24 mai 2015

L’oligopole bancaire mondial

Les banques appartenant à l’oligopole dominent les plus grands marchés de la finance globalisée. Cette influence s’exerce principalement sur le marché des changes, sur les marchés obligataires ou encore sur les marchés des produits dérivés.

François Morin, professeur émérite de sciences économiques à l’Université de Toulouse, vient de publier un bref ouvrage sur les banques systémiques: L’hydre mondiale. L’essai contient trois sections: les préliminaires (dédicace, listes des sigles, acronymes et abréviations, introduction), le corps de l’ouvrage (subdivisé en deux parties), et les compléments (conclusion, remerciements, bibliographie, liste des tableaux, table des matières, listes des ouvrages de l’auteur). Les propos de l’auteur sont illustrés par de nombreux tableaux (statistiques).

L’ouvrage est dédié à l’équipe du Laboratoire d’étude et de recherche sur l’économie, les politiques et les systèmes sociaux (LEREPS), de l’Université de Toulouse, et en mémoire de Bernard Maris (1946-2015).

L’introduction compte deux parties. La première traite de la position paradoxale des autorités de régulation face aux impacts de la crise financière de 2008, soit les réactions de la Réserve fédérale des États-Unis d’Amérique (Fed), de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI). La seconde partie précise le but et la portée du livre consacré à l’analyse de l’oligopole bancaire mondial: définition et considérations sur la notion d’oligopole, la puissance des 28 banques systémiques et leur concertation, la genèse de l’oligopole bancaire, les pratiques frauduleuses, l’impératif de la question monétaire, la crise de la dette publique, les solutions possibles.

La première partie est intitulée Un oligopole omnipotent et systémique. Dans l’introduction, l’auteur s’attarde à la définition de l’expression «banques systémiques». Par la suite, il développe son exposé sur les aspects caractéristiques de l’oligopole bancaire mondial: la taille surdimensionnée des 28 banques systémiques (totaux de bilan, encours notionnels de produits dérivés, profils et écarts de salaires), leur interconnexion financière (remarque méthodologique, marchés, phénomènes de dépendance, bilan et hors-bilan, produits dérivés), leur interconnexion institutionnelle (pouvoir interne de cinq institutions internationales), et leurs positions dominantes (marché des changes, marchés interbancaires, marchés obligataires, marchés financiers).

La seconde partie est intitulée Une dictature dévastatrice. Elle porte sur les risques potentiels du pouvoir concentré au sein de l’oligopole bancaire mondial. Ces dangers sont envisagés sous trois aspects. Le premier a trait à l’abus d’une position dominante: fausser la concurrence en fixant par la force les conditions ayant cours sur le marché (pratique initiée par une seule banque systémique, mais possiblement imitée ensuite par les autres), conclure des ententes frauduleuses entre les banques systémiques. À cet égard, plusieurs scandales sont cités et détaillés par l’auteur: le marché de prêts à haut risque, la manipulation des taux d’intérêt sur les marchés interbancaires (Libor, Eurobor et Tibor), les manipulations du marché des changes et du marché des produits dérivés.

Le second volet porte sur le surendettement des États lié à la crise financière de 2008. Dans ce contexte, les politiques d’austérité sont vaines, car les causes de la crise des dettes souveraines sont ignorées par les plus grands États. L’auteur démontre avec minutie que les États sont maintenant des otages de l’oligopole bancaire mondial: la microstructure des marchés et a macrostructure financière, les rapports entre les banques centrales et les banques systémiques, les failles et faiblesses de la règlementation.

Le troisième et dernier volet est prospectif. À défaut de limiter la puissance des banques systémiques, notamment le noyau constitué de onze banques, le monde risque l’abîme économique. Les causes et les conséquences de celui-ci sont énumérées. Pour pallier ce danger imminent, l’auteur préconise une analyse critique de la crise actuelle pour en dégager les causes profondes. Plusieurs points particuliers sont ensuite abordés, relativement à la recherche de solutions: la suppression programmée des produits dérivés, la réforme du système monétaire international, la monnaie commune (mais non unique), la réduction des dettes souveraines.

Dans la conclusion, l’auteur récapitule la genèse (récente) et l’ampleur (démesurée) de l’oligopole bancaire mondial, puis il rappelle ensuite l’urgence de briser cet oligopole planétaire par deux moyens fondamentaux: la séparation des banques de dépôts et d’investissement, la réforme du système monétaire et financier international.

Référence

Morin, François. - L’hydre mondiale. L’oligopole bancaire. - Montréal: Lux Éditeur, 2015. - 165p. - (Lettres libres). - ISBN 978-2-89596-199-4. - [Citation, p. 17]. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: livre disponible pour emprunt ou consultation.

Sur la Toile

Les sites des institutions financières décrites dans la première partie du livre:

Association for Financial Markets in Europe (AFME)
Global Financial Markets Associations (GFMA)
CLS Group Holdings AG (CLS)
Institute of International Finance (IIF)
International Swaps and Derivatives Association (ISDA)

Actualités

Fraude bancaire : 6 milliards $ d'amendes (Radio-Canada avec Reuters et Bloomberg, Société Radio-Canada, 20 05 2015)
Five Major Banks Agree to Parent-Level Guilty Pleas (Gouvernement des États-Unis d’Amérique, Département de la Justice, 20 05 2015)
Manipulations des taux de change : six banques condamnées à une amende de six milliards de dollars (Le Monde.fr avec AFP et Reuters, Le Monde, 20 05 2015)
Fraude : 240 milliards de dollars d'amendes en cinq ans pour les banques (Bertille Bayart, Le Figaro, 20 05 2015) [Accès complet réservé aux abonnés]

Articles connexes

Introduction au capital (Thomas Piketty)
La fabrique de l’homme endetté (Maurizio Lazzarato)

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