancher, vingt-deux mètres plus haut». C’est dire l’habileté et le talent de l’auteur à composer cette narration.

Bilan – On ignore l’identité du professeur, mais on connaît sa personnalité et sa profession, la marque de sa voiture, et le prénom de sa maîtresse logée dans un appartement tout neuf dans un quartier opulent de Naples. De l’assassin, on sait uniquement qu’il est assez fort pour attaquer, empoigner et défenestrer sa victime.

[ 2 ] – Au môle de l’Immacolatella

Sans lien apparent avec le chapitre précédent, le deuxième chapitre se déroule dans le port, au départ d’un paquebot. Dans ce contexte émotif où des gens quittent pour l’Amérique et d’autres les regardent partir, deux enfants conversent sur les motifs des émigrants et sur l’éventualité de leur hypothétique et future émigration. Les portraits de ces enfants, non identifiés, sont saisissants.

«Il avait douze ans mais en affichait bien une centaine dans le regard, les mains noires et abîmées qui apprenaient le métier, le corps maigre et nerveux enveloppé dans une veste usée et maintes fois retournée qui avait appartenu on ne sait plus à qui, on ne sait plus quand. Elle avait onze ans, mais une bonne centaine autour de sa bouche, serrée pour cacher sa fatigue et retenir ses larmes, le nez étroit sur des lèvres fines, les sourcils froncés sur sa détermination à survivre.»

À la fin du chapitre, cette volonté murmurée par la fille : « Je serai heureuse.»

[ 3 ] – Un cœur brisé

Première phrase : «Je serai heureuse, pensa Enrica.»

Une transition astucieuse, mais intrigante. Ce monologue révèle que le récit du chapitre précédent est en abîme, tout en dévoilant, semble-t-il, le prénom de la fille.

Sur le pont d’un bateau, après une peine amoureuse, la jeune femme Enrica se demande si elle a bien fait de fuir la ville de Naples. Les péripéties évoquées dans le chapitre 3 ont trait aux sentiments ressentis envers l’homme dont elle était amoureuse, au cours des derniers mois.

Les autres personnages : les parents d’Enrica; Rosa, tante et gouvernante de l’homme convoité; la femme fréquentée par l’homme convoité; le directeur de l’Institut où Enrica avait obtenu son diplôme pour devenir enseignante.

[ 4 ] – La vraie chaleur

Le récit en crescendo sur la chaleur crée l’atmosphère pesante dans laquelle baigne l’intrigue du roman. Sa rédaction est exemplaire. À titre d’exemple, ces citations discontinues, dont la dernière renvoie au titre du polar :

Une fois l’an, dans cette ville, arrive la chaleur, une vraie chaleur.
La chaleur, la vraie chaleur, ne survient pas à l’improviste.
Le premier jour de chaleur, le soleil fait une apparition redoutée.
Au fur et à mesure que les heures passent, le soleil se fait toujours plus féroce.
La chaleur, la vraie, ne dure pas longtemps et, sauf exception, ces quelques jours arrivent entre le début et le milieu du mois de juillet
.
La chaleur, la vraie chaleur, vient de l’enfer.

[ 5 ] – Luigi Alfredo Ricciardi

C’est l’entrée en scène du commissaire. Le début de l’enquête policière.

Référence

De Giovanni, Maurizio. – L’enfer du commissaire Ricciardi. – Traduit de l’italien par Odile Rousseau. – Payot & Rivages, 2020. – 510 p. – (Rivages/Noir, n° 1086). – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : DEG Mau en ; De Giovanni D3179e. – [Citations : Chapitre 1, p. 9, 9, 13 ; Chapitre 2, p. 14, 19 ; Chapitre 3, p. 20 ; Chapitre 4, p. 26, 27, 27, 28, 31, 32].

Image

Photo du port de Naples (Wolfgang Moroder, Commons Wikimedia, 30 octobre 2016, CC-BY 2.5)

16 juin 2026

Trois pas vers le sud


Le forgeron sait que son ouvrage touche à sa fin quand son regard ne se fixe plus sur l’aurore.

○

Précédé d’une dédicace, de trois épigraphes (Homère, Spinoza, Platon) et d’une table, le roman Trois pas vers le sud de Miquel de Palol compte dix parties titrées par des segments textuels en italique. C’est le premier volume du cycle du Troiacord.

○

Le segment initial de la première phrase du récit : Si les Troyens peuvent voir le fils de Ménèce avec des armes si brillantes. Il initie un incipit à caractère géométrique. Le plan des environs de la basilique gothique Santa María del Mar, dans le quartier du Born à Barcelone, fait l’objet d’une randonnée descriptive. Puis cette promenade se transforme en scénographie où des personnes convergent. Soudain. Au milieu, un tir, un seul. Gabriel.

Un seul personnage est identifié dans cette première partie du roman, alors qu’une constellation de personnages entre en scène au cours de la partie suivante. Alors que la première partie est spatiale et actuelle, la deuxième est temporelle et circonstanciée : Dans l’immédiat, Hier soir, Il y a quelques jours, Trois jours après, Pour le moment, Samedi, Deux mois, Hier soir. Le narrateur (protagoniste) signale au lecteur que l’heure est venue d’assister à la plus spectaculaire des comédies, celle de la régénération. L’affaire du camée révèle les relations et les liens familiaux entre plusieurs personnages, tandis que le narrateur trace un portrait exhaustif d’Augusta.

À 100 km de Barcelone – Au cours de la troisième et de la quatrième partie du récit, l’entraînement du double de Gabriel se déroule au massif des Guilleries. En deux phases : la déconstruction; l’éducation. Après avoir raconté et oublié sa vie sous contrainte, Damià Retxa s’approprie celle de Gabriel van Egmont. En parallèle, le protagoniste et ses complices spéculent sur le déroulement et l’importance de la mission projetée. Un long monologue du narrateur permet aussi de relier ces péripéties aux épisodes des parties antérieures.

Barcelone – Cinquième partie : Des bataillons en marche, agités / Damià Retxa mis à l’épreuve dans son rôle au cours d’une réunion du conseil d’administration de l’entreprise et de rencontres sociales. En plus, des figurants surgis de son existence antérieure. Plusieurs dialogues et didascalies sont notés comme dans une pièce de théâtre.

Double révélation problématique dans la partie suivante, l’une concernant l’entreprise, l’autre le passé de Damià. Le narrateur trace un portrait exhaustif d’Hyaline.

Massif des Guilleries – L’éphémère illusion du moi / Damià épluche frénétiquement certaines vidéos et pose moult questions, sans obtenir de réponses satisfaisantes.

Barcelone – Phrase initiale de la huitième partie : « Et tout est vain. Ou il n’y a rien qui nous console, encore moins Damià. » Révélation sur des relations mafieuses, suivies de deux rencontres. Pendant la réunion du conseil d’administration, en présence d’invités étrangers, Damià excelle dans son rôle en présentant son projet Troiacord. Mais, un peu plus tard, au cours d’une rencontre sociale, il s’effondre en pleurant à chaudes larmes.

Un ange sans nom et sans visage / Un nouveau narrateur, l’avocat travaillant depuis peu dans l’entreprise où le protagoniste fut auparavant président du conseil d’administration. La scène de l’échange du prisonnier Gabriel contre des documents est actualisée, l’avocat ayant pour mission la remise de papiers au représentant des ravisseurs.

— Gabriel, non ! Gabriel… en écho au premier assassinat.

Appréciation

Le style d’écriture est remarquable, mais la trame du récit circulaire est alambiquée.

Les auteurs et les ouvrages classiques cités dans le roman, ainsi que les discussions philosophiques, sont innombrables. Le lectorat visé par l’auteur est apparemment celui des érudits. Tout ça est bagatelle.

Référence

Palol, Miquel de. – Trois pas vers le sud. – Le Troiacord I. – Double bande pentagonale à vingt voix sur l’écliptique du dodécaèdre. – Traduit du catalan par François-Michel Durazzo. – Paris et Veules-les-Roses : Éditions Zulma, 2024. – 200 p. – (Collection Z). – ISBN 979-10-387-0235-6. – [Citations : p. 20, 15, 20, 21, 349, 394]. – Bibliothèque de Montréal et BAnQ : PAL Miq tr v.1 ; Palol P181t.

Image

Basilique Sainte-Marie-de-la-Mer de Barcelone (Jordiferrer, Wikipédia, CC BY-SA 4.0)

Critiques

Trois pas vers le sud / Miquel de Palol (Babelio)

09 mai 2026

La Grande Révolte en Angleterre


Les souvenirs enfouis peuvent remonter à la surface. Ce qui n’est que de l’histoire pour un individu est une vivace et persistante réalité pour un autre.

Un roman policier à caractère historique, par Paul Doherty.

Une citation tirée des Lettres de John Ball est insérée au début de chacune des cinq parties du polar.

Aperçu

Une délégation italienne est logée depuis quelques jours à l’hôtellerie des Dominicains, située en bordure de la Tamise. Elle comprend Matteo Fieschi, procureur général de l’ordre des Dominicains, frère Alberic, âgé de 35 ans, ancien chevalier au service des Visconti de Milan et secrétaire du procureur général, frère Cassian et frère Isidore, deux jeunes dominicains, assistants du procureur général.

Avec étonnement, le 12 juin 1381, Alberic est trouvé mort dans sa chambre d’hôte, une longue dague plantée près du cœur. Aussitôt, le prieur Anselm confie l’enquête à Athelstan, dominicain et curé de la paroisse de Saint-Erconwald à Southwark. Les circonstances de l’assassinat s’avèrent mystérieuses : aucun signe de résistance chez la victime, des documents confidentiels disparus et le huis clos de la pièce. Quelques heures plus tard, Athelstan échappe à deux tentatives de meurtre.

Dans les annales de l’Angleterre, cette journée est identifiée à la révolte des paysans et à leurs alliés dans la capitale. Inspirés par le prêtre John Ball, plusieurs insurgés veulent renverser l’ancien ordre. Dirigés par Wat Tyler, des rebelles assaillent le prieuré et demandent à inspecter le prieuré de fond en comble. Anselm refuse net. Les rebelles se retirent, mais Tyler avise Athelstan de la disparition de ses paroissiens.

Tous ces événements se déroulent sous le règne de Richard II, âgé de 14 ans, alors que son pouvoir royal est convoité par Jean de Gand, duc de Lancastre. Et la mission diplomatique de la délégation italienne s’insère dans ce contexte conflictuel.

Ce sont là quelques épisodes relatés dans la première partie du récit. Ils connaîtront de multiples développements dans les parties suivantes. Comment Athelstan va-t-il résoudre les différents meurtres et l’énigme de la mort d’Édouard II, le grand-père de Richard II ?

Remarque

Paul Doherty, romancier et professeur d’histoire médiévale, encadre son récit par deux notes.

La Note historique porte sur l’histoire tumultueuse de la famille royale anglaise à l’époque des rois Édouard II (1307-1327), Édouard III (1327-1377) et Richard II (1377-1399).

Le sort mystérieux d’Édouard II, la révolte des paysans et le personnage John Ferrour font l’objet de la Note de l’auteur qui s’achève ainsi : « Finalement, les romans historiques reflètent souvent une réalité bien ancrée dans les faits plutôt que dans la fiction. »

Références

Doherty, Paul. – La Grande Révolte. – Traduit de l’anglais par Christiane Poussier et Nelly Markovic. – Paris : Éditions 10/18, 2018 © 2016. – 331 p. – (Collection Grands détectives). – ISBN 978-2-264-07221-4. – [Citations : p. 49, 331]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : DOH Pau gr  ; Doherty D6557g.

Révolte des paysans anglais (Wikipédia)

Image

John Ball encourageant les rebelles de Wat Tyler (Artiste inconnu, dans les Chroniques de Jean Froissart, vers 1470 / British Library, Commons Wikimedia)

Plan de Londres


Carte de Londres en 1381 : A - Clerkenwell ; B - Prieuré Saint-Jean ; C - Smithfield ; D - Prisons de la Fleet et de Newgate ; E - Hôtel de Savoie ; F - Temple (en) ; G - Blackfriars ; H - Aldgate ; I - Mile End ; J - Westminster ; K - Southwark ; L - Prison de Marshalsea ; M - London Bridge ; N - Tour de Londres.

Carte de Londres en 1381 – (8 mai 2013, CC BY-SA 3.0, Wikipédia)

Oiginal plan by William R. Shepherd (1871 - 1934); vectorisation by Grandiose; additional work by hchc2009 — Travail personnel basé sur : Map of London, 1300.svg et Plan of London in 1300.jpg; additional detail after Marjorie B. Honeybourne’s map of London under Richard II, 1940. – Map of the British city of London in around 1381.

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25 avril 2026

Le monastère hanté / Robert Van Gulik

Quand la foudre détruit une maison et tue ses habitants, faites-vous comparaître la foudre devant votre tribunal ?

Une enquête du célèbre juge Ti

Une violente tempête surprend le juge Ti en pleine montagne, avec ses femmes, ses servantes et son lieutenant Tao Gan. Ils se réfugient alors au Monastère du nuage matinal.

Au cours de son bref séjour dans ce monastère taoïste, le juge Ti va en profiter pour enquêter sur les décès suspects de trois femmes survenus récemment en ce lieu. De fil en aiguille, il va aussi enquêter sur la mort mystique de l’ancien père abbé.

○

Les particularités du polar sont typiques des romans du prolifique écrivain néerlandais Robert Van Gulik (1910-1967) :

– un plan en relief du monastère et la liste des personnages, en début d’ouvrage;

– des intrigues nombreuses et bien ficelées;

– un titre descriptif pour chaque chapitre; par exemple :

Mystérieux conciliabule dans une vieille tour; le juge Ti voit une femme nue à travers une fenêtre qui n’existe pas

– des illustrations de l’auteur dans le style chinois; par exemple : 

Le juge Ti et Tao Gan dans la resserre

– des vers intégrés au récit; par exemple ce poème de Tsong Li :

Vraies amours, fausses amours,
Amours d’hier ou de toujours…
Plus et moins,
Ça va très bien.
Que le Ciel nous garde
De moins et moins.

– le taoïsme comparé au confucianisme; par exemple, selon le sage taoïste Souen Ming :

Le taoïsme prend les choses à l’endroit où Confucius les a laissées ! Le confucianisme explique comment l’homme doit se conduire dans une société bien faite. Le taoïsme, lui, nous montre les rapports qui existent entre l’homme et l’Univers… rapports dont l’ordre social n’est qu’un aspect.

Une Note et la Table sont ajoutées après le récit.

○

La lecture de ce roman policier est fort agréable.

Référence

Livre

Van Gulik, Robert. – Le monastère hanté (Les Nouvelles Enquêtes du juge Ti). – Traduit de l’anglais par Roger Guerbet. – Avec huit illustrations de l’auteur dans le style chinois. – Paris : Éditions 10/18, 1984 © 1963. – 183 p. – (Collection Grands détectives). – ISBN 978-2-264-00608-0. – [Citations : p. 167, 11, 28, 54, 69]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : VAN Rob mo ; Van Gulik V253m.

Auteur

Robert van Gulik (Wikipédia)

Image

Yin et Yang (Wikimedia)

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21 mars 2026

813, une aventure d’Arsène Lupin


Un classique ayant pour auteur Maurice Leblanc (1864-1941).

Pourquoi lire les classiques (Italo Calvino) : « Toute relecture d’un classique est une découverte, comme la première lecture. »

Aperçu

Attardons-nous au chapitre initial : Le massacre.

L’histoire se déroule au Palace-Hôtel de Paris. Une quinzaine de personnages entrent en scène, dont ceux-ci : le multimillionnaire Rudolf Kesselbach, son secrétaire Chapman et son domestique Edwards; le chef de la sûreté Lenormand et l’inspecteur de police Gourel; Arsène Lupin (bien sûr); Dolorès Amonti; le juge d’instruction Formerie et le médecin légiste; le directeur de l’hôtel et le domestique Gustave Beudot; les clients Reverdat, Giacomini et Parbury.

Le récit est presque tout en dialogue, d’où son dynamisme. Les personnages sont clairement définis et les décors sont esquissés. Les péripéties s’enchaînent rapidement. L’illustration du premier meurtre est saisissante. Cet assassinat et les suivants, suscitant moult interrogations, justifient le titre du chapitre.

Édition critique

La nouvelle édition d’Adrien Goetz est enrichie par une Préface et une Note sur l’édition, insérées avant le roman, et un Dossier ajouté après le récit.

Préface (29 pages)

Adrien Goetz situe l’oeuvre de Maurice Leblanc, dont ses publications dédiées à Arsène Lupin, dans le contexte littéraire et politique de son époque, soit de la fin du 19e siècle au début du 20e siècle. Le style de l’auteur est notamment caractérisé.

Note sur l’édition (2 pages)

« 813 est paru d’abord en feuilleton dans Le Journal de mars à mai 1910; puis la même année, en un volume, aux Éditions Pierre Lafitte. Le texte que nous publions est celui de l’édition Pierre Lafitte parue en 1917. […] Nous reprenons quelques illustrations de l’édition de 1917, par Marcel Lecoultre, qui accompagnent certains passages marquant de l’intrigue. »

Dossier complémentaire :

Chronologie (24 pages)

La chronologie (1814-2023) contient les dates importantes de la vie de Maurice Leblanc, mais aussi celles d’Arsène Lupin.

Bibliographie (5 pages)

La bibliographie compte quatre sections : Éditions de 813, Éditions complètes des « Aventures d’Arsène Lupin », Ouvrages critiques, Articles critiques.

Notice (9 pages)

La notice compte deux sections : À héros multiforme, ouvrage multiforme; Le feuilleton, antichambre du roman. La première section porte sur les éditions successives du roman, tandis que la seconde souligne les caractéristiques des feuilletons très populaires au début de 20e siècle. Les années de publication sont indiquées et les tirages successifs sont chiffrés.

Notes (31 pages)

Les notes relèvent les variantes du récit d’une édition à l’autre, apportent des précisions historiques (faits, personnages, lieux), mentionnent des sources littéraires, précisent le sens de certains termes, etc.

La Table des matières est insérée à la fin du volume.

Commentaire

La plume de Maurice Leblanc est vive et captivante, mais plusieurs péripéties du polar sont invraisemblables. Par ailleurs, loin d’être un gentleman cambrioleur, le protagoniste est souvent égocentrique, arrogant, manipulateur, cruel ou sadique.

Les textes d’Adien Goetz sont instructifs et fort intéressants.

Références

Leblanc, Maurice. – 813. – Édition d’Adrien Goetz. – Paris : Éditions Gallimard, 2025. – 618 p. – (Folio classique, n° 7568). – ISBN 978-2-07-308381-4. – [Citation : p. 37-38]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : LEB Mau hu J ; Leblanc L445h.

Calvino, Italo. – Pourquoi lire des classiques. – Traduit de l’italien par Jean-Paul Maganaro et Christophe Mileschi. – Paris : Gallimard, 2023 © 2018 [2002]. – 416 p. – (Folio, n° 6431). – ISBN 978-2-07-045115-9. – [Citation : p. 10]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : 809 CAL (2018).

Glinoer, Anthony. – Les classiques littéraires. Introduction à une sociologie. – Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal (PUM) : 2025. – 150 p. – (Espace littéraire). – ISBN 978-2-7606-5259-0. – BAnQ : 801.3 G561c 2025.

Image

Arsène Lupin - 813 - affiche de Poulbot (Commons Wikimedia)

Sur la Toile

« Arsène Lupin a les qualités du héros de roman populaire… sans être monolithique » (Jacques Derouard, spécialiste de Maurice Leblanc, Le Monde, 8 avril 2021)

Maurice Leblanc (Bibliothèque numérique, TV5 Monde)

Maurice Leblanc (Balladodiffusions, Radio-France)

Articles connexes

Romans policiers

14 mars 2026

Le micro-âge / Liu Cixin


Au point de départ, insérons le récit de science-fiction Le micro-âge dans la trame cosmique.

L’Univers est âgé de 13,8 milliards d’années. Le Système solaire s’est formé il y a environ 4,5 milliards d’années. La vie sur la Terre est apparue il y a quelque 4,3 milliards d’années. L’humain actuel résulte d'une longue évolution qui s’étend sur plusieurs millions d’années. Les premières civilisations ont émergé en Mésopotamie, en Égypte, dans la vallée de l’Indus et en Chine il y a quelques milliers d’années.

○

Le Précurseur savait maintenant qu’il était le dernier être humain dans l’Univers.

L’élément perturbateur à l’origine de l’histoire est la prévision d’un bref flash d’énergie qui conduirait à la perte d’environ 5 % de la masse solaire. Les astrophysiciens avaient calculé que cet événement se produirait 18 millénaires plus tard.

Deux siècles après cette prévision, l’humanité envoie une mission spatiale chargée de trouver une autre planète habitable propice à la civilisation. Les sept membres de l’équipage du vaisseau interstellaire sont appelés Précurseurs. Au retour de l’expédition, après un voyage de 23 ans dans l’espace, sans réponse à ses messages envoyés à la Terre, un seul Précurseur avait survécu. En temps terrestre, cela correspondait à 25 000 ans.

La Terre était noir et blanc.

Telle lui apparut la Terre au moment de son positionnement orbital. Soudain, le Précurseur reçoit un signal vidéo. À partir de là, lorsqu’il aperçoit l’image d’une ville, l’histoire change de trajectoire…

La nouvelle de science-fiction, publiée au début du 21e siècle, compte six parties. Les paragraphes précédents portent sur la première partie et l’amorce de la deuxième partie.

Liu Cixin, une fois de plus, nous présente une histoire enlevante, riche d’imprévus et d’informations scientifiques.

Références

Livre

Liu Cixin. – « Le micro-âge », dans L’Équateur d’Einstein. – Nouvelles complètes 1. – Édition préparée sous la direction de Gwennaël Gaffric. – Paris : Actes Sud, 2025 © 2022. – 649 p. – (Collection Babel, n° 2015). – ISBN 978-2-330-18850-4. – Pages 251-294; première publication originale en chinois : 2001. – [Citation : p. 253]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : LIU Cix no v.1 ; Liu L7832e.

Auteur

Liu Cixin (Wikipédia)

Image

Sun Emits a Solstice CME (NASA)

Articles connexes

Avec ses yeux / Liu Cixin
L’Instituteur du village / Liu Cixin

07 mars 2026

Quatuor / Anna Enquist


J’ai choisi ce livre sur une étagère de romans policiers.
Pourquoi ?
Le titre.
L’image de la page de couverture.
Le résumé de la quatrième page de couverture.

○

Le programme télévisé habituel s’est interrompu pour cette émission spéciale, illustrée par les reporters de correspondants chevronnés.

Le roman compte 49 chapitres.

Pendant sa lecture, en particulier aux chapitres 7, 10, 21, 27, 31, 36 et 37, le lecteur peut anticiper une intrigue policière. Mais celle-ci se déroule seulement au cours des dix derniers chapitres.

Alors, force est de constater que ce roman a un caractère plus sociologique que policier. Sa lecture est agréable, mais le lecteur attend longtemps avant « qu’il se passe quelque chose ».

Ces thèmes récurrents constituent l’essentiel du récit : l’accident mortel de deux enfants et le deuil de leurs parents, le désintérêt général de la société envers la musique classique, l’abandon de l’État-providence à la faveur de l’idéologie néolibérale (en particulier dans les domaines de la santé, de la culture et des œuvres sociales), les politiciens, le sort des aînés.

Les dialogues et les introspections sur ces sujets sont innombrables. À titre d’exemple : La musique a perdu son importance, on ne l’enseigne plus et il y a longtemps que l’apprentissage d’un instrument ne fait plus partie des l’éducation des enfants. Les écoles de musique ont été fermées, les orchestres dissous, les formations professionnelles se meurent. Et tout le monde s’en moque.

Des pièces musicales jouées par le quatuor au cours des péripéties : Le Quatuor des dissonances de Mozart, L’Art de la fugue de Bach, Le Quatuor à cordes n° 12 en fa majeur de Dvořák, Le Quatuor en sol mineur de Mozart, La Jeune Fille et la Mort de Schubert, Le Quatuor en ré mineur de Mozart.

Deux personnages sont présents du premier au dernier chapitre : Reinier Van Aalst, ancien professeur de musique et violoniste virtuose à la retraite, aidé par le jeune Djamil, joueur de soccer captivé par la musique classique. Les deux donnent sens au récit, comme en témoignent le chapitre initial et les dernières phrases du récit.

Référence

Enquist, Anna. – Quatuor. – Traduit du néerlandais par Emmanuelle Tardif. – Paris : Actes Sud, 2018. – 303 p. – (Collection Babel, n° 1508). – ISBN 978-2-330-08720-3. – [Citation : p. 240, 21, 7, 303]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : ENQ Ann qu ; Enquist E594q.

Image

Canaux d’Amsterdam © 2010, Marianne Quenneville-Dumont, Le monde en images, CCDMD.

Cette scène urbaine, prise sous un angle différent, est reproduite sur la page de couverture du livre Quatuor.

22 février 2026

Proies / Andrée A. Michaud

Les abords de la Brûlée, du plus loin qu’on se souvienne, constituaient une retraite idéale pour qui voulait s’éloigner de son quotidien et goûter la fraîcheur que permettent les rivières.

Dès la première séquence du chapitre initial, le narrateur omniscient révèle les fondements de l’histoire. Ce prologue concerne les premières journées du drame, qui se déroule dans une ambiance de plus en plus oppressante, à la manière d’Edgar Allan Poe. Par la suite, de nouveaux rebondissements surviennent et l’histoire se complexifie, devenant encore plus captivante.

Aperçu

Le polar compte sept parties subdivisées en séquences et segments. Voici un aperçu des quatre premiers jours du récit.

I – La Brûlée

Mardi 18 août – Trois ados vont camper en forêt, sur le plateau surmontant la Brûlée : Abe, Jude et Alex. Au cours de leurs conversations, il se racontent des épouvantes, des cauchemars. Puis, soupçonnant la présence d’un voyeur, une atmosphère appesantie leur cause une nuit d’insomnie et de peur. Les jours suivants, pendant qu’ils circulent en forêt, d’autres indices renouvellent leur crainte. Le vendredi matin 21 août, en soulevant l’ouverture de sa tente, Alex voit la silhouette d’un homme masqué, en tenue de camouflage, armé d’une carabine.

II – La foire

Vendredi 21 août – Un double récit : les préparatifs et le déroulement de la foire agricole annuelle au village Rivière-Brûlée, d’une part, la traque des jeunes par le chasseur, d’autre part. Par temps orageux, l’inquiétude des parents des ados au cours de la fête, d’un côté, l’angoisse des campeurs apeurés, de l’autre côté. Les segments sont entrecroisés et l’intensité du récit s’amplifie d’un épisode à l’autre. La tension devient de plus en plus extrême. Elle provoque même des délires chez les ados et le chasseur.

III – La rivière au nom d’animal

Vendredi soir 21 août – Avec effroi, le chasseur constate la mort d’Abe qu’il avait blessée et ligotée quelques heures auparavant. Désemparé, pour se sortir du pétrin, il va quérir au village l’aide de son grand ami. L’histoire prend dès lors un nouveau tournant…

Appréciation

Un roman psychologique et policier d’une très grande intensité. Le style d’écriture est remarquable, en particulier pour certaines phrases très longues, les dialogues indirects et la segmentation de l’histoire en de courts épisodes. Les nombreux commentaires du narrateur, tant sur les personnages que sur les événements, amplifient l’atmosphère singulière du récit.

Référence

Michaud, Andrée A. – Proies. – Montréal : Québec Amérique, 2025 © 2022. – 374 p. – (Collection qa). – ISBN 978-2-7644-5520-3. – [Citation : p. 12]. – Prix Moussa Konaté du polar francophone et Prix Rivages des libraires.

Image

Paysage laurentien © Claude Trudel, Le monde en images, CCDMD.

08 février 2026

L’île des âmes / Piergiorgio Pulixi


Une enquête d’Eva et Mara

«En Sardaigne, le silence est presque une religion. L’île est composée de distances infinies et de silences ancestraux qui ont quelque chose de sacré. […] Partout règne un silence pénétrant. L’homme ne cherche pas à dominer la nature, car il la craint. C’est une peur inscrite dans son sang, fille d’époques révolues.»

Prologue

«Des cinq policiers affectés à l’enquête sur le meurtre de Dolores Murgia, je suis la seule encore en vie. […] Il est de ma responsabilité de finir le travail, même si tout le monde semble avoir oublié Dolores et les autres filles.»

Le récit compte 130 chapitres regroupés sous trois parties : Le jour des Morts (1-55), Le vent et le destin (56-111), Terre mauvaise (112-130).

I – Le jour des Morts

Le chapitre initial est saisissant. Il se situe en Sardaigne, dans les montagnes de la Barbagia, plus précisément dans la vallée d’Aratu. L’épisode se déroule un soir de novembre, en 1961. Attiré par l’odeur de sang humain, un jeune chien quitte promptement son maître, un enfant qu’il vient de réveiller par son grognement. Le chien, puis l’enfant qui l’a rejoint découvrent le cadavre d’une femme dans une antique construction en pierres. Tout à coup, un géant masqué surgit des entrailles du temple. Il met le feu au cadavre, les flammes se répandant ensuite au maquis. L’enfant, accompagné de son chien, retourne dans son lit. Il continuera d’être tourmenté par la femme au masque bovin pour le restant de ses jours.

Le style d’écriture, la richesse du vocabulaire, les portraits notables des personnages et les descriptions minutieuses des lieux rendent bien compte de l’atmosphère lugubre et mystérieuse du récit. À titre d’exemple, citons les expressions relatives au géant : silhouette gigantesque, antique divinité forestière, dieu-animal, être à l’aspect humain, quoique cyclopéen, géant, ogre, démon.

Aux chapitres 2 à 5, des policiers entrent en scène.
Sardaigne méridionale, octobre 2016.
Questure [préfecture de police] de Cagliari, bureau de la section Homicides et violences aux personnes, nouvelle et expérimentale Unité des crimes non élucidés.
Moreno Barrali, inspecteur en chef de la police d’État.
Mara Rais, inspectrice en chef.
Giacomo Farci, commissaire en chef.
Eva Croce, enquêtrice spécialisée dans les sectes et meurtres rituels (de Milan, mutée en Sardaigne).
Les situations personnelles de ces personnages et leurs relations interpersonnelles sont présentées dans des contextes conflictuels.

Après avoir lu ces chapitres, le lecteur peut observer de nouveau la couverture du livre et comprendre l’à-propos d’un personnage masqué à tête de bœuf étendu par terre et des flamants roses au milieu d’un plan d’eau.

Les protagonistes, les lieux et l’ambiance sont révélés. Le récit se poursuit et les événements s’entrecroisent tout au long de cette première partie. La plupart des chapitres portent sur les introspections des personnages et, sous forme de dialogues, sur des informations relatives à l’époque nuragique. Seuls quelques chapitres concernent directement des meurtres, dont le dernier intitulé Sanctuaire nuragique de Santa Vittoria, Serri. Sans surprise, en lien avec le prologue : la découverte du cadavre de Dolores Murgia.

II – Le vent et le destin

Là, l’enquête policière surgit et les investigations sont menées à fond de train. Alors que la partie précédente avait un caractère sentimental et didactique, la deuxième partie du roman est assurément d’une vive intensité poignante. Les épisodes dramatiques et les bouleversements stupéfiants se multiplient, notamment des suicides suspects. Au cours du récit, la révélation d’un lien avec le meurtre rituel relaté au chapitre 1.

III – Terre mauvaise

Le dénouement de l’enquête policière est surprenant. Celui du récit en abyme, relaté tout au long du roman, en de nombreux chapitres, au cœur de la Barbagia supérieure, est confondant.

A una bida nche l’ant ispèrdida in sa nurra de su notte. Custa morte est creschende li lugore a sa luna. Abba non naschet si sàmbene non paschet. *

Épilogue

Les ultimes réflexions et décisions d’Eva Croce, en échos aux propos du prologue. La dernière conversation téléphonique avec sa collègue Mara Rais, préfigurant des retrouvailles.

Appréciation

Outre ses qualités littéraires, déjà soulignées, ce roman suscite la découverte de la Sardaigne, de ses villes, villages et paysages, mais aussi de la préhistoire et de l’histoire des Sardes.

Référence

Pulixi, Piergiorgio. – L’île des âmes. – Traduit de l’italien par Anatole Pons-Reumaux. – Paris : Éditions Gallmeister, 2022. – 557 p. – (Collection Totem, n° 214). – ISBN 978-2-35178-842-4. – [Citations : p. 23; 11, 12; 20 et 551]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : PUL Pie il ; Pulixi P981i.

* Note

Cette prière est citée deux fois dans le roman :

1° Sous un lourd masque de bois, la voix caverneuse du géant récita une sorte de prière adressée aux astres : [texte de la prière, p. 20]. La traduction de la troisième phrase est ainsi formulée, p. 22 : «L’eau pour naître doit de sang se repaître…»

2° [texte de la prière récitée par Bastianu Ladu, p. 551], récita-t-il en levant les yeux vers le ciel noir de nuages.]

Traduction et interprétation par intelligence artificielle

Ce texte est rédigé en sarde, une langue romane parlée en Sardaigne. Il s’agit d’un extrait poétique ou lyrique au ton sombre et philosophique.

Voici une traduction et une explication de sa signification :

Traduction en français

«Une vie, ils l’ont perdue dans la noirceur de la nuit.
Cette mort fait grandir la lumière sur la lune.
L’eau ne naît pas si le sang ne nourrit pas.»

Signification et interprétation

Le texte utilise des métaphores fortes et contrastées (vie/mort, lumière/nuit, eau/sang) pour explorer des thèmes universels de sacrifice et de renaissance :

● La perte tragique : La première phrase établit un événement tragique, la perte d’une vie dans l’obscurité.

● La transformation de la mort : La deuxième phrase introduit un paradoxe : la mort n’est pas une fin absolue, mais une source d’énergie ou de lumière (elle «fait grandir la lumière sur la lune»).

● Le cycle de la vie et du sacrifice : La dernière phrase conclut par une affirmation existentielle profonde : la pureté de la vie (l’eau) ne peut émerger sans la violence ou le sacrifice (le sang versé).

Le message général suggère qu’il y a un prix à payer pour l’existence, la croissance ou la rédemption, et que la tragédie et le sacrifice sont des éléments nécessaires du cycle de la vie.

Image

Rupestre M. Ortobene (Max.oppo, Commons Wikimedia, CC BY-SA 3.0) – Nuoro (Wikipedia, Wikipédia)

Sur la Toile

Sardaigne

Carte géographique de la Sardaigne (OpenStreetMap)
Portail de la Sardaigne

Préhistoire

La Sardaigne préhistorique (Jonathan Ozcelebi, Sources)
Découvrez la Sardaigne / La route des nuraghes (Petit Futé)
Culture nuragique

Sites particuliers

Fonni (rivière Aratu)
Nuraghe
Visite du Sanctuaire nuragique de Santa Vittoria (plan et photos)
Santa Vittoria di Serri : le début des fouilles
Tombes des géants

11 janvier 2026

Meurtres chez les Dominicains


Une troisième enquête du frère Athelstan et du coroner Cranston à l’époque de la guerre de Cent Ans (1337-1453), par l’écrivain britannique Paul Doherty.

Prologue – Deux frères sont assassinés dans l’église des Dominicains, au cœur d’un vaste domaine bordant la Tamise, au sud-ouest de Londres. Puis dans la seconde partie du prologue, un passage énigmatique : «L’homme se tenait au coin de la venelle immonde, située en face de St Erconwald, et fixait la masse sombre et lugubre de l’église.»

En l’an 1379

Comme le prologue, le chapitre initial compte deux séquences disjointes. D’abord, une réception somptueuse au palais de Savoie. Avant la fin du festin, le seigneur de Crémone, invité du régent Jean de Gand, duc de Lancastre, soumet à Cranston une vieille énigme : comment éclaircir les décès de quatre personnes mortes de terreur dans une chambre écarlate? Un huis clos insoluble : un défi piège lancé au coroner. Ensuite, le narrateur présente Athelstan, son chat Bonaventure, son cheval Philomel, son potager et une truie, son minable presbytère, son église délabrée, mais en rénovation, et ses paroissiens si typiques.

Le lecteur est dès lors confronté à six meurtres, deux survenus récemment à Londres et quatre perpétrés il y a longtemps en Lombardie. Puis, au chapitre suivant, la découverte d’un squelette découvert par des ouvriers sous l’autel en réparation. Des enquêtes prometteuses en perspective !

Laissons au lecteur le plaisir de suivre le récit des enquêtes criminelles et leurs résolutions.

Comme dans les aventures précédentes, ce polar fourmille d’épisodes hilarants et rocambolesques.

Références

Livre

Harding, Paul [Paul Doherty]. – Sacrilège à Blackfriars. Troisième des riches et navrantes aventures du frère Athelstan. – [Titre original : Murder Most Holy] – Traduit de l’anglais par Anne Bruneau et Christiane Poussier. – Paris : 10-18, 2000 © 1992. – 277 p. – (Collection Grands détectives). – [Citation : p. 12]. – ISBN 2-264-02826-2. – Bibliothèques de Montréal : HAR Pau sa.

Auteur

Paul Charles Doherty (Wikipédia)
Paul Doherty (site de l’auteur)

Image

Plan de Londres vers 1300 (Grandiose, Commons Wikimedia, CC BY-SA 3.0)

Sur la Toile

In brief – London in the late-Middle Ages (The History of London)

Londres et sa configuration monumentale (Jean-Philippe Genet)

Londres est-elle une capitale ? (Jean-Philippe Genet, Éditions de la Sorbonne, 2005)

Plan de Londres au XIIIe siècle (J. R. Green, Une Brève Histoire du Peuple Anglais, 1893)

03 janvier 2026

La conjuration de Dante


Un polar alambiqué, mais bien ficelé.
En prime, l’argot du milieu policier français.

○

Sur l’image composite de la couverture du livre, un cerveau.

○

Dès le début du chapitre initial, le lecteur est saisi par une machination étonnante et audacieuse :

Jeudi 4 avril 2024, Paris 5e, 2 h 54

«La place du Panthéon bruissait du ronronnement des rares véhicules qui glissaient rue Soufflot, en épousant les rondeurs de la montagne Sainte-Geneviève. […] Vingt-cinq mètres plus bas, dans les entrailles de l’humble colline, une opération commando se déroulait en silence.»

Le chapitre suivant ajoute un nouvel événement intrigant et déconcertant :

Jeudi 4 avril 2024, Paris 15e, 8 h 23

Sur le trottoir, un motard dépose subitement un individu inconscient au pied de Louise Vernay, commissaire de police au Viginum. En prononçant ces paroles mystérieuses : «Tous les couvercles seront levés, et d’au-dedans sortiront les cris des hérésiarques et des disciples de toute secte. Celui-ci souffrira comme les autres, depuis son tombeau brûlant. Pourrez-vous le sauver?»

Ces faits sont évoqués sur la 4e page de couverture.

Le décor est mis.

Au cours des premiers chapitres, notamment, les autopsies de cadavres, les dissections circonstanciées de cerveaux et les mutilations prégnantes de victimes sont nombreuses. Ces premiers chapitres sont saisissants, mais les suivants sont captivants. Toutefois, les multiples introspections de la protagoniste sont longues et répétitives.

Les connaissances scientifiques, médicales, littéraires et architecturales intégrées au récit sont étendues. D’un épisode à l’autre, les liens se tissent et se dévoilent petit à petit, malgré des rebondissements et retournements stupéfiants. Le lecteur suppute de plus en plus d’hypothèses sur l’identité des criminels et leur mobile plus ou moins avéré.

○

Les chapitres sont datés à la manière de certains romans de l’écrivain québécois Jean-Jacques Pelletier. Les chapitres portant sur les événements contemporains se déroulent en Europe : France, Italie, Belgique, Angleterre, Portugal, Suisse et Vatican. Mais plusieurs chapitres mis en abyme relatent des faits antérieurs survenus aux États-Unis d’Amérique, en Suède et au Portugal : 7 (Princeton, 1955), 10 (Philadelphie, 1955), 14 (Haverhill, 1907), 18 (Wichita, 1978); 22 (Stockholm, 1666); 30 (Sintra, 2017).

Référence

Papillon, Fabrice. – La conjuration de Dante. – Paris : Éditions du Seuil, 2025 © 2024. – (Points Thriller, n° P6371). – 517 p. – ISBN 979-10-414-2058-2. – [Citations : p. 9, 26]. – BAnQ : Papillon P216c.

Image

Castelo dos Mouros / Château des Maures (Diego Delso, Commons Wikimedia, CC BY-SA 4.0)

«Le soleil fondit derrière la ligne d’horizon, embrassant le ciel et l’océan d’un feu incandescent. Bientôt la nuit plongerait Sintra dans les ténèbres. Depuis la cime du château, l’obscurité naissante annonçait l’éclipse du monde des vivants et le sacre des défunts dont l’âme s’apprêtait à remonter les entrailles du parc.» (p. 247)

Article connexe

Le cerveau / Sophie Scott

01 décembre 2025

Le donjon du bourreau


Une deuxième enquête d’Athelstan et Cranston à l’époque de la guerre de Cent Ans (1337-1453).

Prologue – Les événements racontés se déroulent en des endroits éloignés l’un de l’autre, à deux dates différentes : au large de Famagouste (Chypre) en juin 1362 et à la Tour de Londres (Angleterre) en décembre 1377.

Meurtres – Au cours de l’hiver rigoureux de décembre 1377, peu de temps avant la fête de Noël, le gouverneur de la Tour de Londres est assassiné. Ce meurtre est suivi de plusieurs autres, de façon tout aussi énigmatique.

L’enquête est longue et semée d’embûches, mais elle est finalement résolue avec logique. Pendant les investigations effectuées par le coroner Cranston et son assistant, le frère Athelstan, d’anciens combats maritimes survenus à l’est de la Méditerranée sont évoqués.

Une enquête parallèle portant sur la profanation du cimetière de la paroisse de Saint-Erconwald est aussi menée avec brio. Toute la vie paroissiale du quartier Southwark est d’ailleurs racontée avec beaucoup de couleur et d’humour.

Tout au long du récit, la ville de Londres, avec ses gens, son ambiance et ses activités, est décrite avec précision et pittoresque. La description de la forteresse dénommée Tour de Londres, avec tous ses méandres et ses nombreuses constructions, est particulièrement captivante.

Un roman policier qui se lit avec beaucoup de plaisir !

Références

Livre

Doherty, Paul. – Les premières enquêtes de frère Athelstan / La galerie du rossignol, Le donjon du bourreau. – Traduit de l’anglais par Anne Bruneau et Christiane Poussier. – Paris : 10-18, 2018. – 571 p. – ISBN 978-2-2640-7395-2. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : DOH Pau pr ; Doherty D6557p.

Auteur

Paul Charles Doherty (Wikipédia)
Paul Doherty (site de l’auteur)

Image

Plan de la tour de Londres et de ses dépendances en 1597 (Commons Wikimedia)

«Le plan général établi à la fin du XIIIe siècle n'évolua pas malgré les activités ultérieures dans ces murs.» (Wikipédia)

26 octobre 2025

Le secret de Van Gogh / Éric Mercier


Dans la librairie Jasmin, située sur la ligne verte du métro, à la station Berri-UQÀM, la couverture du roman policier attire mon attention. Le portrait de Vincent Van Gogh. Le titre du livre. Le petit collant publicitaire : Prix des lecteurs, sélection 2025. Je lis la quatrième page de couverture, qui est captivante. Enfin, je lis une note au début de l’ouvrage : « À propos de l’auteur ». J’achète.

○

Le roman porte sur deux enquêtes reliées, mais parallèles : l’enquête sur le meurtre d’un riche homme d’affaires à la retraite et la recherche des propriétaires successifs de la peinture des Arlésiennes en promenade, un tableau peint à quatre mains par Paul Gauguin (1848-1903) et Vincent Van Gogh (1853-1890).

L’ouvrage compte plusieurs personnages, dont les deux principaux sont le commandant Frédéric Vicaux, qui fait partie de la Brigade criminelle de Paris, et sa compagne, l’historienne de l’art Anne Naudin.

Le roman est encadré par deux textes originaux : une lettre de Van Gogh à Gauguin, en date du 3 octobre 1888; un extrait du Registre des patients, rédigé par le Dr Théophile Peyron, daté du 9 mai 1889. Le premier texte constitue le prologue, le second suit l’épilogue.

Les 80 chapitres sont répartis en trois parties : L’oreille tranchée (1-25), La tuerie de Vitrolles (26-44) et John May (45-80). Une vingtaine de chapitres sont titrés Anne : 10, 14, 18, 24, 28, 32, 34, 36, 41, 43, 47, 49, 51, 59, 61, 63, 65, 67, 69, 70, 73. Cette distinction souligne les enquêtes parallèles des deux protagonistes.

○

Le premier chapitre se concentre sur l’assassinat d’un tueur à gages lors d’une opération policière. Les trois chapitres suivants relatent les rebondissements de cette affaire. La dernière ligne du chapitre 80 fait écho à ce fait divers.

L’enquête sur l’assassinat d’un riche homme d’affaires, commis dans le 17e arrondissement de Paris, débute au chapitre 5. Citons la scène de crime décrite par Vicaux : «Autour de nous, des flashs crépitent. Des techniciens glanent des indices – poils, peau, cheveux, terre, fibres textiles – et les glissent dans de petits sacs de plastique numérotés. Sans oublier bien évidemment la quête d’empreintes digitales à l’aide de poudre dactyloscopique et celle d’ADN. La routine.»

C’est un exemple représentatif des descriptions concises et précises qui fourmillent dans le récit.  Les brefs et colorés portraits sont aussi un des traits caractéristiques du roman : «L’homme qui vient de nous ouvrir semble avoir autour de quarante-cinq ans. Maigre comme un danseur anorexique, il se tient légèrement voûté. Le fardeau de son existence serait-il si lourd à porter ? Pour le reste, des cheveux brun foncé, gras et bouchés. Des yeux bleu vif évoquant ceux d’un husky, seule concession aux lois de l’hérédité. Des lèvres fines. Une dentition crénelée. Une cicatrice ancienne sur un menton carré comme une boîte de chaussures. Le tout logé sur un visage au teint crayeux typique des gens qui fument trop.»

Les dialogues sont vifs, quelques fois tranchants lors d’interrogatoires serrés. Ils dynamisent le récit, tout en révélant la personnalité des personnages. Bien sûr, ils sont essentiels au processus d’écriture, au déroulement de l’histoire.

○

Outre l’intrigue policière, le roman plonge la lectrice ou le lecteur dans le monde de l’art. Le lien entre le meurtre et l’implication de Anne, au sujet des Arlésiennes en promenade, se noue d’ailleurs dès le chapitre 9. Les informations sur les artistes, les œuvres marquantes, la peinture, les matériaux et les styles, entre autres, sont étayées avec minutie. De plus, les méandres du commerce des œuvres artistiques, en France comme à l’étranger, sont dévoilés au fur et à mesure de l’évolution de l’histoire.

La vie des couples et des familles, des protagonistes comme d’autres personnages, occupe une place significative tout au long du roman. La lectrice ou le lecteur qui aime connaître les sentiments des personnages sauront apprécier cette dimension du roman.

Référence

Mercier, Éric. – Le secret de Van Gogh. – Paris : Les Éditions de La Martinière (EDLM) / HarperCollins, 2025 © 2024. – 347 p. – (HarperCollins Poche, n° 705 Noir). – [Citations : p. 33, 60-61]. – Prix des lecteurs, sélection 2025. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : Nouveauté ; Mercier M5552s.

Image

Portrait de l’artiste (Van Gogh) – (Wikipédia)

28 septembre 2025

Furie / Alex Michaelides


À maintes reprises, au cours du récit, le narrateur s’adresse directement à la lectrice ou au lecteur. Saisissons quelques moments de cette pièce en cinq actes, pardon de ce roman policier.

Épigraphe

«Le caractère d’un homme est son destin.» (Héraclite)

Prologue

«Mon histoire est celle du vent. Celui qui balaie les îles grecques. Ce vent grec terrible, imprévisible. Celui qui rend fou.»

«Trois coups de feu, rapprochés». Quelques indices à noter…

ACTE I – 21 chapitres

Chapitre 1. – «L’histoire que je vais vous raconter est celle d’un meurtre. […] Je suis le narrateur de cette histoire – et aussi l’un de ses protagonistes.» Puis, le narrateur précise le but et les sources de son récit.

Le narrateur, dans les chapitres suivants, présente successivement les suspects : Lana Farrar (étoile de cinéma), Kate Crosby (actrice de théâtre), Nikos (gardien de l’île Aura), Elliot Chase (dramaturge, narrateur), Jason (2e mari de Lana), Aghati (gouvernante), Leo (fils de Otto et Lana). Le lecteur connaît maintenant les suspects, mais il ignore encore lequel d’entre eux est la victime…

Chapitre 12 – Intermède : introspection du narrateur.

Suite de l’histoire. – Un pique-nique sur la plage d’Aura, l’armurerie, un souper à Mykonos, une première consommation de cannabis, la soirée après le retour sur l’île.

Chapitre 13. – La scène du crime : la victime.

ACTE II – 22 chapitres

Londres. – Les premiers chapitres relatent les circonstances précédant le séjour en Grèce.

Chapitres 12 et suivants. – Le séjour à l’île d’Aura : les événements précédant le meurtre.

ACTE III – 15 chapitres

Les chapitres 1 à 13. – L’histoire des personnages et de leurs relations dans le milieu du théâtre à Londres, bien avant la tragédie.

La première phrase du chapitre 14 : «Retournons sur l’île, lors de la nuit du meurtre.»

Coup de théâtre.

ACTE IV – 10 chapitres

Rebondissements.

ACTE V – 7 chapitres

Dénouement.

Épilogue

«[…] permettez-moi, avant que nous nous séparions, de vous livrer un dernier récit.»

Appréciation

Un huis clos palpitant, ingénieusement construit.

Références

Livre

Michaelides, Alex. – Furie. – Traduit de l’anglais britannique par Nicolas Saint-Jean. – Paris : Calmann-Lévy, 2025 © 2024. – 352 p. – (Le Livre de Poche, n° 37955). – ISBN 978-2-253-25011-1. – [Citations : Prologue, p. 12; Acte I, p. 15; Acte III, p. 267; Épilogue : p. 348]. – Prix des lecteurs, sélection 2025.

Auteur

Alex Michaelides (Wikipedia)

Compléments

La structure d’une pièce de théâtre (Alloprof)

Le récit policier (Alloprof)
Le récit psychologique (Alloprof)
Roman psychologique (Wikipédia)

Image

Photo © 2024, Claude Trudel, Le monde en images, CCDMD.

14 septembre 2025

Avec ses yeux / Liu Cixin

Voici une œuvre émouvante, créée par l’écrivain de science-fiction chinois renommé, Liu Cixin. Depuis le Centre de navigation aérospatial, l’histoire se déroule dans deux lieux hostiles : le désert du Taklamakan et le cœur de notre planète.

Pendant le récit, des allusions révèlent et éclaircissent le sens de la nouvelle : Trois jours pour voir (Helen Keller), Clair de lune (Claude Debussy) et L’Enfer (Dante Alighieri).

Aperçu

Centre de navigation

Le narrateur, qui est aussi le personnage principal, obtient deux jours de congé, à condition d’apporter une paire d’yeux. Ces yeux fonctionnent selon le principe de la télédétection, c’est-à-dire qu’ils sont en réalité des lunettes offrant une expérience sensorielle complète : la vision, l’odorat, le goût, l’ouïe et le toucher.


Les yeux empruntés appartiennent à une jeune femme encapsulée. À sa demande, le protagoniste accepte de se rendre au désert du Taklamakan, situé à plus de 2 000 kilomètres du Centre de navigation. Le voyage dure environ un quart d’heure.

Les désirs exprimés et les émotions ressenties par la jeune femme sont intenses : «Elle voulait voir chaque fleur sauvage, chaque brin d’herbe, chaque rayon de soleil insufflant la vie à chaque buisson, elle voulait écouter chaque bruit de la prairie. Le moindre ruisselet qui surgissait sous nos pas, le moindre poisson nageant dans celui-ci l’émerveillait au plus haut point; le plus infime murmure de la brise, la moindre fragrance d’herbe portée par le vent lui arrachaient un sanglot…»

Crépuscule VI


Longtemps après son retour au Centre, le protagoniste s’informe du lieu où se trouve la jeune femme. Comme il l’avait soudainement soupçonné, elle fait partie de l’expédition Crépuscule VI envoyée au cœur de la Terre. Au moment de leur voyage synchrone au Taklamakan, la troglonaute franchissait la discontinuité de Gutenberg. Or, le vaisseau qui l’abritait n’était pas conçu pour y naviguer…

Terre transparente

Dans l’épilogue, l’accomplissement de l’histoire est ainsi formulé par le protagoniste : «Les années qui suivirent, je voyageai dans de nombreuses contrées. […] Une pensée en particulier apaisait mon âme : même aux confins de la Terre, je serais toujours aussi proche d’elle.»

Références

Livre

Liu Cixin. – « Avec ses yeux », dans L’Équateur d’Einstein. – Nouvelles complètes 1. – Édition préparée sous la direction de Gwennaël Gaffric. – Paris : Actes Sud, 2025 © 2022. – 649 p. – (Collection Babel, n° 2015). – ISBN 978-2-330-18850-4. – Pages 53-73; première publication originale en chinois : 1999. – [Citation : p. 60-61]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : LIU Cix no v.1 ; Liu L7832e.

Auteur

Liu Cixin (Wikipédia)

Entrevue

Liu Cixin : la science-fiction chinoise vit-elle son âge d’or ? (Xie Ping et Li Xiang, Chine-Info, 27 janvier 2022)

Compléments

Désert du Taklamakan (Wikipédia)
Une bataille titanesque contre le désert Taklamakan (Luc Laporte, Mes plaisirs)

La structure interne de la Terre (Alloprof)
Structure interne de la Terre (Wikipédia)

○

L’Enfer (Dante Alighieri, c.1266-1321) – (Divine Comédie)
Clair de lune (Claude Debussy, 1862-1918) – (YouTube, 6 octobre 2008)
Helen Keller (1880-1968) – Biographie (Wikipédia)
Three Days to See [Trois jours pour voir] (Helen Keller) – (The Atlantic, janvier 1933)
Three Days to See [Trois jours pour voir] (Helen Keller) – (Reader’s Digest, 27 juin 2023)

Chuck Yeager (1923-2020) – Biographie (Wikipédia)

○

Les types de narrateurs (Alloprof)

Images

Taklamakan – CC BY-SA 2.5 ES (Colegota, Wikimedia Commons, 12 octobre 2005)
Earth cutaway – CC BY-SA 3.0 (CharlesC, Wikimedia Commons, 7 février 2009)

Article connexe

L’Instituteur du village / Liu Cixin

07 septembre 2025

Le masque de Dimitrios / Eric Ambler


Préface et note de l’éditeur

La réédition du célèbre roman est préfacée par l’éditeur Olivier Cohen. Intitulée Le retour d’Eric Ambler, la préface présente une rencontre de l’éditeur avec l’auteur du Masque de Dimitrios en 1978, une biographie succincte d’Eric Ambler, puis les caractéristiques et l’actualité des œuvres de l’écrivain britannique.

La note apporte cette précision : la traduction de Gabriel Veraldi révisée par Patricia Doaz contient des passages remaniés ainsi que d’autres qui avaient été coupés. Cette réédition est ainsi plus conforme au texte d’origine.

Incipit

Thèse et protagoniste (deux pages).

Neuf paragraphes :

[ 1 ] – Le narrateur rappelle les propos du moraliste français Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort (1740-1794) sur le hasard : «Un Français nommé Chamfort, qui aurait dû être mieux inspiré, a dit que le hasard était un sobriquet de la providence.»

[ 2 ] – Le narrateur réfute ce point de vue : «C’est là un de ces aphorismes commodes, fabriqués pour nier une vérité déplaisante : le hasard joue un rôle important, sinon prédominant, dans les affaires humaines.» Toutefois, il reconnaît que le hasard peut agir avec une certaine cohérence : «L’histoire de Dimitrios Makropoulos en est un bon exemple.»

[ 3 ] – Le narrateur esquisse les séquences majeures de cette histoire exemplaire : Latimer apprend l’existence de Dimitrios et voit le cadavre de Dimitrios (chapitre 1), consacre plusieurs semaines à reconstituer la vie de Dimitrios (chapitres 2-13) et survit grâce à un criminel (chapitres 14-15).

[ 4 ] – Le narrateur reprend sa réflexion sur le hasard, puis formule cette déduction conclusive : «Le choix de Latimer comme instrument ne pouvait être fait que par un idiot.»

[ 5 ] – Le narrateur présente la carrière du protagoniste Charles Latimer, maître de conférences en économie politique et auteur de trois ouvrages : une étude sur Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), le Programme de Gotha (1875), et un ouvrage exposant les implications économiques du livre Le Mythe du vingtième siècle (1930) d’Alfred Rosenberg (1893-1946).

[ 6 ] – Le narrateur explique la circonstance ayant mené Latimer à devenir écrivain de romans policiers : «Ce fut peu après la fin des corrections de cet ouvrage [Le Mythe du vingtième siècle], et dans l’espoir de chasser la dépression engendrée par la philosophie du prophète national-socialiste, qu’il écrivit son premier roman policier.»

[ 7 ] – Le narrateur cite les titres des premiers polars de Latimer, mentionne sa démission de l’université pour se consacrer à sa nouvelle carrière d’écrivain, puis son départ vers une destination soleil pour compléter son cinquième roman.

[ 8 ] – Le narrateur indique que Latiner passe un an à Athènes, puis quitte pour Istanbul après avoir achevé son sixième roman.

[ 9 ] – Le narrateur tire le rideau et plonge le lecteur dans l’action, sans dévoiler quoi que ce soit sur Dimitrios : «Ce fut là, et par le colonel Haki, que pour la première fois il entendit parler de Dimitrios.»

Les liaisons entre les paragraphes et entre les chapitres sont exemplaires, aussi bien dans l’incipit que dans l’ensemble du roman.

Observations

Le roman est publié en 1939.

L’histoire se déroule après la Grande Guerre, plus précisément de 1922 à 1938.

Le thème du hasard est omniprésent dans le roman.

Les portraits sont saisissants, en particulier celui du protagoniste. La personnalité de Latimer est constante tout au long du récit : un intellectuel détaché de la réalité, spéculant sur différentes hypothèses, introspectif et hésitant sur des décisions à prendre; un homme passionné de recherches (livresques), imbu de morale.

Les écrits tiennent une place significative dans le roman : les publications citées dans l’incipit, les rapports, lettres et autres documents reproduits au cours de l’histoire en témoignent.

Le titre du volume trouve son explication dans le chapitre intitulé Le masque de Dimitrios, le concept «masque» faisant l’objet de son paragraphe initial.

Épilogue

La dernière page du roman peut être considérée comme un épilogue. Depuis Paris, dans le train de l’Orient-Express qui le ramène en Orient, Latimer décide de poursuivre son métier d’écrivain, en suivant la recette traditionnelle qui a fait sa réputation, mais en y ajoutant un peu d’humour.

Les dernières phrases. Le retour à la normale après ses nombreuses et dangereuses péripéties : «Bientôt Belfort. Deux jours de voyage encore. Il devait absolument avoir imaginé une intrigue avant l’arrivée. Le train s’enfonça dans un tunnel.»

Un romancier au diapason de ses lectrices et lecteurs : oublier la réalité du monde… pour s’évader; s’évader… pour échapper aux réalités du monde.

Quelques citations

S’il n’y avait eu le hasard du transfert du colonel Haki à la police secrète, rien de l’aurait jamais relié à cette insignifiante affaire. (p. 55)

Dans une civilisation mourante, le prestige politique n’appartient pas au profond diagnosticien mais à l’habile charlatan. C’est la distinction accordée à la médiocrité par l’ignorance. (p. 79)

Je l’ai senti, perçu comme un homme, pas comme un cadavre, comme… un élément d’un système social en décomposition, pas comme un cas isolé… (p. 84)

Depuis qu’elle existe, la finance internationale a provoqué des révolutions pour protéger ses intérêts. (p. 92)

Le capitalisme international gouverne la terre par le papier, mais l’encre dont il se sert est du sang humain ! (p. 93-94)

Si cela n’était pas aussi dangereux, on en rirait. Mais la méthode est claire. La propagande commence par des mots, qui bientôt se transforment en actes. Quand les mensonges ne reposent sur aucun fait réel, il faut en créer de toutes pièces. (p. 280)

Référence

Ambler, Eric. – Le masque de Dimitrios. – Traduit de l’anglais par Gabriel Veraldi. – Édition révisée par Patricia Doaz. – Préface et note d’Olivier Cohen. – Paris : Éditions de l’Olivier, 2024 © 1939. – 288 p. – (Collection Points, n° P441) – ISBN 979-10-414-1862-6. – [Citation : p. 283, 15, 16]. – [Extrait]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : AMB Eri ma ; Ambler A493m.

Image

Istanbul (Plan d’ensemble de la ville de Constantinople, Société anonyme ottomane d’études et d’entreprises urbaines, 1922) – (Wikipedia Commons)

Sur la Toile

Articles

[ 1 ] – Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort (1740-1794) : Biographie (Wikipédia) - Biographie (Scribe+)

[ 5 ] – Articles dans Wikipédia : Pierre-Joseph Proudhon - Programme de Gotha - Alfred Rosenberg

Critiques

Eric Ambler : du monde aux Balkans (Le Masque de Dimitrios) (Dominique Bry, 18 mars 2024)
Embrouilles sur le Bosphore (Claude Grimal, 2 mars 2024)

The Mask of Dimitrios / Eric Ambler with an introduction by Robert Harris (1939, 1999)
Dangerous games (Thomas Jones, The Guardian, 6 juin 2009)
A Point of View : The enduring relevance of Eric Ambler’s spy novels (BBC News, 23 août 2015)
A Coffin for Dimitrios: Analysis of Major Characters (Eugene S. Lardon, EBSCO, 2021)
The Mask of Dimitrios (fullybooked2017, Classics revisited, 12 septembe 2023)
A Coffin for Dimitrios (Blogue de Jordan M. Poss, 7 mars 2024)

24 août 2025

Le mort du chemin des Arsène


On avait trouvé le cadavre d’un homme dans le salon de sa maison du chemin des Arsène, à L’Étang-du-Nord.

Le roman policier de Jean Lemieux se déroule aux îles de la Madeleine. La plupart des épisodes ont lieu sur l’île du Cap aux meules. Le chemin des Arsène est situé à proximité de L’Étang-du-Nord. Le lecteur peu familier avec la géographie de l’archipel pourra consulter les cartes référencées ci-dessous.

Le polar compte 32 chapitres ainsi regroupés : Dimanche, 25 août 2002 (16 chapitres), Lundi, 26 août 2002 (14 chapitres), Mercredi, 11 septembre 2002 (2 chapitres). Cette chronologie laisse entrevoir un récit serré dans un court laps de temps. Effectivement, les péripéties surviennent, se multiplient et se complexifient au cours de 48 heures, de la découverte d’un mort sur le chemin des Arsène à la résolution du meurtre. Les deux derniers chapitres peuvent être considérés comme un épilogue.

Les nombreux personnages sont bien typés. Les dialogues sont précis, directs et saisissants. Les descriptions des lieux et des paysages sont évocatrices. Les rebondissements et les retournements sont étonnants et contrastés. Le style dynamique de l’écriture tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

S’il écrivait quelque chose, ce serait un roman, l’histoire d’un homme qui avait perdu son âme. Ou qui l’avait regagnée? Dans cette galerie de personnages, il manquait un témoin important : la victime.

Une histoire fascinante sur le monde artistique des îles de la Madeleine, le milieu policier de l’archipel, les insulaires d’origine acadienne et, d’une façon générale, la condition humaine.

Références

Livre

Lemieux, Jean. – Le mort du chemin des Arsène. – 3e édition. – Montréal : Québec Amérique, 2024 © 2009, 2016. – (Collection qa). – 409 p. – ISBN 978-2-7644-5523-4. – [Citations : p. 17, 346] – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : Lemieux L5542m.

Prix Arthur-Ellis du roman policier en langue française – Prix de création littéraire de la Ville de Québec – Prix du Salon du livre de Québec – Prix des abonnés de la Bibliothèque de Québec, fiction.

Cartes

Îles de la Madeleine. – Québec : Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, Service de la recherche socio-économique, Direction de la planification, 1977. – Échelle : 1/50 000. – Remarque : le chemin des Arsène est indiqué sur cette carte géographique.

Îles-de-la-Madeleine. – Québec : Direction générale du domaine territorial. Service de la cartographie, Ministère de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme, Commission de développement touristique des Îles-de-la-Madeleine, 1983. – Échelle : 1/100 000. – Remarque : carte topographique.

Image

L’Étang-du-Nord © Daniel Bellemare, Le monde en images, CCDMD.