12 mai 2017

La liberté à l’épreuve de l’histoire

Sous la direction de Daniel Dagenais, les Éditions Liber viennent de publier les textes du colloque L’abîme de la liberté de Michel Freitag. Organisé en novembre 2014, à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), ce colloque coïncidait avec le cinquième anniversaire du décès de Michel Freitag (1935-2009).

Dans son introduction, Daniel Dagenais rappelle d’abord l’importance et la portée du livre posthume de Michel Freitag intitulé L’abîme de la liberté. Critique du libéralisme (Montréal, Liber, 2011).

Dans un deuxième temps, il présente les quatre parties du livre et les auteurs des quatorze articles:

I - Liberté et libéralisme / Gilles Labelle, Georges Leroux, Olivier Clain, Stéphane Vibert

II - Liberté et ontologie / Jean-François Filion, Brian C. J. Singer, Daniel Tanguay

III - Liberté et émancipation / Patrick Ernst, Éric Martin, Daniel Dagenais, Yves Bonny

IV - Les avatars de la liberté / Jacques-Alexandre Mascotto, François L’Italien, Gilles Gagné

Daniel Dagenais termine son introduction par des remerciements envers les personnes et les commanditaires qui ont apporté leur soutien à l’organisation et à la publication des actes du colloques, ainsi qu’envers l’éditeur des œuvres de Michel Freitag.

Tout au long des articles, les notes sont insérées en bas de page. Ces notes contiennent un grand nombre de références bibliographiques.

Les notices biographiques des quatorze contributeurs et la table des matières détaillée complètent l’ouvrage.

Un livre magistral invitant à poursuivre l’approfondissement de la pensée du grand sociologue et philosophe Michel Freitag. Quelques citations serviront à le démontrer.

Citations

Tant par ses propositions théoriques fondatrices que par son engagement profondément politique, l’œuvre de Michel Freitag est unique. On ne s’en approche qu’en pensant à l’ensemble qu’elle constitue, ensemble où se trouvent liées de manière indissociable plusieurs entreprises philosophiques, sociologiques, critiques, esthétiques, pédagogiques. Michel Freitag est non seulement intervenu sur les questions brûlantes de notre temps, mais il a également élaboré le cadre général d’une théorie qui donne à son travail ce statut d’œuvre que nous admirons. (Georges Leroux, La liberté à l’épreuve de l’histoire, p.35)

L’abîme de la liberté est un livre difficile, qui traite d’un sujet banal mais délicat, la liberté, et qui le fait d’un point de vue qui prend le plus souvent le contre-pied de l’opinion dominante. Sur le fond d’une critique de l’idéologie de la modernité, il propose une analyse sociologique du traitement de la question de la liberté dans son anthropologie philosophique. Il offre à méditer un texte dense, riche, dont le ton à la fois grave, polémique, parfois pressé, le plus souvent généreux, convient au genre et au sujet. (Olivier Clain, Libertés, libéralisme et néolibéralisme, p. 69)

Le seul fait que Freitag ose critiquer la liberté libérale ou négative – en tant qu’absence de contraintes politiques et possession naturelle de droits – le place en porte-à-faux avec notre époque. […] À notre avis, le projet normatif de Michel Freitag vise rien de moins que la négation de la négation libérale de la tradition. […] Dans les pages qui suivent, nous tenterons d’exposer que la lucidité sociologique de L’abîme de la liberté convie le lecteur à sortir de ses évaluations pragmatiques quotidiennes afin d’entrevoir un changement sociétal radical, d’une ampleur similaire à ce que fut la sortie moderne du Moyen Âge. (Jean-François Filion, Supprimer l’abîme de la liberté négative: le besoin d’une deuxième négation chez Miche Freitag, p. 139, 140 et 140-141).

On ne peut pas opposer d’une manière générale la liberté de l’individu à la contrainte de la culture ou de la société. Il n’y a pas d’individu sans société; et pas de liberté individuelle sans cette liberté épistémique de la culture qui donne à l’individu un monde durable qui fait sens pour lui. Cette donation du sens par le symbolisme est la condition de l’existence individuelle, aussi bien que de la liberté individuelle. (Brian C. J. Singer, D’une pensée hiérarchique: L’abîme de la liberté de Michel Freitag, p. 176)

Ce qui fait la grandeur et la dignité de l’être humain, soit sa capacité de produire un ordre symbolique, risque aussi de causer sa perte. […] Le seul moyen peut-être pour l’être humain d’éviter ce qui semble être son destin inéluctable – sombrer dans l’abîme de sa liberté – serait de réapprendre à percevoir la fragilité et la contingence de la vie, de réapprendre à voir dans les bêtes ce qu’en fait nous avons toujours été et ce que nous savons être au fond de nous-mêmes, des êtres vivants qui dépendent d’un Tout dont nous ne sommes ni la source ni les maîtres. (Daniel Tanguay, L’énigme de l’animalité et le destin de l’humanité selon Michel Freitag, p. 210 et 211)

Une question n’a cessé de préoccuper Michel Freitag durant toute sa vie: comment concilier aujourd’hui un principe espérance avec l’extraordinaire développement du capitalisme à l’échelle du monde? Ses effets désastreux sont devenus si préoccupants que plus personne ne croit vraiment à la poursuite infinie de ce modèle de développement. […] Il nous faut trouver autre chose, une expérience sociale plus authentique propice au réveil de cette espérance, et aller chercher dans notre passé pas si lointain des formes possibles de cet éveil. (Patrick Ernst, La critique sociale et le déni des médiations symboliques, p. 216 et 217)

Toute liberté, toute expressivité, toute autonomie manifeste une condition générale qui est plus large qu’elle. Ainsi, du fait même qu’elle soit située (historiquement, géographiquement), la liberté signale son appartenance à un moment, à une époque, à des conditions, ce qui déjà lui assigne des limites. […] Mais Freitag va plus loin: cette autonomie, cette expressivité, cette liberté est la forme dans laquelle se déploie et s’agrandit une forme d’existence toujours concrète. (Daniel Dagenais, Liberté et identité, p. 289)

S’il est à mes yeux une tâche importante que Freitag nous a léguée, c’est celle de développer et de diffuser sa théorie critique, originale et puissante, mais aussi de clarifier, d’approfondir et de prolonger sa théorisation à caractère contributif. (Yves Bonny, De la postmodernité comme alternative dans l’œuvre de Michel Freitag: universum, autonomie et solidarité, p. 318)

L'abîme de la liberté est un essai de plus de cinq cents pages d'une densité peu commune. (Gilles Gagné, Idéologie et communication. Problèmes contemporains de la discussion publique, p. 437)

Références

Dagenais, Daniel, dir. - La liberté à l’épreuve de l’histoire. La critique du libéralisme chez Michel Freitag. - Montréal: Liber, 2017. - 470p. - ISBN 978-2-89578-578-1. - BAnQ: 323.44 A148L 2017.

Freitag, Michel. - L’abîme de la liberté. Critique du libéralisme. - Montréal: Liber, 2011. - 505p. - ISBN 978-89578-307-7. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: 323.44 F8665a 2011.

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