28 décembre 2012

2012 – L’année des carrés rouges

Par sa durée et son ampleur, la grève étudiante qui s’est transformée en crise sociale constitue un des plus grands événements de l’histoire du Québec.

Les articles du blogue portant sur cette contestation populaire sans précédent ont été lus par plusieurs milliers d’internautes. Afin de faciliter leur consultation, ces articles sont ici regroupés :

01 | Hommage aux jeunes

02 | Libérez-nous des libéraux

03 | Nous sommes avenir

04 | Le naufrage de l’université

05 | Grève étudiante 2012

06 | Démocratie et mobilisation

07 | Comprendre Habermas

08 | Le mouvement étudiant

09 | Gabriel Nadeau-Dubois (2009-2012)

10 | Victoire du mouvement étudiant

11 | Les jeunes d’aujourd’hui

12 | Le souffle de la jeunesse

13 | Le printemps des carrés rouges

14 | L’interpellation plébéienne

15 | Appel à la solidarité

16 | La désobéissance civile

17 | Création en temps de crise sociale

18 | Carré rouge : livre et exposition

19 | Introduction à la sociologie générale

20 | La manifestation

21 | L'École de Francfort

22 | Carrés rouges au CCA

23 | Dictionnaire de la révolte étudiante

24 | Mythique manifestation nationale

25 | Le Printemps québécois | Une anthologie

26 | De l'école à la rue

27 | La fabrique de l'homme endetté

28 | Dialectique et société | Genèse

29 | Projets carré rouge

30 | Gabriel Nadeau-Dubois (2012-2013)

31 | Gabriel Nadeau-Dubois | Tenir tête

32 | À force d'imagination

33 | Gabriel Nadeau-Dubois | Références

34 | Gabriel Nadeau-Dubois | La révolte des riches

35 | Gabriel Nadeau-Dubois | Libres d'apprendre

36 | Origines de la grève étudiante de 2012

37 | Analyse du livre « Tenir tête »

Cette rétrospective est dédiée aux valeureux grévistes étudiants qui ont marqué l’année 2012 et infléchi l'histoire du Québec.

24 décembre 2012

Parlers et paysages du Québec

Les Publications du Québec viennent d’éditer une merveilleuse Randonnée à travers les mots d’ici. L’ouvrage a été réalisé par la Commission de toponymie, en collaboration avec l’Office de la langue française.

Que nous propose cette œuvre singulière?

Un répertoire alphabétique de découvertes, d’informations historiques, toponymiques, picturales et cartographiques.

Les rubriques sont regroupées sous six thèmes :

Sur nos terres et dans nos forêts
Marais et autres lieux humides
Eau qui coule, eau qui gèle
Près des rivages et au-delà
Creux et bosses
Planchers, cloisons et entailles

Prenons l’exemple de la Coulée (p. 142-145). L’article comprend une citation de Félix Leclerc, en guise d’introduction, une historie du mot coulée, l’évocation des toponymes-hôtes, au nombre de 250, la description de deux exemples (le ravin Coulée des Étrapes et le ruisseau Coulée Grou), deux illustrations et une bibliographie thématique.

Le recueil est complété par les références les plus utilisées, un index, les sources des illustrations et deux études : Toponymie et paysages, par Henri Dorion, et Des lieux qui racontent une langue, par Claude Poirier.

Que d’explorations en perspective!

Référence

Gagnon, André; Turcotte, Danielle; Cloutier, Guylaine; dir. – Parlers et paysages du Québec. Randonnée à travers les mots d’ici. Commission de toponymie, en collaboration avec l’Office de la langue française. – Québec : Les Publications du Québec, 2012. – viii, 184p. – ISBN 978-2-551-25206-0. – BAnQ : 917.140014 B399p 2012. – Bibliothèques de Montréal : 917.14 P252 2012.

20 décembre 2012

La manifestation

La manifestation de rue constitue aujourd’hui une forme d’action politique reconnue, tant par ceux qui y ont recours que par ceux qu’elle cible : les acteurs politiques, le patronat… et l’opinion publique.

Les professeurs Olivier Fillieule et Danielle Tartakowsky présentent une synthèse captivante sur les manifestations. Leur étude a été publiée en 2008 aux Presses de la Fondation nationale des sciences politiques (Sciences Po). Elle peut être utile pour la compréhension de certains aspects du Printemps québécois que nous avons vécu en 2012.

Dans l’introduction, les auteurs précisent leur approche historique et sociologique, rappellent la définition et l’étymologie du mot manifestation, expliquent les éléments constitutifs des manifestations et présentent les acteurs des manifestations, ainsi que les sources d’investigation sur ce phénomène.

L’ouvrage compte cinq chapitres complétés par une annexe (tableaux statistiques) et une bibliographie de plusieurs pages.

Le chapitre 1 retrace les jalons de l’émergence de la manifestation comme action politique, principalement du début du 19e siècle à la Seconde Guerre mondiale. Il est intéressant de constater la similitude des nouveaux règlements municipaux de Montréal et de Québec concernant les manifestations avec les lois françaises du 10 avril 1831 et du 30 juin 1881 (p. 37-38).

Le chapitre 2 porte sur l’institutionnalisation des manifestations à partir des années 1970. Des enquêtes d’opinion démontrent la légitimation croissante des manifestations parmi la population. Plusieurs indicateurs (caractéristiques sociopolitiques, âge, sexe, etc.) sont analysés par les auteurs.

Le chapitre 3 est constitué de deux parties : la morphologie des manifestations; la violence. La première partie traite des grandes tendances observées au cours des dernières décennies : l’augmentation du volume global des manifestations; la croissance de l’interpellation directe du politique; la multiplication des manifestations de proximité par rapport aux manifestations de masse. La marche mondiale des femmes du 8 mars au 17 octobre 2000, inspirée de la marche des femmes du Québec contre la pauvreté en 1996, est citée en exemple. La seconde partie souligne la relative décrue de la violence pendant les manifestations. Après un rappel historique, les auteurs analysent les différentes facettes de la survenance de la violence.

Le chapitre 4 fait appel à la sociologie, à la psychologie sociale et à diverses méthodologies d’enquête. Il vise la compréhension des effets sur les individus impliqués dans des manifestations. Plus spécifiquement, il traite de trois hypothèses : l’identité, l’adhésion et la socialisation. Au passage, il aborde la dénonciation politico-journalistique des « casseurs » par les pouvoirs face aux mouvements qui les contestent. D’une façon sommaire, les participants aux manifestations ont un profil sociodémographique et politique distinct de celui du reste de la population : plus jeunes, plus grande affiliation aux organisations, plus diplômés et plus à gauche. Les foules ne sont jamais homogènes. Par ailleurs, « c’est par des réseaux de relations que les individus descendent dans la rue ».

Le chapitre 5 traite de la manifestation dans l’espace public, c’est-à-dire de la couverture médiatique susceptible de peser sur la décision politique. En général, les médias font preuve d’une « forte insensibilité structurelle » vis-à-vis les manifestations. Les auteurs décrivent avec minutie le traitement journalistique des manifestations, ainsi que la difficulté pour les manifestants de se faire comprendre et de voir accepter leurs revendications. Ils abordent aussi les rapports ambivalents entre la police et les médias. La dernière partie de ce chapitre porte sur les scénographies manifestantes. Ce chapitre contient un grand nombre d’exemples illustrant les sujets étudiés.

La conclusion met en évidence les dangers de la nouvelle philosophie et de la nouvelle doctrine du maintien de l’ordre public privilégiées par les autorités politiques et policières, notamment lors de manifestations transnationales.

Ce livre constitue une synthèse captivante sur un phénomène majeur. Pour les citoyens québécois, le dernier chapitre et la conclusion seront possiblement les parties les plus intéressantes, car les auteurs y décortiquent plusieurs problématiques vécues et débattues au cours du Printemps québécois.

Référence

Fillieule, Olivier; Tartakowsky, Danielle. – La manifestation. – Paris : Sciences Po, 2008. – 184p. – (Contester, n° 2). – ISBN 978-2-7246-1008-6. – BanQ : 303.61 F486m 2008. – [Citation, p. 11].

Sur la Toile

État de la nouvelle : bilan 2012 (Influence communication)

Avec à son actif une vingtaine d’éclipses médiatiques, le conflit étudiant a été la nouvelle la plus longue et la plus intense de l’histoire moderne des médias québécois. Le dossier a décroché une place dans le top 5 pendant 22 semaines.

Influence communication décortique le conflit étudiant (Mathias Marchal, Métro, 19 décembre 2012)

Ces chiffres viennent ajouter de l’eau au moulin de l’ancien porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois. En novembre, lors d’un débat organisé dans le cadre du dernier congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, il avait déploré le manque de profondeur de la couverture journalistique.

16 décembre 2012

Introduction à la sociologie générale

Le livre de référence de Guy Rocher, initialement paru en 1968-1969, vient d’être réédité aux Éditions Bibliothèque québécoise. Cette nouvelle édition a été revue et mise à jour par Yan Sénéchal.

Cet ouvrage didactique est ainsi structuré :

Introduction / Qu’est-ce que la sociologie?

Chapitre I / Les contours de la notion sociologique d’action sociale

Chapitre II / Les fondements normatifs, idéaux et symboliques de l’action sociale

Chapitre III / Culture et idéologie

Chapitre IV / Socialisation, conformité et déviance

Conclusion / Les fondements culturels de l’action sociale

Le guide est complété par une bibliographie thématique commentée, un index des auteurs cités, un index des matières et la liste des ouvrages de Guy Rocher.

Afin de bien saisir les buts de l’auteur, le lecteur peut commencer la lecture de l’ouvrage par l’introduction (p. 15-55) et la conclusion (p. 291-299).

Les nombreuses notes en bas de page et la bibliographie permettent aux personnes intéressées de trouver les meilleures ressources documentaires pour approfondir une ou plusieurs facettes particulières.

La présentation progressive et méthodique des principales dimensions de la réalité sociale à partir de la perspective de l’action sociale est exemplaire. Tout au long de l’ouvrage, les notions sont clairement expliquées et illustrées par des exemples.

Un livre captivant!

Référence

Rocher, Guy. – Introduction à la sociologie générale. L’action sociale. – Édition revue et mise à jour par Yan Sénéchal. – Montréal : Bibliothèque québécoise, 2012. – 349p. – ISBN 978-2-89406-332-3. – BAnQ et Bibliothèques de Montréal : 301 R675i 2012 et 301 ROCH.

La photo de la page couverture a été prise par Jacques Nadeau, photographe au quotidien Le Devoir, lors de la mythique manifestation étudiante du 22 mars 2012.

Sur la Toile

Guy Rocher (Biobibliographie) (UdeM)
Guy Rocher (Recueil de textes) (CSS)

Association canadienne des sociologues et anthropologues de langue française (ACSALF)

12 décembre 2012

Le défi des ressources minières

Un nouveau livre sur l’actualité minière traitant de la gestion des ressources non renouvelables sur une planète de plus en plus petite. Une étude produite par Normand Mousseau, expert indépendant, professeur de physique à l’Université de Montréal et chercheur de renommée internationale.

Dans son avant-propos, l’auteur indique le but de sa démarche : un survol des principaux enjeux qui sous-tendent l’exploration des ressources minières. Dans l’introduction, il souligne le regain de l’industrie extractive au Québec et dans le monde. Il rappelle également que le secteur des ressources minières a toujours été le moteur de la civilisation.

Le professeur développe ensuite son exposé sous quatre volets :

1. – Aspects géologiques et métallurgiques

Un aperçu historique de la préhistoire au Moyen Âge | L’évolution des techniques d’exploitation de l’Âge de l’acier à aujourd’hui | La multiplication des éléments utiles | Les grands gisements | L’évaluation des ressources restantes

2. – Enjeux économiques

Les modèles économiques | Le développement durable | La maladie hollandaise et les autres malédictions reliées aux ressources

3. – La gestion des ressources minières au quotidien

Des exemples de gestion des ressources naturelles | L’économie minière canadienne | Le Plan Nord et le développement minier

4. – Quelques défis pour le secteur minier

L’importance de la Chine | La durée des ressources | Les enjeux nationaux d’une stratégie de développement minier

Dans sa conclusion, l’auteur présente une rétrospective sur le sujet étudié et présente une ébauche de modèle de développement. Il souligne aussi la nécessité d’une stratégie mondiale qui prenne en compte le cycle de vie complet des divers éléments et minéraux d’intérêt économique et technologique.

Outre les notes et références insérées en bas de page, le livre contient une bibliographie.

Un ouvrage captivant qui se lit comme un roman. Un livre que j’ai lu après avoir assisté à une entrevue de l’auteur lors du Salon du livre de Montréal 2012.

Référence

Mousseau, Normand. – Le défi des ressources minières. – Québec : MultiMondes, 2012. – xvi, 260p. – ISBN 978-2-89544-199-1. – BAnQ : 333.85 M933d 2012.

Du même auteur :

La révolution des gaz de schiste

Articles connexes

La première carte minéralogique
Notions de géologie
Géologie des ressources minérales

Application

Mines Québec (Mines QC)

Cette application Android gratuite est offerte par le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie des mines. Elle propose quatre rubriques : Actualités (revue de presse), L’industrie (types de mines, cycle minier, minéraux et utilisation), Emplois (recherche par mots clés, région et type d’emploi), Vidéos (métiers miniers). Cette ressource est aussi disponible pour les mobiles Apple, ainsi que sur la Toile : Explore les mines.

07 décembre 2012

Carré rouge | Livre et exposition

Jacques Nadeau, photographe au quotidien Le Devoir, a publié un recueil de 153 photos prises au cours du Printemps québécois. Ses témoignages visuels sur cet événement historique sans précédent sont accompagnés de commentaires multiples et diversifiés.

La préface de Jacques Parizeau rappelle, d’entrée de jeu, le rôle déterminant des représentants étudiants dans cette contestation populaire :

On n’est pas près d’oublier l’image quotidienne de ces trois représentants étudiants qui, sur toutes les tribunes, venaient exposer calmement, posément, le sens de leur démarche. On n’oubliera pas, non plus, qu’à leur appel, des manifestations comme Montréal n’en avait pas connu projetaient un message de protestation à l’égard de la hausse des frais de scolarité, sans doute, mais aussi de plus en plus un message de solidarité qui avait une résonnance bien plus étendue.

Les photos de Jacques Nadeau illustrent merveilleuse bien le mouvement étudiant. Soulignons quelques figures saisissantes de ses œuvres artistiques et journalistiques :

- représentants étudiants : Gabriel Nadeau-Dubois (30 avril 2012, p. 124; 4 mai 2012, p. 50, 62; 2 juin 2012, p. 123), Jeanne Reynolds (30 avril 2012, p. 124), Léo Bureau-Blouin (30 avril 2012, p. 124)

- manifestations : 22 mars 2012 (p. 32, 74), 22 avril 2012 (p. 40-41), 20 mai 2012 (p. 116), 27 mai 2012 (p. 12-13), 24 juin 2012 (p. 88)

- carrés rouges : 22 juin 2012 (p. 99)

- imaginaires : nudité (3 mai 2012, p. 30; 18 avril 2012, p. 104), danse (20 mai 2012, p. 42), coiffure (19 mars 2012, p. 52), affiches (1er avril 2012, p.67; 16 mai 2012, p. 119; 22 mai 2012, p. 129; 2 juin 2012, p. 123), musique (29 avril 2012, p. 78-79; 23 mai 2012, p. 100-101), casseroles (24 mai 2012, p. 94; 27 mai 2012, p. 81, 95; 7 juin 2012, p. 40), gymnastique (27 avril 2012, p. 102-103), beignes (1er mai 2012, p. 114-115), bulles (30 mars 2012, p. 153)

- personnalités : Anarchopanda (15 mai 2012, p. 90), Guy Rocher (4 mai 2012, p. 62), Ariane Moffat (24 juin 2012, p. 132), Guy A. Lepage (24 juin 2012, p. 132), Yann Perreau (24 juin 2012, p. 85)

- politiciens : Jean Charest (4 mai 2012, p. 64, 131; 11 juin 2012, p. 76-77), Raymond Bachand (20 mars 2012, p. 60), Line Beauchamp (24 mars 2012, p. 65), Michelle Courchesnes (20 mars 2012, p. 60), Pauline Marois (24 juin 2012, p. 103)

- brutalité policière : coups de matraque (15 mai 2012, p. 143; 20 mai 2012, p. 44-45; 23 mai 2012, p. 122); gaz (16 février 2012, p. 17; 15 mars 2012, p. 144; 19 avril 2012, p. 50-51; 24 avril 2012, p. 91; 4 mai 2012, p. 134-135, 158-159, 160-161, 162-163, 165, 168; 14 mai 2012, p. 113; 9 juin 2012, p. 155); charges cavalières (19 avril 2012, p. 25; 15 mai 2012, p. 148-149); policière matricule n° 728 (p. 35); bombes assourdissantes (20 avril 2012, p. 118-119; 25 avril 2012, p. 54-55); poivre (19 avril 2012, p. 156)

- arrestations : massives (30 avril 2012, p. 154-155; 23 mai 2012, p. 59), manifestants par terre (15 mars 2012, p. 24-25; 20 avril 2012, p. 120; 4 mai 2012, p. 166-167; 7 juin 2012, p. 8; 9 juin 2012, p. 14); Grand Prix (10 juin 2012, p. 92)

- vandalisme : voitures de police (15 mars 2012, p. 20, 21), guichet bancaire (15 mars 2012, p. 37)

Quel sens donné à ces photos, à chacun de ces clichés? Les textes d’accompagnement et la postface de Marc-Yvan Poitras suscitent des réponses à cette question.

Un index des collaborateurs complète l’ouvrage. Plus d’une centaine de compositions. Toutes remarquables, souvent même touchantes. J’ai aimé en particulier les textes de Fred Pellerin (p. 9), Jean-René Dufort (16-17), Jean Pierre Thibault (23), Gabriel Nadeau-Dubois (28), Francis Soulard (34), Biz (39), Laura Studer (39), Louis Simard (55), Les Zapartistes (63), Martin Lépine (66), Jérémie Tremblay (68), Annie Roy (75), Karen Chery (79), Christiane Dupont (87), Michael Thornton (89), Julien Villeneuve (90), Florence Rainville (93), Geneviève Giroux (94), Gabriel Pelletier (99), Rachel Saintus-Hyppolite (109), Dereck Deblois Guillemette (120), Laura Kneale (123), Sophie Cardinal-Corriveau (129), Guy A. Lepage (132), Béatrice Vaugrant (139), François Saillant (142), Theam Eang-Nay (149) et Émilie Bilodeau (159).

Référence

Nadeau, Jacques. – Carré rouge. – Préface de Jacques Parizeau. – Postface de Marc-Yvan Poitras. – Montréal : Fides, 2012. – 176p. – ISBN 978-2-7621-3497-1. – BAnQ et Bibliothèques de Montréal : 370.971409051 N134c 2012 et 371.810971 NADE.C. – [Citation : Jacques Parizeau, p. 7].

Exposition

Jacques Nadeau a pris environ 40 000 clichés au cours du Printemps québécois. Outre les 153 photos reproduites dans le livre Carré rouge, une sélection de ses photos fait l’objet d’une exposition à la Maison du développement durable. L’Exposition Carré rouge de Jacques Nadeau se poursuit jusqu’au 19 décembre 2012. Entrée libre.

Rayonnement

Une photo montant deux policiers s’invectivant, rue Saint-Denis, le 20 mai 2012, a été primée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), le 18 mai 2012. Cette photo est reproduite à la page 47 du livre de Jacques Nadeau.

Une des photos du 22 mars 2012, affichée sur la page74 du livre de Jacques Nadeau, est reproduite sur la page couverture de l’Introduction à la sociologie générale de Guy Rocher (Montréal : Bibliothèque québécoise, 2012).

Sur la Toile

Jacques Nadeau photojournaliste (Site de l’auteur)

Exposition Carré rouge de Jacques Nadeau (Le Mur mitoyen, 4 décembre 2012)
Vernissage : Carré rouge de Jacques Nadeau (Photos d’Anne Gauthier)
Maison du développement dirable

Carré rouge et chambre noire (Le Devoir, 4 décembre 2012)
Marie-Andrée Chouinard et Jacques Nadeau récompensés (Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 19 novembre 2012)
Une «tentation fasciste» (Jessica Nadeau, Le Devoir, 24 août 2012)
Carré rouge: le mouvement en images (Raphaël Dallaire Ferland, Le Devoir, 17 août 2012)

Article connexe

Création en temps de crise sociale

03 décembre 2012

La tablette Samsung Galaxy Tab

Un guide d’une facture luxueuse.

Les chapitres initiaux portent sur le bureau Android, la galaxie des tablettes Samsung et les fonctions du système d’exploitation Ice Cream Sandwich.

Les chapitres suivants sont regroupés sous neuf thèmes :

Les premiers pas
Personnaliser
Les applications
Photos, musique et vidéo
Internet
Les documents
Messagerie et communication
La tablette au quotidien
Aller plus loin

Chaque chapitre est constitué de deux parties : une introduction; un procédurier illustré. Ainsi le chapitre intitulé Ajouter des applications présente la boutique Google Play et une illustration de son utilisation en dix étapes.

Un manuel fort intéressant, mais sans index.

Référence

Grandsire, Pascal; Habian, Alexandre. - Samsung Galaxy Tab. Savoir tout faire. Tutoriels. – Paris : Oracom Éditions, 2012. – 222p. – ISBN 978-2-3614-5061-8. – BAnQ et Bibliothèques de Montréal : 004.1675 S1933g 2012.

29 novembre 2012

Un jardin chinois

Dans un des chapitres des Spectacles curieux d’aujourd’hui et d’autrefois, le conteur Langxian décrit un jardin exceptionnel tout en racontant une histoire surprenante. Soulignons les parties de ce jardin et recensons ses fleurs.

Le jardin

Le jardin est entouré d’une clôture de bambou à claire-voie. Un portail en treillis lui donne accès. Une allée centrale de bambou conduit à une chaumière dont les fenêtres offrent des vues sur les fleurs. Une digue de terre borde un lac adjacent au domaine.

Les fleurs

Abricotier, alpinie, amarante, azalée
Balsamine, bambou
Camélia, châtaigne d’eau, chrysanthème, cytise
Daphné
Églantier, érable
Fougère aquatique
Grenadier
Hémérocalle, hibiscus, hortensia
Lis, liseron, lotus, lychnis
Kerrie, ketmie
Narcisse
Orchidée, osmanthe
Pavot, pêcher, pivoine, poirier, poivrier, pommier, prunier
Renouée, roncier, rose, rose trémière, rosier grimpant
Saule, sophora, souci
Théier, thuya

La description du jardin est des plus pittoresques et la présentation des fleurs est captivante. Par ailleurs, le récit les met bien en valeur.

Référence

Spectacles curieux d'aujourd'hui et d'autrefois (Jingu qiguan). – Texte traduit, présenté et annoté par Rainier Lanselle. – Paris : Gallimard, 1996. – lxii, 2105 p. – (Bibliothèque de la Pléiade). – ISBN 2-07-011332-9. – BAnQ : 895.134608 S7418 1996. – [Le vieil arroseur de jardin, sur le tard, rencontre l’immortelle, p. 288-292].

Lectures complémentaires

Administration nationale du tourisme de la République populaire de Chine. – Jardins classiques chinois. – Beijing : Beijing Xinglu, (2012). – 80p. – [Jardins impériaux, Jardins privés, Autres jardins célèbres, Annexe]. – [Nombreuses photos contemporaines].

Pimpaneau, Jacques. – Dans un jardin de Chine. – Arles : Philippe Picquier, 2000. – 117p. – ISBN 2-87730-486-8. – Cote BAnQ : 712.0951 P644d 2000.

Valder, Peter. – The Garden Plants of China. – Portland : Timber Press, 1999. – 400 p. – ISBN 0-88192-470-9. – Cote BAnQ : 635.90951 V144g 2002.

Article connexe

Introduction aux Spectacles curieux

24 novembre 2012

Création en temps de crise sociale

Aujourd'hui pour moi, demain pour toi.

Le Centre de design de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) présente une exposition exceptionnelle sur l’École de la Montagne rouge.

L’exposition est constituée de deux grandes parties. Une sélection d’œuvres produites au cours du Printemps québécois est affichée dans la première partie. Une sélection d’œuvres en cours de conceptualisation et de réalisation est présentée dans la seconde partie. La première section est semblable à un musée, la seconde à un atelier de travail.

L’article du 21 novembre 2012 de Frédérique Doyon, cité ci-dessous, décrit bien le contenu de cette exposition. Des productions de l’École de la Montagne rouge sont reproduites dans cet article et les suivants.

Le passage liant les deux parties est doublement accrocheur : la projection d’un film sur un vaste écran mettant en vedette les artisans de l’École de la Montagne rouge, ainsi que leurs productions, au cours de manifestations; les salopettes rouges, maculées de peinture, suspendues à des crochets.

En visionnant le film, j’ai surtout été captivé par les cubes articulés Bloquons la hausse. L’intitulé de l’œuvre rappelle le but visé par la grève étudiante illimitée, tandis que l’équipe des porteurs des mobiles souligne la solidarité des manifestants dans leur combat méritoire.

Un vaste panneau, visible de l’intérieur de l’édifice, est situé hors les murs. De nombreuses affiches y sont apposées. Cette installation ajoute au réalisme de l’exposition.

Cette exposition est extrêmement émouvante, car elle rappelle l’effervescence du Printemps québécois. Elle est un témoignage exemplaire sur une contestation populaire d’une ampleur et d’une durée sans précédent dans notre histoire.

Un numéro spécial du périodique Urbania portant sur la grève est offert aux visiteurs. Il a été réalisé par l’École de la Montagne rouge :

Ce que vous tenez dans vos mains, c’est le parcours incroyable de quatre mois intenses de marches et de cris; c’est la porte que nous avons ouverte pour notre génération et celles qui suivront. À nous d’y entrer et de construire ce qui se trouve de l’autre côté.

L’École de la Montagne rouge projette l’édition d’un livre au cours de l’année 2013. À suivre…

Coordonnées

Création en temps de crise sociale
Production graphique de l’École de la Montagne rouge
Commissaire : Frédéric Metz
22 novembre au 9 décembre 2012
Ouvert du mercredi au dimanche, de midi à 18 heures
Entrée libre

Centre de design (UQÀM)
1440, rue Sanguinet (angle Sainte-Catherine Est)
Montréal
Métro Berri-UQÀM

Téléphone : 514 987-3395

Exemple

Au cours de mes randonnées pédestres dans divers quartiers de la métropole, j’ai constaté que plusieurs affiches rouges sont encore visibles ici et là. C’est dire la vie prolongée d’œuvres par nature éphémères. Le mouvement étudiant est d’ailleurs toujours vivant comme l’atteste la grève de plus de 60 000 étudiants le 22 novembre 2012, le jour même de l’ouverture de l’exposition Création en temps de crise sociale.


Manifestation nationale du 22 mars
Affiche apposée sur un poteau – Quartier Rosemont
Photo prise le 29 octobre 2012

Références

Centre de design (UQÀM)
Communiqué de presse (Maude N. Béland) (UQÀM)
École de la Montagne rouge (Site officiel)
Urbania (Grève, Spécial Rouge, Été 2012) (Toxa)

Une expo signée École de la montagne rouge (Claude Gauvreau, L’UQAM, 26 novembre 2012 - Version au format pdf, page 17)
Échos graphiques de l’École de la Montagne rouge (Frédérique Doyon, Le Devoir, 21 novembre 2012)
Boucler la boucle du carré rouge (Frédérique Doyon, Le Devoir, 14 septembre 2012)
New York accueille l’École de la Montagne rouge (Frédérique Doyon, Le Devoir, 9 août 2012)
Une grève signée École de la Montagne rouge (Nathalie Petrowski, La Presse, 5 mai 2012)
L'imagination au pouvoir (Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 22 mars 2012)

Les quotidiens Le Devoir et La Presse, ainsi que le périodique Urbania, peuvent être consultés à la Grande Bibliothèque et dans les Bibliothèques de Montréal.

20 novembre 2012

La désobéissance civile

Au cours du Printemps québécois, des centaines de milliers de Québécoises et de Québécois, de toutes les générations, ont participé à des manifestations de désobéissance civile.

Les motivations des désobéissantes et désobéissants furent principalement la lutte contre la hausse des frais de scolarité à l’université et l’opposition à la loi spéciale.

Ce mouvement populaire de contestation, par son ampleur et sa durée, fut historique. Il a donné lieu à une foule d’opinions contrastées et il continuera sûrement de faire l’objet d’études exhaustives au cours des prochaines années et décennies.

Dans ce contexte, deux ressources documentaires intéressantes méritent d’être signalées :

1° - un dossier de la revue québécoise Relations :

« Le pouvoir de la désobéissance civile », (septembre 2010, n° 743). – Version électronique (version papier disponible à la Grande Bibliothèque, niveau 2).

Les articles ont été composés par Catherine Caron, Philippe Duhamel, Xavier Renou, Jean-Claude Ravet (entrevue avec Jean-Marie Muller), Normand Beaudet, Robert Jasmin, André Myre, Gregory Baum et Louise Dionne.

Extrait :

La désobéissance civile, en tant que désobéissance à la loi, n’est pas synonyme d’irrespect de la loi. Elle ne nie en rien la légitimité du système juridique et ne fait pas la promotion du désordre. Au contraire. C’est le profond respect que l’on porte à la fonction de la loi dans une société démocratique qui est le fondement des actions de désobéissance civile. Car ceux qui désobéissent à la loi qu’ils estiment injuste en revendiquent une autre qui la remplace, montrant bien par là qu’ils ne contestent pas le principe de la loi. (Jean-Marie Muller)

2° - un nouveau livre français :

Hayes, Graeme; Ollitrault, Sylvie. – La désobéissance civile. – Paris : SciencesPo, 2012. – 169p. – (Contester). – ISBN 978-2-7246-1245-5. – BAnQ : 322.4 H4176d 2012. – Bibliothèques de Montréal : nouveauté.

Les auteurs abordent le sujet en quatre chapitres : une historique de la désobéissance civile, des origines au 20e siècle; les nouvelles causes de désobéissance depuis les années 1990; les différentes facettes de la désobéissance civile; les relations entre la désobéissance et la violence. Une bibliographie sélective complète l’ouvrage.

Extrait :

La désobéissance civile contemporaine s’inscrit dans une tradition héroïque et valorisante qui légitime ce type d’action. […] La figure du désobéissant devient celle du citoyen démocratique par excellence. (Conclusion, p. 154)

Sur la Toile

Trois sites français référencés dans la bibliographie de Hayes et Ollitrault :

La désobéissance civile (Colloque de Lyon 2006)
L'Actualité des luttes désobéissantes
Faucheurs d’OGM

Ajout (27 10 2014)

La désobéissance civile, une forme nouvelle de l’activité politique? (Christian Ruby et Nonfiction, Slate,15 octobre 2014)

16 novembre 2012

Le Vaisseau fantôme

L’Opéra de Montréal a présenté cet opéra de Richard Wagner les 10, 13, 15 et 17 novembre 2012, à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.

La Grande Bibliothèque offre un grand nombre de ressources documentaires sur cet opéra de Richard Wagner (1813-1883) : disques, livres, partitions, bases de données, etc.

Parmi ces documents, l’étude de Gustave Kobbé dédiée à cet opéra est particulièrement intéressante :

- source
- création (1843) et représentations ultérieures
- personnages
- lieu de l’action et durée de l’opéra
- comparaison avec l’opéra Rienzi
- singularités du Vaisseau fantôme
- livret
- argument
- motifs
- Actes 1, 2 et 3
- représentation de 1901 en un seul acte

Le musicologue qualifie ainsi Le Vaisseau fantôme : « C’est une œuvre d’une sombre et sauvage beauté, avec quelques touches de lumière et de grâce. »

Référence

Kobbé, Gustave. – Tout l’opéra. – Paris : Robert Laffont, 1999. – 1065p. – ISBN 2-221-08880-8. – BAnQ (Bibliothèque centrale de Montréal) : 782.10269 K75tp 1999. – [Le Vaisseau fantôme, p. 948-952].

Critiques

Une femme dirige Wagner (Réjean Beaucage, Voir, 08 11 2012)
Wagner pour tous (Christophe Huss, Le Devoir, 10 11 2012)
Keri-Lynn Wilson et Le vaisseau fantôme: débuts avec Wagner (Caroline Rodgers, La Presse, 10 11 2012)
Le Vaisseau Fantôme : l'Opéra de Montréal célèbre le bicentenaire de Richard Wagner (Samuel Larochelle, Le Huffington Post, 10 11 2012)
Opéra de Montréal: un Wagner de metteur en scène (Claude Gingras, La Presse, 11 11 2012)
Senta, la magnifique (Christophe Huss, Le Devoir, 12 11 2012)

Le Devoir, La Presse et Voir peuvent être consultés à la Grande Bibliothèque, tout comme dans les Bibliothèques de Montréal.

12 novembre 2012

La condition humaine

Un classique (1933) d’André Malraux (1901-1976).

Une histoire romanesque se déroulant pendant la guerre civile chinoise, plus précisément en mars et avril 1927.

L’action se déroule principalement à Shanghai, lors de la grève ouvrière et de l’écrasement des militants communistes par le Kuomintang.

Les péripéties sont décrites avec minutie.

Les personnages sont nombreux, leurs portraits détaillés.

Les introspections des protagonistes sont élaborées. Elles portent notamment sur la mort et l’amour.

Dans la collection Folioplus classiques, aux Éditions Gallimard, Sophie Doucet présente un dossier en six volets sur le chef-d’œuvre de Malraux :

Mouvement littéraire
Genre et registre
L’écrivain à sa table de travail
Groupement de textes
Chronologie
Fiche

Club de lecture

Ce livre est au programme du Club de lecture (section histoire) des Amis de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (ABAnQ).

Référence

Malraux, André. – La condition humaine. Dossier et notes réalisés par Sophie Doucet. Lecture d’images par Agnès Verlet. – Paris : Gallimard 2008 © 1946. – 415 p. (Folioplus classiques). – ISBN 978-2-07-034610-3. – Bibliothèques de Montréal (Mercier) : MAL.

Sur la Toile

Amitiés internationales André Malraux
Site littéraire André Malraux

08 novembre 2012

L’Inaveu | Richard Ste-Marie

Je vais à la Grande Bibliothèque consulter de vieux journaux.

Couverture attrayante.

La table des matières précède le polar.

Cinq parties. Prologue, Aujourd’hui, Le Ledger, CS, Épilogue. Pas de dédicace, mais deux épigraphes. Une de Jacques Lacan et l’autre d’Iris Murdoch. Toutes deux portant sur le bien et le mal.

Le prologue. Une page et demie. Une fillette rue Laval.

Le premier chapitre commence d’une façon banale. Une introspection sur la vie policière. Quelques détails sur la carrière du sergent-détective Francis Pagliaro, de la Sûreté du Québec. Une dernière conversation avec l’enquêteur Martin Lortie, avant de quitter pour les vacances estivales.

Puis surgit un inconnu devant la porte du bureau du sergent-détective, Régis Duchesne. Le survenant lui remet deux objets intrigants. Le lecteur découvre ainsi un troisième événement, aucun d’entre eux n’étant relié.

Retour sur la couverture. Les éléments du prologue et du chapitre initial s’y trouvent. Une voiture roulant dans une rue bordée par des arbres dénudés. Une lampe banquier à abat-jour jaune. Un carnet usé et un album à frange rouge.

Le récit n’a que quelques pages et déjà sa lecture devient passionnante… Vite, de plus en plus irrésistible...

Épilogue, comme un écho aux épigraphes.

Le style est dynamique. La construction de l’ouvrage singulière. Quel plaisir de lire cette écriture!

Référence

Ste-Marie, Richard. – L’Inaveu. – Québec : Alire, 2012. – 243p. – (Polar). – ISBN 978-2-8961-5079-3. – Bibliothèques de Montréal (L'Octogone) : C843 S157.35i. – Cote BAnQ : Ste-Marie S157i. – [Citation, p. 169].

Critique

Boivin, Aurélien. - « Richard Ste-Marie | L’inaveu ». – Québec français. – N° 166 (Été 2012). – ISSN 0316-2052. – P. 17-18. – [Cette revue peut être consultée au niveau 2 de la Grande Bibliothèque].

Sur la Toile

Richard Ste-Marie (Site de l’auteur)

04 novembre 2012

Appel à la solidarité


Aidez Gabriel Nadeau-Dubois à financer son appel :



L'ex-gouvernement libéral a volontairement fait durer ce conflit-là pour engranger des points électoraux et c'est à cause de cette stratégie politique que le conflit s'est autant transporté devant les tribunaux.

C'est un jugement avec lequel je ne suis pas d'accord. C'est un jugement, en tout respect pour la Cour, que je trouve erroné sur plusieurs plans.

Je crois, en tout respect évidemment pour le juge et le tribunal, que le juge se trompe lorsqu’il dit que j’ai prôné, et je le cite, l’anarchie. Je n’ai pas prôné l’anarchie, je n’ai pas prôné le désordre, j’ai prôné et je prône encore l’accessibilité à l’éducation et la justice.

J'ai dit des mots, je vais en assumer les conséquences, et moi je suis convaincu que ces paroles-là non seulement représentaient l'opinion de milliers de personnes, mais je suis surtout convaincu que ça ne constituait pas un outrage au tribunal et, en tout respect pour la Cour, en tout respect pour le juge, je pense que son argumentation est erronée à quelques endroits et c'est pour ça qu'on essaie d'aller en appel.

Les mots que j'ai prononcés en mai ne sont pas seulement les miens, mais ceux de dizaines de milliers de personnes.

À mes yeux, il s'agit de beaucoup plus que d'une sentence potentielle. Il s'agit d'éviter qu'un précédent soit créé. Un précédent dangereux qui ferait en sorte que dorénavant les porte-parole du mouvement étudiant, du mouvement syndical ou de l'ensemble des citoyens aient peur de parler par crainte de se retrouver en prison.

Je ne peux pas accepter qu'à cause de mon jugement, des gens, dans le futur, au Québec, aient peur de défendre leurs convictions politiques, même si elles sont défendues par des dizaines de milliers de personnes.

Je n’appelle pas seulement à la solidarité de gens qui étaient d’accord avec moi, mais aussi à celle des gens qui n’étaient pas d’accord, mais qui pensent que j’avais le droit de le dire.

Sources

Gabriel Nadeau-Dubois interjette appel (Laurent Dionne, Canoë, 2 novembre 2012)
Gabriel Nadeau-Dubois lance un appel à tous (Lisa-Marie Gervais et La Presse canadienne, Le Devoir, 3 novembre 2012)
Outrage au tribunal: Gabriel Nadeau-Dubois interjettera appel (Valérie Simard, La Presse, 2 novembre 2012)
Gabriel Nadeau-Dubois porte sa cause en appel (Radio-Canada, 3 novembre 2012)

Les quotidiens Le Devoir et La Presse peuvent être consultés dans les Bibliothèques de Montréal et à la Grande Bibliothèque.

Article connexe

Gabriel Nadeau-Dubois (2009-2012) (Recueil de textes et de vidéos de Gabriel Nadeau-Dubois)

30 octobre 2012

Les sociétés secrètes étudiantes

La sociologue Stéphanie Grousset-Charrière présente un sujet novateur sous le titre La face cachée de Harvard, la socialisation de l’élite dans les sociétés secrètes étudiantes.

Une étude fascinante!

L’introduction présente le phénomène des clubs à l’Université Harvard, la méthode qualitative retenue pour l’analyse de ces sociétés secrètes et le plan de l’ouvrage.

Le premier chapitre constitue une monographie sur les sociétés secrètes à Harvard. Les chapitres suivants sont consacrés aux trois facettes du processus de socialisation dans les clubs : l’acquisition de l’élitisme, le maniement du secret et l’apprentissage du pouvoir. Le dernier chapitre explique comment ces sociétés secrètes mènent leurs membres au seuil du pouvoir de la société étasunienne.

Dans sa conclusion, l’auteure présente une synthèse de ses recherches sur les sociétés secrètes étudiantes et en résume ainsi l’aboutissement :

« En étudiant leur mode de fonctionnement, leur processus et leurs critères de sélection ainsi que leurs pratiques, nous avons mis en exergue la socialisation élitiste, secrète et dominatrice qu’opèrent ces communautés. »

Le livre est complété par une bibliographie et des annexes.

Référence

Grousset-Charrière, Stéphanie. – La face cachée de Harvard. La socialisation de l’élite dans les sociétés secrète étudiantes. – Avant-propos de Daniel Filâtre, professeur de sociologie, Université de Toulouse. – Préface d’Ezra Suleiman, professeur de sciences politiques, Université Princeton. – Paris : La Documentation française, 2012. – 230p. – (Études & recherche). – ISBN 978-2-11-008857-4. – Cote BAnQ : 305.520973 G8829f 2012.

Sur la Toile

Harvard University

Article connexe

Le naufrage de l’université

26 octobre 2012

L’illusion Obama

Dans un recueil d’articles, dont plusieurs ont été publiés dans Le Devoir, le journaliste américain John R. MacArthur trace un portrait au vitriol du président de la République des États-Unis d’Amérique.

À titre d’exemple, quelques citations :

Obama joue un double jeu. (p. 24)

On ne peut pas dire crûment que Barack Obama est un menteur. […] Néanmoins, on peut dire sans se tromper que le président ment globalement, et ce, à un niveau considérable. […] J’offre ici un bilan partiel, auquel on pourrait facilement ajouter des exemples. (p. 54)

Obama a démarré comme centriste, et depuis, il s’est contenté de se rapprocher de la droite. (p. 92)

Mais le double jeu d’Obama est plus pervers, plus malhonnête que celui de son grand prédécesseur [F. D. Roosevelt], le vrai fondateur de la démocratie sociale aux États-Unis. (p. 96)

Avec Hillary [Clinton] à la tête de la diplomatie, on dirait qu’Obama se moque carrément de la gauche antiguerre. (p.112)

Chaque jour qui passe montre de manière éclatante que le « système » politique et le Parti font marcher Barack Obama et non le contraire. (p. 204)

MacArthur énonce aussi plusieurs réflexions cinglantes sur le système politique américain :

Dans le pays juridiquement le plus libre de la planète, nous avons les médias et les politiciens les plus conformistes du monde! (p. 84-85)

Les deux partis politiques et leurs barons sont toujours fermement ancrés dans le pouvoir, jouissant des ressources de l’argent électoral qui semble infini. (p.87-88)

Peut-on prétendre sérieusement qu’Internet a ouvert la voie à un renouveau démocratique en Amérique – un pays affligé d’une oligarchie bipartite, d’un taux de réélection de l’ordre de 90% et d’un personnel politique spécialisé dans le blanchiment d’argent? (p. 190)

Les étrangers feraient bien de se protéger des conséquences de leurs illusions perdues. (p. 211)

Le recueil compte trois parties : Politique, International et Culture. Précédé d’un mot des éditeurs et d’une préface à l’édition québécoise, il est complété par une longue postface. Les articles se lisent rapidement.

Après la lecture de cette anthologie, on ne voit certes plus Barack Obama comme un réformateur et un pacifiste, mais ses adversaires sont-ils différents?

Quoi qu’il en soit, cet ouvrage est un livre-choc sur la ploutocratie américaine, sur Le pouvoir de l’argent aux États-Unis.

Référence

MacArthur, John R. – L’illusion Obama. Le pouvoir de l’argent aux États-Unis. – Montréal : Lux, 2012. – 215p. – (Lettres libres). – ISBN 978-2-89596-140-6. – Bibliothèques de Montréal (Frontenac) : nouveauté.

Livre recommandé par Gabriel Nadeau-Dubois, ancien du mouvement étudiant, militant progressiste et étudiant en Histoire, culture et société à l'UQÀM, le 15 octobre 2012 :

- GND : "L'illusion Obama", livre-choc à lire chez Lux Éditeur.
- Abonné : Tu es devenu critique littéraire?
- GND : Non. Je suggère un livre que j'ai apprécié.

Sur la Toile

John R. Macarthur, le « désillusionniste » d'Obama (Entrevue avec Catherine Perrin, Radio-Canada, Médium large, 4 octobre 2012, 18:47 min)
L’illusion Obama (Conférence de John R. Macarthur, 4 octobre 2012) (Andrea Levy et André Frappier, Presse-toi à gauche !, 9 octobre 2012)
MacArthur démasque Obama (Michel Lapierre, Le Devoir, 13 octobre 2012)

22 octobre 2012

L’interpellation plébéienne

Une table ronde sur la grève étudiante de 2012 s’est déroulée à la Grande Bibliothèque, le 19 octobre 2012. Elle visait à présenter le Printemps québécois selon une théorie initiée par Martin Breaugh, dans L’expérience plébéienne, et renouvelée par des membres du Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine (UQÀM).

En vue de me préparer à mieux comprendre les enjeux visés par cette rencontre, j’ai lu auparavant des extraits des ouvrages cités en référence :

- la préface et la première partie Qu’est-ce que la plèbe?, dans le livre de Breaugh;

- l’avant-propos d’André Corten, les trois introductions de Ricardo Peñafiel, André Corten et Catherine Huart, les Notes pour l’étude de l’Andahuaylazo d’Edouardo Malpica Ramos et la postface Saisir la brèche de Martin Breaugh, dans L'interpellation plébéienne en Amérique latine.

Au cours de cette rencontre, j’ai aimé les témoignages captivants de Mathieu Cousineau DeGarie sur la grève étudiante de 2005, de Gabriel Nadeau-Dubois sur son rôle de porte-parole et de Renaud Poirier Saint-Pierre sur son rôle d’attaché de presse au cours du Printemps québécois.

Un autre exemple de réflexions sur un événement majeur et singulier de notre histoire.

Contexte

J’ai emprunté ces livres après avoir lu ce billet sur le microblogue de Gabriel Nadeau-Dubois et le programme du Séminaire international GRIPAL 2012 indiqué en référence :

BILLET (18 octobre 2012)

Gabriel NadeauDubois‏@GNadeauDubois
Vendredi pm, débat théorique autour de la #ggi organisé par le GRIPAL. J'y participerai avec @CyrMarc et @RenaudSTP http://www.gripal.ca/

PROGRAMME (extrait)

15h30 à 18h30 : Des horizons d’analyse pour le Printemps québécois

La sensibilité des membres du GRIPAL pour le travail théorique capable de renouveler les analyses politiques – notamment des soulèvements populaires – rend impossible de ne pas tourner le regard vers le Québec de ce printemps. Pour contribuer à la réflexion commune, nous proposons de revoir les événements entourant la grève étudiante contre la hausse des frais de scolarité à la lumière de notre conceptualisation de ce qu’est une « interpellation plébéienne ».

Au Québec en 2012, pendant quelque temps, on eut l’impression que les intérêts corporatistes cédaient le pas à une large mobilisation montrant que l’ordre établi fait des laissés pour compte, des sans-parts, des voix qu’on n’écoute pas. Dans une certaine mesure, cette large mobilisation renvoie à l’image centrale de notre théorisation : dans la Rome Antique, à plusieurs reprises, la plèbe se retire entière sur le Mont Aventin et met le Sénat devant les limites de l’ordre qu’il représente. Elle exprime son ras-le-bol et vit par le fait même un moment de subjectivation politique. La mobilisation sociale du printemps québécois fut-elle une interpellation plébéienne? Qu’apprend-on en la revisitant sous cet angle? Voilà ce qu’on demande à nos invités.

Gabriel Nadeau-Dubois, étudiant au programme Histoire, culture et société et co-porte-parole de la CLASSE pendant la grève 2012;

Renaud Poirier Saint-Pierre, étudiant à la maîtrise en science politique et attaché de presse pour la CLASSE pendant la grève 2012;

Mathieu Cousineau DeGarie, étudiant à la maîtrise en droit et co-porte-parole de la CASSÉE pendant la grève 2005;

Marc-André Cyr, chargé de cours en science politique et chroniqueur au journal Voir;

René Delvaux, étudiant à la maîtrise en science politique et membre du GRIPAL.

Débat ouvert animé par Catherine Huart, étudiante au doctorat en sociologie, membre du GRIPAL, co-directrice de L’Interpellation plébéienne en Amérique latine : Violence, actions directes et virage à gauche.

Références

Breaugh, Martin. – L’expérience plébéienne. Une histoire discontinue de la liberté politique. – Paris : Payot & Rivages, 2007. – 405p. – (Critique de la politique Payot). – ISBN 978-2-228-90260-1. – Cote BAnQ : 320 B8288e 2007.

Corten, André; Huart, Catherine; Peñafiel, Ricardo; dir. – L'interpellation plébéienne en Amérique latine. Violence, actions directes et virage à gauche. – Québec : PUQ, 2012. – 326p. – ISBN 978-2-7605-3251-9. – Cote BAnQ : 980.038 I61925 2012.

Sur la Toile

Gabriel Nadeau-Dubois (Microblogue)
La dignité contre l'État (Récit d’une lutte étudiante au Québec) (Marc-André Cyr, Variations, juillet 2012)
GRIPAL (Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine)
L'interpellation plébéienne en Amérique latine (André Corten, Catherine Huart et Ricardo Peñafiel) (PUQ)
L'interpellation plébéienne en Amérique latine (extrait) (Entrepôt de livres numériques)
L’interpellation plébéienne en Amérique latine (Christophe Wargny, Le Monde diplomatique, août 2012)

Article connexe

Le printemps des carrés rouges

18 octobre 2012

Le printemps des carrés rouges

Une analyse factuelle et captivante publiée par André Frappier, Richard Poulin et Bernard Rioux, dans la collection Mobilisations, chez M éditeur.

L’introduction souligne le caractère historique du Printemps québécois :

Déclenchée au début de février 2012, la grève a mobilisé jusqu’à 300 000 étudiantEs sur les campus. Elle a été marquée par d’innombrables actions d’éclat et de solidarité, par l’érection de piquets de grève, par des concerts de casseroles et par des centaines de manifestations dans différentes villes, dont certaines, à Montréal, ont mobilisé 200 000 personnes et plus.

Les quatre premiers chapitres présentent le contexte dans lequel se sont déroulées la grève étudiante et la crise sociale de 2012 :

1° - le mouvement altermondialiste à partir de 1999, la crise économique mondiale qui a débuté en 2007-2008, les révoltes des peuples arabes en 2011, la résistance des peuples européens à l’offensive d’austérité en 2011-2012, le mouvement des indignés à l’automne 2011, les luttes étudiantes dans plusieurs pays latino-américains en 2011-2012;

2° - les politiques néolibérales du gouvernement fédéral (depuis le milieu des années 1980); l’offensive néolibérale sous les gouvernements péquistes de Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry (1994-2003) et sous le gouvernement libéral de Jean Charest (2003-2012);

3° - les réformes de l’éducation préconisées par les organismes internationaux (OCDE, BM, OMC); la hausse des droits de scolarité au Québec et la conception néolibérale de l’éducation partagée par le PQ, le PLQ et la CAQ;

4° - les occasions manquées : les manifestations sans lendemain de grèves ponctuelles en 2003; la loi spéciale de 2004 mettant fin aux négociations dans les secteurs public et parapublic; la grève des étudiants et des enseignants de 2005; les manifestations et la négociation de 2010 dans les secteurs public et parapublic; l’aide matérielle des syndicats au mouvement étudiant en 2012, mais aussi leur opposition à la grève sociale.

Les quatre chapitres suivants portent spécifiquement sur le mouvement étudiant, la grève étudiante et la crise sociale du Printemps québécois :

5° - les forces en présence : un gouvernement libéral discrédité face aux revendications des quatre organisations étudiantes solidaires (FEUQ, CLASSE, FECQ, TACEQ);

6° - les péripéties des négociations et des affrontements; les manifestations étudiantes et populaires d’une régularité et d’une ampleur sans précédent; le rôle clé joué par la CLASSE dans la mobilisation étudiante et la solidarité de la FEUQ envers la CLASSE;

7° - la judiciarisation du conflit par les injonctions accordées à des étudiants dissidents; la répression policière : plusieurs blessés graves et des milliers d’arrestations; le vote et le contenu de la loi 12 (projet de loi 78);

8° - la polarisation politique et sociale : le PLQ et la CAQ sur la même longueur d’onde, l’attitude ambigüe du PQ, l’appui de QS et de l’ON à la cause étudiante; des chroniqueurs des médias de masse, possédés à 97,2 % par Power Corporation et Quebecor, dénigrent le mouvement étudiant; l’ambivalence des sondages; la corruption et les élections; la lutte de classes et les appuis étrangers à la cause étudiante.

Dans le dernier chapitre, les auteurs abordent l’exemplarité de la lutte étudiante animée principalement par la CLASSE, la remise en question de la stratégie de concertation sociale et la perspective d’une grève sociale.

Les notes explicatives et bibliographiques sont insérées en bas de page. Figure de proue du Printemps québécois, Gabriel Nadeau-Dubois est abondamment cité.

Cet essai enrichit d’une façon magistrale le corpus exhaustif dédié aux carrés rouges.

Référence

Frappier, André; Poulin, Richard; Rioux, Bernard. – Le printemps des carrés rouges. Lutte étudiante, crise sociale, loi liberticide, démocratie de la rue. – Montréal : M éditeur, 2012. – 159p – (Mobilisations). – ISBN 978-2-923986-57-0. – Cote BAnQ : 371.81 F838p 2012. – [Citation, p. 7].

Le livre a été complété le 27 août 2012, soit quelques jours avant l’élection nationale du 4 septembre 2012 qui a provoqué la chute du gouvernement libéral et l’avènement d’un gouvernement péquiste minoritaire.

Lecture complémentaire

« The Québec Student Strike. A Special Issue ». – Canadian Dimension (Vol 46, n° 5, septembre- octobre 2012). – ISSN 0008-3402. – P. 3-4, 19-39. – Le Manifeste de la CLASSE est reproduit aux pages 28-29, 32-33. – Auteurs des articles de ce dossier : Andrea Lévy et Danny Theurillat-Cloutier, Éric Martin et Simon Tremblay-Pépin, Sabine Friesinger, Martin Robert, André Frappier et Bernard Rioux, Jonathan Leblanc. – [Revue disponible à la Grande Bibliothèque, niveau 2].

Sur la Toile

Comprendre le mouvement étudiant (Camille Laurin-Desjardins, Métro, 9 octobre 2012)
«Le printemps des carrés rouges» un livre sur la crise étudiante (Vidéo, V, 9 octobre 2012)
Lancement du livre “Le printemps des carrés rouges” (André Frappier, Presse-toi à gauche !, 16 octobre 2012) – [Allocutions de Martine Desjardins et de Gabriel Nadeau-Dubois]

Article connexe

Gabriel Nadeau-Dubois (2009-2012) (Recueil de textes et de vidéos de Gabriel Nadeau-Dubois)

14 octobre 2012

Le propre et le sale

Georges Vigarello présente une histoire intéressante de l’hygiène du corps depuis le Moyen Âge jusqu’au début du 20e siècle. Les nombreuses notes sont regroupées en fin d’ouvrage, mais le livre ne contient pas de bibliographie.

Partie 1

Son ouvrage commence par une série de témoignages révélant les craintes des gens face à la porosité de la peau dans le contexte moyenâgeux des pandémies de la peste. Ensuite, les pratiques du bain privé et du bain public disparaissent aux 16e et 17e siècles.

Partie 2

Les vermines dont sont affublées les personnes, surtout les enfants, sont attribuées aux humeurs internes du corps. Pour les neutraliser, on accorde une grande importance à l’alimentation et au changement des vêtements apparents. La blancheur de la chemise tient lieu graduellement de propreté. Celle-ci s’identifie finalement aux apparences.

Partie 3

Au 18e siècle, la pratique du bain privé commence chez une partie de l’aristocratie, mais sans lien avec l’hygiène. Le bidet et le cabinet de toilette, signes de richesse, font leur apparition. Le bain froid gagne en popularité au nom de la santé.

À la fin du siècle, les préoccupations sanitaires portent sur l’air infesté des cimetières, prisons, hôpitaux et abattoirs. L’arrosage des rues est alors préconisé pour éliminer les odeurs nauséabondes, causes de maladie et de mortalité. Les bains publics s’installent lentement et les ablutions partielles commencent à se répandre.

Partie 4

Au début du 19e siècle, l’hygiène devient une branche spécifique de la médecine. Ce nouveau statut se manifeste par l’apparition de nouvelles institutions publiques, l’intervention de médecins dans la politique de salubrité urbaine, la valorisation de l’eau tiède et du savon. Par contre, la pudeur fait encore obstacle à la pratique du bain tout au long du siècle.

Les ingénieurs entrent en action avec la mise en place graduelle des infrastructures sanitaires d’aqueduc et d’égout. La vague de choléra popularise le bain, surtout dans les établissements de luxe et les quartiers riches de Paris. Les moins nantis prennent leur bain dans la rivière.

Au milieu du siècle, les élites favorisent la propreté chez les pauvres urbains en vue de maintenir l’ordre social. Cette préoccupation morale est renforcée dans le contexte d’une nouvelle poussée de choléra.

À la fin du siècle, suite aux travaux de Pasteur, le lavage vise désormais l’élimination des microbes. Chez les riches, les innovations techniques vont favoriser la toilette intime sans l’aide de domestique. Par contre, la douche cellulaire est réservée aux militaires, malades hospitalisés, prisonniers et aux pauvres.

Conclusion

L’auteur récapitule les grands jalons de l’histoire de la propreté en Occident selon les différentes classes sociales :

Ce que montre une histoire de la propreté corporelle, c’est la variété, dans le temps, des usages, ou même des imaginaires de l’eau, et la distance séparant les représentations archaïques de celles d’aujourd’hui.

Appréciation

Une histoire quantitative d’une lecture agréable, bien que les répétitions soient nombreuses. L’absence d’une bibliographie sélective est étonnante.

Club de lecture

Ce livre est au programme du Club de lecture (section histoire) des Amis de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (ABAnQ).

Référence

Vigarello, Georges. – Le propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Âge. – Paris : Seuil, 1998 © 1985. – 287p. – ISBN 2978-2-0200-9452-8. – Bibliothèque de Montréal (Saint-Laurent) : 391.64 V672p 1998. – [Citation, p. 242].

Sur la Toile

Le bain (Musée historique environnement urbain)

Par ordre chronologique :

Le propre et le sale (Yannick Ripa, Histoire de l’éducation, 1986)
Le propre et le sale (Suzanne Mollo-Bouvier, Revue française de pédagogie, 1988)
Le propre et le sale (Dissertations et mémoires)
Le propre et le sale (Entrevues de Serge Bouchard avec Georges Vigarello, Jean Provencher et Frédéric Benjamin Laugrand) (Radio-Canada, Les chemins de travers, 2012)

10 octobre 2012

Loco Locass | La parole en gage

Le groupe québécois est formé des célèbres rappeurs Batlam (Sébastien Ricard), Biz (Sébastien Fréchette) et Chafiik (Mathieu Farhoud-Dionne).

Dans un livre d’une centaine de pages, Marie-Claude Tremblay présente une analyse textuelle des œuvres de Loco Locass produites avant Le Québec est mort, vive le Québec!

L’ouvrage propose des clés d’interprétation pour mieux comprendre les chansons du trio et mieux apprécier leur richesse poétique.

Précédée d’une introduction, l’étude est déclinée en trois chapitres : Les lieux de l’engagement, L’actualisation de l’engagement, La communication artistes-public : une portée engageante. Cette étude est suivie d’une conclusion et d’une bibliographie.

L’introduction présente le triple but de l’ouvrage :

1° l’examen des thèmes identifiant les différents lieux de l’engagement du trio;

2° les signes du discours et les procédés formels qui participent à la formation du sens;

3° les procédés rhétoriques qui constituent des appels au public.

Volet 1 – Thèmes

Les principales préoccupations des rappeurs portent sur la défense de la langue française et la souveraineté du Québec.

Le thème de la langue française est abordé sous deux aspects :

- la langue comme outil de communication (Langage-toi, Malamalangue);

- la langue comme mode d’expression artistique (La survenante, Art poétik, Priapée la p’tite vite, Manifestif).

L’autre thème majeur porte sur l’indépendance du Québec (Sheila, ch’us là, Vulgus vs Sanctus, Art Politik, Résistance, Engouement, Roc rap). Ce thème est exploité en lien direct avec la défense de la langue française et l’ouverture aux autres peuples (Art Politik, Engouement, Sheila, ch’us là, Maison et Idéal).

Les thèmes complémentaires, souvent concomitants aux thèmes principaux, sont multiples :

- l’actualité politique par des critiques du capitalisme américain (L’empire du pire en pire, W Roi) et des partis politiques québécois (Vulgus vs Sanctus, Libérez-nous des libéraux, Super Mario);

- l’idéal de la création artistique (Potsotjob, Maison et Idéal), en opposition aux stéréotypes (Manifestif, I represent rien pantoute) et aux médias (Médiatribes);

- des points de vue sur certains problèmes contemporains tels le suicide (M’accrocher?), les relations entre les autochtones et les blancs (La paix des braves), les motards (Antigone), le droit d’auteur (Petit rap anti-rapt), la drogue (Bonzaîon), les conflits intergénérationnels (Boom baby boom), les émeutes de la Saint-Jean (La casse du 24), le désintérêt envers notre histoire nationale (La censure pour l’échafaud);

- le lyrisme exprimant des domaines plus intimes, comme l’amour (Isabeille et Biz) et l’angoisse (Spleen et Montréal).

Tout en poursuivant une tradition séculaire d’engagement politique chez les chanteurs québécois, Loco Locass renouvelle les thématiques de cette pérennité par leur regard novateur sur notre société actuelle.

Volet 2 – Actualisation de l’engagement

L’intertextualité et l’interphonographie, ainsi que la voix et la musique, sont utilisées par Loco Locass pour actualiser leur engagement envers la nation québécoise.

A) Courtepointe musicale et textuelle

Le trio actualise le discours nationaliste par l’inclusion de citations et d’échantillons dans presque toutes leurs chansons.

Des exemples d’interphonographie (échantillons) :

- Langage-toi (L’argent ou le bonheur, Yvon Deschamps)
- Malamalangue (Speak white, Michèle Lalonde)
- Art poétik (Nataq, Richard Desjardins)
- I represent rien pantoute (Compagnons des Amériques, Gaston Miron)
- Vulgus vs Sanctus (Le Confort et l’indifférence, Denys Arcand)

Des exemples d’intertextualité (citations) :

- références de diverses natures : onomastique (Sheila ch’us là), télévisuelle (Sheila ch’us là), musicale (Potsotjob), dramatique (Boom baby boom), picturale (Priapée la p’tite vite);

- types de recours variés : allusion, citation, mention, métaphore, etc. (Art poétick, Malamalangue).

B) Voix américanisée

La voix de Loco Locass se caractérise par sa polyphonie en harmonisant l’héritage québécois d’origine française et la modernité limitrophe américaine, notamment par le choix du rap comme expression musicale.

Cette polyphonie se manifeste également par des voix ajoutées (Sheila ch’us là, Langage-toi, Spleen et Montréal, Engouement, Isabeille et Biz, Maison et Idéal, La paix des braves).

Les registres langagiers sont aussi mélangés, le parler populaire québécois (Engouement, Manifestif) côtoyant le parler soutenu français. Le trio recourt aussi à de vieilles expressions entremêlées d’expressions contemporaines.

Les textes peuvent être chantés par une, deux ou trois voix, selon le caractère intimiste (préoccupation personnelle de l’auteur) ou collectif (langue et souveraineté) propre à chaque chanson (albums Manifestif et Amour oral).

Somme toute, la polyphonie pratiquée par Loco Locass renforce le sentiment nationaliste en le renouvelant.

Volet 3 – Communication artistes-public

La démarche de Loco Locass est engageante, car elle suscite la participation de son auditoire à l’action par des appels explicites et implicites.

Les énonciateurs des textes s’expriment à la première personne, je ou nous, tandis que les récepteurs des chansons sont identifiés par le pronom tu (individuel ou collectif).

Marie-Claude Tremblay illustre cette dimension participative / communicative dans son analyse détaillée de L’assaut, Langage-toi, Manifestif et Engouement, ces quatre chansons s’adressant directement au public.

D’une façon explicite, différents moyens énonciatifs sont employés pour inciter les destinataires à l’action : injonction (fais), identification (mon frère, camarades), exhortation (prière), intonation (arrangements musicaux et démultiplication des voix des rappeurs).

Par ailleurs, les auditeurs engagés sont appelés à interpréter les appels implicites. L’intertextualité, l’interphonographie, les jeux langagiers et les métadiscours employés par Loco Locass requièrent la compétence de ces auditeurs dans l’interprétation des chansons.

En plus d’être récepteurs, ces auditeurs engagés sont en quelque sorte des coauteurs des textes. Leurs compétences encyclopédiques, linguistiques et socioculturelles leur permettent de saisir le sens des chansons, les renvois historiques et artistiques, les connotations des expressions et les termes soutenus ou spécialisés (sémantique, didactique, synapse, clepsydre) utilisés par le trio.

C’est lors de spectacles que la communication artistes-public prend sa forme la plus manifeste, le je se transformant en nous (chant collectif, danse spontanée, gestuelle partagée). L’adhésion du public au discours du trio y trouve alors sa manifestation la plus complète. À cet égard, la prestation de l’hymne Libérez-nous des libéraux est exemplaire…

Dans la conclusion de son ouvrage, Marie-Claude Tremblay récapitule l’essentiel de son analyse magistrale. J’ai particulièrement aimé cette réflexion liminaire :

L’œuvre de Loco Locass est dense, foisonnante, et renferme de multiples sens que l’auditeur est appelé à découvrir. En somme, elle nous demande, public, de la faire vivre.

La bibliographie recense le corpus étudié et plusieurs références citées en cours d’ouvrage. Signalons que la longue entrevue de Christopher Jones avec Loco Locass est aussi accessible sur la Toile.

Appréciation

L’ouvrage de Marie-Claude Tremblay est assurément un guide pédagogique, un outil didactique, permettant d’explorer, de découvrir et d’apprécier toute la richesse de l’œuvre de Loco Locass. C’est sous cette optique qu’il m’est apparu le plus instructif, le plus utile.

Un livre captivant sur un trésor inestimable!

Référence

Tremblay, Marie-Claude. – Loco Locass : la parole en gage : l’engagement dans les rapoèmes et le rôle que l’auditeur est amené à y jouer. – Montréal : Triptyque, 2011. – 101p. – ISBN 978-2-89031-725-3. – Cote BAnQ : 789.4900922 L819t 2011. – [Citation, p. 93].

Ressources complémentaires

Loco Locass, un groupe engageant ? (Marie-Claude Tremblay, 2009)

Un interview avec Loco Locass (Christopher Jones, 2006)

Nos sillons d'engagement (La question de l'engagement dans les chansons de Loco Locass) (Dany St-Laurent, Mémoire, UQAM, 2007)

Article connexe

Libérez-nous des libéraux

06 octobre 2012

Anima | Wajdi Mouawad

Les humains sont seuls.

Le monde est vaste, mais les humains s’entêtent à aller là où leur âme se déchire.

Que faire des fragments éclatés de son histoire?

Révélation brûlante de l’irréversible événement du temps. Ce qui est advenu qui pourrait faire que ce ne soit pas produit?

Il y a des êtres qui nous touchent plus que d’autres, sans doute parce que, sans que nous le sachions nous-mêmes, ils portent en eux une partie de ce qui nous manque.

Le roman débute par une scène dramatique, une scène de crime. Léonie assassinée. Wahhch Debch terrassé.

Plusieurs chapitres sont sanguinaires, à la limite du supportable. Par contre, bon nombre de passages sont sublimes. Le rythme est soutenu. Le style d’écriture est captivant.

Les narrateurs sont multiples. Successivement, des animaux racontent les nombreuses péripéties surgissant dans ce roman étonnant. Leurs points de vue diversifiés sur les personnages et les actions sont fascinants.

Quête identitaire traversée par des fragments d’histoire québécoise, amérindienne, étatsunienne, française et orientale…

Une notice de l’auteur suit l’œuvre romanesque.

Quelle œuvre saisissante!

Référence

Mouawad.Wajdi. – Anima. – Montréal : Léméac, 2012. – 397p. – ISBN 978-2-7609-0829-1. – Cote BAnQ : Mouawad M924a. – [Citations, p. 102, 124, 325, 295, 376]. – [Extrait].

Sur la Toile

Anima (Wajdi Mouawad, YouTube, 17 08 2012) [L’auteur raconte la genèse de son roman]
Wajdi Mouawad (Site de l’auteur)

Critiques par ordre chronologique :

Témoins d'un crime, des animaux prennent la parole (Baptiste Liger, L’Express, 27 08 2012)
Anima de Wajdi Mouawad (Pierre Darracq, Sans connivence, 28 08 2012)
La généalogie de la violence selon Wajdi Mouawad (Georgia Makhlouf, L’Orient Le Jour, 09 09 2012)
Wajdi Mouawad ou le maître de l'insoutenable (Sarah Lévesque, Nightlife.ca, 20 09 2012)
Une traversée de mondes meurtris (Sylvie St-Jacques, La Presse, 21 09 2012)
Bienvenue dans l'enfer du monde (Michel Bélair, Le Devoir, 22 09 2012) [Critique la plus approfondie]
Règne animal (Tristan Malavoy-Racine, Voir, 27 09 2012)

02 octobre 2012

Amérique latine

La Documentation française publie un annuaire actualisé sur l’Amérique latine. Préfacées par Georges Couffignal, les études contenues dans l’ouvrage sont regroupées en deux parties :

- tendances politiques de fond et récents résultats électoraux (diversité des dirigeants de gauche, péronisme national populaire des Kirchner, Pérou de Garcia à Humala, Amérique centrale);

- mutations de l’État et de la justice, formation des élites et foisonnement littéraire (retour de l’État, justice, formation des élites scientifiques, littérature hispano-américaine contemporaine).

Des fiches pays complètent l’ouvrage : d’abord un sommaire général, puis des renseignements sur chaque pays (fiche signalétique, portrait de la situation actuelle, tableau statistique – données politiques, économiques, sociales et démographiques, et sur les communications).

Un livre de référence remarquable.

Référence

Couffignal, Georges, dir. – Amérique latine. Une Amérique latine toujours étonnante. Édition 2012. – Paris : La Documentation française, 2012. – 208p. – (Mondes émergents). – ISBN 978-2-11-008814-7. – Cote BAnQ : 330.98 A51298 2012.

28 septembre 2012

Le souffle de la jeunesse

Les Éditions Écosociété ont publié un recueil de cinq essais originaux produits par de jeunes Québécois. Une préface de Pierre Henrichon et une postface de Gabriel Nadeau-Dubois encadrent ces compositions.

La préface, intitulée « La jeunesse manifeste, une pensée émerge », présente le concours d’essais Bernard-Mergler, le contexte du « printemps québécois » et l’ « anthologie à libérer du dogme de la croissance ».

Pierre Henrichon, président du jury, termine ainsi ses propos :

La crise sociale que vit le Québec en ce printemps 2012 démontre que les efforts de pensée ne sont jamais vains. Il convient dès lors de les multiplier, les approfondir et les propager. Voyez en ce petit recueil une invitation pressante et amicale à y apporter votre contribution.

Le premier essai, par Matin Robert, aborde d’une façon étonnante un sujet peu courant, celui de la conscience de la mort. Le deuxième essai, par Josée Madéia Charlebois, décrit les formes d’implications politiques des jeunes. Le troisième essai, par Bruno-Pierre Guillette, propose une réflexion sur la solidarité et les lieux de sociabilité chez les classes populaires. Le quatrième essai, par Pascale Cornut St-Pierre, porte des regards critiques sur la responsabilité sociale des entreprises. Le cinquième essai, par Jérémie McEwen, porte sur le sens du monde, tout particulièrement dans le contexte du terrorisme et des tueries scolaires.

Dans un article précédent, Les jeunes d’aujourd’hui, j’ai présenté la postface de l’illustre et jeune militant Gabriel Nadeau-Dubois. Soulignons ce passage concluant son exposé :

Les graines semées ce printemps auront probablement besoin d’un moment de dormance avant d’éclore. Mais aujourd’hui, je suis convaincu que cela ne peut pas ne pas arriver, comme dirait l’autre. Et nous devrons en grande partie à ces centaines de milliers de jeunes qui, malgré l’intimidation et la répression, ont courageusement accepté de faire grève pendant plus de six mois, et d’en subir les sacrifices. La bonne nouvelle pour le Québec, c’est que nous continuerons à le faire.

Félicitations à ces six jeunes pour leurs brillantes réflexions!

Merci aux Éditions Écosociété pour cette publication!

Références

Collectif d’auteurEs du Prix Bernard-Mergler. – Le souffle de la jeunesse. – Montréal : Écosociété, 2012. – 228p. – (Actuels). – ISBN 978-2-897190-12-5. – Cote BAnQ : 361.109714 S721 2012. – [Citations, p. 22-23 et 226-227].

Article connexe

Les jeunes d’aujourd’hui (Gabriel Nadeau-Dubois)

24 septembre 2012

Les jeunes d’aujourd’hui

Gabriel Nadeau-Dubois, le plus célèbre porte-parole de la cause étudiante au cours du printemps québécois, présente sa vision des jeunes dans la postface du collectif Le souffle de la jeunesse. Son texte a été rédigé pendant sa tournée nationale Nous sommes avenir.

1

L’auteur commence sa réflexion en citant et commentant une lettre de Pierre Bourgault, Message d'un homme libre à une génération qui ne l'est plus (20 février 1961) :

La lettre est empreinte de colère, presque violente. Bourgault y multiplie les formules assassines : on y sent toute l’impatience et la fougue du jeune militant, toute sa rage envers une élite endormie. Il s’agit d’un des beaux textes qui m’ait été donné de lire, un texte qui prend une saveur toute particulière au vu des derniers mois de ma vie. Une lettre qui s’inscrit dans un débat précis, mais qui a pourtant quelque chose d’universel, emblématique qu’elle est du rôle historique de la jeunesse : contester.

2

D’entrée de jeu, le militant traite du renversement du discours dominant sur la jeunesse, celle-ci étant décrite comme apolitique, individualiste et consumériste. Confrontée à une mobilisation étudiante d’une ampleur sans précédent, l’élite recourt à la diabolisation des porte-paroles, des manifestants et des organisations étudiantes.

3

GND, comme on le surnomme, explique ensuite la racine profonde de la révolte étudiante : le refus de la tentative disciplinaire de l’élite envers la jeunesse. Du même souffle, il réfute l’image de changement véhiculé actuellement par le Parti québécois : « les critiques portées par notre mobilisation ne trouvent aucun écho dans ce parti moribond ». Une assertion qu’il révisera spontanément lors de la soirée électorale en considération des engagements de la nouvelle première ministre, Pauline Marois : « l'annulation de la hausse et de la loi 12 marque la victoire du mouvement étudiant » (Twitter, 5 septembre 2012).

4

Selon le jeune militant, la mobilisation printanière ne révèle pas seulement un refus. Elle est porteuse d’aspirations, de valeurs : une justice sociale fondée sur la gratuité des services publics, une société égalitaire, une démocratie réelle, une écologie politique et sociale. Il cite de nouveau Bourgault : « ce qui n’est pas respectable aujourd’hui peut l’être demain, aussi bien chez les hommes que pour les idées ».

5

Gabriel Nadeau-Dubois conclut son exposé par un vibrant message d’espoir :

Cette grève aura été plus qu’un soulèvement. Elle aura été fondatrice : elle nous a mis au monde comme génération politique. […] Et c’est le cœur plein d’espoir, la tête pleine d’idées et les tripes pleines de rage que nous en ressortons, prêts à devenir libres, ensemble.

Appréciation

Les convictions profondes et la ferveur de l’illustre porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité étudiante (CLASSE), qui a joué un rôle déterminant dans la mobilisation étudiante et populaire, témoignent de son engagement méritoire et exemplaire envers ses collègues et l’ensemble de ses concitoyens et concitoyennes.

Outre ses références à Pierre Bourgault (1934-2003), Gabriel Nadeau-Dubois (né le 31 mai 1990) évoque Theodor W. Adorno (1903-1969), Michel Henry (1922-2002) et Pablo Neruda (1904-1973). Ces penseurs alimentent manifestement les réflexions du jeune militant.

Tout au long de son exposé, Gabriel Nadeau-Dubois situe ses réflexions dans la trame historique du Québec. Cet enracinement reflète ses intérêts pour l’histoire, la culture et la société, domaines qu’il étudie à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM).

Au cours de l’hiver prochain, aux Éditions Écosociété, Gabriel Nadeau-Dubois projette la publication d’un livre sur sa « vision du conflit étudiant ». Un événement à surveiller!

Références

Nadeau-Dubois, Gabriel. – « Les jeunes d’aujourd’hui » (juillet 2012). – Collectif d’auteurEs du Prix Bernard-Mergler. – Le souffle de la jeunesse. – Montréal : Écosociété, 2012. – 228p. – (Actuels). – ISBN 978-2-897190-12-5. – P. 213-227. – Cote BAnQ : 361.109714 S721 2012. – [Citations, p. 214 et 227].

Nadeau-Dubois, Gabriel (Microblogue Twitter @GNadeauDubois)

Bourgault, Pierre. – Écrits polémiques : 1960-1981. – Montréal : VLB Éditeur, 1982. – Tome I : 370p. – ISBN 2-89005-158-7. – Bibliothèque de Montréal : 971.404 B v.1. – [Message d'un homme libre à une génération qui ne l'est plus, p. 26s]. – [Extraits, Le Devoir, 21 juin 2003].

Pierre Bourgault est alors président, section de Montréal, du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN).

Article connexe

Gabriel Nadeau-Dubois (2009-2012) (Recueil de textes et de vidéos)

20 septembre 2012

Victoire du mouvement étudiant

À l’issue de la première séance du Conseil des ministres, la première ministre du Québec, Pauline Marois, annonce que le gouvernement du Québec a procédé aujourd’hui à l’annulation de la hausse des droits de scolarité et que, dès demain, la loi 78 sera annulée.

Pour l’année 2012-2013, le plafond des droits de scolarité sera maintenu à 2 168 $. Le gouvernement ne récupèrera pas l’aide financière majorée dont certains étudiants ont déjà bénéficié. La réglementation actuelle de l’aide financière aux étudiants sera maintenue pour tous ceux qui déposeront une demande d’aide. Le gouvernement maintiendra le financement prévu pour les universités.

Quant à la loi 78, les dispositions concernant l’interdiction de manifester seront abrogées par décret dès demain. Ces deux décisions permettront de ramener la paix et de rétablir les droits et libertés
. [*]

Belle victoire du mouvement étudiant, des grévistes étudiants, des représentants étudiants et des centaines de milliers de sympathisants à la cause étudiante.

Enfin! Le respect envers la jeunesse est substitué au mépris et la démocratie bafouée retrouve ses droits. Quel bonheur!

Féicitations et merci tout particulièrement aux porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, Jeanne Reynolds et Camille Robert, à la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, au président et à la présidente de la FECQ, Léo Bureau-Blouin et Éliane Laberge, et au président de la TACEQ, Paul-Émile Auger!

Grâce à ces deux premières décisions, le nouveau gouvernement mérite déjà une place mémorable dans l’histoire du Québec. Mais il fera encore plus, à commencer par le déclassement de la centrale nucléaire à Gentilly, l’abolition de la taxe santé...

Enfin! Nous avons un gouvernement soucieux de justice sociale.

Quelques réactions

Victoire étudiante! Bravo aux grévistes! "La hausse des droits de scolarité annulée, la loi 12 abrogée." […] Ensemble, nous avons bloqué la hausse. Ensemble, nous avons vaincu le cynisme et le désespoir. […] "Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles." (Gabriel Nadeau-Dubois)

L’éducation est un service public qui doit demeurer accessible, et non une marchandise dont le prix varie selon le marché. [...] Les députés péquistes défendent surtout une indexation des frais de scolarité au coût de la vie. D’ici les conclusions de ce sommet, l’annulation de la hausse est, en quelque sorte, une victoire temporaire. Les bonifications à l’aide financière aux études doivent également être maintenues au-delà de l’année courante. C’est pour cette raison que nous resterons mobilisé-e-s. (Jeanne Reynolds)

On voit que ça a été payant d'attendre et de tenir nos principes. [...] Si le Parti Québécois décrète aujourd’hui une série de mesures qui répondent à nos revendications, c’est parce que nous avons tenu à nos principes et les avons défendus par une approche combative et rassembleuse. À l’avenir, notre approche aura gain de cause sur toute mesure régressive. [...] Nous pouvons être fiers et fières de ce que nous avons accompli, mais gardons à l’esprit que le combat pour l’accessibilité à l’éducation ne se termine pas aujourd’hui. En ce sens, nous continuons à défendre la gratuité scolaire comme projet de société. (Camille Robert)

Victoire! La hausse et la loi sont annulées. [...] On a un large sourire. Collectivement, on vient d'écrire un chapitre dans l'histoire du Québec. [...] Savourons notre victoire. (Martine Desjardins)

Voilà de l'action! (Léo Bureau-Blouin)

On peut dire qu’on a aidé à empêcher la pire attaque à l’accessibilité aux études. Cette victoire-là, c’est une victoire pour tous ceux qui ont porté le carré rouge. (Éliane Laberge)

Nous demandons une réelle discussion sur l'éducation postsecondaire dans le cadre de cette consultation. Elle devra couvrir autant le financement des universités que l'endettement étudiant et la recherche, tout en ne perdant pas de vue l'importance de la qualité de l'enseignement. (Paul-Émile Auger)

Sur la Toile

[*] Le gouvernement de Pauline Marois passe à l’action (Première séance du Conseil des ministres)

Marois annule la hausse mais maintient la bonification des prêts et bourses (La Presse canadienne, Le Devoir)

Marois annule la hausse des droits de scolarité et ferme Gentilly-2 (Paul Journet, La Presse)

Les quotidiens Le Devoir et La Presse peuvent être consultés à la Grande Bibliothèque.

16 septembre 2012

Applications Android – Version 8

Plus de 1 000 téléchargements!

La nouvelle édition du livre numérique gratuit Applications Android propose une sélection de plus de 660 applications gratuites en français, dont plus de 160 jeux et divertissements. Regroupées sous seize thèmes, les applications sélectionnées ont un contenu classé dans la catégorie Pour tous ou la catégorie Niveau 3.



Le livre peut être téléchargé sous une dizaine de formats, dont le format pdf pour une lecture sur un ordinateur et le format epub pour une lecture sur un appareil mobile (liseuse, tablette, téléphone).

La bibliographie contient plusieurs livres disponibles à la Grande Bibliothèque.

Sur la Toile

Publications de Claude Trudel (Livres numériques gratuits)

12 septembre 2012

Deux siècles d’esclavage au Québec

L’historien Marcel Trudel, en collaboration avec l’historienne Micheline D’Allaire, a mis à jour son étude d’abord parue en 1960. Cette nouvelle édition est accompagnée d’un dictionnaire sur disque numérique.

Dans son introduction, l’auteur raconte les premiers cas apparus dans la vallée laurentienne au 17e siècle.

Le chapitre 1 retrace le petit nombre d’esclaves noirs à l’époque de la Nouvelle-France : un total de 13 pour la période 1689-1713; de zéro à 21 nouveaux esclaves par année au cours de la période 1714-1760.

Le chapitre 2 porte sur la légalisation de l’esclavage : la permission de Louis XIV (1689), l’ordonnance de Raudot (1709), l’ordonnance de Hocquart (1730), le traité de capitulation de Montréal (1760).

Le chapitre 3 présente des statistiques globales sur près de 4 200 esclaves au Québec : près de 2 700 Amérindiens et au moins 1 443 Noirs. Les origines et la répartition de ces esclaves sont étayées. C’est peu par rapport à la situation prévalant dans les colonies anglaises.

Le chapitre 4 traite des modalités d’acquisition et de vente des esclaves noirs ou amérindiens, considérés comme des animaux : cadeau, héritage, servitude volontaire, enchère, achat au comptant, à crédit ou par troc.

Le chapitre 5 brosse un tableau des propriétaires d’esclaves : les commerçants, qui en ont le plus, les militaires, les hauts fonctionnaires, les professionnels (médecins, notaires, autres), imprimeurs, gens de métiers, seigneurs, gens d’Église. Peu de ces propriétaires possèdent plus de dix esclaves.

Le chapitre 6 décrit les conditions de la vie servile. L’auteur fait état du contenu du Code noir des Antilles (1685) et de celui de la Louisiane (1724). Il n’y a jamais eu de code spécifique pour le Canada. Les aspects suivants sont ensuite abordés : adoption, instruction, apprentissage d’un métier, tenue vestimentaire, hospitalisation, décès précoce (19,3 ans en moyenne), inhumation, relation maître-esclave.

Le chapitre 7 révèle que plus de 80 % des esclaves sont baptisés, certains d’entre eux assez tardivement. La cérémonie du baptême s’avère parfois une rencontre sociale de prestige. Les informations sur la pratique des autres sacrements sont plutôt fragmentaires.

Le chapitre 8 porte sur la criminalité. Les esclaves sont si bien intégrés à la société que l’historien ne recense que 18 criminels en deux siècles sur 4 185 esclaves. Le cas le plus célèbre est celui de Marie-Joseph-Angélique ayant causé un incendie majeur à Montréal en 1734. Les sentences appliquées à ces esclaves sont équivalentes ou souvent moindres que celles encourues par les Blancs.

Le chapitre 9 aborde deux sujets : l’exercice des droits légaux reconnus de fait aux esclaves et le sort des esclaves émancipés. Cette double analyse porte sur un nombre limité de cas.

Le chapitre 10 porte sur les relations amoureuses entre esclaves et entre esclaves et Blancs : liaisons hors mariage, mariages et statuts légaux des enfants nés de ces liaisons et mariages interethniques. Les informations rapportées sont basées sur des données minimes et très fragmentaires.

Le chapitre 11 ironise sur le délicat problème du métissage de la population québécoise, métissage sans doute peu répandu, mais quand même documenté.

Le chapitre 12 raconte les péripéties menant à la fin de l’esclavage en Ontario et au Québec. L’historien termine ainsi son exposé : « Il est assez difficile de dire exactement comment l’esclavage prit fin au Canada français. […] Autant dire qu’au Québec l’esclavage disparaît de lui-même sans qu’on puisse en dater le terme. »

La conclusion, de plus de vingt pages, résume le volume. Pour la personne désirant seulement connaître un survol du sujet, sa lecture est tout indiquée.

Le livre est complété par une bibliographie, la liste des œuvres de Marcel Trudel et un index. Une table des matières détaillée est insérée en début d’ouvrage.

Statistiques et anecdotes abondent dans cette synthèse de recherches minutieuses sur un sujet peu exploré par les historiens.

Référence

Trudel, Marcel. – Deux siècles d’esclavage au Québec, suivi du Dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires au Canada français sur CD-ROM. – Avec la collaboration de Micheline D’Allaire. – Montréal : Hurtubise HMH, 2004. – 405p. – (Cahiers du Québec - Histoire). – ISBN 2-89428-742-9. – Cote BM : 306.362 T. – Cote BAnQ : 306.36209714 T8662d 2004.- [Citation, p. 319]. – [Le Dictionnaire est au format pdf].

Club de lecture

Ce livre est au programme du Club de lecture (section histoire) des Amis de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (ABAnQ).

Sur la Toile

Marcel Trudel (1917-1911)

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Carte d'Amérique dressée pour l'usage du roy en 1722 par Guillaume Delisle... et augmentée (Collection numérique de cartes et plans) (BAnQ)
Code noir de 1685 de Louis XIV
Code noir de 1724 de Louis XV
Esclavage (Arnaud Bessière, Université de Montréal) (Musée virtuel de la Nouvelle-France)
La pratique de l'esclavage au Canada (Plans de leçon des Archives publiques de l’Ontario)
Sur les traces de nos ancêtres (L’esclavage au Canada français : la fin?) (Michèle Villegas-Kerlinger, Téluq)

La délicate question de l'esclavage au Québec (Caroline Montpetit, Le Devoir, 31 mai 2013)

Articles connexes

L’esclavage en Nouvelle-France

L’exposition qui s’est déroulée en 2007 au Centre d’archives de Montréal a été reprise à l’identique en 2012 au même endroit.

Les chrétiens d’Allah