L’île des âmes / Piergiorgio Pulixi
Une enquête d’Eva et Mara
«En Sardaigne, le silence est presque une religion. L’île est composée de distances infinies et de silences ancestraux qui ont quelque chose de sacré. […] Partout règne un silence pénétrant. L’homme ne cherche pas à dominer la nature, car il la craint. C’est une peur inscrite dans son sang, fille d’époques révolues.»
Prologue
«Des cinq policiers affectés à l’enquête sur le meurtre de Dolores Murgia, je suis la seule encore en vie. […] Il est de ma responsabilité de finir le travail, même si tout le monde semble avoir oublié Dolores et les autres filles.»
Le récit compte 130 chapitres regroupés sous trois parties : Le jour des Morts (1-55), Le vent et le destin (56-111), Terre mauvaise (112-130).
I – Le jour des Morts
Le chapitre initial est saisissant. Il se situe en Sardaigne, dans les montagnes de la Barbagia, plus précisément dans la vallée d’Aratu. L’épisode se déroule un soir de novembre, en 1961. Attiré par l’odeur de sang humain, un jeune chien quitte promptement son maître, un enfant qu’il vient de réveiller par son grognement. Le chien, puis l’enfant qui l’a rejoint découvrent le cadavre d’une femme dans une antique construction en pierres. Tout à coup, un géant masqué surgit des entrailles du temple. Il met le feu au cadavre, les flammes se répandant ensuite au maquis. L’enfant, accompagné de son chien, retourne dans son lit. Il continuera d’être tourmenté par la femme au masque bovin pour le restant de ses jours.
Le style d’écriture, la richesse du vocabulaire, les portraits notables des personnages et les descriptions minutieuses des lieux rendent bien compte de l’atmosphère lugubre et mystérieuse du récit. À titre d’exemple, citons les expressions relatives au géant : silhouette gigantesque, antique divinité forestière, dieu-animal, être à l’aspect humain, quoique cyclopéen, géant, ogre, démon.
Aux chapitres 2 à 5, des policiers entrent en scène.
Sardaigne méridionale, octobre 2016.
Questure [préfecture de police] de Cagliari, bureau de la section Homicides et violences aux personnes, nouvelle et expérimentale Unité des crimes non élucidés.
Moreno Barrali, inspecteur en chef de la police d’État.
Mara Rais, inspectrice en chef.
Giacomo Farci, commissaire en chef.
Eva Croce, enquêtrice spécialisée dans les sectes et meurtres rituels (de Milan, mutée en Sardaigne).
Les situations personnelles de ces personnages et leurs relations interpersonnelles sont présentées dans des contextes conflictuels.
Après avoir lu ces chapitres, le lecteur peut observer de nouveau la couverture du livre et comprendre l’à-propos d’un personnage masqué à tête de bœuf étendu par terre et des flamants roses au milieu d’un plan d’eau.
Les protagonistes, les lieux et l’ambiance sont révélés. Le récit se poursuit et les événements s’entrecroisent tout au long de cette première partie. La plupart des chapitres portent sur les introspections des personnages et, sous forme de dialogues, sur des informations relatives à l’époque nuragique. Seuls quelques chapitres concernent directement des meurtres, dont le dernier intitulé Sanctuaire nuragique de Santa Vittoria, Serri. Sans surprise, en lien avec le prologue : la découverte du cadavre de Dolores Murgia.
II – Le vent et le destin
Là, l’enquête policière surgit et les investigations sont menées à fond de train. Alors que la partie précédente avait un caractère sentimental et didactique, la deuxième partie du roman est assurément d’une vive intensité poignante. Les épisodes dramatiques et les bouleversements stupéfiants se multiplient, notamment des suicides suspects. Au cours du récit, la révélation d’un lien avec le meurtre rituel relaté au chapitre 1.
III – Terre mauvaise
Le dénouement de l’enquête policière est surprenant. Celui du récit en abyme, relaté tout au long du roman, en de nombreux chapitres, au cœur de la Barbagia supérieure, est confondant.
A una bida nche l’ant ispèrdida in sa nurra de su notte. Custa morte est creschende li lugore a sa luna. Abba non naschet si sàmbene non paschet. *
Épilogue
Les ultimes réflexions et décisions d’Eva Croce, en échos aux propos du prologue. La dernière conversation téléphonique avec sa collègue Mara Rais, préfigurant des retrouvailles.
Appréciation
Outre ses qualités littéraires, déjà soulignées, ce roman suscite la découverte de la Sardaigne, de ses villes, villages et paysages, mais aussi de la préhistoire et de l’histoire des Sardes.
Référence
Pulixi, Piergiorgio. – L’île des âmes. – Traduit de l’italien par Anatole Pons-Reumaux. – Paris : Éditions Gallmeister, 2022. – 557 p. – (Collection Totem, n° 214). – ISBN 978-2-35178-842-4. – [Citations : p. 23; 11, 12; 20 et 551]. – Bibliothèques de Montréal et BAnQ : PUL Pie il ; Pulixi P981i.
* Note
Cette prière est citée deux fois dans le roman :
1° Sous un lourd masque de bois, la voix caverneuse du géant récita une sorte de prière adressée aux astres : [texte de la prière, p. 20]. La traduction de la troisième phrase est ainsi formulée, p. 22 : «L’eau pour naître doit de sang se repaître…»
2° [texte de la prière récitée par Bastianu Ladu, p. 551], récita-t-il en levant les yeux vers le ciel noir de nuages.]
Traduction et interprétation par intelligence artificielle
Ce texte est rédigé en sarde, une langue romane parlée en Sardaigne. Il s’agit d’un extrait poétique ou lyrique au ton sombre et philosophique.
Voici une traduction et une explication de sa signification :
Traduction en français
«Une vie, ils l’ont perdue dans la noirceur de la nuit.
Cette mort fait grandir la lumière sur la lune.
L’eau ne naît pas si le sang ne nourrit pas.»
Signification et interprétation
Le texte utilise des métaphores fortes et contrastées (vie/mort, lumière/nuit, eau/sang) pour explorer des thèmes universels de sacrifice et de renaissance :
● La perte tragique : La première phrase établit un événement tragique, la perte d’une vie dans l’obscurité.
● La transformation de la mort : La deuxième phrase introduit un paradoxe : la mort n’est pas une fin absolue, mais une source d’énergie ou de lumière (elle «fait grandir la lumière sur la lune»).
● Le cycle de la vie et du sacrifice : La dernière phrase conclut par une affirmation existentielle profonde : la pureté de la vie (l’eau) ne peut émerger sans la violence ou le sacrifice (le sang versé).
Le message général suggère qu’il y a un prix à payer pour l’existence, la croissance ou la rédemption, et que la tragédie et le sacrifice sont des éléments nécessaires du cycle de la vie.
Image
Rupestre M. Ortobene (Max.oppo, Commons Wikimedia, CC BY-SA 3.0) – Nuoro (Wikipedia, Wikipédia)
Sur la Toile
Sardaigne
Carte géographique de la Sardaigne (OpenStreetMap)
Portail de la Sardaigne
Préhistoire
La Sardaigne préhistorique (Jonathan Ozcelebi, Sources)
Découvrez la Sardaigne / La route des nuraghes (Petit Futé)
Culture nuragique
Sites particuliers
Fonni (rivière Aratu)
Nuraghe
Visite du Sanctuaire nuragique de Santa Vittoria (plan et photos)
Santa Vittoria di Serri : le début des fouilles
Tombes des géants
Aucun commentaire:
Publier un commentaire