30 août 2026

La disparition de Rita Sinclair


C’est la couverture de livre qui a d’abord retenu mon attention : une ancienne photographie du belvédère du mont Royal et le titre du livre sur un fond de couleur vieux rose. Puis une présentation de l’intrigue sur la quatrième de couverture. Enfin, la curiosité de découvrir des aspects méconnus de la métropole au début du 20e siècle m’a incité à lire ce polar.

Le roman

La disparition de Rita Sinclair de l’autrice Céline Beaudet, aux Éditions Québec Amérique, est assurément un roman policier. Mais c’est aussi un roman social, voire un roman engagé et féministe.

L’intrigue policière

14 mai 1912 – Un nouveau départ

L’intrigue du roman policier fait l’objet de la première partie du prologue. François Arbour, constable à Sainte-Anne-de-Bellevue, rencontre le détective Édouard Lavergne pour l’aider à résoudre la disparition de Rose Sinclair. Cette jeune étudiante est inscrite en demi-pension à la nouvelle école normale du Collège Macdonal de l’Université McGill. Elle est la fille du banquier Herbert Sinclair, qui réside dans le quartier du Mille carré doré. Pour des motifs similaires, le père de Rose et le principal du collège, James Wilson Robertson, souhaitent une enquête rapide et discrète.

La seconde partie du prologue porte sur Édouard Lavergne. Sous la direction de Silas Carpenter, Lavergne travaille au Bureau des détectives du service de police de Montréal. Suite à l’abolition de ce bureau, en janvier 1912, Lavergne perd son emploi. Son père, le juge Aimé Lavergne, l’aide à s’établir à son compte dans l’édifice Salaberry situé au coin sud-est de l’intersection des rues Sherbrooke Est et Saint-Denis. Ayant surtout des contrats d’enquêtes routinières sur des affaires conjugales, Édouard Lavergne accepte volontiers l’offre imprévue de François Arbour.

La dimension sociale

Le récit se déroule sur une vingtaine de chapitres, un bon nombre portant exclusivement sur des entretiens interpersonnels et des causes sociales, dont celles-ci : les inégalités sociales, les suffragettes, la promotion des parcs et terrains de jeux, la lutte contre la tuberculose, la mortalité infantile, l’hygiène publique, l’urbanisme, l’éducation traditionnelle des jeunes filles, les fabiens, l’emprise de l’Église catholique, l’émancipation des femmes, l’alimentation déficiente des enfants pauvres, les campagnes de propreté, etc.

La vie montréalaise au début du 20e siècle est largement présente dans le roman, notamment chez la haute bourgeoisie anglophone de l’ouest de la métropole. À titre d’exemple : les propriétés à Sainte-Anne-de-Bellevue et Senneville, les nouvelles tours à logements sur l’avenue du Parc, certains restaurants, les magasins de luxe, le Collège Macdonald (Université McGill), les associations de bienfaisance, les voyages à l’étranger, les soins de santé privés, l’aménagement paysager de terrains privés, etc.

La documentation

L’autrice documente la dimension sociale de son roman, à la fin du livre, sous un chapitre complémentaire intitulé Histoire et fiction : quelques précisions. Les critiques, citées ci-dessous, soulignent aussi le caractère documentaire du livre.

Référence

Beaudet, Céline. – La disparition de Rose Sinclair. – Montréal : Québec Amérique, 2026. – 208 p. – ISBN 978-2-7644-5728-3. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : roman québécois ; Beaudet B3732d.

Image

Women’s residence, Macdonald College (Sainte-Anne-de-Bellevue, entre 1903 et 1913) – (BAnQ)

Sur la Toile

La disparition de Rose Sinclair (Céline Beaudet) (Avis de lecture – Polars et romans noirs, blogue littéraire de Michel Roberge, août 2026)

Enquêter dans les silences du Montréal de 1912 / La disparition de Rose Sinclair (Michaël Grégoire, Le Carnet, 4 juillet 2026)

«C'est un roman féministe, historique, avec une intrigue policière» : Céline Beaudet s'intéresse à la disparition la fille d'un riche banquier dans son deuxième roman (Frédérique De Simone, TVA nouvelles, 6 juin 2026)

La disparition de Rose Sinclair (Babielo)

23 août 2026

L’enfer du commissaire Ricciardi


Le style d’écriture de Maurizio De Giovanni suscite l’intérêt et captive l’attention, avant même de s’attarder à l’intrigue. C’est le trait marquant du roman policier L’enfer du commissaire Ricciardi. Outre la structure magistrale du récit, les portraits des personnages sont saisissants et les scènes dramatiques sont relatées d’une façon émouvante, bouleversante, pathétique.

Aperçu

L’auteur italien confie son récit romanesque à un narrateur anonyme et omniscient.

Le polar compte 71 chapitres non titrés. Voici un aperçu des cinq premiers que j’intitule ainsi : La chute du professeur, Au môle de l’Immacolatella, Un cœur brisé, La vraie chaleur, Luigi Alfredo Ricciardi. Bien sûr, sans parler de l’intrigue policière.

[ 1 ] – La chute du professeur

«Le professeur tombe.»

Cette phrase correspond au premier paragraphe de l’incipit. Tel un leitmotiv, elle est reprise plusieurs fois au cours du récit. Comme d’autres romans policiers débutent par un meurtre, on peut présumer que le professeur est victime d’un crime.

Pendant la chute de la victime, qui se déroule a une vitesse vertigineuse, le narrateur décrit les réactions réflexes du corps : les bras qui s’écartent, la respiration instinctive, les yeux qui se ferment et la grimace anticipant l’impact au sol. Ces faits sont accompagnés d’informations circonstancielles : l’été, le soir, le bref corps à corps qui a causé la chute du professeur, l’a défenestré. Il s’agit bien d’un assassinat.

Mais la plus grande partie du chapitre décrit un tableau cérébral fragmentaire imaginé par le narrateur : «Le professeur tombe et, pendant sa chute, ses pensées se brisent en mille petits morceaux, des éclairs de conscience […].» Ces fragments apportent de multiples informations sur la vie du professeur. C’est un conférencier éloquent, un pédiatre n’aimant pas les enfants, un gynécologue-obstétricien, un chirurgien fier de sa personne et de son rang social, riche et prétentieux, bosseur, titulaire d’une chaire de médecine, marié ayant un fils et une maîtresse, et âgé de plus de 50 ans.

Le chapitre compte cinq pages, mais le drame relaté a duré «à peine plus de deux secondes après que les pieds du professeur ont quitté le plancher, vingt-deux mètres plus haut». C’est dire l’habileté et le talent de l’auteur à composer cette narration.

Bilan – On ignore l’identité du professeur, mais on connaît sa personnalité et sa profession, la marque de sa voiture, et le prénom de sa maîtresse logée dans un appartement tout neuf dans un quartier opulent de Naples. De l’assassin, on sait uniquement qu’il est assez fort pour attaquer, empoigner et défenestrer sa victime.

[ 2 ] – Au môle de l’Immacolatella

Sans lien apparent avec le chapitre précédent, le deuxième chapitre se déroule dans le port, au départ d’un paquebot. Dans ce contexte émotif où des gens quittent pour l’Amérique et d’autres les regardent partir, deux enfants conversent sur les motifs des émigrants et sur l’éventualité de leur hypothétique et future émigration. Les portraits de ces enfants, non identifiés, sont saisissants.

«Il avait douze ans mais en affichait bien une centaine dans le regard, les mains noires et abîmées qui apprenaient le métier, le corps maigre et nerveux enveloppé dans une veste usée et maintes fois retournée qui avait appartenu on ne sait plus à qui, on ne sait plus quand. Elle avait onze ans, mais une bonne centaine autour de sa bouche, serrée pour cacher sa fatigue et retenir ses larmes, le nez étroit sur des lèvres fines, les sourcils froncés sur sa détermination à survivre.»

À la fin du chapitre, cette volonté murmurée par la fille : « Je serai heureuse.»

[ 3 ] – Un cœur brisé

Première phrase : «Je serai heureuse, pensa Enrica.»

Une transition astucieuse, mais intrigante. Ce monologue révèle que le récit du chapitre précédent est en abîme, tout en dévoilant, semble-t-il, le prénom de la fille.

Sur le pont d’un bateau, après une peine amoureuse, la jeune femme Enrica se demande si elle a bien fait de fuir la ville de Naples. Les péripéties évoquées dans le chapitre 3 ont trait aux sentiments ressentis envers l’homme dont elle était amoureuse, au cours des derniers mois.

Les autres personnages : les parents d’Enrica; Rosa, tante et gouvernante de l’homme convoité; la femme fréquentée par l’homme convoité; le directeur de l’Institut où Enrica avait obtenu son diplôme pour devenir enseignante.

[ 4 ] – La vraie chaleur

Le récit en crescendo sur la chaleur crée l’atmosphère pesante dans laquelle baigne l’intrigue du roman. Sa rédaction est exemplaire. À titre d’exemple, ces citations discontinues, dont la dernière renvoie au titre du polar :

Une fois l’an, dans cette ville, arrive la chaleur, une vraie chaleur.
La chaleur, la vraie chaleur, ne survient pas à l’improviste.
Le premier jour de chaleur, le soleil fait une apparition redoutée.
Au fur et à mesure que les heures passent, le soleil se fait toujours plus féroce.
La chaleur, la vraie, ne dure pas longtemps et, sauf exception, ces quelques jours arrivent entre le début et le milieu du mois de juillet
.
La chaleur, la vraie chaleur, vient de l’enfer.

[ 5 ] – Luigi Alfredo Ricciardi

C’est l’entrée en scène du commissaire. Le début de l’enquête policière.

Référence

De Giovanni, Maurizio. – L’enfer du commissaire Ricciardi. – Traduit de l’italien par Odile Rousseau. – Payot & Rivages, 2020. – 510 p. – (Rivages/Noir, n° 1086). – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : DEG Mau en ; De Giovanni D3179e. – [Citations : Chapitre 1, p. 9, 9, 13 ; Chapitre 2, p. 14, 19 ; Chapitre 3, p. 20 ; Chapitre 4, p. 26, 27, 27, 28, 31, 32].

Image

Photo du port de Naples (Wolfgang Moroder, Commons Wikimedia, 30 octobre 2016, CC-BY 2.5)

15 août 2026

La bataille de Gaulle [1940-1944]

La Bataille de Gaulle est un diptyque cinématographique français réalisé par Antonin Baudry : Résistance (premier film) et Liberté (deuxième film).

Partie 1 – Résistance [1940-1942]


Le film se déroule selon une optique géopolitique, aspect qui m’a le plus frappé et que j’estime le plus marquant. Les relations internationales sont polarisées sur les controverses impliquant la France et l’Angleterre, et, à certains moments, les États-Unis d’Amérique.

Les acteurs qui interprètent Charles de Gaulle, Winston Churchill et Franklin Delano Roosevelt démontrent une grande habileté et une grande finesse dans la représentation des rivalités qui les opposent. Ils capturent parfaitement l’essence de ces personnages historiques, que ce soit au niveau de leur apparence, de leur gestuelle ou de leur discours.

La figure centrale du film est évidemment le général de Gaulle, animé d’une foi profonde envers la valeur intrinsèque de son pays. Par ailleurs, l’Empire français (le second d’un point de vue historique) joue un rôle important, alors que l’Empire britannique (beaucoup plus imposant) est minimisé, voire ignoré. – Les séquences se déroulant au Tchad et au Cameroun sont sommaires et peu réalistes. Elles manquent de crédibilité.

La résistance du général de Gaulle se concentre certainement sur l’Allemagne, mais ce film n’est pas explicitement anti-allemand. Avec une détermination sans faille, il s’efforce de libérer le territoire français. Cependant, sa résistance est principalement dirigée contre le régime collaborationniste de Vichy, reconnu par les Alliés. Cette détermination inébranlable guide toutes ses démarches diplomatiques et ses relations avec ses collaborateurs.

Un bref passage met en scène Jean Moulin, qui décide de se rendre en France pour unir et commander les différents groupes de résistance. Cependant, c’est surtout une manifestation étudiante sur la Place de l’Étoile qui illustre cette résistance intérieure. Le jeune Fernand Bonnier de La Chapelle y prend part. Ses gestes ultérieurs servent de fil conducteur sur la résistance intérieure.

Dans l’ensemble, la situation intérieure française est ignorée, notamment les privations, les dénonciations, les arrestations, les déportations, etc. Le régime de Vichy est décrié pour sa capitulation et sa collaboration avec l’ennemi, et non pour les répercussions sociales de cette dictature d’extrême droite pour l’ensemble de la population.

Un film sur la Seconde Guerre mondiale comporte assurément des combats militaires. Voyons trois exemples.

L’épisode où un char d’assaut allemand attaque la voiture du général peut sembler surprenant. En effet, le général donne des instructions au conducteur de la voiture pour qu’il tourne le volant dans une direction ou une autre afin d’éviter les tirs du char. Le fait que le général de Gaulle ait été un éminent théoricien de l’arme blindée confère une pertinence particulière à cet événement.

Les îles Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire français depuis le 16e siècle, sont au cœur d’un enjeu lié à la flotte française. Cependant, l’importance des communications (radio et câble transatlantique) est curieusement négligée, alors que c’est aussi un point de tension majeur pour le président américain.

La bataille de Bir Hakeim occupe une place centrale dans le film. Elle illustre les positions stratégiques divergentes de la France, de l’Angleterre et des États-Unis. Le plan de cette bataille est montré à quelques reprises, et ce passage historique est bien rendu, avec des avions et des chars d’assaut détruits, mais sans en imposer au rythme du récit ; des blessés et des tués, d’une manière réaliste, mais sans voyeurisme (pas d’images sanguinaires). Des scènes émouvantes, mais sans sensationnalisme.

Un mot sur la vie privée du général de Gaulle. À Londres, sa vie familiale est évoquée discrètement, avec la présence de sa femme Yvonne et de leur fille Anne ; les deux autres enfants du couple ne figurent pas dans le film.

Je trouve ce film captivant et à plusieurs égards instructif.


Partie 2 – Liberté [1943-1944]


Dans le second film, le général Charles de Gaulle (Simon Abkarian) et les principaux personnages gagent en profondeur, notamment le général Philippe Leclerc de Hauteclocque (Niels Schneider), Jean Moulin (Félix Kysyl), le président Franklin Delano Roosevelt (Campbell Scott) et le général Dwight David Eisenhower (Daniel Betts).

Les moments clés internationaux sont bien rendus. Ils sont présentés dans une perspective géopolitique mettant en valeur la détermination et les défis politiques du général de Gaulle, par exemple lors de ses rencontres avec Churchill, Roosevelt et Eisenhower. En parallèle, sur le plan militaire, soulignons le déroulement des batailles de Koufra, de Fezzan, et de Paris pendant lesquelles le général Leclerc joue un rôle déterminant.

La résistance et les rivalités politiciennes françaises sont présentées avec habileté. Elles sont bien intégrées dans la trame de l’histoire, notamment au cours des épisodes sur la formation du Gouvernement provisoire de la République française. Les séquences dédiées aux actions cruciales et périlleuses de Jean Moulin sont remarquables. Par contre, la longue scène du tabassage de ce héros de la Résistance fait dans le sensationnalisme sanguinaire.

Les scènes de la libération de Paris sont réalistes, chaleureuses, à l’échelle humaine. La récitation du leitmotiv J’écris ton nom, de Paul Éluard, pendant ces scènes de délivrance est éloquente et illustre avec finesse le titre du film : Liberté.

Une reconstitution historique magistrale !

Références

Films

La bataille de Gaulle / Partie 1 [1940-1942] – Résistance [L’Âge de fer] – (Wikipédia)
La bataille de Gaulle / Partie 2 [1943-1944] – Liberté [J’écris ton nom] – (Wikipédia)

Réalisateur

[ 1 ] – Les 20 ans d’Antonin Baudry, scénariste de BD (Sophie Blitman, L’Étudiant, 5 septembre 2013)
[ 2 ] – Antonin Baudry (94), La brièveté de l’existence (Dossier : Trajectoires | Magazine N°704, Avril 2015 / La Jaune et la Rouge)
[ 3 ] – Antonin Baudry, le cinéaste qui libère de Gaulle (Samuel Blumenfeld, Le Monde, 31 mai 2026) – [Extrait]
[ 4 ] – Le récit détaillé de la vie géniale d’Antonin Baudry (Sabine Euverte, Palace Scope, 15 juillet 2026)
[ 5 ] – Réalisateur Antonin Baudry (Numéro Magazine)
[ 6 ] – Entrevue avec Antonin Baudry pour le film La bataille de Gaulle (Laurie Dufresne, Société Radio-Canada, 5 août 2026 – Audio : 13 min)
[ 7 ] – De Gaulle au cinéma : un héros d’abord seul et moqué (Entrevue avec Bérénice Vila, coscénariste et directrice artistique, Simon Abkarian, comédien principal, Antonin Baudry, réalisateur, Société Radio-Canada, 7 août 2026 – Audio : 16 min)
[ 8 ] – La bataille de Gaulle : le pari fou d’un général isolé (Charles Rioux, avec les informations de Louis-Philippe Ouimet, Société Radio-Canada, 13 août 2026 – Audio : 7 min)
[ 9 ] – Antonin Baudry [Abel Lanzac] – (Wikipédia)

Images

[ 1 ] – Le commandant des forces françaises libres, le général Charles de Gaulle, assis à son bureau à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale – (Ministry of Information Photo Division Photographer, Imperial War Museums, entre 1939 et 1945) – (Commons Wikimedia)

[ 2 ] – Foule sur les Champs-Elysées pour célébrer la libération de Paris – (Jack Downey, U.S. Office of War Information, 26 août 1944) – (Wikimedia Commons)

Distribution

Immina Films

Articles connexes

Quai d’Orsay / Chroniques diplomatiques [ 2025 ]
Cinéma critique / Ludvic Moquin-Beaudry [ 2017 ]
Tout sur le cinéma [ 2012 ]
Scénario | Syd Field [ 2011 ]

Historiographie

Une sélection d’articles sur Charles de Gaulle et la Seconde Guerre mondiale diffusés sur la plateforme Érudit, un consortium formé de l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université du Québec à Montréal. Le classement des articles suit l’ordre chronologique des publications.

[ 1 ] – La prise de Saint-Pierre-et-Miquelon par les forces de la France libre : Noël 1941 (William Hanna, Revue d’histoire de l’Amérique française, Volume 16, numéro 3, décembre 1962 / Érudit)
[ 2 ] – Les Écrits militaires de Charles de Gaulle : Essai d’analyse thématique (Pierre Messmer et Alain Larcan ; compte rendu de Pierre-Gerlier Forest, Études internationales, Volume 18, Numéro 2, 1987 / Érudit)
[ 3 ] – Pétain et de Gaulle dans la presse québécoise entre juin 1940 et novembre 1942 (Robert Arcand, Revue d’histoire de l’Amérique française, Volume 44, numéro 3, hiver 1991 / Érudit)
[ 4 ] – La France et le Canada, d’une après-guerre à l’autre (1918-1944) (Philippe Prévost ; compte rendu par Jacques Portes, Revue d’histoire de l'Amérique française, Volume 48, numéro 4, printemps 1995, p. 581–582 / Érudit)
[ 5 ] – L’opinion des Canadiens français envers le général Charles de Gaulle et le maréchal Philippe Pétain : 1940-1946 (Fabrice Mosseray, Bulletin d’histoire politique, Volume 3, numéro 3-4, été 1995, p. 168-177 / Érudit)
[ 6 ] – Singularité du pétainisme québécois (Yves Lavertu, Bulletin d’histoire politique, Volume 3, numéro 3-4, été 1995, p. 178–183 / Érudit)
[ 7 ] – L’effort de guerre des éditeurs: l’Arbre et Fides, entre de Gaulle et Pétain (Jacques Michon, Bulletin d’histoire politique, Volume 3, numéro 3-4, été 1995, p. 341–349)
[ 8 ] – La France et le Canada d’une après-guerre à l’autre (1918-1944) (Philippe Prévost ; compte rendu par Pierre Savard, Études d’histoire religieuse, Volume 62, 1996, p. 96–99 / Érudit)
[ 9 ] – Les Canadiens français et la politique française durant la Deuxième Guerre mondiale : une historiographie en évolution (Jenny-Louise Sexton, Bulletin d’histoire politique, Volume 6, numéro 3, printemps 1998, p. 142–146 / Érudit)
[ 10 ] – La presse québécoise d'expression française face au procès du maréchal Pétain, 1945 (Lise Quirion, Bulletin d’histoire politique, Volume 7, numéro 2, hiver 1999, p. 43–58 / Érudit)
[ 11 ] – Le Québec entre Pétain et de Gaulle. Vichy, la France libre et les Canadiens français 1940-1945 (Éric Amyot ; compte rendu par Éric Bédard, Bulletin d’histoire politique, Volume 9, numéro 1, automne 2000, p. 216–218 / Érudit)
[ 12 ] – Le Québec entre Pétain et de Gaulle. Vichy, la France libre et les Canadiens français, 1940-1945 (Éric Amyot ; compte rendu par Pierre Lanthier, Revue d’histoire de l'Amérique française, Volume 55, numéro 2, automne 2001, p. 241–244 / Érudit)
[ 13 ] – 1939-1945 : Sillery entre dans la Résistance (Frédéric Smith, Histoire Québec, Volume 14, Numéro 1, 2008 / Érudit)
[ 14 ] – Les Canadiens français et la défaite de la France (Sébastien Vincent, Bulletin d’histoire politique, Volume 19, numéro 3, printemps 2011, p. 146–160 / Érudit)
[ 15 ] – Une lettre du journaliste Louis Francoeur au général Charles de Gaulle (7 septembre 1940) – (Mathieu Noël, Mens, Volume 13, numéro 1, automne 2012, p. 123-130 / Érudit)
[ 16 ] – « La France appelle votre secours ». Québec et la France libre 1940-1945 (Frédéric Smith ; compte rendu par Marc Bergère, Globe, Volume 15, numéro 1-2, 2012, p. 349–351/ Érudit)
[ 17 ] – « La France appelle votre secours » : Québec et la France libre, 1940-1945 (Frédéric Smith ; compte rendu par Yvan Lamonde, Recherches sociographiques, Volume 53, numéro 3, septembre–décembre 2012, p. 686–687 / Érudit)
[ 18 ] – « La France appelle votre secours » : Québec et la France libre, 1940-1945 (Frédéric Smith ; compte rendu par Magali Deleuze, Mens, Volume 13, numéro 2, printemps 2013, p. 108–111 / Érudit)
[ 19 ] – Propagande gaulliste et front intérieur : action et rayonnement du Comité France libre de Québec (Frédéric Smith, Bulletin d’histoire politique, Volume 21, numéro 3, printemps-été 2013, p. 67–82 / Érudit)
[ 20 ] – Par rapport au monde : la dimension internationale comme point de ralliement entre la Résistance intérieure et le général de Gaulle (1940-1944) – (Vincent Houle, Thèse déposée à l’Université de Montréal, juillet 2016 / Document référencé sur Érudit)
[ 21 ] – Élargissement d’échelles et nouveaux regards sur la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale (Vincent Houle, Cahiers d’histoire, Volume 35, numéro 1, automne 2017, p. 107–129 / Érudit)

09 août 2026

À la poursuite de l’horizon / Jean-René Roy


La science est la démarche intellectuelle pour comprendre et expliquer le monde, explorer et définir le réel de la nature et la nature du réel.

La connaissance nous amène à un horizon sans cesse fuyant, inatteignable par définition, qui nous rappelle l’impossibilité de tout connaître.

Avant-propos

Dans l’avant-propos de son nouveau livre, l’astrophysicien québécois Jean-René Roy indique que ses années d’expérience à Hawaï et au Chili ont inspiré sa réflexion sur la naissance et l’évolution des idées en sciences. Après avoir formulé plusieurs questions qui motivent les recherches actuelles de millions de chercheurs et chercheuse dans le monde, il présente succinctement les thèmes abordés dans les neuf chapitres de son livre.

Aperçu

Voyons un aperçu de chaque chapitre en notant le thème abordé (titre et citation), quelques exemples d’explorations scientifiques et les noms de scientifiques à l’origine de l’évolution des idées en sciences.

[ 1 ] – L’ameublement du monde : «La science étudie les phénomènes pour établir la nature des choses et définir l’architecture et l’ameublement du monde. La démarche se fait par la convergence et le choc des concepts ainsi que par l’usage d’instruments […].» (p. 1)

* La structure de la matière : les éléments (Empédocle, Antoine et Marie Paulze Lavoisier, Dimitri Mendeleïev).
* La génétique : la parenté de tous les êtres vivants (Charles Darwin, Gregor Mendel).

[ 2 ] – Convergence pour la connaissance du monde : «La science affecte comment va le monde, mais ce dernier détermine souvent les chemins que prend la science. La nature bidirectionnelle de cette synergie est importante.» (p. 29)

* L’invention du caractère mobile d'imprimerie typographique (Johannes Gutenberg).
* Les grandes expéditions scientifiques : les nouveaux instruments de navigation (Pierre Louis Maupertuis, Charles de La Condamine, Louis Antoine de Bougainville; Carl von Linné, James Cook, Alexander von Humboldt, Charles Darwin).
* La naissance de la géologie moderne : comprendre la géomorphologie (James Hutton, Charles Lyell, Georges Cuvier; John Strachey, William Smith).
* La machine à vapeur : la révolution industrielle (Denis Papin, Christiaan Huygens; Thomas Newcomen, James Watt, Sadi Carnot).
* La radioastronomie : la réception et la détection des ondes radioélectriques (James Clerk Maxwell, Heinrich Hertz; Karl Jansky, Grote Reber; Stanley Hey; Bernard Lovell).

[ 3 ] – Leçon d’échafaudage : «L’histoire montre que l’explication du monde a souvent emprunté des avenues erronées, douteuses ou labyrinthites.» (p. 69)

* Le mouvement des planètes : un archétype du développement d’un grand concept scientifique (Eudoxe de Cnide, Arismaque de Samos, Claude Ptolémée d’Alexandrie; Nicolas Copernic, Johannes Kepler, Isaac Newton, William et Caroline Herschel; Jacobus Kapteyn, Karl Schwarzschild; Bertil Lindblad, Jan Oort).

[ 4 ] – Qu’est-ce qui fait qu’une théorie scientifique marche ? : «Rien ne permet de déclarer qu’une hypothèse oui une théorie sont correctes lorsqu’elles sont proposées.» (p. 93)

* La cosmologie contemporaine : l’expansion de l’Univers (Georges Lemaître, Fred Hoyle, Thomas Gold, Hermann Bondi; George Gamow, Ralph Alpher, Robert Herman; Robert Dicke, Arno Penzias, Robert Wilson).
* La reconnaissance des causes de maladies infectieuses et virales : miasmes, germes, microbes, bactéries, virus (Hippocrate de Kos; Antoni van Leeuwenhoek, Robert Koch; Adolf Mayer, Dimitri Ivanovski, Martin Beijerinck; Edward Jenner, Louis Pasteur, Zhang Yong-Zhen, Edward Holmes, Katalin Karikò, Drew Weissman).
* La tectonique des plaques : les mouvements de la croûte terrestre (Abraham Ortelius; Alfred Wegener, Arthur Holmes, Jack Oliver, Stanley K. Runcorn, Edward A. Irving, John Tuzo Wilson).

[ 5 ] – Intermède : à propos de l’hypothèse anthropique : «Le principe anthropique (PA) tente de répondre à la question en mettant de l’avant des considérations statistiques sur la probabilité de l’apparition de la vie et de notre existence dans l’univers.» (p. 123)

* La version «forte» : prédestination de la vie consciente et intelligente dans l’Univers (Pierre Teilhard de Chardin, John D. Barrow, Frank Tipler).
* La version «faible» : l’évolution de l’Univers permet aux observateurs de naître (Brandon Carter).
* Le consensus chez les scientifiques et philosophes : notre espèce est le résultat de phénomènes contingents et d’événements aléatoires (Jérôme Lalande; Helge Kragh, Martin Gardner; Suzy Collin-Zahn, Christiane Vilain).

[ 6 ] – Rôles de l’image dans la découverte scientifique : «Les scientifiques de tous les domaines ont inventé des techniques d’illustrations pour assembler de colossales quantités d’informations numériques et les visualiser, créant ainsi ce que j’appelle des images pour l’esprit.» (p. 149)

* Une découverte scientifique par l’image : l’ADN (Rosalin Franklin, Raymond Gosling; James Warson, Francis Crick, Maurice Wilkins; Max Perutz, John Kendrew).
* L’image des portfolios scientifiques : atlas (World Atlas of Clouds), guides (Les oiseaux du Québec, Les oiseaux du Québec et des Maritimes), flores (Flore laurentienne, Flore nordique du Québec et du Labrador, Curieuses histoires des plantes du Canada, Petite flore forestière du Québec).

[ 7 ] – La notion de beauté en science, gage de vérité ou mirage ? : «Il est aisé d’être d’accord avec Umberto Eco : la notion de beauté est relative aux cultures et à l’époque considérée.» (p. 173)

* La variété des formes (Ernst Haeckel, D’Arcy Wentworth Thompson, Georges-Louis Leclercde Buffon).
* La démarche esthétique (Francic Crick; Subrahmanyan Chandrasekhar, Francis Bacon, Werner Heisenberg, Ricard Freynman, Dmitri Mendeleïev; Leonhard Euler, Henri Pointcaré).
* Le point de vue critique (Lisa Randall, Yves Gingras, Sabine Hossenfelder, Gerard 't Hooft).

[ 8 ] – Sens et portée des mots en science : «Les historiens et les philosophes des sciences nous rappellent que les concepts et les mots pour les décrire ont évolué au fil du temps […].» (p. 190)

* Trois exemples : masse, mouvement, évolution (Le Petit Robert, Merriam-Webster, Oxford English Dictionary; Dictionnaire historique de la langue française).

[ 9 ] – Insaisissable ignorance : «Il y a la connaissance de la nature, mais aussi la nature de la connaissance.» (p. 209)

* Considérations sous différents angles (Nicolas Copernic; Daniel R. DeNicola, Yves Gingras, Bruno Latour, Christian Baumgarten).

Compléments

Dédié à la mémoire de Hubert Reeves (1932-2023), l’ouvrage de Jean-René Roy est complété par un épilogue, une annexe (La propagande par l’image scientifique), les remerciements, la bibliographie et un index. La table des matières est placée au début du livre.

Appréciation

Ce survol illustre le caractère encyclopédique de l’ouvrage, dont l’écriture est limpide et la lecture instructive.

Plusieurs passages sont aussi didactiques, par exemple L’image, moteur de découverte (p. 140-145) et L’image qui fait comprendre (p. 160-162).

Par ailleurs, les renvois d’un chapitre à l’autre, les notes infrapaginales et les références biographiques suscitent des lectures ultérieures pour approfondir les thèmes abordés, les concepts scientifiques en évolution et les biographies des scientifiques marquants.

Référence

Roy, Jean-René. – À la poursuite de l’horizon. Naissance de et évolution des idées en sciences. – Québec : Les Presses de l’Université Laval (PUL), 2024. – XVI, 247 p. – ISBN 978-2-7663-0475-2. – [Citations liminaires : p. 69, XV]. – [Extrait, Table des matières]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : à venir ; 500 R.

Image

Stephan’s Quintet (NIRCam and MIRI Composite Image) – Stephan’s Quintet, Hickson Compact Group (HCG) 92, NGC 7318A, NGC 7318B, NGC 7319, NGC 7320 / July 12, 2022 / Credit Image : NASA, ESA, CSA, STScI. – Cette image est reproduite et légendée dans le livre de Jean-René Roy, p. 99.

Articles connexes

Trente images révélant l’Univers / Jean-René Roy
La Terre dans l’espace / Jean-René Roy

02 août 2026

L’intelligence artificielle dans l’arène géopolitique


Dans son essai L’intelligence artificielle dans l’arène géopolitique, le chercheur Jean-François Gagné présente la politisation de l’intelligence artificielle (IA) où différentes visions des grandes puissances s’affrontent. Cette orientation est spécifiée dans l’introduction de l’opuscule, tout comme l’importance et l’évolution technologique de l’IA.

L’exposé est développé en quatre parties. Voyons succinctement les sujets abordés dans ces chapitres, sans étayer les arguments de l’auteur.

[ 1 ] – Un monde en mutation – La remise en question de l’ordre post-Guerre froide provoque un haut niveau d’imprévisibilité dans les relations internationales. Trois changements illustrent cette nouvelle réalité : la fragilité des chaînes d’approvisionnement, la montée en puissance de la Chine, la naissance de nouveaux empires numériques.

[ 2 ] – Les ambitions des grandes puissances – Les gouvernements considèrent l’IA comme le principal déterminant de l’équilibre des puissances. Les implications, les risques et les dimensions sociales sont soulignés dans chacun de ces volets : les exploits technologiques, la prospérité économique, la supériorité militaire.

[ 3 ] – Les stratégies nationales – Bien qu’ayant certains points communs sur l’IA, les grandes puissances ont des visions divergentes, opposées : «L’approche américaine est centrée sur l’entreprise, la chinoise sur l’État, l’européenne sur l’individu.»

[ 4 ] – La gouvernance mondiale – Trois scénarios sont envisagés et détaillés : la continuité du chacun pour soi, la division du monde en blocs régionaux, une gouvernance mondiale au service du bien commun.

La bibliographie compte 14 références, dont plusieurs sont en libre accès sur la Toile.

Appréciation

Cette synthèse sur l’IA considérée comme un enjeu géopolitique est remarquable. On y trouve des clés pour décoder l’actualité internationale et mieux comprendre le monde actuel.

Références

Livre

Gagné, Jean-François. – L’intelligence artificielle dans l’arène géopolitique. – Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal (PUM), 2026. – 64 p. – (Collection Le monde en poche). – ISBN 978-2-7606-5514-0. – [Citations : p. 8, 22, 43, 23]. – BAnQ : 327.1028563 G135i 2026.

Recension

L’intelligence artificielle, nouvelle arène des puissances mondiales (Hélène Ganzmann, UdeMnouvelles, 10 avril 2026)

Auteur

Jean-François Gagné (Université de Montréal)

Image

Carte politique du monde (Commons Wikimedia, Canuckguy et autres, 12 novembre 2006)

Article connexe

Ressources documentaires sur l’intelligence artificielle

Sur la Toile

A) Ressources référencées dans la bibliographie

AI Nationalism(s): Global Industrial Policy Approaches to AI (AI Now Institute, 12 mars 2024)

The Hamilton Index (Meghan Ostertag, Information Technology & Innovation Foundation, 6 mai 2026)

Digital Empires: The Global Battle to Regulate Technology (Anu Bradford, Oxford University Press, 21 septembre 2023)

The evolution of artificial intelligence (AI) spending by the U.S. government (Jacob Larson, James S. Denford, Gregory S. Dawson et Kevin C. Desouza, Brookings, s26 mars 2024)

The 2026 AI Index Report (Yolanda Gil et Raymond Perrault, The Stanford Institute for Human-Centered AI, avril 2026) – (PDF)

Conflict trends: A global overview, 1946–2025 (Siri Aas Rustad, Peace Research Institute Oslo) – (PRIO)

The state of AI in 2025: Agents, innovation, and transformation (Alex Singla, Alexander Sukharevsky, Bryce Hall, Lareina Yee et Michael Chui, McKinsey & Company, 5 novembre 2025) – (Audio)

SIPRI Yearbook 2026 (Stockholm International Peace Research Institute, Oxford University Press) (PDF en français, 8 juin 2026)

B) Ressources complémentaires

Aperçu de la Stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle du Canada : L’IA pour tous (ISDE, Gouvernement fédéral du Canada, 24 juillet 2026)

La Chine rallie 29 pays à son projet de nouvel ordre mondial de l’IA afin de contrer les États-Unis (Célia Séramour, L’Usine digitale, 20 juillet 2026)

AI Watch: Global regulatory tracker - United States (White & Case, 30 juin 2026)

Domaines d'action (Commission européenne, 3 juin 2026)

Carte commentée. Rivalités des grandes puissances (Pascal Orcier, Institut FMES, 12 décembre 2025)

La géopolitique de l’intelligence artificielle : régulation et puissance (Karim Benyekhlef et Jie Zhu, Lex-Electronica, Volume 29, numéro 1, 2024 / Érudit)

Actualité

Intelligence artificielle : l’illusion du contrôle (Éditorial, Le Monde, 4 août 2026)